SOS FUITE
— Champy a raison . dit le commandant en dégainant; cherchons attentivement, et peutêtre le découvrirons-nous.
Les gendarmes mirent pied à terre, et chacun d'eux remua le terrain avec la pointe de son sabre pour découvrir quelques traces du fugitif. Beaufort suivait de l'œil tous les mouvemens des soldats, qui dans l'espoir de se saisir de sa personne, s'écartaient de l'endroit où il s'était caché, et laissaient leurs chevaux derrière eux sans s'inquiéter de ce qu'ils deviendraient.
D'un revers de main , Beaufort écarte les branchages et s'avance en rampant à travers les broussailles jusqu'au bord du chemin; il a calculé les moyens qui lui restent pour fuir; s'emparer d'un des chevaux, et mettre les quatre autres dans l'impossibilité de servir à leurs cavaliers: il lire son poignard et le j)long(î dans le poitrail de celui qui se trouve prés de lui; l'animal s'abat aussilùl ; un second est frappé, puis un troisième; mais au
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l)niit (ju'ils font rn (oiniKinf, nii <1(>8 ^eiidariiirs s<' rclolirnc: sa siir[)risc rst si f^niiidc (|u'il ik* |KiJl prolt rrr uni* seule parole. Le due a saule lét^èreinenl en selle, et ses pistolets, cpiil tient à la main, sont dirigés sur les m^ndarmes; il |)i(|ue sa monture; et pour ôler aux soldats lenvie de le poursuivre . il ajuste le seul ehe- \,\\ (jueson |)oi^'nard n'a [)u atteindre ; la halle !«' frappe à la jambe; il se cabre, hennit avee lorcc el retombe lf)urdement sur le .sable.
De grands cris attestèrenl la fureur impuissante des cavaliers qui ne |K)uvaient se flatter d'atteindre à la course un homme bien monté, et qui paraissait disposé h crever tous les chevaux qui lui tomberaient sous la main.
Pendant cpiils tf^naienl conseil , Beauforl traversait Oeil, gagnait Senlis, où il s'arrêta chez le comte de Breaulé, qui s'y était réfugié après le massacre de l'Hôtel-de- Ville de Paris.
Ces deux seigneurs qui avaient combattu tant de fois ensemble, se concertèrent de nouveau, non plus pour courir à la victoire . mais pour fuir
à l'étranger. Quelques jours s écoulèrent dans des préparatifs de voyage, qu'ils avaient soin d'entourer du plus grand mystère; mais au moment où ils allaient mettre à exécution le projet qu'ils avaient conçu , un émissaire du duc d'Orléans arriva à Senlis pour remettre au comte de Breauté une lettre dans laquelle Gaston lui annonçait qu'il pouvait reparaître au Luxembourg sans crainte d'y rencontrer le prince de Condé, dont la popularité diminuait de jour en jour, et qui ne sortait plus que rarement de son hôtel dans la crainte de tomber victime des embûches que Retz et le Mazarin ne cessaient de lui tendre. Gaston, qui probablement était dans un de ses momens d'épanchemens et de folle confiance, lui apprenait encore qu'il était las d'être le jouet des factieux et de la faction frondeuse ; que tous les ennuis qu'il éprouvait étaient inimaginables , et qu'il se surprenait à avoir des envies d'entrer en *% accommodement avec la cour. Il attendait pour se décider un ami sur et de bon conseil ,
et il coin|»lnil sur \v (omlc «|r Brraiil*- poui remplir <r double oflirr au[)rr.s de sa |)crsonne
Le romle. en recevanl celte lettre, ne songea plus à s'expatrier, et il engagea le duc de Heaùforl à l'accompagner à Paris. Mais le duc no crut pas que l'instant de s'y montrer soit favorable; et après avoir remercié Breauté de ses offres bienveillantes , il quitta Senlis nuitamment et se dirigea en toute hâte vers les frontières du Nord. Il ne prit de repos qu'à Bruxelles, où désormais il se crut à l'abri des poursuites du lieutenant de police et du ressentiment du prince de Condé.
Quinze jours s'écoulèrent, et bient(M l'ennui s'empara de l'esprit du duc dont les hnhiludes turbulentes ne pouvaient s'accommoder d'une existence tranquille et obscure. Il écrivit à ses amis de Paris pour connaître au juste la situalion des affaires de l'État, et si les poursuites dirigées contre lui par le prince de Condé, au
sujet de son duel avec son beau-frère, M. de Nemours, avaient été continuées.
M. de Fiesque. l'un de ceux avec lesquels il correspondait . lui envoya la lettre suivante :
« Monsieur le duc,
« On ne songe vraiment plus à votre duel, « ni au défunt duc de Nemours; le prince de « Condé a regretté , presque aussitôt qu'ils « ont été donnés, les ordres sévères que notre « imbécile de lieutenant de police a pris à la « lettre et fait exécuter avec la dernière ri- « gueur. On a beaucoup ri au Luxembourg « de votre panique.
« Elle vous a conduit loin, mon cher duc!
« Quittez cette ennuyeuse ville de Bruxelles, « où Ton ne vit que dans une atmosphère de « fumée, et prenez la route de Paris. Nous »< sommes dans un moment si difficile à expli- *< quer, qu'en vérité, j'y renonce pour ma part. « Uelz montre les grosses dents: Condé fait la " moue, et se repent maintenant de s'être jeté