INTIME
l.iunl (jiu' (le iaiblcs cxcum'.s pour pallier les l()rts(|ir<'lic sr flfinnnit nn\ yriJX (!c la (otjp.
Ihi <l('|)it sccn*l . un icsscnlimcnt . chic je souvenir iU' fansscs promisses rcndaif [)lus vif alors (picdiniprudrnlcs paroles cchappécb as(^\s daincsd honneur, vcnaicnl lui rappeler re que sa belle marraine . Anne d' Aulriehe . avair fail |)()ur rcni|)è(her d'apjiarlenir d'alK)r(i a IMiilippe dlispa^ne. et ensuite àly)uisXI\ . encourageaient la jeune princesse à persévérer dans une voie que ses amis les plus sincères trouvaient dangereuse. Mademoiselle convoi lait encore la main du jeune roi . et tous les obstacles élevés par Mazarin pour rendre cet hymen impossible, ne faisaient (juaccroître l'envie qu'elle avait de les ai)plrinir. Mais . comme les événemens ne secondèrent pas ses desseins et l'entrainèreni à se ji^ter dans le parti contraire, elle mit autant (rempressement a s'aliéner les hormes grâces de la cour qu'elle en avait fail j)araître pour les conquérir.
Sa conduite . depuis son eiilrée à Orléans la
signalait désormais au courroux de la reine qui entra dans une colère épouvantable en apprenant les équipées de sa filleule ; néanmoins elle dut s'apaiser et remettre à d'autres temps le soin de se venger de la conduite de Mademoiselle, qui ne fit que rire du dépit qu'éprouvait Anne d'Autriche de la voir dans les rangs des Frondeurs.
Les affaires politiques, qu'elle dirigeait en diplomate consommé, lui laissaient quelques instans de relâche ; et le troisième jour de son entrée à Orléans , elle éprouva le besoin de se distraire; elle jeta les yeux autour d'elle, et son jeune secrétaire , M. Paul Leblanc , s'offrit tout d'abord. Mademoiselle avait remarqué son émotion quand il s'approchait d'elle , les réponses embarrassées qu'il faisait aux demandes les plus simples qu'elle lui adressait ; et sans chercher à s'expliquer la cause de ces singularités, elle voulut Uii procurer l'honneur, embarrassant pour un homme aussi timide que lui , d'un tète à-lèle. IVeslée seule après le
iMiMi;. m
i\v\)M'{ (le M. (If l'F;i(lifii's et (lu ((Jitilc (le (iiiil.iiil. rllr envoya (lire a sofi scciM'lair*' in tinx' (juVilc avait à Ini parici' ; celui-ci. (]iii ôtail pn'vcîin a l'avance, allcndail avec iin[)alicncc (jii On le lit demander, cl il s i'nij)re>>.a de se rendre aux ordres de la princesse.
INlademoiselle était assise auprès d'une cliciiiinée dans la(|uelle hrùl. lient d'énornKîs l)ùclies dans leur fornu? primitive. I>a flammcî |)étillante du ioyer 1 obli^^eait à tenir devant sa lii^^ure un éventail en plumes de paon : sa toilette était des plusmagniliques; elle portait ce jour là une robe de velours bleue extrêmement décolletée; son pied était emprisonné dans un soulier de salin: un bandeau de perles fines se jouait dans ses cheveux blonds: l'attitude (ju'elle [)rit , lorsque Paul entra, annonçait la nonchalance, le laisser-aller le plus com[)lel. Elle liuN ila à prendre un tabouret qui se trouvait par hasard auprès d'elle. Le jeune homme olR'it en silence, elaltendil que Mademoiselle
us ' LE SECRÉTAIRE
voulut bien lui adresser la parole pour répondre.
Celle-ci jouait avec son éventail . regardait son secrétaire à la dérobée, et promenait le pied , qu'elle avait petit et fort bien fait , d'un coussin sur la grille du foyer. Enfin , elle se décida à faire quelques questions à celui-ci qui n'osait prononcer un mot sans y avoir été provoqué.
— Eh bien '.monsieur Paul, luidit-elle, comment trouvez -vous le service de notre maison ?
Le jeune secrétaire crut qu'il suffisait de saluer pour témoigner qu'il était content de l'emploi qu'on lui avait donné : il se leva et fit une profonde salutation. Mademoiselle le regarda faire , et elle continua :
— Que disent maintenant les bourgeois d'Orléans? Sont- ils contens d'avoir contraint les Mazarinistes à rebrousser chemin ?
Celte fois Paul ne put se dispenser de ré- [)ondre à ces questions , cl il le fit avec empressement. Dans un récit vif et animé , il dé-
|K'i^'iiil il la f)rin('(»sso (jucl.s cniharrîis son arrivée iin|)rrvu(* avaient fait naître. Les espcraiK (^ (les uns qui (Toyaicnl à un bonheur irn possible à réaliser enlierernent , mais fjuV)n promet loujours et (jui sert d'appàl pour exeit(M l'ambition et les sympalliies de cette fraelion (l'homnu's dont la vie s'('«teint dans de slc'riles virux : les dcccj)tions des partisans du cardinal Mazarin qui ne nHaient plus que meurtres , proscriptions, emprisonnemens. Puis le relour des esprits vers des pensées de tranquil lilc. car la confiance que Mademoiselle avait su inspirer par une conduite sage et modérée . ne tarda pas à dissiper toutes les craintes conçues. Paul se montra courtisan adroit et flatteur délicat: il sut faire l'éloge de iNlademoiselle sans affectation: il se plaça tout naturellement dans son récit. Pendant qu'il était en train de raconter, le souvenir du chevalier de la Tournelle se présenta à sa pensée , et il profita de l'occasion pour le recommander à la munificence de Mademoiselle. Celle-ci s'é-
tonna qu'un homme , auquel elle avait de si grandes obligations , ne se présentât pas pour en demander le prix.
— Il n'a point reparu, ajouta Paul qui commençait à s'enhardir; et peut-être a-t-il péri victime de son zèle à servir votre altesse...
— Ah ! c'est affreux à penser ! s'écria Mademoiselle; j'ai meilleur espoir; votre ami nous reviendra. Nous serions désolés d'avoir été la cause du trépas du chevalier.
— N'est-ce point le devoir d'un fidèle ser viteur de se sacrifier pour assurer les projets d'une héroïque princesse? reprit Paul; ah! il est beau de mourir pour ses princes!
— Le chevalier de laTournelle ne nous devait aucune reconnaissance , monsieur Paul ; il ne faisait point parfie de notre maison, et ne nous connaissait sans doute que d'après les bruits d'une renommée, trop souvent mensongère. Son action l'honore davantage à nos
yeux.
Mais comme le chevalier de la Tournelle
IMIMK SI
nr (h'vjul pas cK'ciijxr cfïlirn'mcnl les in.Hl.Jii^ (|U(' son nhcsfto royale (hiii^'iiail :i(Tfnvl«'r ;i son sicrrl.un* , vWv. (iiaugca la (onvcr.sahon . cl î'jimcna \\ parlrr dos snrrifires cpK^ crlui-ci avait lails pour la suivre à Orléans ; sa fuile de la maison paternelle lui fut repro( Ikm* comme une mauvaise action; et M ad<Mnoiselle, qui ignorait encore les douceurs de la mnternil('' . fit preuve en celle occasion d un(. admirable lo ^i(|ue ([ui respirait la morale la plus austère. Klle se représenta le chagrin du père Leblanc en ne trouvant plus le lendemain son tils que sans doule il chérissait.
Paul , qui jusqu'ici avait écouté silencieusement et la tète baissée les remontrances de Mademoiselle , 1 intc^rrompit avec vivacité :
— Mon père est un Mazariniste des plus exaltés, dit-il. et moi. je tiens à la Fronde. Depuis mon retour de Paris , c'était chaque jour nouvelles (jucrelics au sujet de ce (|ui se passait dans la capitale. Et s'il faut vous l'avouer, son admiration |X)ur monsieur le cardinal est
52 LE SECRÉTAinE
de fraîche date. Lorsque je perdis la place que j'occupais chez l'intendant de monseigneur le duc d'Orléans...
— Quoi! monsieur Paul, vous avez habité le palais du Luxembourg? dit Mademoiselle.
— Quelques mois seulement, répliqua le jeune homme. Mon père, qui était alors Frondeur, changea tout-à-coup d'opinion et chanta les louanges de M. le cardinal : moi. je ne pus oublier les bontés dont j'avais été l'objet dans le palais de l'un des chefs de cette Fronde qui faisait trembler Anne d'Autriche et son premier ministre. Mon retour au village a aigri mon père, et j'attendais avec impatience une occasion qui s'offrit à moi pour abandonner les lieux où s'écoulèrent les premiers jours de mon enfance. Le meunier Leblanc ne me regrettera pas.
Mademoiselle parut satisfaite de l'explication qui lui était donnée, aussi n'insista-t-elle pas sur ce point, et le sentiment filial (il place
iMiMi. b^
à (le iinini 1I( -, (lucslioi'.s plus cinlKirrassnntes pour PiMil qui ne snv.iif comincnl y n''[K)iHlrc. Son allcsifi' avait dai^MUî s'ajJcrct'Noir (|uc son srrn'tniro infime n(\joni.ssait pas de ((ncquic''ludr (l'cspril, de ccUc traïKjuillilc» nécessaire pour remplir convenablement ses importantes fonctions. De frcMpienles distractions se faisaient remarcpiei- d.ins les hiihitndes de Paul : il soupirail sans cesse, élevait ses yeux vers le ciel et semblait l'invocjuer : enfin, ces singularités avaient été remar(|uées par les dames d'honneur de Mademoiselle: la comtesse de Fiesque accusait, en riant, madame de Frontenac d'être la cause du martyre du jeune secrétaire : celle-ci se défendait et rejetait sur madame de Fiesque des tortsqu'ellc ne se souciait poiiU d'avoir. Mademoiselle leur avait promis de les mettre d'accord en arrachant à Paul un secret que celui-ci renfermait soigneusement dans son sein. L'instant était arrivé, et la princesse hésita quelcjucs instans a interroger le C(rur de son jeune secrétaire :
sa timidité la rassura, et elle lui demanda d'un air badin laquelle des deux il préférait.
— Je ne vous comprends pas, lui répondit Paul en attachant sur l'altesse un regard interrogateur.
— Ou plutôt vous feignez 5de ne pas me comprendre, continua la princesse en souriant ; je viendrai à votre aide, monsieur Paul, en vous disant le nom de celle qui occupe votre pensée.
Le fils du meunier rougit tout-à-coup, Mademoiselle ne parut pas remarquer son trouble et poursuivit en ces termes.
— Madame de Fiesque a été offensée...
— Ce n'est pas elle! s'écria Paul avec vivacité.
— Ah! ce n'est pas madame de Fiesque.
reprit Mademoiselle avec étonnement ; cette pauvre comtesse de Frontenac ne se doute pas des malheurs involontaires que son éclatante beauté peut causer...
— Son altesse me pardonnera, mais...
INTIMK. 55
— Il ne III .«|>().\i Ik'IiI |);is lïi- nou^ iihsoiidrc. iiKuisKur Paul: je nciix l)irri dcscriii\vv a vous «lonncr (|ii('l(jucs conseils (iiii poiirroiil vous aider à s<^)rlir de la fAcliouso silualioii dans la(|i]('II(' nous vous trouvez j)rcsentrineut. Jeune ii7iprudonfî avez-vous mesure la distance (jui vousséi)are de madame de Frontenac:' Ignorez-vous donc (ju'elle rï'esl pas libre, cl que votre amour est une insulte j)our elle! L'inexpérience ne saurait vous excuser, monsieur Paul, et si le hasard a favorisé votre folle passion en vous permettant de voir chaque jour celle qui en est l'objet . nous nous voyons obligée de détruire un bonheur (pii troublerait votre vie entière... Ne m'interrompez pas: jamais madame de Frontenac ne consentira à vous entendre, et si vous osiez lui parler d'amour, elle viendrait nous supplier d'aviser aux moyens de la débarrasser de vos im|)orlunités. Nous épargnerons ce chagrin à notre chère comtesse de Frontenac, en vous
priant de quitter sur le champ le service de notre maison...
— Quoi ! votre altesse me chasserait!...
— Puis-je faire autrement? monsieur Paul . Trouvez une autre manière de sortir d'embarras cette pauvre madame de Frontenac, et je l'adopterai avec joie; sinon, conformez- vous à nos intentions et quittez Orléans aujourd'huimême.
— Si on avait trompé votre altesse, si cette passion n'existait pas?
— N'espérez point me donner le change sur vos senlimens, monsieur Paul ; je puis pardonner à un moment d'égarement, jamais à une coupable supercherie.
. — Je le jure par ce que les hommes ont de plus sacré , et votre altesse peut croire à ce serment, que j'ai pour mesdames de Fiesque v{ de Frontenac le respect le plus profond...
— Et, pour l'une d'elles, l'amour le plus violent, n'est-ce pas ?
Celle ([ueslion faite d'un air mociucur ne dé-
INTIMK. A7
Lonc'cila |)ai U- Mcnlairc iFiliine (|ui prolcbU avec la plus ^^Tandc cncTf^ie contre* lonf(»s 1rs su|)|K)sili()iis inventées pour le perdre dans l'esprit d(î Mademoiselle. Son assurance . le ton de vérité tivcc lecjuel il pariait, fil (|uel(|ue impression sur son altesse cjui [)ari:t dis|)osée à le croire; mais avant de lui accordcT la permission de rester à Orléans, elle voulut éclairer ses doutes. Orlaine (jue Paul était vivement épris et soupirail tout bas, elle se demandait quelle femme enflammait son imagination. Celui-ci garda le silence le plus profond, et malgré tous les efforts de Mademoiselle pour lui faire commettre une indiscrétion, il s'obstina à taire un amour qu'il ne pouvait avouer.
La princesse savait désormais à quoi s'en tenir sur les sentimens de son secrétaire : elle s'était amusée de l'embarras du jeune» homme qui n'avait point osé se rendre coupable d'une de ces impertinences que les femmes, et je n'en excepte aucunes, pardonnent si ai^ément.
On le suppliait de faire une confidence qui lui permettait de déclarer son amour, et il résista à toutes les avances de son altesse qui aurait pu, en téte-à-téte avec un autre homme que Paul, devenir victime de son innocente plaisanterie. Elle en fut quitte pour une heure de minauderies et quelques grandes phrases touchant le respect qne les petits doivent aux puissans de la terre. En cette occasion Louise d'Orléans ne s'était pas appliquée les maximes sévères qu'elle crut de sa dignité de débiter à son secrétaire qui se retira honteux et confus.
— Je suis un sot ! murmura-t-il tout bas en traversant l'antichambre; j'ai craint de me compromettre en lui avouant que c'était elle que j'aimais, et au lieu d'avancer mes affliires, j'ai tout détruit par mon imbécile timidité. Paul! Paul! tu n'es pas raisonnable; la folle cervelle s'ouvre à toutes les impressions, et ton esprit te crée des chimères ! Mais la réalité est devant les yeux... A (juoi poux-tu préten-
INTIMI. ftO
(Irc, loi, ()l)>>( nr d perdu <i.iiis l.i IouIl-. loi, lo lils (lu incimk'r de AiidcL,H()u . un Nihiin' un inaiiiuill (|in n a pas mt^mc ce (juc lR'au(OU[) (!c m'iis iH 'j^'ardcnl coninuî une (jualilc prcliriwc, ( 'esl à-dirc, de 1 or... Ali! fatal s(;jour de Paris! emploi maudit qui me permoitail de eonlempler cliaciue joui* les traits de celte lemme (jue la naissance a placé au premier ran:;. et (ju'une immensité sépare d(^ moi..' (^ue ferai-je maintenant:' J'ai désiré des périls afin de me distinguer par mon courage , et cette occasion ne s'est pas oflcrte. Je voulais verser mon sang pour elle, espérant (juc ce dévouement me mériterait son estime... Les Mazarinistes ont fui lâchement devant un coup de canon, et mon espoir s'est encore évanoui... C'est une malédiction tombée sur ma télé !
II sortit de THotel-de- Ville. En ce moment un homme . enveloppé dans un mauvais manteau de draj) brun qu'une rapière retroussait par derrière. .> approcha de Paul el lui
prit la main qu'il serra avec force en lui disant :
— Ça, mon gars, nous avons donc mauvaise mémoire ou mauvais vouloir ? Depuis bientôt quarante -huit heures, je rôde autour de cette place dans l'espérance de vous apercevoir à Tune des fenêtres de la maison de ville; bien des têtes à perruques et de frais visages s'y sont montrés, mais le vôtre n'était pas au milieu d'eux. J'ai voulu pénétrer chez son altesse royale, son capitaine des gardes, un bourru, ma foi ! a refusé de m 'introduire en sa présence; et cependant, mon gars, les services que j'ai rendus sont de ceux qui se payent généreusement.
On a reconnu dans l'homme à la longue rapière le chevalier de la Tournclle. Le coupejarret n'était pas en veine de fortune , et il s'adçessait à Paul comme à un créancier, qui en se liquidant envers lui, pouvait l'aider à sortir d'un mauvais pas. Le secrétaire de IVlademoi- .seile fit une hnde {grimace, et dissimula mal le
INI Mil 01
(lf|)il (jii il rproiivini «Ir « <ll<' rrnronlnv L.'« ToiiniclN' ne s'en onciisii |);i.s, cl conlimja ;i formuler haulmicnl srs dolraiHCs.
— }c inc suis avise, ajoula-t-il , (](* suspoe- \vr ta hf)nnr foi . ( l j'ai (ru un rnonienl (jue lu Noulais usurpei- la réeonipeuse sur lacjuelle je compte...
— Vouî* NOUS li-ompcz , clicNalier de la Touruelle; j'ai |)u oublier...
— Mon jeune gars . tu as ici — et du doigt il désignait la maison de ville. — bon gîte cl bon feu; on prend patience aisément dans une situation comme la tienne; mais, moi, vois-tu. je n'ai d'autre abri que les portes, d'autre nourriture que celle (jue la charité publique veut bien m'accorder... Je suis un misérable gueux, entends-tu, il est donc inutile d'insister plus longtemps. Tu vas me ser\ir d introducteur... Marche devant...
— INIais il me semble...
— Oiie toutes tes obserN alion^ n(^ me feront
62 LE SECRÉTAIRE lîNTIME.
pas changer d'avis; allons, monsieur Paul, allons , je suis pressé.
Et bien malgré lui , Paul se vit contraint d'introduire le chevalier de la Tournelle dans les appartemens de Mademoiselle : mais celleci venait de monter à cheval pour se rendre au faubourg de Saint-Vincent où tous les officiers de Tarmée frondeuse devaient se réunir dans un conseil de guerre afin d'y discuter ce qu'il importait de faire pour assurer les succès obtenus jusqu'alors sur les bords de la Loire. La Tournelle n'en voulut pas démordre. Il s'installa dans l'antichambre en disant : — On éprouve trop de difficultés à pénétrer jusqu'ici, et je ne me soucie pas de recommencer à roder dans les environs... J'attendrai.
©i0for^f imlitnirf.
En dehors du faubourg de Saint- Vincent , à environ cent cin(juante pas des remparts , on apercevait une masure en ruines ; c'était là que les officiers de M. le |)rince et ceux de l'armée frondeuse s'étaient réunis sous les ordres ilu
6/i DISCORDE
comte de Tavanne , qui exerçait les fonctions de maréchal de camp. Le duc de Beaufort se promenait fièrement sur la chaussée en attendant l'arrivée de Mademoiselle. A quelque dislance, Clinchamp , le lieutenant - général des étrangers , se tenait au milieu de ses officiers , raide comme un piquet , la tête haute . et dans une immobilité que son turbulent étatmajor n'imilait pas: ces messieurs s'impatientaient du relard que son altesse royale apportait à une entrevue qui devait décider du reste de la campagne.
Le comte de Rohan et le marquis de Fiamarin tuaient le temps en jouant aux dés sur un tronc d'arbre que le feu du bivouac avait respecté. Flamarin avait perdu cinquante louis d'or, et sa mauvaise humeur qui ne pouvait trouver à redire dans la manière dont Uohan conduisait sa partie, s'exhala en plainlesaméres sur les façons d'agir des bourgeois d'Oiléans qui laissaient à leurs |)oi'tes de vaillantes troupes dépérir dans de mauvais cautonnemcns. Ko-
MII.ITAIRK.. «ii
liiiii a|)|)ron\ .iil le ni.ii ipii^ par (itr> <>ii ! oli ! a\\ ' ail ' 4'l M (Il < ntitiniiiiil |Kis moins mhi iKMjn'U^* |)'<irii<\ l'ininiuin (M:T(iit juscju'a non drinicr «Hij. lltMimisciiicnt (|ue l<\s (roinpolles <Jrs a\anl jKJsU's iinnoucvrciit larrivéc de son ullessr . qui \):\r\\\ ayant à sa droite jM. le comte de PracJim^, et à sa gaucho le mar(juis ik' S^iurdis f\i\i s était ravisé et avait supplie Madeinoisc^lle de lui pennellre de rarcoin[>a^n(T au laiilx^urg de Saint-Vincent. L^* rusé gouverneur ayant perdu tout espoir du cùlé du cardinal Mazarin . s était mis en tête de servir la cause des Frondeurs, sans doute pour éviter d'y être contraint à 1 issue du conseil de guerre auquel on avait convoqué tous les chefs influens des deux armées rebelles.
Mademoiselle descendit de cheval à la porte lie la masure qui avait un aspect fort misérable, et était entièrement dé^jarnie de tout ce qui est nécessaire dans une habitation. Elle fut aussitôt saluée par le duc de Beaulort (^t le comte de
Tavanne (jui la firent entrer dans l'unicjue T. Il :>
Gt; DISCORDE
chambre qui restait , et où l'on avait rassemblé à la hâte quelques sièges et une mauvaise table sur laquelle on apercevait plusieurs cartes où figuraient l'armée mazarine et celle des Frondeurs , les divers cantonnemens placés entre Montargis et Châtillon-sur-Loing , et ceux qui étaient occupés par l'armée royale depuis Gien jusqu'à Blois. Avant d'ouvrir la séance , le comte de Tavanne fit avertir les gentilshommes auxquels leurs grades permettaient d'y assister, et on vit arriver en foule les officiers des régimens étrangers conduits par leur lieutenant-général. M. de CHnchamp; le marquis de Flamarin, colonel des dragons, le comte de Rohan , capitaine des chevau-légers. puis MM. de Fiesque et de Frontenac qui étaient attirés plutôt par le désir d'avoir une entrevue avec leurs femmes , que d'assister à une délibération qui ne devait rien changer à leur situation.
Le duc de Nemours ne tarda pas à arriver ; il entia fièrement et traversa le groupe (|ui
.MIIIIUIU- 67
«i'rlail formi' a la ixniv dv. la mfisiin' . sans claigncT sahuT aïKMin <!(' ceux rpii U* composaic-nf \h\ \rj:vv niurinurc IcnifHi^na le in('( ofiIciiU' incFil (inOn en ('proiivail . mais M. do Nemours n'y fit anciine allcrïlion : il s avança au (l('\anl flo son altesse en lui disant : — Veuillez doiuier les ordres néressair(?s aiin ciue le conseil se reunisse promplement.
— Ces ordres ont été donnés, monsieur (ie Nemours, répondit la princesse en ne cherchant pas à dissimuler le dépit qu elle éprouvait de se voir traitée avec^ussi peu d'étiquette par un homme qui lui devait bien quelque re connaissance pour des services rendus naguère , et dont il ne se rappelait plus.
— Quand votre altesse voudra . dit le comte de Tavanne en s approchant , nous sommes prêts.
— Volontiers, monsieur le comte: il me tarde d'être débarrassée des nombreuses tracasseries qui me sont suscitées chaque jour.
M. de Beaufort qui cherchait avec einpres-
sèment toutes les occasions de manifester la haine qu'il portait au duc de Nemours , fil de grands complimens à IMademoiselle sur ce qui s'était passé à son entrée à Orléans. Son langage flatteur ne pouvait manquer de faire paraître son beau-frère brusque et impoli, et c'est ce qu'il voulait. Mais son altesse l'interrompit en disant qu'il était plus important de parler des affaires pour lesquelles on s'était réuni : M. de Tavanno appela le comte d'Hollac. qui commandait le premier rt^giment do cavalerie allemande . et lui ordonna de lire :» haute voix la liste des personnes qui pouvaienî assister au conseil . et ensuite de faire sortir les autres; ce qui s'exécula avec quelque confu sien. Il ne resta dans la chambre que les ducs de Nemours ci de Beau fort Cl inchamp . MM. dcColigny. Valon cl Villars qui rcm|>lis- .saicnl dans les ik'ux armées les fonclioiïs de marécliaux-de-camp: le marquis d(^ Flamarin, les comtes de Tavanne, de Fi(>squect dv Fron tenac Le gouverneur d'Orléans ne put assister
MIMIMHK 60
.1 i.i (Irlihrr.ilinîi . inaï^iM* If (UWw «pi'il m ;iv;nt . «1 il «luf iilh-iulrc sur 1.» !0!ilr (jiirl rn srniil If rcsiillat.
f/i grande* (Hicslioii (ju'il s'a^^issail <\r résondro. (V'Iail de savfur do quel (VHc rarnrWH» Irniidcu.sr se (lirii;tTail. L<' inarechai Valfm opina le prcMiiior f)nnr Montari^is : Cliiichamp |)arla;^«N» ctMIr opinion . iandis que \v conile de 'l'avanno et M. de Nomofjr> insislèrrnt poui- (pi'on (il passer la rivière à l'armée . el qu Vm se rendit à Blois qu'on forlifierail . et (pje maître de cette ville et d'( )rléans. on pouvait aisément paralyser tous les efforts du cardinal Ma^rin.
Mademoiselle recueillit les diflférens avis, et adopta celui qui décidait qu'on se rendrait à Montarc^is. Elle ajoula que le pays était bon . que les troupes y subsisteraient bien . et que si l'on y arrivait assez à temps . on pourrait envoyer un régiment à INIonlereau . et par là qu'on intercepterait le passage de la cour (|ui aNait rintrntion de se rendre à Fonlainei)leau.
— Il est de la plus grande importance d'empêcher le cardinal Mazarin d'entrer dans la capitale , ajouta-t-elle en élevant la voix ; c'est pourquoi, je pense, qu'il vaut mieux se diriger vers Montargis que sur Blois , qui a été ravagé pendant le séjour que l'armée mazarine y a fait.
M. de Nemours s'écria qu'en cette occasion on ne devait pas se résoudre follement à mettre à exécution une entreprise dont on ne tarderait pas à se repentir. Qu'il savait mieux que personne ce qu'il était urgent de faire , et qu'en désignant Blois , comme pouvant offrir de bons cantonnemens, il avait plutôt con|jillé les intérêts de l'armée que son bien-être : et . comme son raisonnement ne produisit pas l'effet qu'il en attendait et qu on le désapprouvait tout bas , il s'échauffa et se mit à discourir sur les prétentions que certains généraux étalaient: le conseil garda ( etle fois le silence le plus profond . et Nemours se crut autorisé à poursuivre ses (uribondcs déclamations , et sans avoir
.Mil IT\lf\l 7i
c^ard a la préieiicc de Ma(iriiH)is<'llr , il s'ouitlia iiis<|u .1 (lire (|u nn avait jun* dahaiuloii lier M 1'" piincr . {^uv (*'(''lait une trahisDn in- (Tinic. ri (juc poni' lui . il clail prvl à se s<*|)arer (le Monsieur (I). l^a tille de (iasloii avait supporte patiemment letorrenld injures (fue M. de Nemours venait de \omir ; mais elle; ne voulut pas se laisser insulter plus lonjj^-lemfis.
— Due de Nemours, lui dit-e-Ilc avec 1<' ton de la di^^nité . je vous rappellerai que vous dXes devant une princesse du sang royal , et (jue vos emporlemens sont une insulte à notre personne. M. le prince, ne saurait trouver d'excuses raisonnables à vos injurieux soupçons . on sert mal son maître , en voulant le troj) bien servir.
— Votre altesse me permettra peut-être de me justifier, dit M. de Nemours avec arrogance ; seul ici , si j'en excepte INI. de Ta vanne (jui trouve mon avis raisonnable...
:i)Lr<lti'" <lOi-|r,.ii-
— Et maintenant. M. le duc, je partage entièrement le vœu émis par ces messieurs . interrompit le comte avec une vivacité qui témoignait assez qu'il ne se souciait point de faire cause commune avec Nemours.
— Donc . je suis seul . reprit celui-ci en promenant autour de lui un regard dédaigneux , mais je n'en défendrai pas moins avec courage les intérêts de M. le prince qui serait gravement compromis si l'armée allait à Monlargis.
— Elle ira , et sur l'heure , M. de Nemours, s'écria Mademoiselle. Le conseil est levé , messieurs !
— Un moment encore, dit Nemours en pâlissant de colère, puisqu'on trahit...
— N'ajoutez pas un mot de plus, duc de Nemours , lui dit Mademoiselle en s'approchanl.
— On ne saurait me contraindre à demeurer dans Us rangs de I armée de Monsieur, et dès ce moment je l'abandoniu'
Mii.n AJui . 7";
— Si Icllr e«l volrr volonté, ajoula I.i prin cesse, l;j iiôln* >(>us fxtroir . à l'instaTit nn^me. un cou^cntcincnt que nous sonnius priMc à si^nor (!«' uolro iiuiiu cl (huis Irqurl nrnjs re- (•onnailrou8 (jur ,la((|u('s de Nemours s est (lérlaré indiij^ne de servir dans nos arm^'es.
— Altesse! s't'iTÎa le duc en lx>ndissant de coltTe. .Iae(|ues de Nemours est un vieux soldat qui s entend mieux à manier une épécqu à faire des phrases, ce (jue j ai dit était l'expression de ma pensée, et on ne m'a point appris a dissimuler.
— C'est peut-être un tort . répliqua sèchement Mademoiselle.
— Excusez-vous, lui dit Beaufort en s ap prochant de son beau frère et en lui parlant a voix basse: votre conduite est celle d'un éc^rvelé.
— La vôtre . M. de Eeaufort . est celle d'un lâche !
— Duc de Nemours.' je vous rends cet ou trage!
Et Beaufort donna un coup du revers de sa main à travers le visage de son beau-frère. Celui-ci avait tiré son épée et d'une voix étouffée par la colère , il criiût à Beaufort : — En garde, héros de carrefour (1), en garde! il me faut du sang î
Mademoiselle s'était retirée en arrière, lorsqu'elle vit Beaufort qui s'avançait auprès de Nernours . dans l'espérance qu'il parviendrait à le calmer ; et elle se mit à causer avec le comte de Tavanne qui essayait de se disculper d'avoir émis d'abord une autre opinion que celle des autres membres du conseil. Aux cris de fureur proférés par Nemours , Mademoiselle détourna la tôle et en apercevant l'épée nue que celui-ci tenait à la main, elle ordonna, d'une voix impérative, aux comtes de Fiesque et de Frontenac de le désarmer. Ne-
(l) NtMiio\irs IIP inaii((uail. jamais de faire allusion par j|url(in(' «'pigraumic .1 l'rpithèlc «lu n»i dos halles dont llranfoil sr j;l(uiliail
MUIlAii;!. 75
mours s y rdiisii. ht'nulort s'clais nù> en garde cl iiu'nay«iil du vv^Aid son advcTSiiirc.
Celle scène sraiulali.sa le lieulenanl-^^énéral Clinchanip (]i]i s Oflril pour èlre le médiateur entre les deux heaux-frères; mais il u appartenait qu'à Mademoiselle d'y mettre iin. Elle exigea du duc de lieauforl (|u*il lui rendit son épée. Nemours n imita pas la modération de son l)eau-frère . il la remit dans le fourreau , et appuyant fièrement une main sur la garde , il semblait délier celui qui oserait la lui demander.
— Votre épée, duc de Nemours, lui dit Mademoiselle avec fermeté : il nous la faut . entendez-vous . monsieur ?
El elle lendit la main pour la recevoir.
— Jamais 1 murmura sourdement le duc de Nemours en serrant convulsivement la garde de son épée.
— Qu'on desarme M. de Nemours! continua Mademoisselle en se retournant vers les ofticiers.
Pas un seul ne bougea : tous restèrent immobiles , le cou tendu , le regard fixe.
— Holà ! M. de Pradines ! s'écria l'altesse en s'avançant vers la porte , faites entrer huit mousquetaires.
Le silence le plus profond régnait dans la chambre. Beaufort s'était assis sur un vieux coffre de bois qui était dans l'un des coins : Clinchamp , Coligny , Flamarin et Valon atten daient avec anxiété ce qui allait arriver. Les comtes de Fiesque et de Frontenac cherchaienl à dissuader le duc de Nemours de sa folle résistance. Tout-à-coup le comte de Pradines parut à la tête des mousquetaires.
— Comte de Pradines, lui dit son altesse qui depuis le commencement de cette scène avait su conserver un sang-froid admirable , emparez-vous de la personne de M. de Nemours.
— Votn; èpée , INl. le duc, dit Pradines en le saluant cérémonieusement.
— Puis([u'o»i attente à ma liberté, et que.
MILIl Aiivr.
il .i|)rr> 1 ordre d»* vu» .ill<'.s><* je sui.s |)ris^»n nier, jr NOUS (loiiiuTiii iiioii ('|R'<.', M. !<• (*<»iiilc dr rnuliiirs: et Nemours la tirn Icntenuiil hors du roiirrc'îHi et la lui remit ; il ajoula d'un air sardoiUiHH* : — L'odieuv d<' celle arliou ne nMomiuTa f)as sur mcji.
Son regard se dirii^ea sur Mademoisello . qui. redoutant les suites (i'une querelle semblable , et \r mauvais exeniple (ju ('lie donne r.iil aux subordonnés . prit la main deM. de Nemours et l'entraîna dans un petit clos qui était situé derrière la masure. Li, elle essaya de le faire convenir de ses torts.
ÎNlais ce fut vainement qu'elle employa la |)ricre et la menace pour réduire ce caractère indomptable. Le duc résistait et se renfermait dans celle phrase, qui selon lui devait l'absoudre : — J'ai été insulté î
— Etait-ce sans motif; monsieur, repartit "Mademoiselle avec un ton de brusquerie (jui ne lui était pas habilu(^l : je ne le crois pas.
— .l'ai été insulté, répéta Nemours dune
voix étouffée, le sang peut seul effacer la lâche imprimée sur ma joue.
— Le duc de Beauforl a été traité d'infâme! et vous savez, monsieur, qu'un mot semblable est un outrage aussi sanglant que celui dont vous voulez obtenir réparation. M. de Beaufort, et vous, avez également tort ; mais au premier insulté il doit être fait une réparation...
Le duc sourit dédaigneusemement. Mademoiselle continua.
— J'ai décidé que vous me demanderiez pardon, ainsi qu'à M. de Beaufort.
— Cela ne se peut pas î
— J'exige une prompte et éclatante satisfaction, reprit l'altesse en s'animant, et réfléchissez bien aux conséquences qu'entraîneraient votre refus: si dans quelques minutes, cette misérable querelle n'est point terminée .selon mes désirs, je vous fais monter en carrosse et conduire .sous bonne escorle dans les prisons d'Orléans, dont vous ne sortirez nue
Mil II Alllk:. 79
|Miui' paraitic (IcN.iiil des jiJ^rs(h.'irL'<'> «Irvous iiilli^MM* uiu; piinilioii sôvtîi'c ... .]v suis priiK rssr <lusan^. iiionsicni' le diK . et dans ma faiiiille oïl n'a noini pniir Imhiludc dr dévorer en s( irel les allronls faits |)ijl)li(jucm(;iil... lU'HerliiSvSoz-donc.
1111e lit (|iielqiies pas dans le jardin. M. de Ueauforl vinlso jeter à se^^pieds et lui demanda pardoi^d une voix luiml)le.Mademois<'lle s'empressa do le relever en lui disant qu'un repentir sinciVe effaçait bien des torts: elle ajouta qu'elle eraignait d'être réduite à employer des mesures fâcheuses pour réduire la lierté de Nemours qui ne paraissait pas disposé à s'amender. *
— Si j'essayais de lui faire compreniire...
— Non. non, reprit la princesse avec vivacité, je crains qu'il n'achève ici ce qu'il avait commencé là dedans.
— Nous sommes sans armes, et je donne à votre altesse ma parole de gentilhomme queje ne sortirai point des bornes de la prudence...
yO DISCORDE
Par égard pour madame de Nemours qui en mourrait de chagrin, ne me refusez pas.
— Soit, j'y consens: mais rappelez-lui que j'exige une rétractation... Allez!
En voyant s'approcher Beaufort, qui marchait lentement et la tête baissée, Nemours crut qu'il venait le prier d'oublier réciproquement ce qui s'était passé . et il se promit de rejeter dédaigneusement celte offre. Son erreur fut de courte durée. Beaufort lui exposa en peu de mots les motifs qui lui avaient fait désirer un entretien avec lui.
— Je n'ai point oublié. M. le duc, lui dit-il en souriant amèrement quels liens m'unissent à vous. Epoux de ma sœur, de cette pauvre Adélaïde que vous cachez à tous les regards et retenez prisonnière dans les fiefs qu'elle vous a a{)portés en dot, ce litre est sacré, je connais les obligations qu'il m'impose, et dut mon amour-propre en souffrir. .
— Sont-ce des excuses (jue vous venez me
MU II M lu:. 51
fainv' lui <]< Hiiiiida Nemours ;i\rr liannuil
- I)c8ci('u>i's' rcpcla licaufnri irroîii((ui'mriii . vous ne rcspéroz |)as sans doulo.
— PoiHMjuoi non f
— M. le duc. nous niarchoîis sur un volcan. uv frapiKjns pas la terre du pied, car elle jxiuf rait nous engloutir.
— .\lors (jue pn''lendez-vouN. e{ que me voulez-vous ?
— Peu d'inslans nous restent : son allesse attend à (juelques pas d'ici . et vous savez ce <|u'elle exige de vous.
— Je sais aussi ce que je puis accorder ou refuser: son altesse agira avec moi suivant son l)on plaisir, car j'aime mieux être captif dans les prisons d Orléans, que li!)re et déshonore dans les rangs de l'armée. Ah! rassurez- vous! cette ridicule comédie ne durera pas: et aussitôt que >I. le prince apprendra de quelle manière on en use avec l'un de .ses plus (idéles généraux, je ne doute pas qu'il ne dc^mande et
$2 DISCOIIDK
n'obtienne sur - le - champ mon élargissement: c'est une fantaisie que son altesse paiera cher :
— Imprudent î elle est toute puissante ici ! Votre rébellion pourrait passer aux yeux de beaucoup de gens pour un crime de haute trahison, et vous vous rappelez comment le comte Ornano ( I ). ce colonel de bandes corses. fut arrêté et conduit à Vincennes où bientôt il mourut. Dieu seul sait si ce fut par le fer ou le poison... mais enfin, on trouva le moyen de se débarrasser de lui.
— Oui. mais alors Louis Xlll vivait ainsi (|ue le cardinal Richelieu, cet homme qui avait soif du sang de la noblesse française... ils sont morts tous deux . et au miHeu de nos discordés civiles on ne trouverait pas un second Richelieu pour ordonner le supplice d'un autre comte Ornano... on n'oserait pas m'as-
(l) Le conilP OniaMu lui l'un dt's gouvcriuurs dr (las luii, v»»:s Tau Iv.til .
• MU.llAUU. ^
lin r M. \v (lue. j'en ai pour ^aranl la<on- (lii Ir linuc jiJS(|u'ici avec les pribonniors
— Li's (irconslaiicfs nesoiil |)lus Icshk^thn. reprit Heaulnrl.
— I) accord , mais il esl des lioinrncs (pii Il ont pas change, et je suis de ceux la , M le duc !
— Ainsi. NOUS refusez de faire a son allesse les excuses (ju'elleest en droit d'exii^er :*
— .Te le dois : celui cpii a insulté doit s luj niilier: c'est assez vous dire. M. de Beau fort . que je n'entends nullement supplier son altesse' de m'accorder un |)ardon que d'autres perspnnes peuvent réclamer.
— M. de Nemours, songe/ a la douleur de la duchesse lorsqu'elle apprendra votre em prisonnement. Cette pauvre Adélaïde peut en mourir de chagrin, épnrgnez-la, monsieur le duc, elle est faible et souffrante.
Nemours jeta un regard incjuiet sur srm »}eau-frère (pii venait, sans le>avoir. de forli-
8Zi DISCORDE •
fier dans l'esprit de celui-ci d'anciens soupçons touchant ses relations d'amitié avec la duchesse. Depuis la journée des Barricades et l'aventure, nocturne du château de Nemours, dans laquelle le nom de Beaufort avait été prononcé, et qui semblait avoir conçu et mis à exécution le commencement d'un projet d'enlèvement , que la vigilance du chevalier de la Tournelle fit échouer, Nemours avait banni de sa pensée des doutes injurieux pour la vertu de sa femme : le ton d'insistance avec lequel celui-ci lui parlait des souffrances de la duchesse ranima tout-à-coup ses soupçons.
— M. de Beaufort,' lui dit-il froidement, je crois que vous avez raison: ma captivité livrerait la duchesse à d'infâmes entreprises. J'en sais qui ont tenté de me déshonorer alors que j'étais libre et maître de ma volonté, que sera-ce donc lorsque les portes d'un cachot se seront refermées sur moi ^ Oui, je suivrai vos conseils. Vouillez prévenir son altesse que je suis prêt à lui donner toutes les sa-
Mn.lIAll.l H^
IrsliU lUMi-. (|u Cllr cxim'i'ii . lui « •• inrinr m [M'csoiK (• ih Inii.s les oflicirr.s iU- liimuT. AI !••/. M. Ir (lue. aile/., cl liiilt^ diligence.
Lr Ion aviH: lr(|n('l il pic nionc»»ccs derniers mois iiVloniia pas peu son b(".ui-fr«Tc. (jui iw .savait ÎKjiioi allrihuer celle l>rus(ju<'rt>olulion. \jii fi;;iirr (le M. de Nenioîjrs élail .sérieuse: nulle émotion ne nc^^ s v refhler ; son sfnirire était moins amer que de coutume, et les rides dv son front s'etracaicnl sous un air indilFérent. Cecalme apparent cachait de sinistres projets, mais son altesse n'y songea pas; elle reçut avec beaucoup de joie la nouvelle (jue M. de Beaufort venait lui apporter etia réconciliation entre les deux beaux-frères, s'opéra en sa présence. Nemours fléchit le jîenou devant Mademoiselle et la su[)piia. en termes humbles de lui pardonner ses emportemens. ce qu'elle fit en l'aidant à se relevei'.
Puis le conseil se sépara. I^ lieutenantgénéral des étranijers lit faire un mou\emenl à ses troupes: messieurs de l^(\uifort . de
S6 DISCORDl^
Coligny, de Tavanne et le maréchal Valon allèrent se mettre à la tète des difFérens corps de troupes placés sous leurs ordres. Les comtes de Fiesque et de Frontenac embrassèrent leurs femmes et s'en retournèrent en toute hâte à Paris: le marquis de Flamarin. et le duc de Nemours obtinrent du marquis de Sourdis la permission de rentrer en ville à la suite de Mademoiselle.
L'escorte quitta le faubourg de Saint-Vincent. et deux heures après sa sortie d'Orléans, son altesse y rentra . aux acclamations des bourgeois accourus sur les remparts. Le motif de cette publique joie prenait sa source dans la crainte que le conseil, auquel Mademoiselle venait d'assister, n'eut résolu de contraindre le gouverneur à recevoir une garnison dans la ville. La vue des qiielqucs personnes qui composaient le cortège de la princesse rassura enlièrement les moins disposés à croire aux bonnes intonlioTis des Frondeur.^. <'ton accom
MlIlTAliVi':. h7
|).l^llil Ni.ulcinnisciic |I1M}IJ <i j iioh 1 (jr- Ville en iii.ml .
— Vive* la Fillr (IcGaslonl vivent Ir roi vi 1rs oriiiiTs. |x>iiil dr Mîi/arin!
pK uiier hoiiiinc (jiii ii appa h;h re^ardb (lu (iijc de Nemours, ce fut le dicvalier <U* la ronrncllt' . qui :« avançai avec prctuiyliou d(î )i]i. et le tira par la l)asqu<' do son habit eu ilistiiU a voix basse :
— J ai a \(iu> parler de choses iinfxjr la nies.
— Toi! répliqua le duc en laissant Urniher sur le spiuiassin un regard de mépiis.
— El je vous réponds que \ ous ne regretterez pas les inornens que vous m'aeeorderez. Madame de Nemours est à Orléans I
— (Test impossible! s'écria le due avec im péluosilé.
— Je 1 y ai \ ue en compagnie de madame de C.hàlillon.
— Tu extravauuesl loules deux reuiiias ! allons donc!