‹ Le roi des gabiersChapitre 97 sur 103 · VENGEANCE DE FEMME · texte numérisé non relu

VENGEANCE DE FEMME

Quelques semaines se sont écoulées après que Juliette et Jules sont venus souhaiter la fête à leur père ; depuis ce temps Adolphe n'a pas revu fa femme, et, malgré tous les efloris qu'il fait* pour paraître indiflérent à sa conduite, on voit qu'il a été mortellement blessé jiar la manière dont Clorinde a agi dans cette soirée, par l'accueil qu'elle a fait à ses enfants, et la fjçon brutale dont elle s'est éloignée, sans même lui adresser un simple mot de politesse sur la circonstance qui avait réuni ce soir-là les enfants à leur père.

Puceron fait ce qu'il peut pour ramener de temps à autre un sourire sur les lèvres de son patron; il y parvient difficilement ; seule, Lanrentine a le pouvoir de faire oublier à Adolphe ses ennuis, mais elle ne peut aller le voir très-souvent. Lui-même n'ose l'en prier, car il sait bien que l'on observe sa conduite, que la calomnie, la médisance veillent sans cesse sur les moindres actions de cette femme qui a tout fait pour lui, et il ne veut pas donner trop de prises aux propos des méchants.

Puceron, de son côté, remarque que le sincère ami Augustin Béchard, qui est venu emprunter mille franes à son patron, ne reparait plus chez celui-ci, mais qu'il continue à rendre des visites

à madame. Le petit commis ne peut s'empêcher de dire de temps à autre :

— Enfin, monsieur, comment exphquez-vous la conduite de votre ami, le monsieur à ta pelisse, qui ne remet plus les pieds chez vous et vient souvent voir votre femme? Est-ce qu'en sortant de chez madame, il ne serait pas naturel qu'il vînt vous dire bonjour? Mais, au lieu de cela, il file et se sauve comme un voleur .. L'autre jour, je me trouvais sur son chemin, comme il voulait gagner la porte; il m'a tellement bousculé pour passer vite, qu'il a manqué me jeter à terre.

— C'est un garçon qui n'a pas d'argent et qui est honteux de ne pouvoir me rendre ce qu'il me doit...

— Vous croyez que c'est ça?...

— Sans doute!... Comraec'est un faiseur d'embarras, il est vexé de ne pouvoir s'acquitter.

— C'est singulier! je n'ai pas idée qu'il pense à cette dette...

— Alors, pourquoi ne viendrait-il plus?

— Ah! voilà!...

11 est midi. Adolphe travaille dans son cabinet ; le facteur arrive et apporte des lettres pour M. Corniquet. Celui-ci, rien qu'à la suscriplion, reconnaît presque toujours l'écriture de ses clients; mais, cette fois, il y a une lettre qui vient de Paris : l'écriture est fine, menue; l'enveloppe est élégante, et le papier parlumé. Adolphe examine cette lettre en disant :

— Qu'est-ce que cela?... Cette écriture m'est inconnue... Ou je me trompe fori, ou ceci est une lettre de femme... Mais une seule femme... ma marraine, pourrait m'écrire, et ce n'est pas là son écriture... Voyons!...

11 brise le cachet et cherche la signature ; il n'y en a point. Sa curiosité augmente, et il lit :

« ]1 y a bien longtemps qu'on vous trompe... Aujourd'hui, je veux que vous cessiez de l'être : votre femme est la maîtresse de M. É'iouard Val leville... »

Ici, Adolphe éprouve une émotion telle qu'il y voit à peine. Il s'arrête, en se disant : « Dois-je continuer de lire?... Un écrit anonyme ne mérite pas de créance... mais cependant tant de circonstances se réunissent pour accuser Clorinde... Lisons... lisons tout :

« Ne croyez pas que j'accuse sans être siire de ce que j'avance... J'ai tenu moi-même à être certaine des rapports qui existent entre votre femme et ce monsieur, et aujourd'hui il ne tiendra qu'à vous d'acquérir la même certitude que moi. C'est dans les Champs- Elysées, derrière le Cirque, que se donnent les rendez-vous; on s'y trouve sur les trois heures, puis les amoureux montent dans un remise et vont au bois de Boulogne, au restaurant de Madrid, renommé pour l'agrément de ses cabinets. Vous pouvez donc facilement vous assurer de la vérité de ces détails. Et si vous n'êtes point un lâche, vous tirerez vengeance de cet aflront. M. Valdeville se promène tous les jours, en fumant des cigares, sur le boulevard des Italiens, de midi à une heure... du côté du passage de l'Opéra. Adieu!

« Une femme qui se venge ! »

Adolphe a cessé de lire, mais il tient toujours dans ses mains cet écrit accusateur. Un profond accablement semble le frapper. Jusqu'alors il a cru sa femme légère, coquette, déraisonnable; il a bien compris qu'elle n'avait point d'amour pour lui, mais sa pensée n'a jamais été jusqu'à la croire capable de manquer à ses devoirs. 11 replie avec soin et serre dins sa poche la lettre qu'il vient de r. cevoir, en se disant :

« Si cet écrit n'a point menti, je dois, en effet, mettre un terme à cette intrigue... Mais cette femme est la mère de mes enfants... Tout en faisant mon devoir, évitons le scandale et tâchons, s'il se peut, que ma honte... ou plutôt celle de madame, ne fasse point partie de 1 héritage de ses enfants. »

Adolphe consulte sa montre ; il n'est pas encore une heure. Il essaye de s'occuper d'affaires, mais il ne peut y parvenir. Puceron, qui a remarqué l'air sombre, abattu de son patron, voudrait bien le questionner; mais il n'ose, car il devine que ses questions seraient mal reçues. Enfin, un peu avant deux heures, Adolphe part, monte en voiture et se fait conduire tout près de l'endroit qu'on lui a désigné. Puis il descend, dit à son cocher de l'attendre et va se poster dans un endroit d'où il peut facilement et sans être aperçu voir venir de loin les personnes qu'il veut guetter.

UN MARI DONT ON SE MOQUE

Un q lart d heure est à peine écoulé quand un élégant remise ç'arréie derrière le Cirque; le beau Valdeville en descend ; il I rend dans son porte-cigare un superbe londrès, l'allume et se promène en fumant. Au bout de dix minutes, Clorinde arrive à pied. Le dandy va au-devant d'elle, lui prend le bras, sans y mettre aucune façon et sans même porter la main à son chapeau, ce qui prouve sur-le-champ que l'intimité la plus grande règne entre C".s deux personnages; puis ce monsieur fait monter cette dame dans son remise, et l'on part.

Adolphe a vu tout cela; il est déjà convaincu qu'on ne l'a point trompé. Cependant il veut aller jusqu'au bout et ordonne à son CMcher de suivre de loin la voiture qu'il lui indique.

Le remise se rend au bois de Boulogne, puis suit cette belle et ombreuse allée qui mène au restaurant de Madrid; il y arrive lilenlôt et entre dans le jardin, où rien ne manque pour remiser les vuitures, les chevaux, tandis que les personnes qui en descendent choisissent entre les salons, les bosquets ou les cabinets.

Adolphe ne juge pas nécessaire de suivre sa femme et son amant jusque dans l'établissement : il en a vu assez pour être convaincu que la lettre qu'il a reçue ne lui a dit que la vérité; il Se fait ramener chez lui et va s'enfermer dans son petit appartement, sans dire un seul mot à ses employés.

En voyatit revenir son patron si pâle, si sombre, Puceron éprouve un profond serrement de oœur, car c'est une amitié sincère, dévouée, qu'il ressent pour lui, et il devine qu'une nouvelle peine doit être venue le frapper. Mais Adolphe est monté si vite à son entresol, qu'il n'a pas eu le temps de rien lui dire. Il espère en trouver plus tard l'occasion ; mais la journée s'écoule, il est près de six heures du soir, et son patron n'est pas redescendu. Puceron n'y tient plus, il se décide à monter le petit escalier de communication ; il trouve la clef sur la porte et \oit Adolphe assis dans ce grand faut uil où il a tenu ses deux enfants et où il paraît être enseveli dans ses réflexions.

— Pardon, mon cher patron, si je prends la liberté de monter ici sans y être appelé, dit Puceron, mais vous n'avez pas reparu depuis tantôt... et j'ai craint...

— Ah ! c'est vous. Puceron?...

— Oui, monsieur, je vous ai trouvé un air tout... chose .. et je me suis dit : « Est-ce qu'il serait arrivé quelque accident fâcheux à mou patron?... » Ça m'inquiétait... pardonnez-moi si jeraesuis permis... Les enfants ne sont jias malades, j'espère?

— Non, mon ami, non, grâce au ciel, les enfants ne sont pour rii'n dans tout ceci... Demain, Puceron .. demain, sur les une lieure, j'espère pouvoir vous eu apprendre davantage ; mais, jusquelà, ne m'interrogez pas, ce serait inutile... Au revoir donc, et à demain.

Le petit commis n'ose pas insister, il se retire en murmurant :

— Eh bien, à demain donc, monsieur !

Il marche irèslenteineiit, le temps qui précède l'heure de la vengeance. Adolphe, qui n'a point oublie les indications contenues dans la lettre, a la lièvre jusqu'à ce que midi sonne. Alors, il est sur le boulevard des Italiens, et il y attend Edouard Valileville.

Un quart d'heure s'écoule, qui a paru éternel à Adolphe ; déjà il s'e-t dit plusieurs fois :

« Si cet homme que j'attends ne vient pas ici ce matin, je trouverai .--on aëres°c, je le guetterai, j'irai chez lui s'il le faut; mais ji sens qu'il m'est impossible de vivre un jour de plus avec cette co ri'c qui mugit au fond de mon coeur. »

Enfin le be.au dandy parait, il débouche de la rue Taitboiit ; il f(uni' en effet un cigare et marche en se prélassant; mais, à peine un le boulevard, il rencontre un jeune homme qui alors se protieiiu H côté de lui.

Adolphe les observe. Ë>loiiard Valdeville est à gauche; ces Bi'Hsieurs s'arrêtent quelquefois en causant, il est donc très facile i!e pas-er tout près d'eux. Adolphe s'avance, puis coudoie si rudeni< lit Valdoille, que c«lui-Oi, pour ne point tomber, est obligé de se nleiiir à son ami.

— Ah ! sapristi, inonaieur, vous êtes doncaveugle ou soûl, pour ToiH jel(T ainsi sur moi ! s'écrie le beau gamlin. Oiminc s'il iiiaiiquiiil rie place pour |ias.ser! .. quel bnlnr I .

El, ru ilisuiil cria, ce inon-i<'Ur se icloiirne, rinynnl que leliii qui I » biiiiHciilé va s'excilH'r, Miai.4 il demeure H'i^^-siniirin en |t'('oiiiMi>sant le iiiiiri de (Clorinde, qui vient ver.< lui d'un air inenafaiil et lui dit, en le rvK*<*'''*nt <b' fort près:

— (jiiiiiiiK'iit iiravcy.-voiih appelé, iiinn'-ieur 7...

^ Comment je., .7 Ma foil je uu vous avais pas reconnu, mou-

sieur Corniquet... Mais c'est égal... vous n'en êtes pas moins fort maladroit...

— 'Vous êtes un insolent, monsieurl

— Qu'est-ce à dire?... me traiter d'insolent après avoir manqué de me renverser!... Ah mais! prenez garde, monsieur... je suis peu |iatient... on corrige les gens grossiers...

— Et moi, je vous corrige tout de suite, monsieur.

Avant d'avoir achevé sa phrase, Adolphe avait appliqué sur la joue de Valdeville un soufûet si vigoureux, que celui ci faillit encore être renversé. Cette fois, il est furieux, il veut sauter sur l'homme qui vient de le frapper; mais déjà son ami le relient, aillé de plusieurs jeunes gens que cette querelle vient d'attirer autour d'eux.

Adolphs est resté fort calme devant Valdeville, qui se débat en criant :

— Monsieur... vous payerez cet affront de font votre sang . C'est un duel à mort, entendez-vous?...

— C'est bien comme cela que je Tentends, monsieurl...

— Votre adresse, monsieur? demande le jeune homme qui accompagnait Valdeville, car je serai son témoin... et ce soir, à cinq heures, je serai chez vous...

— Mon adresse î... Oh ! monsieur la sait parfaitement... il vous la dira... Monsieur me connaît très-bien...

— Oui, oui... s'écrie Valdeville, on sera chez vous tantôt... car il faut que je vous tue demain... il le faut...

— Demain, un de nous tuera l'autre, répond Adolphe... Vous devez bien penser, monsieur, que telle est mon intention.

Il s'éloigne alors, laissant Valdeville entouré de se^ amis, qui lui disent :

— Mon cher, cette affaire-là était préméditée, et tu di)is bien savoir pour quel motif ce monsieur veut se battre avec toi.

Adolphe est entré chez lui ; son visage est moins sombre, il respire plus librement, car déjà il a commencé à se venger. Il sourit à Puceron, en lui disant :

— Mon ami, je me bats demain, et vous serez mon témoin... vous et votre collègue, M. André... que je n'aperçois pas à son bureau...

Le petit commis saute sur sa chaise :

— Vous vous battez demain ? il serait possible, patron, et vous avez l'air content?

— Je le suis, en effet... Mais chut! pas un mot 1... Prévenez seii icment .M. André. Il a été militaire, ce jeune homme, il saura

, régler toutes les conditions du duel avec les témoins df iiinn adversaire, qui vont bientôt venir. J'accepte l'arme qu'on voudra. Maintenant, je vais écrire à ma marraine et ufoccuper de mes enfants...

— Mais ce duel... patron... si l'adversaire faisait des excuses... si... î

— La mort de l'un de nous deux... voilà le seul arrangement possible.

— linfin, pourquoi vous battez-vous?

— J'ai donné un soufflet à ce monsieur, qui m'avait appelé butor...

— Diable !... et vous voulez vous tuer pour cela !...

— Pas un mot de plus. Puceron, et prévenez André dès qu'il rentrera.

Adolphe est monté chez lui. Là, il écrit une longue lettre à sa marraine, dans laquelle il lui recommande ses enfants, dans te cas où le sort favoriserait celui qui l'a deshoiioié.

Sur lis quatre heures, le jeune homme qui a elé témoin de la scxîiie sur le boulevard arrive avec un autre, et le nouveau cmiiinis d'Adolphe, garçon froid, .sérieux, et qui a été inilil;iire, m; ml ces me>sieurs et règle les conditions du combat. Edouard VaMcv Ho, qui passe pour un des premiers tireurs de Pans, a iiatiirelleiiienl choisi l épée. On doit se trouver à huit heures du maliD à l'enin'o du bois de Boulogne.

M. André va faire connaître tous ces arrangements à Adolphe, qui le remercie, puis prend une voiture cl se fait conduire à Auleiiil, aTui d eiiiliidS-tr encore .se» l'iir.ints.

Le lend.'inam, à sept heures du malin, Adolphe monle en voiture avec .ses deux Uinoins, après avoir riiiiis à Pnemiii la lellrc qu'il avait éciite pour Laureniine. < n lui disant :

— S il m'arrive miilieiir, mou ami, alle7. tout de Miile trouver nu inirraine... c'est à elle que je eoufie uns enfants.

El Puceron repoii l en s'essuiiint le» y«-'U» ;

\m MARI DONt OU 8È MOQUê.

— Il ne vous arrivera pas demalhenf... c'est impossible!... car alors ce serait... Non, C'est impossible !. .

En sachant quel était l'adversaire de son patron, le petit commis avait deviné une partie de la vérité, et il se doutait bien que le mot butor n'était pas la vraie canse du duel qui devait avoir lieu.

Les adversaires arrivent presque ensemble au lieu du rendezvous. On entre dans une allée du bois, ce lieu si fréquenté dans l'après-miJi et presque désert à huit heures du matin.

Dès qu'on a trouvé une place favorable, les adversaires mettent habit bas. De chaque côtti on avait apporté des épées, on les tire au sort, puis le combat commence. Edouard Valdeville , qui croyait en quelques passes désarmer son adversaire, est tout surpris de rencontrer une épée ferme, habile, agile, qui pare toutes ses bottes et semble attendre tranquillement le moment d'attaquer à son tour. La colère s'empare du lui; il redoi'*^'" d'ardeur, il charge et recharge sans succès son adversaire, qui, froid et impassible, déjoue toutes ses altiques... Puis tout à coup, Adolphe, portant la botte qu'il préparait depuis longtemps, se fend en enfonçant jusqu'à la garde son épée dans là poitrine d E louard Valdeville. qui laisse échapper son arme et tombe en murmurant:

«Bien touclié!. . je suis mort!... »

En effet, lépée avait atteint le coeur, le coup était mortel, et avant qu'Adolphe eût remis son habit, son adversaire avait cessé de vivre.

— Ma foi, je ne pleurerai pas ce inonsieur ! dit Puceroii en remontant en voiture avec son patron qui lui répond :

— Et moi, mon ami, je vous jure que je n'ai pas le moindre remords de l'avoir tué.

De retour chez lui, Adolphe va dé nouVeati dans son petit logement réfléchir sur ce qui lui reste â faire.

« J'ai puni lamant, se dit-il, mais cela ne suffit pas... car ce n'est pas lui quiélait le plus coupable... 11 faut que ..cette femme, que )e ne veux plus nommer la mienne, sache que je connais toute son inconduite... et que je veux y mettre un terme. Il faut donc pour cela que je la voie.., que je lui parle... Ah ! pour m • retrouver avec elle, il faut plus de courage que pour aller se battre. »

Enfin, sur les une heure de l'après-midi, Adolphe se décide à se rendre chez sa femme. Il passe par les bureaux et n'y trouve ipie le vieux Putois ; Puceron el André sont allés déjeuner pour l'èter l'heureuse issue du duel dont ils ont été les témoins. Adolp'ie traverse la cour et monte l'êsCalier qui conduit chez madame. Au premier étage, il voit là clef sur la porte; il entre, croyant trouver la domestique de madame dans l'antichambre, mais il ne volt personne; il [léoètre dans le salon, personne encoie; mais en a[i|irochant de la chambre de madame, il entend parler avec feu et reconnaît la voix de son ami Augnstin. Adolphe s'arrête alors, et ne peut résister au désir de savoir comment son fidèle ami essaye de le réconcilier avec sa femme. Rien n'était plus facile ; Augustin mettait tant de chaleur dans sa conversation que l'on n'en perdait pas un mut.

— Oui, belle dame, dit alors Augustin, votre résistance à mes désirs ne saurait être sérieuse... vous devez être sensible à mon amour... il est impossible que vous me repoussiez... D'abord, nous .'ommes faits l'un poar l'autre...

-^ En vérité, monsieur, répond Clorinde j et qui vous fait supposer cela î

— Tout! absolument tout !... Voilsaiitièî les plaisirs.., je les adore... Vous faites en tous lieux des conquêtes; moi, sans vanité, je puis dire que je fus toujours heureux près des belles... Vous vous moquez de votre mari I... ah ! quant à cela, je fais plus que vous imiter, je vous surpasse ! Ce pauvre Corniquet!. . quelle brute!... quel imbécile!... En vérité, le jour de votre inaiiage, j/ê vous jure que j'étais honteux de vous Voir épouser un tel crétin !

— Mais je vous croyais l'ami de mon mari ?

— L'ami !... oh ! vous ne pensez pas que j'aie pu faire mon ami de ce bélître ! Quand il est arrivé à Paris, j'ai essayé, par pitié, de lui donner quelques conseils... sur sa mise... sa tenue... J'ai même dépensé pas mal d'argent... en pure jierte, pour le mener aux bals, aux endroits publics les plus en vogue... J'ai perdu moi^. temps et mou argent... Corniquet n'est capable de rien... S'il n'en portail pas une paire, ce serait un meurtre !...

Adolphe ne juge pas nécessaire d'en entendre davantage; il ouvre brusiiuemeiU la porte, trouve sa femme assise sur .sa causeu.~e el Augustin Brécliard presque à ses genoux. D'un coup de pied dans le derrière il envoie ce monsieur plus loin, et cette manière d'entrer eu conversation snrprend teltement ce monsieur,

qu'il en reste comme pétrifié, tandis que Clorinde elle-même demeure toute saisie.

Cependant, rappelant sa jactance, son aplomb, Augustin se relève et tâche de se donner un air offensé en s'écriant :

— Qu'est-ce que c'est, monsieur ? que signifie cette façon d'agir?... Parce que je cause avec madame, je vous trouve bien hardi de...

— Et rani, je vous trouve bien plat, bien lâche de vous conduire comme vous le faites !... Misérable! si vous dites un mot de plus, je recommence...

— Ah 1 par exemple... vous vous permettez !... Ah ! vous vous fâchez parce qu'on fait la cuiir à votre femme !... Mais, en vérité, mon cher, vous auiiez ilù vous y prendre plus tôt, alors... il y a plus de six mois que M, Valdeville est son amant, à votre chaste épouse.

— En effet, monsieur, Edouard Valdeville était l'amant de madame... mais je l'ai su seulement hier, et, ce matin, je l'ai tué.

— Tué '... vous avfz tué... M. Edouard? balbutie Clorinde, qui devient blême et tremblante.

— Oui, madame, ce matin, au bois de Boulogne... Oh ! vous ne tarderez pas à en être certaine.. Et quant à vous, drôle... pour que vous ne répétiez pas ce que vous venez de dire de madame... parce que je ne veux pas que cela se répète, je vais vous tuer aussi...

En disant cela, Adolphe sort de sa poche une paire de pistolets. Augustin, qui s'a|ierçi)it que l'homme dont il se moquait n'est point du tout tel qu'il le jugeait, devient pâle de frayeur et change entièrement de ton; il lève ses bras vers Adolphe, en balbutiant :

— Voyons... Adolphe... par grâce... écoutez-moi... J'étais voire ami...

— Vous, mon ami!... vous ne l'avez jamais été. Vous osez dire que vous avez dépensé votre argent avec moi, tandis que c'est vous qui cherchiez sans ces.se à faire de moi votre dupe, et qui derniènimnl encore êtes venu ni'emprunter mille francs, en me disant que vous alliez faire votre possible pour opérer un rapprochement entre moi et ma femme... et je vous trouve lui débitant sur moi des propos infâmes !... Allez ! vous êtes un misérable!... le faux ami e>l l'ètre le plus abject qui soit au monde... Allons... prenez un de ces pistolets et finissons-en ; je veux bien encore vous faire l'honneur de nie battre avec vous!...

Mais au lieu de prendre un des pistolets, Augustin recule vers le cheminée en balbutiant :

— Non... non... je ne veux pai* me battte... je ne me battrai pas!...

— Ah ! tu ne veux pas te battre, lâche ! Eh bien tu porteras de mes marques au uMins !...

Et saisissant les pincettes qui se trouvent près de lui, Adolphe eu frappe avec violence la figure de M. Augustin, qui pousse des cris horribles et se sauve en cachant avec son mouchoir son visage ensr.nglaiilé.

Reste seul avec sa femme, qui est demeurée stupéfaite en voyant son mari, qu'elle avait toujours consiléré comme un être nul, chasser Augustin à grands coups de pincettes, Ado!|ihe prend dans sa poche la letire anonyme qu'il a reçue et la jette devant sa femme, en lui ilisanl :

— Tenez, madame, c'est grâce à Cette lettre que j'5i connu votre inconduite que je ne soupçonnais pas... Tâchez donc désormais de mieux cacher vos intrigues... par respect pour vos enfants !...

Et Adolphe s'éloigne, mais déjà Clorinde avait saisi la lettre, et il l'avait entendue murmurer d'une voix étouffée :

— Malvina!... c'est de Malvinal.i.

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