UN COMBAT
(ierriére le jardin des Petits-Péres, demain à onze heures.
El il se jeta dans son carrosse en criant au cocher : — Au Luxembourg î
Le lendemain matin, Nemours sortit de son hôtel ; Ludovic l'accompagnait. Il cachait sous son manteau une paire de pistolets que le duc avait pensé devoir lui être nécessaire. La dixième heure sonnait à Saint-Eustache lorsque le duc et son page entrèrent dans la rue Montmartre. Quelques minutes leurs suffirent pour arriver au lieu du rendez-vous. Plusieurs personnes, qui se rendaient aux Tuileries où Mademoiselle avait iixée sa résidence, reconnurent M. de Nemours qui se promenait à pas précipités, le nez dans son manteau et d'un air soucieux ; on s'èlonna, connaissant la blessure qu'il avait reçue au combat de la porte Saint- Antoine, de le voir dans un semblable équipage et aussi loin de son hôtel. Mais ceci n'alla pas plus loin, et on ne le dérangea pas. Beaufort avait été chiTcher des témoins, et il amena
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;iVrc lui MM Ich coinlr^ de Koli.iii « I df Hrcaiiliv
I/lH'ur<' ôlail Iroj) .iNiiturc puiir m- hjittrr (Irrriôn* les imiis ilrs Pclils-IVrcs. Ils tiionlèronl (lîins un carrosse qui les conduisit dans k" niart lie aux dievaux, près I'IkMcI du duc de Vendôme. .•.%ant (î'cn venir aux mains, le cnmie de Rohnri essaya de reconcilier les deux beaux frères . mais rintraital)le Nemours ne voulu! rien entendre.
— Il ne peut plus y avoir d'accommodé ment possible entre nous\ s'éeria-t-il avecun accenl où la fureur dominait: M. de Beaufort le sait mieux que [)ersonne.
— Mon cher duc. dit à son tour M. de lieautôrl dont la voix tremblottait. mali^ré l'espèce de san^ froid qu'il essayait de faire paraître, j'ai reçu hier au soir un billet de vous dans lequel vous prétendant oflVnse. vous exii^ez une lépaiation les armes a la main: j'ai accepté le rende/,- vous, non le cartel. Am d avoir avec vous une explication '•ur les l(>rtî»
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graves dont vous me prétendez coupablcv
— Ainsi , vous refusez de vous battre! exclama M. de Nemours avec colère. J'aurais dû prévoir ce qui arrive ; votre conduite dans la journée du â juillet (1) est assez lâche pour que vous ne craigniez pas désormais de vous couvrir de honte.
— Duc de Nemours ! vos paroles sont bien imprudentes.
— Duc de Beaufort ! que ne les empêchezvous en mettant l'épée à la main.
— Un duel! s'écria M. de Beaufort d'une voix émue ; mais avez-vous songé, M. le duc, aux suites de ce ( ombat? à la douleur de madame la duchesse, aux liens qui m'unissent à vousi*
— Je n'ai songé, duc de Beaufort. qu'à vos trahisons et aux déplaisirs que vous m'avez causés depuis le jour où j'épousai votre sœur. Kn gardcî! mon geiililhomme!
(2) On se ra|)|M'llo qno rc fut Ir '2 juillof (|u\Mit lieu le oinbat (lu faubourg Saint Aiitoiiir
— M. Ir liiu:. a\iml dru nciiii ;i une e\- Irrmitr pnrcillr. je veux cssîiv'T Imites U*s voit^ lie raccoiiiniodemcia. « l je vous rappellerai (|in' la pareille (jui in'uDil à vous est un ohsiacle assez puissant |K)ur faire uaîlrc (|uel(|ues s( rupules dans mon ame.
— Des serupulesl din' de Beauforl ! lu as déjà prouve (|ue lu avais [)lus de lalenl pour hara!i':ner la |M)pulaee au milieu d'un carrefour (lue |X)ur le conduire en homme de guerre! el c'esl à un courage comme celui-là qu'on a confié la garde de celle ville ! Un Beauforl, lo roi des Halles, gouverneur de Paris! c'est une humiliation de plus pour cette pauvre bourgeoisie qui soufTre el paie en murmurant ; je veux lui témoigner que je suis un peu de ses amis en la débarrassant de son gouverneur. En garde, donc, M. le duc, et ne lardez pas davantage.
En disant ces mots, Nemours mit l'épée à la main et s avança sur M. de Beayfort qui ht'silail encore à accepter le duel qu on lui pro-
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posait, néanmoins, il suivit i exemple de son beau -frère et dégaina en même temps que lui, en criant d une voix retentissante : — L'édil contre le duel subsiste encore. Messieurs, mais quoiqu'il puisse arriver, on ne m'accusera pas d'avoir été l'instigateur de cette querelle !
Les deux beaux-frères se joignirent et s'at laquèrent avec furie : Nemours, dont l'impatience s'augmenlait à chaque instant et qui était incapable de maîtriser la fureur qui le dominait, s'enferra deux fois, et deux fois aussi son sang teigiiit l'épée de Beaufort qui lui disait — Arrêtez-vous , M. le duc . vous êtes blessé!
— Non. non, répondit Nemours saisissant son épéeà deux mains, il me reste assez de vigueur pour me venger.
El pro(it:uil d'un njomoni où BeauforI cherrhail à dégager son épée. il se jeta sur lui. mais dans ce choc, l'acier se brisa dans ses mains, cl il ne lui re^ta tpie la poignée d'une épée, qu il jcla en criant w son page de lui
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.ippoi'iiT s<'K piHloIcls. Aviiiil «Ir ( oniinencei' ( (MiniiN rail ('i)nili;il . ({iic N(.mii<)I1i :« aiiiionr^nl lievoii »'U(' .1 Fiinrl . Icstémoins cshayrriTil «le lui faifM* cdiuprciulrr Uml ( c <ju il y avait d» M'aiidaUiix cl d iinnioral a persister dans bes projcls do mcurin» ; Nemours ne voulut rien écouter, il arma son pistolet et s avança audevanl de lieaufort . cjui Cb^suya le feu avei intrépidité, et qui y répondit aus.silùt : Ne nioursfut atteint d'une balle dans la poitrine et roula sur le sable en poussant un gémissement sourd : quelques instans après il avait cessé de vivre.
Reaufort, épouvanté à la vue de son beaufrère qui gisait à ses pieds prit la fuite, laissant à ses témoins le soin de faire transporter le cadavre du duc à son hôtel. Son carrosse, qu il avait abandonné . servit dans cette triste occasion. Ludovic y transporta le corps de son maître, et ce fimébre convoi prit le chemin de la ru(^ Saint- Paul.
Madame de Nemours avait ♦•l«'» instruite le
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matin par sts laquais de la sortie furtive de son mari ; mais en apprenant que son page Ludovic l'accompagnait, elle ne conçut aucune crainte: cependant, quelques gentilshommes qui vinrent lui faire visite lui ayant appris qu'ils avaient rencontré le duc de Nemours avec M. de Beaufort vers le couvent des Petits- Péres, et que tous deux semblaient se disputer, malgré les efforts du comte de Rohan pour les réconcilier : madame de Nemours s'alarma, à ce récit, et envoya aussitôt un exprés au château des Tuileries pour supplier IVlademoiselle de s'interposer entre son mari et son frère, et leur faire accepter de gré ou de force sa médiation.
Son altesse était allée se promener au Cours; aussitôt qu'elle reçut le message de la duchesse de Nemours, elle envoya son capitaine des gardes avec l'ordre de lui amener M. de Beaufort sur l'heure; mais quelque diligence que celui-ci y put mettre, il arriva trop tard; ettous les efforts entrepris psr Mademoiselle
iriw& ^i^mrâmmM^
PSITZAITT ZIZ. /.ITITÊZS.
T. II. il
SmXe î>f 6rûiifort
Aux envir(3ns de C.hantilly et sur les lx)r(ls de rOiso. un rnvalier venait de s'arrêter: son cheval, épuisé de fatigue s'était abattu: le pauvre animal, couvert d'écume et de poussière . aspirait avec force l'air embaume d une
belle soirée d'été ; ses flancs avaient senli plus d'une fois l'éperon pendant le trajet qu'il avait parcouru avec vitesse, et pourtant c'était un bon cheval de race, et il suffisait d'un mot pour l'animer; mais dans cette occasion Je gentilhomme qu il portait avait plutôt consulté le soin de sa sûreté personnelle que les forces de son coursier.
Toutefois, pas une plainte, un seul murmure ne s'échappèrent des lèvres du gentilhomme ; il je!a les yeux autour de lui. La solitude la plus complète s'offrit à sa vue. Devant lui, et de l'autre côté de la rivière, on voyait s'élever dans l'éloignement les clochers de quelques petits hameaux disséminés dans les terres; derrière lui, s'étendait un bouquet de bois assez touffu ; de hautes broussailles entouraient le bois comme une ceinture ; à sa droite et à une lieue environ , on apercevait les gigantesques constructions du chùleau où l'infortuné Charles VI fut enfermépendanl les guerres sanglantes que l'adultère Isa-
I)L I»KMJIC)I\T ÎO!
\) Ml (le liiiviùrf. ( <1ie Mc.sî»aliiK' couronnée, ;i l.)(ju('ll«' 1 histoire doiinii le nom <l'lrnpu (lojur . snseila aliii d'arrarhcr au monarque eu (lemenetî un sn^plrc ehancelanl dont s(jn va.s sal. le duc de Bourgogne, voulait s emparer. Creil. résidence royale en c(»s temps de (roubles et de discordes, n'était plus (|u'une |)elil«' ^ ille au temps où nous écrivons . et c'est a [Kîine si Icsguerres de laFronde y fii-enlcpiel que impression. Les hahitans restèrent entièrement étrangers aux événement (jui soulevèrent vingt fois la turbulente population parisienne, et les habitans du midi. Et tandis (juc Paris, Bordeaux, Blois, Orléans et Élampes étaient m proie aux alternatives d'une guerre civile, d'un siège ou de la famine, les villes du nord restaient plongées dans l'apathie. Oeil, quoique plus rapprochée de la capitale, où tant d'intérêts se débattaient les armes a la main. Creil resta dans son oisive et pai^ibN: tranquillité.
On dansait tous les diinanche>. à 1 issue de
la grand'messe, et durant la semaine chacun vaquait à ses occupations. Ce fut donc un événement pour ces citadins que l'arrivée , dans leurs murs, d'un détachement de gendarmes.
L'officier qui le commandait se rendit au bailliage, et après avoir exhibé l'ordre dont il était porteur, il fut admis dans le cabinet de M. l'intendant. Après une heure de conversation , ils se séparèrent, et Ton vit le détachement se partager en deux petites troupes; la première sortit de Creil et gagna les bords de l'Oise ; l'autre parcourut la route qui conduit à Saint-Denis.
L'étranger qui s'était vu contraint de s'arrêter au bord de la rivière, et qui en attendant le moment de continuer sa route examinait curieusement le paysage qui se déroulait sous ses yeux, s'écria après quelques inslans de silence ;
— Je ne croyais pas avoir franchi une aussi grande distance! N'importe, la prudence exige que je m'éloigne, je ne perdrai pas un temps
DE DI'.AUf Or\T 20n
précieux daiLs un iiiulilc repos. En selle! <l coutinnoiis iiolrc' rouUv
Il s approcha (If son cheval, el le rarea» avec la main; ranimai était dans unsipitoyal)le état, que mali^ré l'envie (ju'il avait de contimicr sa roule, son niailre dut s<^)nger à ne point compter sur son secours.
— Autant ^audrail(pl'il fut mort, dit il tristement; je ne serais pas obligé de l'abandonner à la pitié de (juelque manant. Mon [)auvre Hector ! il faut nous séparer î
Le cheval semblait comprendre la douleur de son maître, il fit un elTort. releva la tête en hennissant: mais à ce moment, un bruit lointain frappa les airs; l'étranger quitta précipitamment le fourré dans lequel il s'était arrêté, et s'avança vers un chemin sablonneux pratiqué au bord de la rivière: le bruit se rapprochait et bientôt un nuage de poussière . que la brise du soir chassait doucement, s ele^ a et déroba à ses regards ceux qui s'avançaient avec rapidité.
— Qu'est cela? se demanda l'étranger avec inquiétude : douze heures seulement se sont écoulés depuis ma fuite de Paris; serait-on déjà sur mes traces I Non, personne n'aurait osé donner Tordre de me poursuivre, et Adélaïde refuserait avec horreur l'offre de traîner son frère devant une commission du parlement en expiation d'un meurtre involontaire... Trois portées de pistolet me séparent encore de ce tourbillon de poussière qui enveloppe sans doute un détachement des gendarmes de M. le prince, ou des exempts de M. le lieutenant de police... Attention î et tenons-nous sur
* nos gardes!
Il rebroussa chemin au plus vile ; un taillis assez épais était derrière lui ; il s'y blottit précipitamment et arma ses pistolets en attendant l'événement.
Cinq gendarmes parcouraient au galop le chemin sablonneux en s'entrelenanl à haule voix (le l'objet de leurs recherches. M. le prince avait doimé ordre au lieutenant de po
i»i iiKAnronr. ras
licc (Ir t.iiFc |niiiiMii\ ir «'l ,irr«M«r m lotjs Ikmjx le duc de lUauforl . .iccum* de meurtre sur la persoiuie de M. de Ne'mours, son beau frère, (yélail un dernier hommage que le ^rand Condé rendait a la mémoire d un homme qu'il avait toujours traité avec distinction , el cjuil honorait du titre d'ami. Mais \v premier moment de la douleur étant [>assé , il serepenlil d'avoir provoqué contre un défenseur de la Fronde les rij^ueurs de la justice. Il écrivit à ce sujet au lieutenant de police : mais celui-( i (jui avait des raisons particulières pour déployer un zélé el une activité auxquels on n'était plus habitué, avait dt^à mis en campagne une douzaine d'exempts qui lui rapportèrent dans le milieu de la journée des renseii^nemens assez certains pour lui permettre d'envoyer a la |)oursuile de M. de Beauforl un détachement de gendarmes.
L'officier avait suivi ponctuellement ses instructions . et il elail arrivé à Creil avec s<^)n détachement après avoir fouille t«»us Us ha-
meaux , villages et villes qui se trouvaient sur la route : à Chantilly , on lui apprit que le cavalier qu'il cherchait n'avait qu'une demi-heure d'avance sur lui, mais qu'il paraissait bien monté , et que s'il ne s'arrêtait pas pour changer de cheval et prendre du repos, on serait obligé de le suivre encore pendant deux ou trois lieues.
Les gendarmes avaient remis leurs chevaux au grand trot , et une heure après ils entraient dans la petite ville de Creil. IVIais le duc de Beaufort qui avait constamment suivi la même route, paraissait s'en être écarté à l'entrée de la petite ville , car nul habitant ne pût dire avoir vu passer un homme à cheval depuis le commencement de la journée.
Il était alors huit heures du soir.
La cavalerie de M. le lieutenant de police, qui tenait à honneur de capturer la personne de M. de Beaufort. retourna sur ses pas; et tandis que la moitié du détachement explorait la grand'routc. l'autre suivait les bords de
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l'Oise en ciieich.ml des yeux e( en (lairani <l< loin 1 honuTK- ({ne leur ()nicier a\ ail promis d'aniener pieds ri poinj^s liés à niessit'urs les juges du grand C'.hùlelel de Paris.
Un des gendarmes apereul le dieval du duc de Beanforl qui rendail le dernier sou[)ir a la même place où il s'élail aballu (pielcjnes intans auparavanl; la richesse de son harnais attira surtout Tallention de cet homme (pii le d<''signa à ses camarades en s'écriant : — Holàî voici ce que nous cherchons.
— Moins l'homme toutefois . reprit le commandant improvisé de cette petite troupe.
— Serait-il mort! dit un troisième avec humeur, en songeant à la somme promise par le lieutenant de police, au cas où il serait arrêté.
— Voyons dans les environs, ajouta un quatrième en mettant pied à terre; s il lui est arrivé malheur ce ne doit être qu'ici . continua-t-il en s'avançanl dans les broussaille> qui croisaient sur la lisière du petit Ikms qui s'élendail juscju'au Lord de la grand roule