LXXIX. — L'INSURRECTION
A celle insurrection du 12 germinal, les grands chefs politiques faisaient absolument défaut; ceux (lui excitaienl le peuple et le trompaient en le poussant n'étaienl que îles nn)leurs d'anarchie, n'ohéissant à aucune eonviction l't voulant le mal uniquement fiour lemal. Auxémeulesprécédenlis, il y avait eu des hounnes en pri''sence : là il n'y en avait \<i\--. Aiissi, monlagmirds et modérés se cherchaienl-ils miituellenient du regard, afin de se prêter une mutuelle assistance au moment du ilanger.
— La (^onslitulion dc93l hurlait-onde tontes parts au milieu du plus affreux concert. En ce inomeni, l'homme dont nous a\ons parlé (lé|à, celui (pii seodilail être l'un des priiiMpauv chefs de rinsnrreclion, pa>sa (le\anl Fouché.
Pâquerette tressaillit et saisi! le bras de Jacquet : - C'est lui! murinura-l-il.
— Tu en es sûr? lit Jacquet.
— J'en réponds.
Jac(|iiel se reloiirna \crs Fnuché cl lui parla lias rapideiuenl. Deux hommes, coux-li mêmes qui élaienl accourus
les premiers au secours rlu nieiubre du comité de sûreté générale, étaient encore près du représentant, et ils entendirent les paroles prononcées par Ja-quct. Un même éclair brilla dans leurs regards, et ils tirent, tous les deux à la fois, un même mouvement pour s'ékmcer. Mtis deux mains vigoureuses les retinrent sur place.
— Minute! dit une voix forte'. C'est mon affaire! As, pas peur! les gabiers sont là! Bougez pas!
Et Mahurec, car c'était lui qui venait^ de parler, bondit en avant. Trois bomuies le suivirent : c'étaient le Maucot, Petit-Pierre et la Rocbelle. Tous quatre étaient entrés dans la salle, à la suite du peuple, et avaient jusqu'alors paru agir en vertu d'un plan combiné d'avance. Maburec fit un signe à Petit-Pierre et à la Roebelle, puis il s'élança avec le Maucot r,ur les pas de celui que venait de désigner Pâquerette. Les deux autres matelots, fendant la foule, se vuèrent vers le salon de la Liberté.
ia fureur générale semblait accroître. Le tocsin sonnait
à toutes volées au pavillon de l'Unité, et son glas funèbre se mêlait au tumulte assourdissant et aux roulements incessants des tambours.
— Président! s'écrie Duhem, engage donc les bons citoyens à sortir, pour que nous puissions délibérer.
Puis, s'adressant au peuple :
— Le tocsin sonne, ajoute-t-il, la générale a battu dans les seclions, et si vous ne nous laissez pas délibérer, la patrie est perdue!
Cboudiers veut prendre une femme par le bras pour la faire sortir. Elle le repousse brutalement.
— Nous sommes chez nous! s'écrie-t-elle avec fureur. Cboudiers interpelle le président, et lui dit que s'il ne
sait pas remplir son devoir et faire évacuer la salle, il n'a qu'à céder sa place à un autre. Il parle de nouveau à la foule : — On vous tend un piège! s'écrie-t-il, retirez-vous pour que nous puissions accomplir vos vœux.
Le peuple, en voyant les marques d'impatience donnée
r^^'^-^'SSîe^itil'K TlK^ir ,
Maliurec! s'écnèrent-ils. tl'age l'ij.)
par la Montagne, semble hésiter, mais de nouveaux flots survenus le poussent et l'entraînent.
Alors le pas de charge retentit dans le salon de la Libei'té : ce sont les sections fidèles qui arrivent au secours de la Convention menacée. Le peuple se prépare à la résivStance : la garde nationale paraît...
Oa somme la multitude de se retirer, le président l'y invite au nom de la loi : des huées et des insultes lui répondent. Fouché a quitté ses amis : il va, il vient, il est partout. — Dégagez l'Assemblée ! crie-t-il aux sections.
Celles-ci croisent la baïonnette :
— A nous, sans-culottes ! crie le peuple.
Une partie des patriotes s'élance et charge avec violence le détachement qui avait pénétré. Un instant ils ont l'avantage, mais un renfort arrive et repousse les insurgés... Le meneur, que nous avons vu à l'œuvre, s'est mis à la tête d'une troupe d'hommes déterminés. Avec eux il fait merveille : il rallie le peuple,- ilmenace les gardes nationaux.
Déjà une section a été repoussée : la victoire est incertaine et semble même pencher en faveur de l'insurrection. En cet instant la section repoussée s'entr'ouvre comme pour faire place, et une troupe d'hommes armés de bâtons ferrés se ruent en avant. Quatre hommes, quatre matelots, se distinguent en tête. Us fondent sur la troupe du meneur. La lutte
devient terrible; on se bat dans toutes les parties de la salle. Mais le pas de charge retentit de nouveau : des grenadiers s'avancent. Fouché s'est élancé vers eux et les excite et les dirige. Un uniforme de général domine les rangs des gre^ nadiers, le nom de Pichegru est prononcé et vole débouche en bouche... La lutte touche à son apogée...
— En avant, les grenadiers ! crient les sections
— A nous ! disent les députés. Vive la mation!.. L'insurrection est repoussée de toutes parts; elle faiUiA..
elle cède... Le principal meneur a disparu... ses hommes ont été dispersés... A cinq heures la salle est évacuée, et les députés regagnent leurs places. L'Assemblée reprend sa séance et ordonne la continuation du rapport de Boissy d'Anglas qu'avait interrompu l'invasion de la multitude. Les Romains eussent-ils fait plus? eussent-ils fait mieux?...
Cette assemblée, qui se réunit le matin au milieu de l'insurrection éclatant de toutes parts, qui discute, qui écoute ; qui, violée, envahie, menacée, soutient une lutte- de sept HEURES, et qui, cette lutte épuisée, sa salle évacuée, reprend aussitôt, dans un calme imposant, la continuation de ses travaux, n'a-t-elle pas droit à notre admiration !
Quel peuple a donc dans ses annales un exemple semblable à citer, et quels hommes étaient-ce donc que ceux de cette époque?... Certes, nous ne reculerons jamais quand ils'agira
de flétrir le crime et l'anarchie ; tuais quelles louanges assez pui^sanles pourrons-nous prodii^ncr quaiul nuus renconlreroiis .If |i;;reilli'ssi;ùnus !... Épo lue de ^'rai\ts que cette époque de uolre Liàloire ! Tout était graud : le criuie et la gloire !