‹ Le roi des HallesChapitre 21 sur 28 · L?: CAS · texte numérisé non relu

L?: CAS

Celui-ci dormait étendu sous la table.

— Allons. Marguerite, dit Bérarden s'approchant de Paul . prenez les jambes de ce jeune hérétique, et aidez-moi à le transporter danHe cellier.

— Mais il va se réveiller, répondit Marguerite en n osant s'approcher.

— Obéissez, Marguerite! lui cria le curé d'un ton impératif.

Et il ajouta : — Ce narcotique est puissant, nous n'avons rien à craindre de lui.

Et voici comment Faul fut transporté dans !«; cellier, et couché sur une botte de paille : Bérard ne se contenta pas de fermer la poile à ckîux tours. H de la, barricader au deliois^iil courut chez lo serrurier du village . et le ramena avec lui, afin qu'il mit des barreaux à la lucarne (lu cellier qui ouvrait sur la campagn*'. celte besogne s acheva en moins lie deux heures , et à son rév<*il ,* Paul se trouva dans un«

HK ( ONS( II'\( t.

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ohli^'oaus (iii ( urr Bérard . (jiii 'lail parti immrdiatrmrn? nprc^ pour sr rniciro n (Orléans.

De par If tioi,

Le marquis de S(jurdis qui avait su , en dépit de ses nombreirx ennemis, conserver son gouvernement . reçut avec empressement le curé Bérard . qui s'était fait annoncer comme ayant d importans secrets à lui révéler ; et il n eut

lij'l DE PAR LE ROI.

pas lieu de se repentir de lui avoir accordé une audience, car le curé lui apprit en peu de mots le but de son voyage à Orléans et de quelle manière il avait surpris les secrets d'un agent des Frondeurs.

Le marquis de Sourdis se fit remettre les preuves du complot qu'orî voulait ourdir dans l'étendue de son gouvernement , et quand elles furent entre ses mains , il envoya chercher le capitaine de garde à l'Hôtel -de- Ville , et lui donna l'ordre d'arrêter et de conduire en prison les personnes inscrites sur une liste dressée à cet effet.

Bérard réclama une escorte pour retourner à Andeglou, et sur l'observation faite par le marquis de Sourdis, qu'il n'avait rien à craindre pour sa sûreté personnelle , il répliqua avec aigreur :

— Monsi(Mir 1(» marquis de Sourdis a sans doute oublié que j ai arrêté moi-mémo l'agent

porU'iir i\r> |»;i|)iri > qno je viens de lui remel- Ire. <M i\uv (Cl lioiuiîKî rsl rlicz moi.

— Imprudcul ! s ÏHria 1<' marquis . il .'lura profil»' do volroabsrnro pour se sauver.

— Il ncl(^ pourrail pas, conlinua Bérard on soiiriaiil : mais bien aTtaincmcnl il ni; viendra point se livrer de lui-mc'^me.

— \ Dus aurez une eseorle , interrompit lo gouverneur : quand voulez-vous retourner à Andeglou ?

— Sur le champ, si monsieur 1<^ marquis n'y trouve pas d'empêchement.

— (Vesl bien ; dans une heure vous partirez. ^

Le gouverneur congédia Bérard , qui alla se4)romcner par la ville en attendant le moment de son départ. 11 eut bien envie d'aller rendre visite à son évCquc atin de lui raconter le genre de service qu il avait cru devoir lui rendre , mais il craignit de s attirer la censure

•lOU DE PAR LE ROI.

de son supérieur, et il remit à d'autres temps celte confidence peu importante puisqu'elle était dénuée d'intérêt.

Il revint à l'Hôtel-de- Ville , et en entrant dans la cour, il trouva six cavaliers en selle et prêts à partir; l'officier qui les commandait s'approcha de lui pour demander s'il n'était pas le curé Bérard.

— C'est moi , répondit-il fièrement.

— En ce cas , mon révérend père , en selle et au galop.

— Je préfère aller au pas, répliqua Bérard, ma monture est indocile...

L'officier qui commandait l'escorte mit pied à terre afin de contraindre le ciîré à monter on selle; ce dernier se hâla d'obéir, et force fut à sa rosse éliquc de faire au galop le chemin qui séparait Orléans du village d'Andeglou. La pauvre bête en creva à son arrivée , ce qui arracha à M. le (Miî (' !iu «uron oxUrinomenl énerylcjuc mais très pou chrétien.

hi r\i; Il r.oi. ?r»i

— H.i! Il I ' mnii iTvrroiid . ]iii ( ri;i ]v. corn niaiulanl <1(* 1 «'scorfc . il jKirail (juc vous vous nio<|uoz (lu |Mrhé?

— Faites votre devoir inonsi(Mir, lui ré[)oii(lil Héranl m (lésip:nant du ^mnIc le cellier dans le(|uel Paul était renfermé.

— A vous, mon révérend , à faire le volic Je suis chargé, par le mar(|uis de S^;urdis. de conduire à Orléans un prisonnier que vousd<vez me remettre. Où est-il/

— Dans ce cellier: en voici la de.

— Chacun son emploi : mon révérend :

nous sommes soldats, et nous n'entendons rien au inelicr de geôlier : liàlez-vous. je suis pressé de partir

Bérard ouvrit la porte du cellier. Paul en sortit précipitamment . el s'elançu sur le curé (jn il terrassa en lui criant :

— .Misérable! non seulement tu me \oles mon héritage, mais encore lu ncux me piiNcr <le ma lilxMtéî

— Du secours', du secours ! balbutia le curé d'une voiï étouffée!

— Qu'on les sépare! s'écria l'officier.

Cet ordre s'exécuta un peu rudement, mais Paul fut le seul qui se plaignit de la brutalité des soldats ; Bérard s'estima très heureux d'en être quitte à si bon marché , et il se retrancha derrière les soldats en disant à l'officier :

— Maintenant , monsieur, vous pouvez emmener votre prisonnier.

— Moi! prisonnier! dit Paul en essayant de se dégager des mains qui le retenaient.

Le commandant ne répondit pas à l'invitation que lui faisait Bérard ; il examinait Paul avec attention , et avant de donner l'ordre de remontera cheval , il s'approcha de son prisonnitT et lui frappa sur l'épaule.

— •* Vous vous nommez Paul Leblanc ; lui dit-il.

Paul se retourna et dit à son lour :

DK I' \\\ l.Y. lu H Î67

— hi vous. I>al()ijrntllc.

— Le ciiijilaiiic l/ilnurncllc, cDiitimia l'iincirn scrvil» 111 du rendue de Nemours, oui. innn penlillioinme. il \K\r,n{ cjuc vous vous êtes hrciuillé avec la jusiiee du pays. *

— Qu'en savez-vous, répliqua Paul avec tierlé.

— L ordre que j'ai entre les mains m'en dit assez . ajouta Latourneile : et il se retourna vers ses soldats et leur cria de monter à clieval : il laut me suivre, mon gars, dit-il à Paul.

— Vi\ moment encore, capitaine Latournelh» . lui dit Paul en se débattant : avant de sortir d'ici, il faut que ce corbeau, qui se cache derrière vos soldats, me restitue les papiers (|u il ma volés.

Tîi'rar 1 de\inl rouge juscju'aux oreilles et se sauNa à toutes jambes dans le moulin, et en refiTin.i la porte sur lui. Laloarnelle (jui a\aiï liàle de retourner a Orleaus, envova dan* le

village pour y prendre, au nom du roi. un cheval afin que le prisonnier put le suivre plus commodément. Les habit ans d'Andeglou , malgré leur respect pour tout ce qui émanait du roi, crurent devoir protester, et ils se refusèrent d'un commun accord à fournir le cheval que Latournelle leur demandait.

— Les manans! murmura le capitaine en apprenant le mauvais succès de la négociation entreprise par son ordre ; ils ont beau faire , je leur emprunterai une de leurs meilleures montures. En route !

Les cavaliers entourèrent Paul et le contraignirent de marcher au milieu d'eux. A vingt pas du moulin, l'escorte fit la rencontre d'un laboureur qui traînait deux chevaux superbes à sa suite. Latournelle eut bientôt fait son choix, et s'adressant au laboureur, il lui dit :

— J'ai besoin d'un de tes chevaux.

— Ils ne sctnl pas à vendre , répondit lo laboureur.

DK PAR LK \\0\ 26f

— N irn|M»rl<'. U niVn Liut un.

Il l.atouriu'llc (il un si^iic à ses soldats. (Ànix ci cnloiinTcnt le lalKHircur. cl pciulant ('(M(Mn[)s. Vaul inoiilail ruii (ïc ses rliovaux rf ;»\anl (|iif le pavsaîi fui ro\('mi de sa surprise. Lat()iirn('II(' avait cnr : au ^aloj»! Un nuaç,'0 de pou^siiTC los déroba aux yeux du lai coureur qui s'arrachait (les pnignéfs de cheveux cl se lanicnlait en termes fort énergiques.

A l'cnlrée de la nuit, le capilaiyc Lalournclle arriva a rilùtel-de-Ville. mais le mar- (|uis de Sourdis n clail pas visible, el le capitaine se constitua, de son autorité privée. le pei)!ier |)rovisoii'e de son prisonnier.

— De quel crime m accuse -l- on .^ lui demanda Paul (piand ils furent seuls.

— Vous auriez assassiné père et mère, insulte Dieu ou Nolé des vases sacrés que \olre affaire n(* <(tm\ pas plus mauvaise, et vous allez en jni;<*r • (^apilaine I.alournelle. ni a dit ce malin le gou^e^neur en me faisant ap|>cler

dans son cabinet , vous allez choisir cinq hommes résolus, et vous rendre avec eux au village d'Andeglou. où le curé vous remettra un prisonnier dont la capture est pour nous d'une haute importance. Songez, capitaine, que vous en répondez sur votre léte. S'il parvenait à s'échapper vous seriez pendu en sa place. »

— Pendu ! répéta Paul en frémissant : êtesvous bien certain, capitaine, que le gouverneur parlait de moi?

— On ne fait pas de semblables méprises de sang- froid, ajouta Latournelle. Oui, mon gentilhomme, c'est bien de vous qu'il s'agit. Faites votre examen de conscience, et peut-être trouverez-vous que vous avez mérité votre sort.

— Et ces lettres qui m'ont été volées, murmura Paul; Mademoiselle disait qu'elles pouvaient compromettre les personnes auxquelles elle les adressait. IVÏallicurcux! qu'ai-jc fait !

— H;i! ha! s'écria Tjatournelle en ricanant, i! f>araîl (\uq l'cxamon de conscience a révélé

DE VAK I.K HOI 571

t|ucl(]nc uros pôclic. Jcmir homiiK*! jouno honiinc' 1.'! justice i]r rr p;ivs r^l |)r()m[)lf h srvir . rt les hcndiros s^)nt !)i<'ij minces on roinpaniLsoii tics ri^juc^ (jui* \v iiu.-licr préscntr. \'f)vons. un [)ru (îr roiifiniirp. cl en revandK\ je proincls do \<)us rciidro lo service que vous me domandere/ avant de parlir pour I aulrc monde: ipi'avez-vous fait.' ^

— Rien.

— C'est impossible, mon i^^enlilhomme. et d après le caractère remuant que je vous connais, je parierais que vous avez voulu jouer le rôl(^ de chef de parti. J'ai assisté à voire début dans ce genre . vous vous rappelez la grotesque entrée de Mademoiselle dans cette ville, et la frayeur des autorités qui \oulaienl l'en faire sorlir: mais vous elle/ dans les groupes qui s'élaient formés sur la plac(» (jue nous vent )ns de traverser, et vous fîîes preuve d'adresse en attirant dans le parti de Mademoi selle une miillitude pa.ssablcment inconstante.

-'7:! - DE PAR LE llOI.

— Oïl ne pend pas un homme sans jugement, dit Paul en attachant sur la fijïure froide et impassible de Latournelle un regard scrutateur.

— Ça dépend, répondit celui-ci ; les voleurs et les assassins ont les honneurs du jugement, mais les conspirateurs et les sorciers ne jouis- ^nt pas toujours du même privilège. On pend les uns, on brûle les autres sur un ordre du gomernerr qui, vous le savez représente ici le roi.

— Vous oubliez qu'Orléans est à Monsieur.

— Le duc est bien tranquille à Blois. et jamais il n'a mis le nez dans nos affaires : ah ! si vous êtes destiné à figurer à une potence, malgré toutes vos réclamations, ce que le gouverneur aura résolu à votre égard s'exécutera.

Paul commcn(^;a à craindre quelque fâcheuse catastrophe dont il serait le liéros: Ivs papiers dont il était f)orleur, sans en ( onnailrc

ur l'AK i.r. nni 57.^

le ( ontnni |)Oiiv;iil Ir |)r«scn!ri- ronirno im at;riit sccrrt dii'n- (".ici ion . (jijnr) [Kiursiii vait ï\\vr un aciinrnrinrnt. «juf* la soiimissioFi «l(> |)iiiii ij).\n\ ( licf^ rend. lit c^'aiciiinnl odieux ri inutile. M.ii^ Paul aN.iit jurunis à Mademoiselle (le ^'archr le scrret. et nialuré le dan i;er do Si! situation, il s'afleirnil dans la roura i;eu>e rcbululion de ne rien avouer au c;is (jù l'on PîTiploirait les tortures en usa^e pour obtenir des aveux rirron^^lanciés des malheureux, (ju on y soumettait.

Son incertitude fut de courte durée. Le mar- «juis de Sourdis a[)prit l'arrivée du capitaine < l de son priscMinier chez révtVjue de la >ille tjiii lui donnait à souper, et (juoique d'une j^ourniandise passée en proverbe, il quitta sans regret la table et accourut ;s l'Hôtel-de-Ville |K)ur y inlrrroger le prisonnier qu'on venait <i'amener.

\^ gouverneur alla franchement au but .

11k DE PAR LE ROI.

et ne chercha pas à faire dire à Paul ce que celui-ci voulait lui cacher.

— Vous n'ignorez pas le motif pour lequel vous avez été conduit devant moi, lui dit-il après avoir jelé sur lui un regard scrutateur.

— M. le gouverneur, je sais que je suis victime d'un infâme guet-apens.

— Tous les moyens sont bons pour s'emparer d'un homme aussi dangereux que vous, répliqua le gouverneur.

— Eh quoi ! je suis un homme dangereux parce que je réclame mon héritage , qu'un misérable, indigne de porter l'habit ecclésiastique, veut me spolier: mais vous, monseigneur . est-ce avec connaissance de cause que vous vous faites le complice du curé Bérard?

— Je ne sais ce que vous voulez dire, répliqua le marquis avec hauteur; il ne s'agit point d'un héritage qu'on vous dispute, mais d'un crime qui vous est imputé.

DE TAU l.E noi *2l9

— Un rrimr! rr[Mla Paul

— l'ji Nuii'i Ic^prcmcs, conliiiualr^'ouvcriuMir vu (It'si^nanl plusieurs IfMIrrs ('pnrpilli'cs sur son hurc.Mi . (l'a|)r('s leur conlcriu j ai acquis la ('crliludc (juc nous veniez ;i Orléans pour y ourdir nu eouiplol dont le but avoué est le r(Miverscinenl du gouvonicnicnt de sa majesté Louis \\\' : toutes les [)ersonnes aux- (juelles ces lettres étaient destinées ont élé arrêtées par mes ordres.

— Ciel ! s'écria Paul involontairement.

— Mais il ne me suffit point d'avoir les complices de ce projet criminel, il faut encore que vous m'en nomniiez les chefs.

— .lamais. jamais, pensa Paul en sonii;eant à la promesse que Mademoiselle avait ex^gée de lui.

— On peut vous y contraindre, dit le ijouverneur avec sévérité : dans la situation où vous êtes placé, vous avez tout à gagner i\ inte-

resser vos juges on voire faveur: et c'est en nommant les chefs dont vous êtes l'agent que vous y parviendrez.

— Je n'ai rien à répondre à de semblables questions.

— Réfléchissez bien, monsieur, dans quelques minutes il ne sera plus temps.

— Vous connaissez ma volonté, elle est immuable.

— Malheureux ! et si on employait les tortures pour vous arracher des aveux:'

— Je garderais le même silence, monsieur le gouverneur , répondit Paul avec résolution.

— Vous avez du courage, lui dit le marquis, mais pourquoi l'employer dans une mauvaise cause ; ressuscitcT les guerres de la Fronde ,

• c'est le vœu d'im rebelle et d'un homme ennemi de son pays , et à votre âge , jeune honune, on n'a pas encore eu à se plaindre des

Dr. l'Ai'. 1 1: l'.oi. 277

riiTUcur-s (lu sorl poui- I«'\<'r rclcnd.iil (\r \.i rôvoltr <'l --<• iiK'llii' «M» ()|)()o>iti(jri I1;ilm;iiiI<' avec lo jjoiivcriUMncnl du roi.

— M. le niariiiiis de Sourdis. inlcrronipit l\nil avec ironie. CT(i. je \)v\\sc, ne fail point |)aiiie de linlerrogaloire (jue je subis depuis un (piait-d'Iicure . vous insisteriez vainement pour m'arrarluT des aveux : je n'ai rien à dire, je ne sais rien.

— Préparez-vous à paraître devant vos juives: demain . ils s'assembleront pour délibérer sur le ehàtiinent qui doit vous être infligé.

— Je le connais d'avance, monsieur le marquis ; à l'armée, quand on arrête un espion, on le fusille, vous autres préférez employer la corde afin de ne point brûler votre poudre. Tant pis! car, je vous l'avoue, la potence me répugne.

On conduisit Paul à la prison de la \ille. et dans le trajet qu'il parcourut pour y arriver, la nuiUit'.ulc l'accabla d'injures. \ bas le

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