LXXII. — LA VEILLE
Le 11 gorminal l'agitation était extrême dans Paris, et une ('ineute était facile, sinon à étouffer, du moins à prévoir. La disette, l'horrible disette, était toujours la cause priri ipale de cette excitation, le grand moteur de toutes les, passiiJiis mauvaises, car elle était plus désolante que jamais. L'atidlition du maximum, décrétée récemment par la Convention, n'avait pu encore ranimer le commerce, et les grains n'arrivaient pas. Bien que l'on fût à une époque avancée de la saison, le 1 1 geriniiial était le 31 mars de l'ancien calendrier, le froid, qui avait sévi si rigoureusement durant tout riiivcr, était toujours excessif : les rivières, les canaux étaient encore gelés. Pas un bateau ne pouvait arriver.
Les routes, couvertes de glace, étaient impraticables ; il fallait, pour rendre le roulage possible, les sabler à vingt lieues à la ronde. Pendant le trajet les charrettes étaient souvent pillées par le peuple afiamé, dont les .lacobius excitaient le courroux en répétant que le gouvernement était contre-révolutionnaire, et qu'il laissait pourrir les grains de Pai'is pour rétablir la royauté.
pendant que les arrivages diminuaient, la eousoiiiination augmentait. La peur de maniiuer faisait que chacun s'approvisionnait [lour plusieurs jours. Un délivrait, ainsi que cela avait été décrété, du pain sur la présentation de cartes; mais la crainte de manquer faisait que cliacuu augmentait ses besoins. De quinze cents sacs par jour, la consommation s'était élevée à dix-neuf cents.
Puis l'abolition du maximum avait fait innntcr le prix de tous les comestibles à un taux (îxlraordinaire. Pour les faire baisser, le goiivernenu'iit avait déposé chez les charcutiers, les épiciers, les boutiquiers, des vivres et des mari'handises, alin de les donnera bas prix et de ramener un peu de bon marché. Mais les dépositaires abusaient du dépôt et vendaient plus cher qu'on n'était convenu avec eux. Depuis qiiidques jours, depuis surloul|le ('(niimencemenl de ce mois d(! germinal dans le(|uel on veuait d'entrer, les comités étaient dans les plus grauiles alarmes, et attendaientchaque malin,'' HV(!c uni! vive anxiété, les ilix-neui' cents sacs de farine dtïvenus indispensables.
Boissy d'Anglas, que le peuple avait surnommé /fo/s'.sv/- Vamine venait faire; sans cf^ssc de nouveaux rapports pour t(an(|iiillis(!r le publie, (;t Ifieherde lui procurer une séciirili' qu<' le gouverneuii'rlt n'avait pas liii-méiue.
Dans celte situation si cruidieimuit tendue, les partis, surexcités eiM'orn davaiila;,'e, s'élevaient furieux les uns contre les autres, s'ncr.usanl iMiiliiellement des souffrances du peuple, sejelanl des injures à la In c.
l'iiis il ces disciissioiiH, provoquées par la nécessité de IroiiviT un remède au mal, se jujunaient celles qu'exiitaient encore les pussions politiques développées dans toute leur force.
Les menaces journalières des Jacobins répandus dans les sections des faubourgs, leurs placards incendiaires, où ils annonçaient une insurrection prochaiijesi les patriotes n'étaient pas déchargés de toutes poursuites, et si la constitution de 93 n'était pas remise en vigueur, leurs conciliabules publics, cette conspiration des œufs mûries et un dernier essai de mouvement avaient révélé à la Convention l'intention d'un nouveau 31 mai. Le côté ilroit, les Girondins rentrés, les Thermidoriens, tous égali'inent menacés, avaient songé alors à prendre des mesures pour prévenir une nouvelle attaque contre la représentation nationale. Sieyès, qui venait de reparaître sur la scène et de rentrer au Comité de salut public, proposa une loi martiale destinée à prévenir de nouvelles violences contre la Conveiiliou. Cette loi était celle de la grande police.
Le 10 germinal on avait discuté encore ce projet de loi.
Les patiiot s des faubourgs, qui n'avaient pu entrer dans la salle, s'étaient répandus sur le Carrousel et dans le jardin des Tuileries.
Enfin, à dix heures du soir, après une joui'née orageuse qui avait commencé à dix heures du matin, l'assemblée se sépara, chacun sentant que le lendemain serait chargé de menaces. Ce lendemain, en effet, ce 11 germinal, les faubourgs étaient en ébullition, et de bonne heure les abords de la Convention avaient été envahis. Dans la nuit on s'était prévenu qu'il fallait se rendre de nouveau à la Conveutio»i, et obtenir, par la violence, tout ce que l'on désirait. Dès l'aurore, des femmes et des enfants s'étaient réunis dans les faubourgs et dans la Cité, se portant devant les boutiques des boulangers, empêchant ceux qui venaient de prendre la raiion, et tâchant d'entraîner tout ce inonde vers les Tuileries.
Jamais atmosphère politique n'avait été plus chargée et plus lourde que celle qui régnait, à Paris, ce 11 germinal 1793.
Les abords de la Convention, les places puhliiiucs, les faubourgs, les grandes voies, présentaient le coup d'œil le plus inquiétant. Partout, en tous lieux, régnait une effervescence croissante.
Jacobins et Thermidoriens sentaient approcher rinstant d'une lutte décisive, et chaque parti s'efforçait de remonter son courage, de renouveler ses forces, de recruter des auxiliaires. Le faubourg Antoine et le faubourg Marceau, la rue Honoré, présentaient l'aspect le plus animé. -Des groupes se formaient sur la chaussée, des hommes couraient, des femmes gla|)issaienl, des enfants criaient et chaulaient. Les boutiques étaient fermées pour la plupart.
Près de la rue de rÉeliclle s'élôvait alors une maison d'assez belle apparence qui, à en juger par le nombre de ceux (|ui, de tous points, arrivaient sous la porte, cuiraient, sortaient, allaient, venaient dans sa cour, devait être un lieu de conciliabule politii|ue. Dans cette maison, elfecti\ement, habitait à celte époque un personnage dont le nomcommeu- <;ait déjà à devenir célèbre, et qui bientôt devait être européen. Cette maison servait de demeure au conventionnel Fouché.
Dès huit heures du matin, l'animation avait pu facilement être remariiuée parles voisins eu quête (l'événemeiils.
A cette heure, Fouché était enfermé dans sou cabinet avec Tallicn et Barras. Tous trois discutaient avec une aniinaliou extrême à propos de la situation présente, de l'avenir gros d'orages et de ce qu'il y avait à faire pour la sécurité de la (Convention.
— Je .sais tout ! disait Fouché. La conspiration des œufs rouges est parfaitement organisée, et j'en connais d'autant mieux tous les détails, que non-seulement je fais |)arii(! des conjurés, mais encore que j'ai promis, le moinent venu, de me mettre à leur tête.
— Toi? s'écria Tallien.
— Moi-même.
— Tu agis cinitre nous ! vociféra Barras.
— Mais, lit Fouché avec un haussement irépaulns, finand donc comprendrez-voiis ce que doit être la .|)olicc d'un ::r;ind pays? La police ! mais vous ne savez donc pas de quelle puissance diiit être ce mol seul! La indice! mais elle doit iiun-seulement tiuit voir, loul savoir, tout eiitinidre, tout éciiiilcr. tout surprendre, mais idie doit tout deviner, Imil prévoir, tout connaîire dans le présent, dans le passé et dans l'avenir. Quoi! je me suis chargé, en l'ai'C des cmiijtés, de l'aclmiiiistratioii monieiitaiiée de la police de la Ui''piibliipie, une conspirai von se loi me pour renverser le gouver-
nement, et vous vous étonnez que je sois membre de cette conspiration, qne j'aie promis d'en être le chef? Mais c'est le pont aux ânes qu'une pareille conduite. Certes, je suis à la tète de cette conspiration, et tant nue je m'occuperai de l'administration, il ne se t'onnera pas dans l'Elat un complot dont par moi-même, ou par des liommes dévoués à moi, je ne sois l'àme. Comment pourrais-je déjouer une intrigue si je n'en connaissais pas les ressorts, et comment puis-jc mieux connaître les ressorts d'un complot qu'en étant moi-même l'un des principaux conjurés? Mais c'est là le premier principe d'une police intelligemment organisée.
— Alors, dit Tallicn, tu sais tout ?
— Absolument tout !
— Dès lors tu peux tout empêcher ! ajouta Barras.
— Je ne puis rien !
-^ Comment ?
— Pour deviner, il faut de l'intelligence, dit Fouché. Pour s'immiscer dans les trames ourdies dans l'ombre, il faut de l'adresse; mais pour arrêter un complot pi'èt à éclater, il faut plus que cela, il faut des forces matérielles, et où en ai-je ?
— Les muscadins sont pour nous.
— Oui, mais seront-ils les plus forts ? Là est la question.
— Que faire, alors ?
— Courir au plus pressé : déclarer Paris en état de siège, nommer Pichegru commandant général, rasseuibler les sections fidèles, les tenir en permanence, et déporter surle-champ Billaud, Collot, Barrère et Vadier. Un coup énergiquement frappé aujourd'hui ferait peut-être reculer la conspiration qui doit éclater demain.
— Mais la Montagne s'opposera à la déportation.
— Eli bien, il faiV, déporter la Montagne !
— En masse?
— Pouquoi pas? Les déini-mesures sont-elles donc possibles là prendre ?
— Mais cela ne se peut !
— Tous ces hommes qne tu parles de déporter, dit Barras, ont été nos amis politiques!
Fouché haussa les épaules :
— Amis politiques ! dit-il avec dédain. Qu'est-ce que c'est qne ce stupide assemblage de mots sonores? Si nos amis d'autrefois sont devenus nos ennemis du présent, c'est tout ce qu'il faut pour agir. Du diable 1 il n'est pas question du passé ! mais du présent : faites donc en conséquence !
Barras et Tallien se regardèrent en hésitant : Fouché fit claquer ses doigts avec impatience :
— Sots ! muiin'"ura-t-il. Ceux-là ne resteront pas longtemps en haut de l'échelle : ils n'ont pas les mains assez fermes pour garder leur place !
Les deux conventionnels s'étaient rapprochés et causaient à voix basse.
— Un homme ! continuait Fouché en se parlant à luimême. Il ne soitira donc pas un homme de cette Hévolulioii î Des Mirabeau ! des Marat ! des Kobespierre ! L'égoïsme et la luxure dou'iinant le talent I Une passion de carnassier prise pour un élan patriotique. La vanité et la faiblesse unies par le besoin du despoiime ! Et voilà tout ce qu'a donné cette grande époque, où cependant le talent abonde, où l'énergie est dans tous les cœurs !... Mais un génie !... un génie ! c'est cela qu'il faut à la France !
— Nous allons Inire part à Merlin, à Dumont et à Pichegru de ce que -tu viens de nous apprendre, dit Tallien en se rapprochant de Fouciié, et nous te ferons transmettre les ordres du comité.
Fouché s'inclina en souriant ironiquement, mais sans répondre. P>arras et Tallien sortirent ensemble. Fouché se jeta dans un fauteuil en froissant convulsivement les papiers qu'il tenait à la main.
— Pichegru !... murmura-t-il en réfléchissant, trop faible... Lefebvre ! administrateur aussi incapable qu'il est excellent soldat... Augereau ! Il écouterait tous les conseds... Hoche! Peut-être... Qu'est-ce que ce petit général que j'ai vu l'autre fois chez la citoyenne Tallien !,.. Bonaparte !... Il y a de singuliers reflets dans le regard de cet homme-là... mais il n'a rien fait encore!...
Fouché se leva avec un mouvement nerveux.
— C'est cependant un homme qu'il nous faut! s'écria-t-il avec une sorte de rage.
En ce moment la porte du cabinet s'ouvrit doucement,, et Jacquet parut sur le seuil.
— Entre ! dit vivement Fouché.
Jacquet entra et referma soigneusement la porte.
— Le complot ? dit Fouché.
— Toujours pour demain, répondit Jacquet,
— Pas de changement ?
— Aucun !
— Et Camparini ?
— Je sais qui il est !
— Eh bien! c'est?...
— Le Roi (lu bagne !
Fouché frappa sur son bureau.
— Je le pensais ! s'écria-t-il.
Puis, se rapprochant de Jacquet :
— Quelles preuves as-tu ? poursuivit Fouché.
— Aucune ! répondit Jacquet.
— Comment le sais-tu alors ?
— Par les hommes de Brest qui sont venus à Paris avec Renneville. Deux d'entre eux l'ont reconnu !
— Ils sont certains?
— Parfaitement certains !
— Mais alors tous les fils de cette intrigue ?. . .
— Je les ai maintenant entre mes luains. Oh ! j'ai fait bonne besogne depuis deux jours. J'ai fait parler Gorin et Gervais, qui ont en moi maintenant la confiance la plus absolue. Je leur ai promis de les faire nommer ofticiers municipaux, et plus tard, peut-être, réellement muiiuionnaires. J'ai deviné tout ce qu'il y avait derrière les demiconfidences que je leur ai arrachées : j'ai vu clair dans ce qui était même complètement obscur pour eux. Bref, je suis tout !
— Mais les preuves !... les preuves ! s'écria Fouché. Jacquet secoua la tête.
— Je n'en ai pas ! dit-il.
— Alors, tu n'as rien 1
— Soit ! mais j'aurai !
— Quand ?
— Avant vingt-quatre heures !
Fouché parcourut rapidement la pièce, et revenant vers Jacquet : ^
— Il ne s'agit plus d'intérêts privés, dit- il d'une voix brève, il s'agit des affaires publiques. As-tu fait ce que jj t'avais recommandé !
— Tout ! répondit Jacquet,
— Les légions de police ?
— Sont organisées.
— Combien?
— Trois.
— Quelle force?
— Cinq cents hommes chacune.
— Très-bien !... Et tu me réponds de ces hommes?
— Des deux tiers au moins.
— C'est énorme.
— J'ai une brigade composée entièrement des hommes que j'ai ramenés de Brest, et qui me sont absolument dévoués.
— Très-bien. Ta première lég'ion prendra rang parmi les ipuscadins afin de chauffer encore le bon esprit de la jeunesse et d'entraîner les indécis.
— Ce sera fait.
— La seconde se fondra dans la garde nationale parmi les sections fidèles, afin de rendre cette fidélité plus certaine encore.
— Les instructions sont déjà données.
— Quant à la troisième, la plus sûre celle-là, choisis bien tes hommes ! Quant à la troisième, qu'elle se mêle aux émeutiers. Qu'elle crie avec eux, qu'elle agisse avec eux, qu'elle pousse, qu'elle excite et, le moment venu, qu'elle fasse son devoir. Dans une masse d'hommes, quelque décidés et courageux que soient ceux qui la composent, un sentiment est toujours facile à développer au moment décisif, c'est celui de la terreur panique. Seulement il faut que cela soit bien fait. Sur dix raille hommes, que deux cents sachent fuir, mais sachent adroitement fuir, ils entraîneront tous les autres. Quand le premier pas en arrière est bien fait, tout le monde court! Il faudra styler tes meneurs et "leur faire comprendre l'importance de l'opération.
— Piapporte-t'en à moi, dit Jacquet.
— xVlors tout est prêt pour demain ?
— Tout !
— Bien ! fit Fouché en secouant la tête. Puis, après un moment de silence :
— Qui profitera de tous ces efforts? dit-il comme répon-
liant à ses propres pensées. Des hommes tels que ceux qui sortent d'ici !... Énergie d'un moment, mais au fond faiblesse et sottise !... t)h ! dt'ciJément, le génie manque !... Fouclié avait pris sou chapeau qui était sur un siège.
— Je vais chez la citoyenne Beauharnais, dit-il en réfléchissant.
— T'attendrai-je ? demanda Jacquet.
— Sans doute Fouché gagnait la porte.
— A propos, dit-il en se retournant. Et la citoyenne Léonore?
— Elle a disparu ! répondit Jacquet.
— Et ses traces ?
— Absolument perdues.
— Elle a été enlevée?
— Cela est certain.
— Par qui '.'
— On l'ignore, mais il n'y a pas à douter que le ci-devant comte de Sommes ne soit l'auteur de cet attentat.
— C'est celui-là qu'il faudrait prendre ! dit Fouché en frappant du pied.
— Lui etPick!
— Où sont-ils ?
— A Paris ?
— Eh bien ?...
— Jusqu'ici mes recherches gnt été vaines, mais j'espère ! Fouché revint vers l'agent ;
— Il faut avoir ces hommes ! dit-il d'une voix fermi'. Les affaires publiques terminées, nous songerons aux affaires privées, et j'ai une dette à payer, moi! Tu te rappelles le voyage de Nantes, Jacquet? Eh bien ! aussi vrai que je me nomme Fouché, je tVrai payer cher la mystification dont j'ai été le jouet ! Ces honnnes, ce comte de Sommes, ce faux Roger, ce.Campurini... il nie les faut!
Jacquet regarda Fouché.
— Nous les aurons ! dit-il.
— Quant à'ia fille de Bernard?
— La femme du général Lefebvre s'en est chargée.
— Et où est-elle ?
— Chez Gcrvais.
— Oh ! fit Fouché avec impatience, une année de tranquillité seulement; je ne demande que cela !... Mais pour que la France soit tranquille, il lui faudrait un homme!... Et cet homme... où le trouver?...
Puis, après un moment de réllexion :
— Je vais chez la citoyenne Ueauharnais, ajuuiu-t-il.
Le lendemain de ce "Il germinal, vers cinq heures du matin, au moment où le joui' commen(,'aità poindre à l'horizon de Paris, trois scènes différentes avaicMit lieu sur trois points différents de la caj)itale, et chacune de ces scènes n'avaiUqu'un seul et même but.
La première avait lieu dans celte maison de la rue des Lombards, dans celte maison célèbre par la vogue du magasin du Fidèle Ikii/cr. Dans l'aiiparlemiiit du troisième étage, ti'ois liHuinics étaient rassemblés : Jae(iuet, Charles d'ilcrhois et lliîiiri de lljjnneville.
Le pi'emier, l'œil animé, la physionomie expressive, semblait déroulei' devant ses interlocuteurs tout un \i\m\ d'opérations à suivre.
Charles et llcin'i récoutaicnlavcc une attention profonde; mais il l'abaltenicnt de leurs traits, au regard terne iiiii s'échajqiait de b iirs yeux rouf.'is, il était facile de voir (jue le décourafjcmciit s'était emparé de ces fîmes si fortes cependant, cl qu'un nombre et poi;,'nant désespoir rongeait ce» r(Purs qui a\aieiil ilé'jii si cruellement souffert.
Qui cùl vu ces deux hommes pâles, défaits, consternés, accablés par ladouleur, n'i-ùl cei'les pas rccoinui, dans l'un, le hardi corsaire des Aniilles, celui qui, devenu la lerreur des Anglais, ne couMaissail ni danger, ni obstacle, pol-lanl flèrenriMil lcpa\illou de France sur ces mers peuplées de nivlres enucniis cl ipii ne baignaient pas une m'uIc terre prolecirice; et dans l'autre, le rcdcmlable réi'enipleiir des forçats ib' Dri'sl, le ciloyen Honrlirmln, celui qui faisait frissonner de lerreur li's sans-nilotles cl reculer les fin-irs de In guillotine ; celui (|iii, semant le bieul'ail sur sa route rpmme d'aiilres sèment le mal, risquait froidement sa Nii> pour saiivrr un matelnl se noyant, pour arrarlierau trlliun.il révr.lulionnaire un vieillard r|ui n'avait coniinisd'a\itru crime que celui de faire respecter le porhait de sim amiral, un vieux nuiriu (|ui avait i li/ilié des hiiutlils. C'est qu'un déses|ioir violent brisai! ces natures énergi-
ques et r.obles ; c'est qu'après des années' de souffrance, une lueur de bonheur avait -brillé, un" moment, pour eux à l'horizon, et que cette lueur, à flamme éphémère, s'était éteinte dans la nuit sombre de l'avenir.
LXXill. — LE DESESPOIR.
La disparition de Léonore, inexplicable, avait, d'un mèmî coup, brisé toutes les espérances qui soutenaient encore ces ■pauvres cœurs torturés. Puis quelque chose de plus terribie,' de plus énervant encore qu'un grand malheur, s'était appesanti sur les deux jeunes gens : c'était le doute, c'iUait l'inconnu. Comment combattre un ennemi invisiljle? Où diriger ses coups (|uand le but manque ? Comment agir lorsqu'on ne sait sur quelle voie s'engager ? Pour les natures éiîiinement braves, le péril inconnu, incertain, est le plus terrible. Pour les hommes énergiques, l'inaclion est le fardeau le jdus accablant.
Eu luttant contre leurs ennemis, il fallait moins la force ouverte que la ruse, la dissimulation, l'adresse; et Charles et Henri avaient trop de droiture au cœur pour comprendre cetle guerre. Ils se sentaientimpuissantsdanscegenre.de lutte, et c'était cette impuissance qui les découi-ageait.
— Oh ! disait parfois Charles en fermant ses poings avec des mouvements de rage convulsive, que n'ai-jc à combattre face à face des ennemis cent fois plus supérieurs eu nombre ! Je lutterais au moins ; je succomberais peut-être, mais j'atteindrais mes adversaires, maisje inourrais en combattant! Ç
— Oh ! disait Henri, que n'ai-je en face de moi toute cette lie des rues de Brest avec laquelle j'ai été si longiemps en guerre ! Mais, non ! ces ennemis qui existaient, on ne les voyait pas ; il fallait les cherchei* quand ils se cachaient, les poursuivre quand ils fuyaient.
Ce qui causait leur incertitude, c'était celle guerre de ruse et celte lutte d'adresse, à Charles et à Henri, qui ne savaient combattre que l'épée au poing. Quant à Jacquel, lui, c'était bien ditïérent. Homme d'intrigue, doué du génie de découvrir les plans et les pensées d'autrui, il nageait en plein dans son élément. Jamais son activité fiévreuse n'avait été plus dévorante; jamais Son envie de triompher n'avait été plus grande ; jamais il n'avait senti sou intelligence plus libre et plus ouverte. Ne- désespérant en aucun cas, même après la disparition de Léonore, il avait trouvé des paroles d'espoir à glisser aux oreilles de ses amis; il avait même su faire passer dans leur âme un peu de celte confiance qu'il ressentait en la bonté de sa cause. Charles et Henri, dominés, éleclrisés, avaient fait comme le noyé qui se raltaclie ;\ la branche flexible qu'il prendpour un arbre; mais Jacquet une fois parti, demeui'és seuls, face à face avec eux-mèiues, ils avaient senti leurs forces les abandonuer com|ilétemeut et leur énergie se changer en affaiblissemcnl. Ce qui avait dil coulriluicr à augmenter leur désespoir, c'était que, durant-la nuit du 0 au 7germiiu»l, Léonore avait été eniratnée ilaus le piège où elle était tombée, et depuis ce moment, il y avait quatre jours écoulés, ils n'avaient pu obieiiir la moiiilre nouvelle, ej loules les démarches tentées furent iufrucliu'Uscs poiii' apprendre ce qu'était devemie la sœur de Blamhe. Pas le plus léger indice ne s'était révélé soit à eux, soit ;'» leurs amis. Mais ces amis eux-mêmes paraissaient les abandonner. Mahurec n'était pas revenu depuis l'avant-veille, le 9 au malin. Les hommes de Brest si dévoiu'S à Henri, obéissant maiulenaul aux ordres de Jacquel, ne s'élaienl pa>montrés uiu' seule fois. Jacquet n'avait vif Henri ni Charles depuis le 0 au soir. Hésespoir et abandon, tniil avait con- Irihué à accabler les deux malhem-euses victimes de ce destin fatal ; cl lorsque, ce soir du ll.J.icquet s'était rendu dans la maison du Fid'lr Itrnjcr, il avait Irmivé les deux jeunes gens en proie à un paro\)>me de douleur qu'auiiiue expression ne saurait remirc. Jacquet, eependaul, a\ail essayé encori! de ranimer leur émM;;ii';igonisaule.
— Pmirquoi désespérer? s'élail-il l'crié; ne loucbonsnous pas un momenl de la lutte, el devons-nous jcier les armes eu présence de l'einiemi ? Courage ! jusqu'ici nmis avons coinbatln dans les ténèbres, ignorant d'où \i miieut les coups qui nous «tleigiiaienl, ne saclinnl jaunis si muis friq>pioiis jusle... Aujoiinrhiii la Imiii' e s'est l'aile, >•{ uuus ullou.s voir clair dans lu luUo que nous enlropreuonscnlîn eu
plein soleil ! Blanche et Léonore existent, cela est certaini i Donc, tout espoir de les irlronver ne peut être éteint. Car elles sont entre les mains de ce bonrreau, et nous ne pouvons en douter! Que veut ce bourreau? nous le savons! Ce n'est pas à l'amour de l'une des deux i\iinmes qu'il s'adresse, c'est à la t'orlune qu'il croit attachée ;i elles. Maintenant où est-il, lui? Voilà ce qu'il l'aut connaître, et voilà ce que je saurai bientôt.
Charles et Hi-nri secouèrent la tête en siyne de doute.
Espérez! s'écria Jacquet 'avec impatience; ce sont les
défauts de conviction dans sa propre cause qui l'ont échouer les plus belles entreprises. Le moment est venu d'a;uir, rassemblons nos forces au lieu de les laisser s'éteindre, et avant de faire un pas en avant, résumons la situation afin d'être certains de ne pas faire fausse route. Voyons ! que savions-nous il y a cinq jours, alors que Léonore était encore parmi nous? Nous savions que Blanche était aux mains d'un b;mdil, que ce bandit était connu jadis sous le nom de comte de Sommes et sous celui de Bamboula, mais nous ne savions exactement que cela. Aujourd'hui, si un malheur de plus nous a frappés, si mademoiselle Léonore a été enlevée, nous avons fait cependant un grand pas vers la vérité.
— Comment? dirent à la fois Charles et Henri.
— Ne sais-je pas maintenant quel est cet homme qui s'intitule le Roi du bagne ? Pâquerette l'avait deviné : il l'a vu, il l'a suivi, il l'a épié, il l'a reconnu enfin ! Les preuves nous manquent, il est vrai, mais c^s preuves, maintenant que l'on n'ignore plus de quel côté il faut diriger les recherches, ces preuves seront bientôt entre nos mains. D'ailleurs les preuves morales, ne les avons-nous pas ? Tout ce que Goiain et Gervais m'ont raconté à propos de ce qui s'était passé entre eux et le président du club des œufn rouges n'at-il pas suffi pour éclairer la route? Vous-même, monsieur d'Herbois, pourriez-vous avoir des doutes après ce que cet homme vous a dit, à vous, chez la citoyeimeTallien ? N'avezvous pa-s reconnu son adresse infernale dans la façon dont il a pu obtenir de vous des renseif,'!iements sur ce qu'était devenu le petit-fils du conseiller de Niorres? Oh! cet homme a le j,'rnie du crime, et il exploite habilemenl l'horrible don que lui a fait la nature. Des preuves! répéta Jacquet, niais toute la série des forfaits qui se sont accomplis depuis dix ans, et dont vous avez été victimes tous deux, m'apparaît lummeuse et indiscutable. Vous désespérez, m;.:'; l'heure est venue, vous dis-je ! SLiis l'instant de cette réhabilitation, ;\ laquelle vous aspirez depuis neuf années, va bientôt sonner pour vous !
Charles et Henri tressaillirent.
— Quoi! s'écria le premier, vous supposez..
— La vérité ! interrompit .lacquet. Je vois clair, vous disje encore ! J'ai tout calculé, tout supputé, je me suis tout rappelé. J'ai tout compris. C'est le Roi du bague qui est l'auteur de tous les assassinats commis jadis à l'hôtel de Niorres ! c'est le Roi du bagne qui, pour son complice, le comte de Sommes, et pour assurera celui-ci l'iminense fortune qu'ils devaient toucher tous deux, a tramé triute cette infernale intrigue. C'est le Roi du bagne qui a fait enlever la jolie mignonne pour s'assurer ensuite l'héritage des d'Iiorbigny, et qui a défiguré la pauvre enfant, afin que nous ne puissions la reconnaître. C'est le Roi du bagne enfin qui, à l'aide de ses sujets, a réussi à entasser contre vous les preuves qui vous ont perdus tous d(3ux. C'est le Roi du bagne qui est votre plus mortel ennemi, et cet ennemi, nous savons où il est maintenant; nous savons où le trouver! Dites, est-ce l'heure de désespérer?
Henri et Charles s'étaient dressés covnme mus par un même ressort.
Les paroles de .Facquet, prononcées d'une voix vibrante et avec un accent de conviction auquel il n'y avait pas à se méprendre, avaient produit sur les deux interlocuteurs de l'agent de police l'effet d'une commotion électrique. Tout à coup, et au moment où leur situation paraissait le plus sombre et le plus désespérée, au moment où tous les maux paraissaient s'être réunis dans leur accablement, un lumineux rayon d'espoir se faisait dans les ténèbres du présent. Un mot, un seul mot, mais un mol splendi.le, fascin;iteur, enivrant, se traçait en caractères de flammes devant leurs ■yeux éblouis. Ce mot, <lont ceux-là seulement qui ont été injustement coniiamnés peuvent com prendre toute la portée émouvante, était celui-ci : la kiîhabi I-Hation!
Après dix ans de douieurs sans -nombre, de tortures ef-
fi-ayanlcs, de chagrins incessants, voici l'heure du triomphe que faisait sonner la Providence ! Tout ce qui se passa dans l'àme des- deux amis durant les quel(|ucs secondes désinence qui suivirent les paroles prononcées par Jacquet ne pourrait s'exprimer. Durant ces quelques secondes, la réalisation de leurs rêves les plus chers leur apparut enivrante et terrible, et ils oublièrent la situation présente pour ne songer qu'à la joie qu'allaient éprouver les deux jeunes filles qu'ils retrouveraient. Aussi, saisissant les mains de Jacquet.
— Vous savez où est le Roi du bagne! s'écria Henri.
— Et il est l'auteur des horribles forfaits qui nous ont été imputés ! dit Charles.
— Oui ! répondit Jacquet.
— Mais le véritable coupable dévoilé, c'est notre innocence démontrée à tous !
— C'est notre réhabilitation!
— C'est le but atteint! dit Jacquet.
— Ah ! ajouta Henri avec véhémence, vous ne vous jouez pas de nous, -vous ne vous illusionnez pas vous-même ?
— Je ne m'illusionne jamais : je raisonne!
— Pourquoi avoir attendu alors?
— Parce que je ne savais pas, je supposais seulement, et je voulais que ma conviction fût définitive avant de faire luire à vos yeux une espérance qui eût peut-être été vaine. Aujourd'hui, je sais et je l'affirme !
Charles parcourait la pièce avec une agitation extrême; Henri demeurait immobile, debout en face de Jacquet.
— Oui, reprit celui-ci, à force de ruse, d'adresse, d'énergie, de patience, j'ai démêlé enfin touslesfils de cette intrigue. J'ai reconstitué le passé, j'ai compris le rôle que chacun avait joué, et ce que j'ignore encore, je l'ai deviné. Gorain et Gervais m'ont éclairé, car les deux pauvres machines ont joué leur rôle dans cette combinaison infernale. Aujourd'hui aucun point n'est plus obscur pour moi, et la lumière s'est faite ; mais c'est cette lumière qu'il faut faire étinccler aux veux de tous, afin qu'elle éclaire votre innocence à vous et ia culpabilité des vrais criminels.
— Oui! oui! s'écria Charles. Les preuves! Ce sont les preuves matérielles, indiscutables, qu'il nous faut.
— Vous les aurez, dit Jacquet. Le tem[is nous aidera !
— Le temps ! fit Henri avec violence. Quoi ! ces preuves, vous ne les avez donc pas ?
— Nonidit Jacquet. Je suis convaincu, moi, mais j'avoue que les preuves palpables me manquent pour convaincre les autres.
Charles et Heftri se regardèrent avec désespoir.
— Oh ! s'écria Charles, mais ce sont ces preuves qu'il nous faut !
— Ce sont ces preuves que nous devons jeter a la face de ceux qui nous ont condamnés ! ajouta Henri.
— Ces preuves! répéta Charles avec découragement, nous ne les aurons jamais! D'ailleurs, que nous importe maintenant la preuve de notre innocence ? Blanche et Léonore ne sont-elles pas perdues pour nous!
— Où sont-elles ? où peuvent-elles être ? Dans quel lieu les détient-on ? s'écria Henri avec fureur.
— C'est à elles qu'il faut songer avant de songer à nous ! Pauvres victimes de notre amour ! Nous les avons un instant oubliées prisonnières pour les voir libres et heureuses! '
— Oh ! s'écria Hem-i avec un redoublement de violence. Dix ans de ma vie! je les donnerais sur l'heure pour me trouver face à face aYec leur bourreau !
— Cela peut se faire à meilleur marché ' dit tout à coup une voix sonore.
Les trois hommes se retournèrent à la fois : Mahurec venait d'ouvrir la porte de la chambre.
— Connue ça, monsieur Henri, et vous, monsieur Charles, reprit le gabier en s'avançant, vous voulez savoir où qu'est mademoiselle Blanche et mademoiselle Léonore, pas vrai? Eh bien ! aussi vrai que je suis bon matelot, vous allez le savoir!
— Hein? firent les deux hommes en tressaillant. Mahurec s'était retourné vers la porte :
— Amène le colis ! cria-t-il.
— Qu'y a-t-il doue? demanda Jacquet en se levant.
— Tu sais où sont Léonore et Blanche ? ajoiita Henri.
— Pas encore, réjiondit Mahurec, nous allons découdre la vérité !
— Comment? firent à la fois les trois hommes.
— Minute ! fit Mahurec.
Des pas lourds retentissaient dans la pitce voisine. La Rochelle apparut, marchant à reculons, et paraissant soutenir un objet pesant.
— Khdoncl que c'est moi, que! fit le Maucot, qui suivait, la Rochelle en soutenant l'autre extrémité du fardeau.
Ce que portaient les deux hommes n'était pas tout d'abord très-facile à déûnir. C'était un paquet long, flexible, épais, l'ecouvert d'une enveloppe laineuse, et qui paraissait être d'un poids assez respectable.
— Là ! fit Mahurec en désignant le milieu de la pièce. Les deux matelots s'arrêtèrent et déposèrent sur le plancher le fardeau qu'ils soutenaient.
— Maintenant, poursuivit le Roi des gabiers, largue les grelins et enlève la carapace.
Le Maucot s'agenouilla et, à l'aide de la lame de son couteau, il coupa les liens qui retenaient la couverture. La Rochelle déroula lentement cette enveloppe, et un corps humain, dont les membres supérieurs étaient collés au corps, apparut aux regards étonnés des trois hommes. Jambes, pieds, torse, mains, bras, étaient ficelés étroitement.
Une bande de toile humide recouvrait la bouche et ne permettait au patient de respirer que par les narines. Mais sans doute cette voie de la respiration était insuffisante, car le visage était violacé, le col gonflé et les yeux saillants et fixes. Son immobilité était celle d'un évanouissement qui, se prolongeant, pouvait devenir dangereux. Mahurec saisit le couteau du Maucot, trancha le bâillon, dégagea la bouche et fit sauter les liens qui retenaient les bras'et les jambes.
— As pas peur! dit-il, il ne peut pas se sauver ! Et, se tournant vers la Rochelle :
— Maintenant, matelot, ajouta-t-il, de l'eau en grand ; mouille et baptise, afin de s'assurer que le particuner est chrétien.
La Rochelle, qui s'était emparé d'une carafe pleine, en versa le contenu sur le visage du prisonnier. Celui-ci fit uu mouvement et ouvrit les yeux. Jacquet, qui s'était pcuclié sur lui, recula en poussant un cri de joie.
— Roquefort! dit-il, tandis que ses yeux lançaient un double éclair.
— Cet homme?... quel est cethomme? demandèrent à la fois Charles et Henri.
— L'ami de Ramboulà ! répondit Mahurec, son lieutenant, son matelot, quoi! Celui qui sait tous les secrets et qui va nous les dire.
Charles et Henri joignirent les mains : ils se demandaient s'ils devaient croire. Tant d'espérances avaient été déçues, que les pauvres jeunes gens pouvaient douter.
— Roquefort ! répétait Jacquet, Roquefort! cet homme entre nos mains!...
l'uis, courant à Mahurec :
— Où? comment? quand? pourquoi t'en es-tu emparé? demanda-t-il d'une voix fi'émissante.
— Oîi? répondit le matelot, au club des œufs rouges, donc. Comment? en le erochant solidement et en l'amarrant à quatre amarres avec les amis. Quand ? Il y a trois jours, quand j'ai eu tiré mon plan à moi. Pourquoi? parce que je m'étais juré à moi-même de retrouver mademoiselle Rianclie ('t uKulenioisclIc Léo;iore, et que ce serment-là je le tiendrai. J'ai mou plan, que je vous dis, et c'est pas fini!...
— Mais, s'écria Henri, pourquoi avoir attendu? pourquoi, depuis trois jours, avoir gardé cet homme sans nous prévenir ?
— Parce que je voulais lui tirer les vers du nez, et que le marsouui a tourné sa langue au taquet. l'as moyen de lui déballer seulement un merci I
— Il refuse de parler? s'écria Jacquet.
— Plus nmet (|u'nnc dorade depuis trois jours.
— Mais il sait tout cela, mais il faul (|u'il parle 1
— Oh ! dit lraii(|iiillemeril Maliiirec, il parlera. Nous avons tiré un plan ! IViit-Pierre, ipii a liahilé chez les sauvages de laertte de Guinée, contiaîl un las de moyens pour faire cbaiiler les muets. Seulement, comme les moyens sont un peu drAlcs et que le requin pourrai! avaler sa gaffe en jaboianl, j'ai voulu ramener âmes officiers, afin qu'ils soient lériioins de la chose;.
Charles et lleiiii étaient slupéf.iils. Ils allendaienl avec une anxiété etlra\aiile. Jacquet, dont la plijsjmimnie mobile était étrangement animée, avait son regard rivé sur
Roquefort, et il semblait combiner tout un plan nouveau à suivre.
— Si cet homme veut parler, dit-il en s'adressant à Henri et à Charles, nous saurons où sont celles que nous cherchons, nous retrouverons Blanche et Léonore, nous nous emparerons de Bamboula, et ces preuves de la complicité du Rui du bagne qu'il faut avoir, nous les obtiendrons; seulement il faut que cet honnne parle !
— Il parlera! dit Mahurec.
Et, se tournant encore vers la porte demeurée ouverte :
— Oh ! Petit-Pierre ! héla-t-il, amène, amène ta ferraille et commence la danse !
Un cliquetis soiu'd retentit au dehors. Presque aussitôt Petit-Pierre entra dans la pièce, portant un panier d'osier rempli d'instruments de fer de la forme la plus bizarre.
— Faut faire bon feu, dit le matelot en s'adressant à la Rochelle et en posant près de Roquefort le panier qu'il portait.
Charles e( Henri, s'étreignant mutuellement, n'osaient rien dire : ils attendaient.