‹ Le roi des gabiersChapitre 71 sur 103 · LXXX. — RÉHABILITATION · texte numérisé non relu

LXXX. — RÉHABILITATION

Le soir de cette journée du 12 germinal, il y avait, dans l'appartement du troisième étage, uue réunion d'une société duiil les visages étaient éclairés.

Blanche et Léonore, lihres, délivrées de tous dangers, étaient là, entourées, fêtées, recevant de nombreuses marques d'intérct et de sympathie. Charles et Henri avaient la nhvsionoinie ravonnuïite. La citoyenne Lefebvre, la femme du' général célèbre, tenait près d'elle la jolie mifiuonne. Brune, Au-,'ereau, Ney, Lannes et Soull, ces brillaiilsgénéraiix dont Ls lauriers "ceignaient le front, étaient heureux de ce bonheur. Dans l'angle se tenaient Gervais et Gorain, tandis que la ciioycnne Gervais était assise derrière la ciloyenne Lefebvre. Les deux dignes bourgeois semblaient peiiiuils, liontoux, contrits, et désireux de ne pas attirer les regirdsde leurs compajnons.

Il était alors minuit. Depuis huit heures du soir, tout ce monde était rassemblé dans Ja niodcste demeure. Par qui Blanche et Léonore avaient-elles' été délivrées ? Le Roi des "ahiers avait tenu son serment et exécuté le plan hardi qu'il avait conçu dans son esprit naïf. Konucfort avait tout révélé ; Mahur.c et ses amis avaient agi. La no;nelle de la délivrance des deux jeunes filles s'étaitrépandue rapitlement parmi ceux qui s'intéressaient à elles. Charles et Honri, voulant jouer leur rôle dans la joirnée qui se préparait, et vouLuit en même temps mettie à l'abri de tous dangers celles -qu'un miracle venait de leur rendre, Charles et Henri avaient conduit sans hésiter Blanchett Léonore à la citoyenne Lefebvre. L'excellente femme, à demi au courant des événements passés, avait ouveit ses bras et sa maison. Demeurée seule avec lès deux jeunes filles, elle avait appris de leur bouche tniite l'histoire de leur infortune passée et celle des malheurs du manpiis et du vicomte. Intéressée au plus haut point, la citoyenue avait envoyé quérir madame Girvais et la Julie miipwnne. Celles-ci avaient dit également le peu qu'elles savaient. On avait passé ensemble lis heures d'angoisses durant lesquelles l'insurrection mettait la République à deux doigts de !-a peile; puis, le calme survenu, les conjur.'s vaincus, Charles et Henri étaient accourus, et la citovenne Lefebvre avait voulu, sans plus tarder, voir clair dans cette ténébreuse affaire.

On était retourné rue des Lombards. La charitable femme avait immédiatement envoyé chercher Goraii; et Gervais, et fait prier Brune, Soidl, Augereau, .Michel et Jean de venir la trouver. Tous étaient accourus ; et là, devant tons ces gens qui axaient des indices sur celte lugubre liistoire, les explications claires, précises, avaient coninu-neé.

— Il faut obtenir vntre réhabilitation, avait dit la citoyenne Lefrhvrc, et l'obtenir dès demain, si cela se peut.

Mais Blauclic, au milieu de la joie qui éclatait sur tous les visages. Blanche semblait triste et .'■■ninhre. La pauvre enfant i^inmait ce qu'avait fait le /!(*/' du ba<}iie ; c,\Ui ignorait que Bamboula avait été trompé ; elle se crny;iit mariée, et, bien que celle union n'cml pas reçu la sani'tiou divine, elle la croyait nu moins légale. Charles comprenait ce qui se passait en elle, et il s'efforçait de lui faire entrevoir l'avenir sous un plus favorable aspcet.

— Ce mariage a été contraint, disait-il ; votre consentement a été arraché par la violence; c'est la vue de la mort suspeinlne sur la tête de votre sonir qui vous a l'ail prononcer le oui fatal ; relie union sera dissoute. Quel est le tribunal qui la fléclarerail valable?

— Puis, ajoutait Henri, ret homme, ce monstre, n'esl-il pai eiilie nos mains ainsi que S(m romplirr ? Il npparlienl à la justice hinnainc, el la justice, cette fois, ne innis fera pas défaut !

— Ksp^re, espère, chfcre petilo! disait la jolie nn'-re I,efebvre en se rnpproelnnl île IJlanelie. La llépulilique a du bcu), et il va pour le \\\(\\i'\ivr et te di'l'rndre îles gadiards qui ne sont pas nianrbnisi l'as \rai, lîrune';' pas vj'.ii, Angcreau ?

— Cerlo», répondit liruac, ce que nous poiivoin 'airo, je

vous promets en mon nom et au nom de mes amis que nous le ferons.

Gervais et Gorain se regardaient sans oser prendre part à la conversation, sans nnime prononcer une parole, les deux malheureux bourgeois avaient l'aspect de d^ux êtres eompléteniBnt hébélés. A eu\ comme aux autres, ou.avait expliqué si elairenient, si nettement toute l'histoire de Bainb.iulà et celle de Camparini que, bon gré, mal gré, ilsavaii>nt dû comprendre le rôle qu'ilsavaientjuué dans cette intrigue. JaCiiuet avec son inielli;-;eni'e supérieure, Jacquet qui, depuis dix ans, était sur la voie de ces Lulernales menées, Jaei|iiet avait fini par deNinej- la vérité eiUière ; mais il mauquait de preuves; il supposait.

La merveilleuse arrestation de Roquefort qui avait pi. v^^' cet homme entre les mains de l'habile agent de poliie, alors que, la veille, Mahurecet les lualekds avaient cmiluil leur piisoniiier dans la maison du Fidèle Benjer, avait mis Jacquet à même de compléter ses renseignements il d'éelaircir Cl iiiplétement ses doutes. Roquefoi-l avait parlé; il avait tout dit, tout révélé, et Jacquet, Charles et Henri avaient enfin tout compris. .\us>fllôt, et pour les deux jeunes gens, avait brillé à l'horizon une même lueur d'espoir : ils enirevoyaient la réhabilitation. Brune, Augereuu, .Micliel, Jean, devaient être autant de témoins chargés, en rappelant leurs souvenirs, de faire briller la vérité.

L'affaire de \<i Julie mignonne s'attachait pir trop de liens à celle des assassinats commis sur la faiiiille des Nioires pour que ceux qui avaient joué un rôle actif dans l'une iie. pussent servir fi éelaircir l'autre. Jacquet a''ittr>nt corfipiis, tout calculé, mais le temps lui avait manc^ué- pour donner des iuslrnctioiis détaillées aux deux jeunes gens. r:es alïaii'es politiques le réclamaient dans ce inoineiit de cri^e.

— Ce soir, chez vous ! avait-il dit à Henri et à Charles en ' les quittant sur le seuil de la Convention. Que Maliurec veille sur les prisonniers!

A l'heure à laquelle nous pénétrons avec le lecteur d.ms la maison de la rue des Lombards, Jacquet n'était point encore arrivé. Tout à coup et comme chacun, confiant en l'avenir, entrevoyait le bonheur pour ceux qui avaient si longtemps souffert, s'empressait de ressaisir les souvenirs les plus fugitifs et de rétalilir le passé dans sa vérité méconnue jusqu'alors, la porte d'entrée s'ouvi'it violemment et nu homme pénétra dans la première pièce déserte. C'était Jacquet.

Sans franchir le senil de la seconde chambre, il appela du geste Henri et Charles, et comme ils hésitaient :

— Venez! dit- il.

Jacquet était tiès-pàle et paraissait, lui d'ordinaire si calme et si imiiassible, eu prdie à une violente agilaiion.

— Qu'y a-l-il ? firent à la fois Charlesc' H.mri en se trouvant seuls avec Jacquet dans la première pièce.

Les autres personnes, inquiétées par cette arrivée soudaine, attendaient en silence.

— Les prisonniers?... dit Jacquet d'une voix brève, ils sont ici? .

— Non ! dit Charles.

Jacquet laissa échapper une sourde exclamation.

— .Mais qu'e-l-ee dune! demanda Henri.

— Les prisonniers, où sont ils ? ixViéta Jacquet.

— Toujours à la garde de Mahurec.

— ()ii les a-t-on coiidiiiis?

— Dans la maison de la rue aux FèvCS.

— Là !... dit Jacquet avec violence.

— Oui!

— Malédiction sur nous!

— Mais qu'y a-t-il ? ilirenl les deux jeunes gens avec un même sentiment d'anxiété.

Jacqnct serrait ^cs poings et frappait du pied avec iinpalience.

— Prenez vos armes 1 dil-il enfin, et venez avec mot.

— Où'/ demanda Charles.

— Uue aux lèves.

— pourquoi ?

— Pour ne pas laisser dchnoper nos onnomis, pour no pas voir s'anéantir encore nos espérances, pour sauTct |ieul-éiro Mahurec et ses comp.ignons I

Lis deux jeunes gens demeuraient forttlroyés.

— Vos aimes, ré|i 't i Jacquel.

t liai les cl Henri boiidireiU et furent pi'ûls eu un clin d'œil.

— Qu'est-ce donc"? qu'y a-t-il? demandèrent à la fois tous les assisliiiils.

Mais Jacquet ne laissa pas le temps de formuler lestions. Saisissant par le Ijras Cliarles et Henri :

d'autres

que

— Venez ! dit-ii.

Et il les eiitiaina rapidement

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