I)K HK AT FORT
« (iiins les rangs des Froiulrurs ; quant a M. le « dur (l'Orléans, il no change plus d*id<^ qufi « deux ou (rois fois par semaine: il y a progn^s, « eonime vous |)Ouvez en jnp;er; Madenioi- « selle s'ennuie de rester fille, et le parlement « de rendre des édits qui ne sont pas exécu- « tés : la cour est à Saint-Germain ; on s'ob- « serve .mutuellement et on attend.
« Dieu seul, doit savoir comment tout cela « finira.
« Je vous attends, cher duc.
« Votre ami.
« De Fiesque. »
Beaufort n'hésita pas un seul instant à prendre la roule de Paris, où il arriva le troisième jour de son voyage ; une invincible curiosité lui fit désirer de revoir riiolel Saint-Paul : un seul domestique l'habitait, et aux questions qu'il lui adressa pour connaître la résidence de la duchesse, sa sœur, celui-ci répondit que le lendemain de la mort de son époux, elle
nu FUITE DE BEAUFORT.
était partie pour son château de Nemours. — Pauvre sœur ! murmura le duc en sortant de la cour de l'hôtel, ce mariage, que j'ai désiré avec tant d'ardeur, t'a fait verser bien des larmes... épouse, tu n'étais pas heureuse; veuve, tu le regrettes et me maudis... il y a une destinée pour les familles puissantes et riches... Aujourd'hui la splendeur, la richesse, la puissance; demain, l'exil, la prison ou la hache du bourreau... Je donnerais de bon cœur, au bohémien assez savant pour me prédire l'avenir, dix mille pistoles! ^lais balil le drôle me volerail mon argent el ne me conterait que des sornettes! Allons au Luxembourg !
ffs C? ri les.
Le 1 8 octobre 1 G5â , à dix heures du matin, Louis de Bourbon, prince de Condé. montait à cheval dans la cour du Luxembourg . et prenait, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre.
Un prince français allait se mettre à la tête d'une armée espagnole!
En partant, Condé avait recommandé au duc d'Orléans de ne point rendre Paris au roi sans avoir obtenu des conditions avantageuses pour lui et leurs plus zélés partisans. Gaston s'engagea à ne traiter avec la cour que si on lui offrait des garanties suffisantes. Mais il ne put tenir sa promesse. Chaque jour de nombreuses députations quittaient la capitale et se rendaient à Saint-Germain pour conjurer le roi de rentrer danssa bonne ville. Les membres de ces députations étaient accueillis avec distinction et traités aux dépens de sa majesté qui les faisait servira dîner par ses officiers, tandis qu'une musique bruyante de timballes et de trompettes leur donnait des fanfares. Les égards qu'on leur témoignait firent une grande impression sur l'esprit des députés qui, en rentrant dans Paris, s'empressèrent d'en témoigner la* joie qu'ils avaient éprouvé. Le peuple chanta les louanges de Louis XIV avec
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aiilanl (iViiiprcsscnicnl (jii il tu avail mis a hurler les ponl-noufs rom[K)s<'s par 1rs prM^tcs froiidcMirs
Kl (Tpcndant Gaston n'avait pas ODCon* abdiqué lo litre de liculonanl-t^cncral du rf)yauinr; il se regardait coinmcM'Iant Ir maître d'accepter ou de refuser la paix qui lui était proposée : mais on ne lui en laissa pas le loisir, et Gaston fil la triste expcTience de l'inconstance du peuple qui l'abandonna au moment ou il croyait pouvoir s'appuyer sur lui pour dicter des conditions au roi.
Toutefois il cherchait encore à se dissimuler à lui-mOmc les dangers de sa position, et dans une conversation qu'il eut à ce sujet avec le cardinal de Retz, il lui disait, avec le tonde vanité qui ne l'abandonnait jamais :
— Ne ferais-je pas demain la guerre, si la fantaisie m'en prenait , et plus facilement que jamais ?
— Assurément, répliqua le prélat.
— Le |X'uple n'esl-il pas toujours pour moi ?*
— Sans doute.
— Je sais bien que la bourgeoisie ne m'aime pas , mais je ne m'en inquiète guère.
- Les menées de ces gens-là n'aboutiront à rien, s'empressa d'ajouter Retz.
— M. le prince a quitté Paris ; mais si je lui voyais un messager, ne reviendrait-il pas?
— Je le crois, répondit Retz.
Gaston ne faisait toutes ces questions que dans le but que le cardinal le réfutât. Mais celui-ci ne voulut pas s'en donner la peine. Il ne s'était rendu au Luxembourg que sur l'invitation qui lui en avait été faite, et dans l'intention déjuger par lui-môme des intentions de Monsieur, et de ce qu'il méditait pour empêcher le roi de rentrer dans Paris. L'incertitude du prince , ses éternelles hésitations convainquirent le cardinal que Monsieur se laisserait prendreau dépourvu, et que d'ailleurs, il était sans influence [)our ramener à lui les débris épars de la Fronde.
Dès ce moment . il sépara ses intérêts de
LES KXILr^.S 2ly
roux (lu princo Ki'tz h<' rappela l.i confliiilf (lu dur d'Orlcaiis a Hon égard . apn's le r/)rTi l)nt (lu fanlmurp Saint -Antoine rf il ^'antorisa d'une ini^ratitudc pour accomplir une jkttidie. Il se rendit à Saint-Germain fK)iir ofTrir ses service à la cour, à la condition (pie le car dinal Maznrin s'éloignerait de Paris le lemp- <pii serait nécessaire pour faire annuler les arrêts rendus contre lui par toijtes leschnm l)res du parlement. Anne d'Autriche rejei.» cette condition, mais Mazarin lui fit chan^ei d'avis; il persuada à la reine qu'il valait mieux se prêter à ce désir qui comblerait de joie les Parisiens . que de les mécontenter. « Une fois que la cour aura mis le pie i dans la ca[)itale . ajouta l-il , je reparaîtrai, et nul ny trouvera un mot à dire. .- La reine accéda à toutes les ilemandes du cardinal (ie Uelz . et celni-( i revint à l'archevêché en s'applaudissanî d'une démarche qui consolidait son crédit.
1^ âl octobre, Louis XIV rentra dans saca pitale avec \m cortècre brillant el nombreux
I^ peuple manifesta sa joie par les transports les plus vifs ; et cependant la promesse d'amnistie qui avait été faite n'offrait que de faibles garanties ; un article tout jésuitique exceptait du pardon général les individus qui, pendant la durée de la guerre civile , se seraient rendus coupables de délits envers les particuliers; comme si les intérêts de l'Etat n'avaient pas été étroitement liés à ceux de la bourgeoisie dans cette longue lutte î mais les exactions commises par les chefs de la Fronde, les promesses d'un bien-être qu'ils n'avaient pu réaliser, toutes ces causes fermèrent les yeux du peuple qui était las de la guerre civile et de l'émeute ; on désirait des jours de tranquillité , et on ne se montra nullement difficile sur les conditions imposées par la cour.
Le roi descendit au Louvre, et jdeux heures après son arrivée , il envoya dire à son oncle de quitter Paris le soir même et de se retirer à Blois. Gaston eut un instant l'envie de pe point ol)éir et d'envoyer le duc de Beau-
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fori f.iirc driirr^iciurs rcprcStculiilions a son neveu Louis XIV. (|iii I»' trailail hmv toute la durc'li' d un étranger ; mais Ii<'auforl ne se sentit pasassoz dr courage pour r('mj)lir rr)nvenahlonirnt une send)iabIo mission, (iaslf)n céda à 1 impérieuse nécessité: il fil ses préparatifs de de|)art, et (jueUjues heures après la réception du mess;iJ5XT royal, il monta en voilure avec le duc de Beaufort. cpii n'abandonna pas sans regret le petit empire qu'il s'était fr)rmé dans les halles. Mais en quittant Paris, il ne perdait pas l'espoir d'y reparaître, et il murmurait entre ses dents :
— Nous aussi , nous y ferons notre entrée triomphale : mais malheur aux vaincus! l'exil ne suffira pas pour nous venger d'eux I I^amort à tous !
Et cependant Beaufort devait s estimer très heureux de ne pas être poursuivi pour le duel qu'il avait eu avec son beau- frère quel(|ue mois auparavant. Si Anne d'Autriche eût été vindicative, il lui suffisait d ordonner l'arrcs-
talion de Beau fort . eî de le traduire devant le parlement comme coupable de meurtre.
Mais la reine dédaigna — les uns prétendirent qu'elle oublia — un semblable moyen.
Mademoiselle n'attendit pas qu'on lui fit signifier de se retirer dans une de ses terres: elle s'exila elle-même, et alla habiter son château de Saint - Fargeau , emmenant avec elle une suite peu nombreuse; le comte de Pradines se montra courtisan du malheur ; il accompagna l'altesse royale dans l'exil qu'elle s'imposait. Mesdames de Fiesque et de Frontenac ne crurent pas devoir lui témoigner autant de dévoûment. et au moment du départ . elle ne trouva que M. de Pradines et Paul Leblanc qui l'attendaient dans l'antichambre. Elle ne s'étonna pas de cet isolement; il semblait qu*elle s'attendait à ne rencontrer qu'eux. Quelques domestiques, dont la fidélité ne pouvait Olre mise en doute , furent désignés pour accompagner la |)rincesse.
Louise d'Orléans versa ([uehjucs larmes en
iiionlanl m voilure iiliIh la gaité (lu coint*de PradiiM's dissipa hien vil(; cet 8ccé« de m<'hiiicolic (-1 la i-(»tjlr s(> til eucauiHinl de la iiou vell(»rr)ur. cl <lii >orl nVrrvr aux pln^ zelrs parlisaus do la Fronde.
Nous laisserons l'allesse royale prendre possession de son cliiMcaii cî nous retournerons à Paris
M. de Ix)nviers. quf commandait i\ la Bastille , ne voulut pas d'aix)rd rendre relie forteresse, mali^rë la sommation T|ue le roi lui envoya faire : mais comme on le menaça de le pendre, s'il se laissait assiéger, il se hâta d'ordonner qu'on baissât le pont-levis. et un quart-d heure après, il remit les clés de la forteresse à l'envové de Ix)uis XIV.
La duchesse dcChàlillon reçut l'ordre dene point paraître a la cour et de partir de Paris dans les vingt-quatre heures. Tous les officiers attachés aux princes de Condé et de Conti se virent exilés à plus de cinquante lieues de la
5'JZi LES EXILES.
capitale; enfin le cardinal de Relz, celui auquel la reine avait dit publiquement dans la galerie du Louvre que c'était à lui que le roi devait particulièrement son retour dans Paris , Retz , qui se croyait au comble de la faveur , ayant refusé d'accepter l'ambassade de Rome avec la promesse de ne le laisser que trois ans dans ce poste , cent mille francs pour acquitter ses dettes , une pension de cinquante mille écus, et quarante mille autres comptant le jour de son départ, Retz qui ne refusa ces offres brillantes que parce qu'il espérait, en paraissant résister, qu'on lui en donnerait davantage , se vit arrêté le 1 9 décembre dans les apparlemens du Louvre , où il avait été mandé par le roi, et conduit à Vincennes, sans que le peuple . dont il avait été Tune des idoles, fit la plus petite démonstration en sa faveur.
Anne d'Autriche lassée de ses insolentes prétentions avait donné ordre au capitaine
LES F.XIlAS tu
diargé (ic faire alU; arrcsl.ilion, de ralta(|uer à main arnu'c s'il faisait mine de voulcjir résister (1).
Deux mois aprt^. Mazarin entra dans Paris ayant à sa droite le maréchal de Turennc. et à sa gauche sa majesté Louis XIV qui avait été au-devant de lui à plus de six lieues. La bourgeoisie lui donna à l'Hotel-de-Ville une f«tc brillante, et dans laquelle on lui prodigua les honneurs (ju'on rend à un souverain. Cette bonne bourgeoisie cherchait ainsi à se disculper des injures et des grossiers quolibets qu'elle prodiguait au Mazarin alors qu'il fuvail à Cologne.
Après le premier enivrement passé. Mazarin songea à se rendre redoutable, et son premier acte d'autorité fut de convoquer , au nom du roi, toutes les chambres du parlement pour faire le procès du prince de Condé.
(1) Cet ordre ressemblait a celui qui fut donno au maréchal de Vitri lorsque celui-ci asî^assiiia le maréchal d*Ancr«.
22G LEii EXILES
Il contraignit le jeune monarque à assister aux débats solennels qui eurent lieu à cette occasion. Et suivant la prédiction du cardinal de Retz qui avait dit que le parlement jugerait amis ou ennemis, et Condé lui-même, auquel il témoignait tant d'attachement, après huit jours employés à lire l'enquête faite à cette occasion, à entendre les nombreux témoignages de gens payés pour répéter une leçon tracée à l'avance, le vainqueur deLens et de Rocroi , Condé fut déclaré criminel de lèze-majesté et condamné à mort. L'arrêt le dépouillait en outre de ses emplois et gouvernemens, et confisquait ses biens au profit de rÉtat.
Le prince de ConU évita le sort de son frère en consentant à épouser une des nièces de Mazarin , Anne-Marie Marfinozzi. Ce mariage se fit sans éclat, et le prince fut dès ce moment étranger au tracas des affaires.
Sur ces entrefaites, le cardinal de Retz, devint par la mort de son oncle, archevêque de