‹ Le roi des gabiersChapitre 77 sur 103 · LA GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

LA GUERRIÈRE

— C'est bien pour cela (pie j'ai toujours réclamé la femme ci non l'enfant. En ayant l'une, mnis aurons l'aiilre, et nous n'aurons éveillé aiieiin sonpçfm. Crois-moi, Bamhoulà, mon |)lan est bon et d'une réussite inl'aillihle ; il faut savinr alteiiih-e, voilà tout. Durant toute celte affaire, jo ri 'ai que deux fautes h déplorer : la première, c'est moi qui l'ai coMimise, la siM'onde a été l'aile par toi.

— Cmiirnent ï

— J'aurais di"i profiter de l'insurreelion du i'i Rernnrial pour ninis débarrasser des deux jeuni's gens. Bien n'(''lait jdiis facile (|ne de les faire tuer dans la bagarre... niais nu ne pense pas h (ont, iitalheniciisrMiienl. J'étais occupé alors Il déjouer les plans do Eourhé, ceux de .larquel, ceux de M.iliuree, les lieiismême, et la masse l'aeinporté sur le détail. Quant h l'antre faute, elle retombe sur toi. Coinmcnl as-tu

laissé lord Ellen s'emparer d'Étoile-du-Matin? Tout nétaitil pas convenu dans notre plan lors de l'incendie du carhet?

— Eh ! pouvais-je prévoir (|u'Eioile-du-Malin serait dans la case de sa sœur? Le hasard m'a mal servi, voilà tout !

— D'ailleurs, les reproches seraient inutiles à cette heure. La situation est assez belle pour que nous ne puissions nous plaindre. L'eul'ant est en sijrelé ici, à notre dispos'ition, et les Anglais nous doivent cinq cent mille francs ! Il faut donc emporter l'argent el le petit. Or, nous sommes dans une île, ninu cher, elpour sortir de cette île, il nous faut absolument un navire : les Anglais seuls peuvent nous eu fournir un. Donc, nous avons besoin des Anglais, donc il faut les ménager: cala Inexpliqué ma conduite de ce matin.

— Maintenant, qu'alloiis-nous faire?

— Je vais rejoindre la compagnie nègre que j'ai organisée, soldée et armée, et qui nous attend derrière ce bouquet de palmiers, dans les hautes herbes de la savane. Je m'élancerai avec elle dans la campagne et j'étudierai la situation. Les Caraïbes sont nombreux encore et braves : la lutte n'est pas terminée... Si les Anglais étaient battus (il faut tout piMJvoir), une balle envoyée à sir Henry et une attaque à l'iuiprovisle sur les bataillons de lord Ellen me remettraient au mieux dans l'esprit des sauvages, auquels j'expliquerais notre conduite passée par la l'use. Si, au contraire, les Anglais ont l'avantage, je leur apporte un secours efticace. Dans tous les cas, je suis certain d'être victorieux, tu comprends?

— Et moi, que ferai-je?

— Toi?...

Camparini lan(;a un regard railleur à son compagnon; puis, le prenant par le bras, il le contraignit doucement à se retourner vers le port que l'on apercevait- à peu de distance. Quelques navires de léger tonnage se balançaient sur les eaux bleues du petit golfe.

— Vois-tu ce sloop? reprit Camparini en désignant du geste un mince bâtiment à la mâture élancée.

Bamhoulà regarda et pâlit légèrement.

— Ce sloop, continua le terrible personnage de sa voix mordante et incisive, vient de la Trinidad : il appartient à un contrebandier espagnol... Il est monté par \ingt-eiiui hommes, toys gens de sac et de corde et qui finiront infailliblement au bout d'une vergue. Ce sloop, le pati'on el son équipage ont été achetés la nuri dernière par mon ami Bamhoulà... Bah ! ne cherciie pas à te défendre. Tu me croyais endormi, et j'étais sur tes pas : donc, j'ai tout entendu. Le patron doit, la nuit venue, mettre à la \oile, filer au large, puis revenir clandestinement derrière la nioutagne, là... sons la cornielie. Un canot sera sur un point <lésigné et attendra... A deux heures, tandis que tout dormira, mon excellent ami, qui n'aura plus besoin de mes services, quittera furtivement notre demeure commune. Il escaladera la haie de l'habitalinn de sir Henri, et, aidé du jardinier noir , qui lui appartient également, il tuera Éloile-du-Malin et il enlèvera l'enlant. .\u le^e^ de l'aurore, le sloop sera loin, et Camparini demeurera seul avec les Anglais... Est-ce bien cela. Bamboula ? .\i-jc bien deviné ton plan ?

B.mibonlà ne répondit pas, maisil lan(,'a àson railleurcompagnon un regard de vipère. Camp.iiiui haussa les épaules.

— Tu trahiras d(mc toujours, dit-il, et l'audra-t-il que j'en arrive à te planter ti-ois pouces de fer dans le cctnir pour ne plus être gêné par toi ? l^'est la dernière fois que je te pardonne, je le jure !

— Si tu ne m'as jias tué, dit Bamhoulà, c'est que lu as besoin de moi.

— Nalurellement ! fit Clamparini avec un effroy.ible cynisme. Nous obéissims, vis-à-vis l'un de l'antre, Imis deux au même motif. Mais je suis le plus fort, el je ne te crains pas. Donc, lu vas appeler tout à riieure (pielqu'uu des hommes du sloop, qui doit t'altendre (piehine piii, el lu lui Iransmellras «le nouveaux or.lres. Que le bâlimenl ne lunige pas la nuit prochaine, mais que, l'autre nuil, il fasse

la mameuvre indiquée... Tu comprends? Maiutenaiil

écoule, Itamhoulà 1

1:1 le liai du hiiiine, saisissant les poignets de son inlerloctilenr qu'il élreigiiit éneigi(iufment. le contraignit à le regarder face à l'ai'C.

— E'cmie! rciiril-il d'un Ion plus lent, nous louchons au but ! mms rùissirons, je le l'affirme; mais si je surprenais dés(U'mais une mauvaise pensée, lùl-ce iiiêino ilaiis les reijards, tu mourrais sans avoir le Icinps do poubser un

cri !... Tu as compris encore ? Tu me connais ! Ecoute mes orilrcs et courbe l;i tète !

Caiiipaiiiii ileiieura quelques instants en silence, les rayiins étinct;laii\s de ses noiros prunelles plongés dans les yeux ternes du eoinie de Soaiiues. Ou eût dit qu'il cliercliail à doiLiiner cet homme de toute sa puissance magnétiiiue. l'uis, sans ajouter un mot, sans dessiner un geste, il quitta brusquement Baujboulà et s'élança dans les hautes herbes. La fusillade éclalait plui vive, plus nourrie, plus ra/proehée. Bamboula deuieurait immobile : il était li\ide.

— Comment peut-il tout savoir, tout deviner, tout cwuprcndre? s'écria-t-il en grinçant des dents avec rage. Oh!... c'est un démon !... Et je courberais la tête ! Et je me condamnerais au rôle secondaire ! Et je continuerais à être son esclave ! Non ! non ! mille fois non ! Uussé-je tout risquer dans une dernière lutte... je me bâtirai encore!

Bamboula jeta autour de lui un regard rapide : il était absolument seul sur la promenade. Le bruit des combats qui se livraieiit sur deux points différentsde la campagne arrivait iiicessammeiit jusqu'à lui. Bamboula quitta la promeiiade et descendit rapidement vers le port, gagnant l'en-droit où nous avons vu jadis Mahurec se préparer à l'attaque des sentinelles anglaises, il se glissa dans les hautes lieibes (fui là encore bordaient le pied du rocher. Se couchant dans ces herbes qui ondulèrent légèrement au-dessus de lui, il siffla doucement et à plusieurs reprises, puis il atteu'lit. Un mouvement se fit dans les herbes, et une tête d'ho.iime apparut en face de celle de Bamboula.

— Tous tes hommes sont-ils à bord '! demanda le comte de Sommes.

— Oui, répondit l'autre.

— Le sloop est prêt à appareiller ?

— Tout est paré.

— Ton chargement ? ta patente ?

— Fait, signée. Celte nuit nous pourrons filer avec la marée.

— Il faut appareiller avant celte nuit !...

— Quand cela, alors ?

— Sur l'heure même !

— ' C'est facile, mais ce sera plus cher!

Baniboulà fouilla dans sa poche et prit une bourse qu'il ton lit à sou inlerlocuteur. L'homme prit le sac de peau, le soup-'si et poussa uu sourd grognement de satisfaction.

— Dans une heure, dit-il, je serai en haute mer, si Votre SeigneiH'ie le désire,

— Ton sloop prend peu d'eau ? demanda Bamboula.

— Très-peu : il naviguerait dans une rivière.

— Bien ! Tu vas a;jpareillei' sans pci'dre une minute, quitier le port etiloiibler la pointe de l'Est; puis tu longeras les côtes jusqu'à Iç baie des Caraïbes. Les sauvages sont trop occupés en ce moment par les Anglais pour veiller à la baie, d'ailleurs le carhet est détruit. Tu jetteras l'ancre dans la baie, et tu attendras. A quelle heure mouilleras-tu?

— A cinq heures ce soir, au plus tard.

— . Parfaitement ! Tu auras soin de demeurer en vue des côtes tout le temps de ta navigation, et tu auras constamment un canot à la mer, afin d'obéir à mon premier signe, si je l'en fais un de terre.

— Cela sera fait.

. — Alors, ne perds pas un instant, va!

L'homme recula dans les hautes herbes et disparut. Bamboula se redressa et écouta attentivement. La fusillade éclatait de plusen plus vive dans la campagne ; on devait se battre avec acharnement aux portes mêmes de la ville. Tous leshabitanls avaient prislesarmes; la ville était à peu près déserte.

— Allons ! dit Bamboula en s'élançanf, de l'audace, de la promptiiùde et une seule chance favorable, et tout est dit. Ah ! Campaiini, lu ne me tiens pas encore ! Atoi les guinées des Anglais, mais à moi les millions des Niorres !

Bimboulà traversa la ville comme une flèche et gagna le mur qui entourait le jardin de sir Henri. Une petite porte était prati.|uée à l'extrémité de cette muraille. Bamboula atkignit celle petite porte et y heurta d'une façon mystérieuse : la porie s'ouvrit presque aussitôt. Un nègre, vèiu en jardinier.-s'el'laça pour laisser entrer le comte. ■ — l'eblo, dit Bamboula, je t'ai promis cent livres, en v(iiix-tu gigner deux cents?

Les yeux du nègre étincelèrent.

— Oui, dil-il.

— Tes fils sont là?

— Mes trois enfants sont dans la case.

— Cent livres à chacun I

— Oh ! fit le jardinier en donnant tous les signes d'une joie folle.

— Et la liberté poui- tous ! ajouta le comte.

— La liberté?

— Oui!

Le jardinier demeura muet; tant de bonheur l'étouffait.

— Quand l'argent? quand la liberté? dit-il enfin.

— L'argent ce malin, la libellé ce soir !

— Oli ! vite, vite, nous sommes prêts !

— Il n'y a plus aucun homme à l'habitation ?

— Aucun ; les soldats et les valets sont avec sir Henri.

— Et le docteur César?

— Il vient d'aller aux nouvelles.

— La Cara'ibe ?

— Elle est dans la case de la fontaine avec l'enfant.

— Et miss Mary ?

— Elle est avec la Cara'ibe.

— Oh ' fit Bamboula, j'aurai peut-être aussi les guinées des .\nglais. — Puis, s'adressant à Peblo : — Tu m'as dit, reprit-il, que tu connaissais une route pour sortir de la ville et gagner les crêtes, roule ignorée des Anglais ?..,

— Moi seul l'ai découverte, dit le jardinier. • — D'où part cette route ?

— C'est une fissure située dans la montagne, là, au boiit du jardin. C'est en chassant des serpents qui abîmaient mes fruits que j'ai découvert celte route.

— Et elle passe dans la montagne ?

— Oui. , .

— Elle aboutit ?... -

— Sur la crête delà falaise; mais le chemin est mauvais et noir.

— Appelle tes fils, reprit Bamboula d'une voix fiévreuse; apporte des cordes et des conveitures de laine et obéissezmoi tous sans hésiter et sans réfléchir. Voici de l'or; tu prendras toi-même la liberté.

Et Baniboulà jeta une lourde bourse aux mains du nègre. Le jardinier lui fit signe de l'attendre et s'élança vers sa case.

Tandis qu'Henri, Mahurec et les soldats couraient vers rexlrémilé orientale de Kingslown, se ra|)prochant des falaises près desquelles étaient embusqués les nègres de Caiiiparini, Charles, se précipitant vers un point opposé, s'engageait résolument dans les hautes herbes, à travers lesquelles il se frayait un chemin, comme s'il eût eu à traverser sans danger les foins de quelque prairie de France. Bientôt, coup.mi la savane dans toute sa largeur, il atteignit les pentes rapides des montagnes de l'ouest, deraièies rainificatimis de la soufrière. C'était de l'aulie côté de celle montagne que retentissaient les coups de feu. Voulant, avant de s'engager, connaître la situation des deux partis combatlaiils, il résolut d'escalader les roches ariJes afin de dominer la scène du haut de leur sommet. S'accrochant aux lianes, aux racines, aux herbes, Charles, avec l'habileté du marin et l'adresse du sauvage, atteignit, après une heure d'etïorts surhumains, la crête qui devait lui servir d'observatoire.

Il y arrivait à peine que plusieurs Caraïbes, venant du côté de Ringstown, passèrent devant lui en désordre et comme des gens eu proie à une terreur panique. Il voulut les arrêter; mais aucun ne l'écouta et tous continuèrent leur fuite précipitée vers la partie caraïbe de l'île. Tout à coup il vit s'élancer sur le roc, qui s'enfonçait à pic sous ses pieds, un jeune Caraïbe rouge qui, à en juger par la longue plume rouge fixée sur sa chevelure, ne pouvait êlre qu'un chef de tribu.

Ce guerrier, couvert de ses nattes de combat, portant à la ceinture sa hache d'armes, et, en bandoulière, une magnifique carabine damasquinée d'or, ce guerrier gravissait le rocheravec une agilité nrerveilleuse et une hardiesc effrayante.

Charles se pencha au-dessus de^ l'abîme pour tendre au guerrier sauvage une main secourable ; mais celui-ci s'élança légèrement sur le sol sans accepter l'aide offerte.

— Fleur-des-Bois ! s'écria Charles avec un élan de joie.

— Toi !... fit la jeune fille en reculant de surprise. Charles et Fleur-des-Bois demeurèrent quelques instants

en présence l'un de l'autre sans prononcer une parole.

— Oh ! fit enfin la jeune fille en secouant la lêie, tu viens bien lard? Le vieux chef est mort, la jeune sœur est prisonnière, et Fleur-des-Bois voit ses guerriers fuir devant les fusils anglais ! Les Caraïbes sont perdus I

— Non, non, s'écria Charles, je viens les sauver! Espoir! I Les secours vont venir 1 Nous pleurerons ensemble sur la

mémoire du chef et nous délivrerons Éloile-du-Matin !

i.K ROI DES GABIERS

Fleur-des-Bois ne répondit pas ; ses regards hardis inlcrrogcaiuill l'horizon. Charles se retourna dans la direction de ses regards. Au-dessus des halliers qui les entouraient, apparaissaient les fi^'ures hâves des soldats anglais, dont l'unil'orme rouge se découpait sur le fond vert des feuilles. Vingt fusils s'abaissèrent à la fois, couchant en joue les deux jeunes gens. Vingt doigts poussèrent en même temps la détente de l'aruie ineurtrière, et une traînée de feu déchira le nuage de fumée qui entoura les soldats.

Mais, aussi prompte que l'éclair, Fleur-des-Bois avait saisi fortement Charles par le bras, et, l'entraînant avec elle par un élan irrésistible, elle se précipita du haut du rocher dans la profondeur d'un ravin qui gisait à leur droite, au-dessous de leur tête, et quand les soldats, furieux, firent sur eux une nouvelle décharge, leur chute, presque verticale, les avait fait arriver d'un seul bond à une distance qui, jointe à l'abi'i des lianes appendues sur l'escarpement, les mettait hors de tout danger.

Ils étaient ariêtés sur une saillie du roc, située au premier tiers de l'abîme. Quelques soldats firent mine de s'aventurer Jusqu'à eux. Fleur-des-Bois, devinant le danger, saisit de nouveau le bras de son compagnon et s'élança une seconde fois franchissant d'un seul élan quarante à cinquante pieds. Dix fois, tous deux recommencèrent cette terrible et périlleuse descente. Enfin, ils atteignirent le fond du précipice. Sans aucun doute ils se fussent brisés sur les rugosités des rochers, si un immense tapis de plantes saxatilesne les eût préservés de ce dangereux contact.

Quelques secondes avaient suffi, grâce à la présence d'esprit de la jeune fille, pour les mettre hors de portée de fusil. Tous deux avaient atteint le pied des falaises sur-une belle pelouse d'jerbe fleurie, sans autre mal que quelques égratignures aux lianes de cette route aérienne. Le ravin était étroit et enserré devant et derrière entre deux hautes murailles de rocher: c'était du Iraut de l'une de ces murailles escaipées que Fleur-des-B;iis s'était précipitée entraînant Charles avec elle. A gauche, serpentant entre ces murailles, le r.ivin descendait dans la direction de Kingstown. A droite, il remontait en se rétrécissant dans la direction de la soufrière.

— Si nous descendons, dit Fleur-des-Bois en examinant les lieux, nous allons nous rapprocher des postes de l'ennemi et tomber très-certainement en son pouvoir.

— Si nous remontons, dit Charles, comment pourronsnous franchir ces escarpements qui s'exhaussent et se resserrent à mesure que le ravin pénètre dans vie massif des volcans de l'île?

Ce ravin était le lit d'un torrent, mis à sec par les chaleurs, très-étroit et seméyà et là d'énormes blocs de basalte. Fleur-des-Bois interrogeait le ciel 'd'un regard anxieux.

— Un orage peut survenir, dit la jeune fille, le vent est au nord-ouest et il y a une vapeur dans l'air.

— L'énorme torrent qui a charrié ces blocs de laves, fit Charles, pourrait à chaque instant nous surprendre comme une avalanche.

— Rester ici est impossible! dit Fleur-des-Bois.

Eu ce moment, de grands cris retentirent au-dessus d'eux, sur les crêtes des murailles. Les soldats anglais auxquels (Charles et la Caraïbe avaient échappé, ne pouvant les poursuivre, venaient d'appeler une li'oupe de soldats nègres i|ui s'avan(;ait de l'autre côté du ravin. Les noirs, mis sur la piste d'ennemis à traquer dans le lit desséché du torrent, (.agncTeiit r.ipidenient un senlii'r situé sur le versant qu'ils (Il c.ipaient et se mirent à descendre a\ec une rapidité de sin;.cs. — Ileiiionlons vers la soufrière! s'écria Charles on faisant signe à sa compagne (h; le suivre.

Les solilals nègres arrivaient an pas de course. Les fugitifs alteignaicnl la partie la plus reculée du ravin : là une mui'aille à pic se dressa devant eux. L'enceinte (u'i Charles t!t sa compagne se trouvaient alors était fermée <le tous côtés par des falaises sur lesquelles le ciel semblait s'appuyer et qui étaient Mrlieales comme d'immenses murailles. Coinpos(''('s de cnurlies superposées d'i''riiptioiis bilieuses, leurs parois étaient tolalemi'iit dépnnilli'es de végétaux cl n'offraiiml aucun nioyrn de les e^cil.ider on Seulement de s'y caclnr pour fuir un mnmeiil l'd'il de l'enneiiii. La sitiialioii était Imnihle. I^es cris de joie fénu'e des nègres, les in(rnacfis fiiiiciises, arrivaient jusqu'à eux... leurs eniKMiiis n'étaient plus qu'à cent pas, mais ils ne ■ lir.iieiil p;is : ils voiilaienl prendre viv.mts leurs prisonniers aliii de h-ur faire subir ces li'aileMieiils ignominieux ul

barbares qui font le bonheur de ces peuplades sauvages.

Charles était en proie à un accès de rage folle. Il voyait en face de lui cinquante hommes armés, et pas une issue pour fuir, pas une chance de salut. Il fallait mourir et mourir honteusement par la main d'ignobles ennemis, mourir sans vengeance, sans pouvoir soustraire à la fuiie des nègres cette belle Cara'ibe qui demeurait près de lui calme et résolue. Il fallait mourir quand Blanche et Léonore vivaient, quand Henri était là, de l'autre côté de la montagne. Les nègres avançaient rapidement et se groupaient pour atteindre tous ensemble les deux fugitifs et se ruer à la t'ois sur eux... Tout était perdu... il fallait mourir...

Tout à coup Fleur-des-Bois, qui s'était avancée plus loin, appela Charles. • — Viens 1 dit-elle vivement.

Charles s'élança : la jeune fille lui désigna du doigt un lieu de refuge que sa sagacité sauvage lui avait fait découvrir. C'était une sorte de caverne dont l'entrée av>.it été agrandie par les ébouleinents ou par l'action des eaux. Elle formait une espèce de vestibule obscur où venait s'ouvrir, au-dessus d'un seuil élevé, une fissure prolongée et encore plus ténébreuse qui s'enfonçait dans les entrailles de la montagne. Sans hésiter, Charles et Fleur-des-Bois s'enfoncèrent en rampant dans cette fissure et se retournaut, ;iprès y avoir pris place, il se tinrent immobiles, le fusil au poiug, prêts à recevoir leurs ennemis. Les nègres arrivaient à l'entrée de la caverne qu'ils entourèrent d'urt demi-cercle en poussant des hurlements furieux. Puis, armant leurs fusils tous à la fois, ils conuneucèrent une fusillade nourrie dans la direction de l'ouverture de la crevasse.

Heureusement pour les fugitifs, les saillies de rocher superposées leur faisaient un abri et les balles s'aplatissaient sur le roc sans parvenir jusqu'à la fissure. Charles et Fleurdes-Bois, au contraire, ayant en lace d'eux leurs ennemis à découvert, répondaient au feu impuissant de ceux-ci par des balles habilement dirigées et qui arrivaient à coup sûr. Cinq ou six nègres jonchèrent bientôt la terre et firent reculer ■ les plus entreprenants.

Les petits blocs de rocher tombaient détachés sous l'effort réitéré des balfis. Charles et Fleur-des-Bois durent s'enfoncer davantage dans l'étroite ouverture, mais la fissure faisait un coude et s'ils se trouvaient alors hors de vue de leurs ennemis, ils ne pouvaient plus ks voir eux-mêmes et ils étaient au milieu d'une obscurité profonde.

Tous deux demeurèrent ainsi, haletants, anxieux, frémissants, écoutant "ce, qui se passait au dehors. Sans doute les nègres s'étaient retirés, soit qu'ils eussent renoncé à poursuivre leurs ennemis, soit qu'ils se fussent placés à l'écart pour tenir conseil, car le plus profond silence régnait dails le lit du torrent. Charles étreignait son front, s'elïorçant de faire jaillir l'idée rebelle et de trouver le moyen d'échaper au danger. Tout à coup le bras de Fleurdes-Bois passa rapide devant lui; le fer de la hache de la jeune filh; brilla dans l'ombre et un cri déchirant retentit accompagné d'un coup sonore.

Un nègre, qui avait eu l'audace de s'introduire, en rampant, dans le souterrain, venait de rouler sous la hache de la guerrière. Fleur-des-Bois avait aperçu dans l'onibrc le scintillement d'un a?il 1... Deshouirasde rage retentirent au dehors, puis à ces hourras se joignirent de nouveaux cris. C'étaient les soldats anglais qui, venant se joindre aux soldats nègres, apportaient leur contingent de moyens efficaces pour s'emparer des deux fugitifs. Au reste, Charles et Fleur-des-Bois étaient, pour le présent, à l'ahii de toute ;ilta(iue : l'entrée de la tissure était tellement étroite qu'un homme seul pouvait s'y introduire en rampant, et Je coude brusque fait par le couloir souterrain empêchait les b;dles d'arriver jusqu'à eux. Mais combien de temps devait et pouvait SI! prolonger cette situation pleine tl'angciisses ? On devinait an ilchors une grande agitation : on ciU dit que loiis'ccs hommes s« livraient à des travaux inconnus a\ec une activité' fiévreuse. On les entendait aller, venir, porter, traîner des fanleaux qu'ils déposaient avec un gran(l bruit sur le seuil de la caverne.

— Veulent ils fermer roiiveilure et nous ensevelir ici tout vivanis'/ dit Charles à voix basse.

— C'est possible! miirnmra Fleiir-iles-Bois.

— Mais, reprit Cliailes après un sili-nee, lie coiin.iis-lu pns cet endroit dans lequel nous siimmes ?

— Si lait I n'-pondil la jeiini' (ille.

— t'.e coiiliiir, à l'entrée dii(|iirl nous nous leii.nis, ibilt 80 pndoiiner dansia inoiilagne'/ M'a-t-il pas une antre issueT

— Peut-ûtre en a-t-il une, en effet.

— Comment ?

— On pi'olcnd que la caverne dont l'ouverture est voisine du carbet (lélriiil conuiiunique avec celle-ci.

— 3!ais si cela est, nous somme sauvés ! Fk'iii-iles-Buis secoua négativement la tête.

— Cependant, dit Charles, il y a à peu pn'-s une lieue et demie d'ici au carbet, et si ce couloir perfore durant ce fspace le milieu de la montagne...

— C'est le chemin maudit .'murmura Fleur-des-Bois en irissonnant.

— Pourquoi?

— On l'iyiiore, mais tous ceux qui se sont engagés dans te chciiiin n'en sont pas sortis.

— Qui le prétend ?

— Moi. J'ai vu, par cinq fois, dix hommes vouloir explorer ce souterrain, aucun d'eux n'a reparu à la lumière du soleil.

— C.icbe-t-il donc des abîmes ?

— On l'ignore. Personne, je te le répète, n'a pu le par- . courir en entier.

— Mais, toi, crois-tu qu'il communique réellement avec la caverne du carbet ?

— Je le cruis. mais je crois aussi que ce séjour est celui des esprits njécbatits.

Charles riflécliissait. 11 connaissait la bravoure extraordinaire de sa compagne, son audace dans les excursions les plus aventureuses; il la savait trop intelligente et trop ci\ilisée (relativement au moins) pour penser cm'elle put ajouter foi à dos contes ridicules. Qtiel parti fallait-il doue en prendi'e ?

L'aniiiialion extérieure continuait toujours et semblait même s'aeroître de minute en minute. Tout à coup, une lueur rougeâlre, qui grandit rapidement, éclaira l'intérieur de la caverne. Cette lueur provenait d'un vaste bûcher dont les lisons enllammés roulèrent jusqu'aux pieds des deux jeunes gens.

— Ils agissent avec nous comme avec les serpents ! s'écria Fleur-des-Bois avec un accent de terreur profonde.

Elle n'achevait pas que des centaines de fagots de bois veit étaient lancés sur le feu et l'éloulTaieut à moitié. Ce bois vert était la sterciilia fetida, si parfaitement décrite par Linné, et qui dégage en s'embrasant la fumée la plus nauséabonde, surchargée des miasmes les plus délétères. C'est avec la stercuUa fetida que les nègres enfument les serpents les plus venimeux, le crotale notamment, et les plongent dans un engourdissement qui' les conduit à la mort. Charles avait à peine compris le danger qui le menaçait ainsi que sa compagne, qu'une fumée bleue, épaisse et d'une infection que rien ne saurait exprimer, s'engagea aussitôt dius la fissure et l'inonda de ses tourbillons poussés par le vent de l'extérieur. Charles et Fleur-des-Bois, suffoqués à l'instant, furent pris aussitôt d'une toux violente qui dégénéra en râle épouvantable.

Des cris de joie et de triomphe répondirent à ces cris d'agonie. Les nègres dansaient, les soldats anglais chantaient !...

LXXXVIIi-

LE SOUTFRRAIN.

Charles fut le premier qui parvint à s'arracher au supplice qui les menaçait, lui et sa compagne, d'une mort horrible et prompte. Saisissant Fleur-des-Bois à demi évanouie, il l'entraîna, et, sans hésiter, il s'avança dans le souterrain ténébreux qui s'ouvrait devant lui. La fumée, poussée par la brise, les poursuivait de ses tourbillons euipestés et mortels, quand, heureusement, un trou pratiqué dans toute l'épaisseur de la montagne, sorte de puits dont l'orifice était au sommet du rocher, vint livrer passage à cette colonne épaisse qui s'engagea dans l'étroit conduit comme dans un tuyau de cheminée. Charles et Fleur-des-Bois purent respirer plus à l'aise.. Ils marchaient depuis plus de dix minutes, et ils s'étaient enfoncés profondément dans le souterrain.

— Il ne faut plus reculer ! s'écria Charles. Que Dieu nous guide 1... marchons en avant! Les nègres n'abandonneront pas l'ouverture : si la fumée ne amus asphyxie pas, ils nous condamneront à mourir de faiui. Ciiei'chous à fuir, à nou'S faire un passage. Marchons! D'ailleurs, mort pourmori, celle que nous trouverons eh luttant contre quelque péril inconnu ne vaut-elle pas mieux que ce trépas hon-

teux et déshonorant que nous imposeraient nos ennemis?...

— Tu as raison ! dit Fleur-des-Bois avec une énergie sublime. Marchons! (^e qu'un guerrier peut faire pour un autre homme, je le ferai pour toi.

— Eli bien, prions le Dieu de miséricorde, Ficur-des-Bois, ce Dieu des cln-étiens qui, en quelque langue qu'on lui parle, entend la prière de ceux qui souffrent.

Charles s'agenouilla... Fleur-des-Bois le considéra en silence... puis, cédant à cet élan de l'âme auquel aucune organisation généreuse ne résiste, elle s'agenouilla à son tour...

— Je prie le Dieu que tu pries!... dit-elle d'une voix émue et forte. Je le prie, non parce que j'ai peur, mais paree que c'est celui des blancs qui te ressemblent, et que tu as loujoui's été l'ami des Caraïbes 1

Charles répéta à haute voix les prières...

Tous deux se relevèrent, forts du courage qu'ils avaient puisé dans la prière; puis, par un même élan, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre ets'étreignirent convulsivement, non connue deux amoureux qui cèdent à renlraînement de la passion, mais connue deux honhuies de cœur résignés à mourir ensemble. Ensuite, ils se mirent en route. Les ténèbres qui les entouraient étaient d'une opacité telle qu'ils ne pouvaient même distinguer les pierres que heurtaient leurs pieds. Le passage était devenu tellement bas, qu'il fallait marcher en se courbant; tellement étroit, qu'ils durent se suivre l'un l'autre. Par moments même, les deux parois se rapprochaient à tel point qu'il fallait se glisser de côté entre elles. Charles s'avançait le premier, interrogeant le sol avec la crosse de son fusil. Le sol semblait entasser obstacles sur obstacles. 11 était hérissé de laves détachées des escarpes et qui déchiraient les pieds. Parfois, le sentier ténébreux descendait rapidement et semblait devoir conduire ' dans des régions situées au-dessous du niveau de la mer ou dans quelque foyer mal éteint du volcan. Personne ne doutait qu'il n'y eût sous la soufrière une fournaise prête à se rallumer, et celte fournaise devait être voisine.

Parfois aussi, le sentier, au lieu de continuer sur le même plan, s'élevait par une pente abrupte et difficile à gravir. Alors, un espoir subit rentrait au cœur des deux infortunés. Le Sentier montait si haut, qu'il devait forcément atteindre à l'orle de la fissure... Mais, à son point le plus élevé, ils se trouvaient, comme au plus bas, eniprisonnés étroitement entre' deux murailles centuples de la hauteur des plus grandes qu'aient jamais construites les hommes.

Une fois, cependant, ils aperçurent an-dessus de leur tète, dans un immense lointain, une lumière bleue, et un rayon de soleil brilla à travers une crevasse... Puis... tout rentra dans les ténèbres.

Cette obscurité effrayante qui les entourait, cette incertitude poignante qui torturait leur âme^ cette anxiété coiistanlequi surexcitait leur esprit, finirent peu à peu par troubler leurs sens, et une sorte de vertige s'empara de leurs cerveaux. A chaque pas, ils s'arrêtaient, épouvantés par quelque bruit sinistre ou par quelque fantastique vision.

Les gaz qui s'échappaient perpétuellement de la wnfriire devaient avoir leurs réservoirs dans ces sombres lieux de désolation, et, à l'approche de ces grands laboratoires du volcan, l'asphyxie n'étail-elle pas certaine? Un pré cipiee ne pouvait-il s'ouvrir sous leurs pas? Le bruit de leur marche, en déplaçant l'air de ce sentier qu'aucun pied humain n'avait parcouru dans son entier, ne pouvait-il déteniiiner un éhoulement subit qui les ensevelirait sous des masses de décombres?

Charles avait rencontré des morceaux de lave, chaude encore, il avait respiré des courants de gaz délétère... Ces effrayants témoignages d'une épouvantable réalité, dont il avait dérobé la connaissance à sa compagne, ne lui faisaientils pas comprendre que les Caraïbes avaient raison d'affirmer que<eux qui étaient entrés dans cette caverne n'en étaient jamais sortis. L'agitation de leur esprit, plus encore que les fatigues du corps qu'il avait fallu subir, avait épuisé leurs forces. Il y avait trois heures déjà qu'ils marchaient au milieu des ténèbres, entourés de dangers inconnus, en proie aux appréhensions les plus effrayantes... ils pouvaient à peine se soutenir.

Charles fit asseoir sa compagne sur un quartier de rocher, et lui-même se coucha sur le sol. Vaincus par la fatigue, tous deux s'endormirent... Ce sommeil dura une heure à peine; mais Dieu, en le leur envoyant, leur avait peruiis de prendre un repos moral nécessaire. Bientôt ils se sentirent l'esprit plus calme et le corps moins harassé. Beprcnant

leur marche avec une espérance moins nouante, ils s'avancèrent... Ln fissure s'él:lrgissait^au point qu'ils pouvaient niarclu-r de Iront. Il y avait aussi ij|oius d'éboulcnients à gravir et à descendre, et ils purent activer leur marche.

bi'-jà l'espérance kur rentrait au cœur, et ils commençaient à croire à leur salut, quand Fleur-dcs-Bois, qui avait, comme tous les sauva^'es enfants de la nature, une acuité de perception extraordinaire, s'arrêta soudain.

— J'entends le brisement des flots de la mer! dit-elle. Charles écouta; il lui sembla effeclivement qu'un bruit

yague parvenait jusqu'à lui. Ils redoublèrent de vitesse autant que les ténèbres le leur permeltaient.

— .le vois la lumière du jour! reprit Fleijr-des-Bois, et j'entends toujours le bruit des vagues...

— Cette roule souterraine aboutirait-elle sur les falaises à pic sur la mer? dit Charles saisi par une nouvelle terreur.

Ils avancèrent encore : bientôt le bruit signalé devint plus distinct, et une lueur lointaine apparut à leurs yeux éblouis. Le cœur palpitant, ils oublièrent tout, et les fatigues et le mauvais état du chemin, pour courir en avant. Totis deux s'arrêtèrent en poussant un cri de joie et de surprise : à l'endroit où ils se trouvaient, la caverne était très-large ; à son extrémité, un vaste arceau se découpait, et à travers cet arceau Irès-élevé, on découvrait la perspective d'une campagne verdoyante éclairée par un flot de lunjière. Mais à peine le cri de joie s'éciiappait-il de ces poitrines oppressées, qu'un cri de rage et d'horreur lui succédait rapidement. Le bruit qui avait au loin éveillé leur attention était celui d'une chute d'eau considérable, foruiée par un ruisseau souterrain sortant de l'un des flancs de la caverne. La force du courant avait creusé un bassin circulaire qui occupait tout le vestibule de la fissure et qui en défendait absolument la sortie. Sa largeur était au moins de quarante pieds, et sa profondeur ne pouvait 6lre appréciée, attendu qtte l'eau qui le remplissait était sans cesse agitée comme celle d'une fontaine en ébullilion, et qu'il s'en dégageait une vapeur pesante, rampant à sa surface et paraissant ne pouvoir s'élever plus haut. Ce bassin avait véritablement un aspect infernal : il ressemblait à ces cuves d'eau bouillante où jadis on jetait les niartyrs pour éprouver, par un affreux supplice, la constance de "leur foi. C'était fa vue de ce bassin, obstacle effrayant, qu'il fallait cependant franchir pour retourner au monde, qui avait arraché le cri de rage succédant au cri de joie. Chai les s'avança et plongea la main dans le bassin: l'eau était brûliinte; c'était une source d'eau chaude'.... Cependant on pouvait peut-être, en s'y habituant peu à peu, supporter cette tempéraliire élevée, mais un autre d.mi'cr se révéla soudain.' Cliarlcs, qui s'était baissé, se recula vivement, suffoqué et manquant de respiralion. Il fut pris d'une toux convulsive telle qu'il dut s'éloigner de plusieurs pas. Des vapeurs délétères s'échapi)aienl <le celle eau en ébiillition et en rendaient la traversée impossible. S'y aventurer, c'était aller chercher une mort liiileuse. Charles leva sur sa compa'^ne un regard empreint du plus sombre désespoir.

— Il faut retourner sur nos pas! dit-il.

— Et nous livrer aux nègres et aux Anglais! s'écria FlcurdcsBois. Mieux vaut mourir!

— Unoi! lit Charles en proie fi un paroxysme; de rage, ne trojiveroMs-noiis aucun moyen de surmonter cet obstacle, de "franchir celle chaudière?... Qao\ ! là-bas est la vie, et ici serait la mort?...

Lu ce moment, Fleur-dcs-Bois saisit Charles par le bras, et lui dé-signanl la campagne : — Regarde! dil-elle.

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