‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 10 sur 75 · LA CLEF D'OR · texte numérisé non relu

LA CLEF D'OR

Pierre sourit, et lui posant la main sur l'épaule, il lui; dit de son air le plus aimable :

— Vous aimez l' argent, maître Strogg?

— Àoh! fit l'Américain, se fendant la bouche d'une oreille k l'autre.

— Mais vous préférez l'or ?

— De beaucoup.

' — Vous me connaissez^ n'est-ce pas?

— J'ai cet honneur, seigneurie.

— Bon. Allons droit au but.

— Allons.

— Combien voulez-vous pour trahir votre meilleur ami?

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Hein ? fil le gros homme tout ébouriffé.

Vous rie m'avez pas entendu ?

Si, j'ai fort bien entendu.

Alors, répondez.

C'est que, dit-il, en se grattant le front d un air embarrassé, je ne sais pas trop quoi

vous répondre,

— Pourquoi cela?

— Parce que "je n'ai pas de meilleur ami .

—Allons, la j'épouse est heureuse! s'écria Pierre en riant;

supposez que vous en ayez un, combien voudriez-vous pour le trahir?

^ — Je suppose, maître, dit-il d'un air convaincu, que l'amitié est une chose sainte, un lien sacré, et je calcule que ce serait cher, mais 1res cher.

— Bon; combien à peu près?

• — Oh! je calcule que mille dollars ce ne serait pas trop, répliqua— l-il avec une insinuante tonalité.

— Ce sérail pour rien, mon bon ami. Je vous croyais plus in— léressé.

— r Je suis honnête, quoique hôtelier, dit maitre Strogg avec conviction.

— Pardieu! eh bien! si vous voulez, vous pouvez gagner en. cinq minutes non pas mille, mais deux mille dollars.

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— ■ Deux mille dollars! bj god! s'écria avec jubilation l'hôtelier, dont Té-norme face devint cramoisie, et que faut-il faire pour

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cela, mon cher senor? Si la chose n'est pas- impossible, elle est faite. Parlez; que faut-il faire? ■ . ■

— Je vous l'ai dit, mon maître,- trahir, non pas votre ami le plus intime, il est convenu que vous n'en avez pas, mais tout *sin> plement une personne qui s'est confiée. à vous.

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— Àoli! c'est plus difficile, cela,

— Bail ! pourquoi donc?

— Parce que les affaires doivent être faites honnêiemenl, autant que possible, ajouta-1-il avec restriction,

— La fin de votre phrase en corrige heureusement le commencement; en somme, à quoi vous arrêtez-vous ?

— Si je supposais. . .

— Supposez, calculez ce que bon vous semblera, maître Slrogg; mais f ailes-moi le plaisir de me répondre oui ou non; les deux mille dollars sont là, dans ma ceinture, en bonnes onces mexicaines trébuchantes. Je paye comptant, servez-moi de même.

— Je le sais bien senor; aussi snis-je bien tranquille à cet égard.

— Qui vous arrête, alors? Ou quel peut être le scrupule qui vous taquine?

— Dame! reprit-il en se grattant la tête avec fureur, avec désespoir, sans doute pour en faire sortir une idée; je suppose que vous ne voudriez pas nuire à la réputation d'un marchand honnête, un père de famille qui a besoin de gagner sa vie et celle des siens?

— Pour qui me prenez-vous, mailre Strogg? fit le Mexicain en •se récriant, comme si l'hôtelier venait de l'accuser d'une monstruosité. Je vous donne ma parole que votre responsabilité sera

ÈlM parfaitement à couvert. Vous pouvez vous en fier à moi.

Si:

— De celle façon, senor, je calcule que je puis, . , que même je dois. . .

— Accepter, n'est-ce pas ?

— Ma foi, oui, senor.

acéré.

Bon ; deux dames ont été amenées, il y a trois jours, chez ' .. - -g|f

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vous, n est-il pas vrai?

L'hôtelier pâlit et fit un pas en arrière. Il était terrifié. :j|

— Eh bien? reprit Pierre, en lui jetant un regard froid et 1:i|;

En. .. en effet, senor, réDondil-il d'une voix tremblante, : : 8^

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mais je suppose que ce n'est pas à ces dames que vous avez affaire V

— Vous supposez mal, mailre Strogg; c'est à elles précisément, répliqua le Mexicain, ou du moins à Tune d'elles,

— Mais, vous ignorez, sans doute, par qui ces dames m'ont été confiées? reprit avec crainte l'infortuné hôtelier.

— Je le sais parfaitement, maître Slrogg; mais cela ne m'inlimide nullement; je veux les voir.". . Je le veux. . . vous nï entendez?

— Mon Dieu ! si on découvrait. . .

— On ne découvrira rien, rapportez-vous-en à moi ; seulement, je vous en avertis, pas de tergiversations, pas de trahisons surtout; sinon, vous me connaissez, n'est-ce pas? vous êtes un homme mort.

— Mais, cependant.

— Mort, répéta Pierre d'un ton péremptoire.

— Si je refusais le marché?

— Hein? comment dites-vous cela? Répétez donc un peu, s'il vous plail, fit le terrible consommateur, se levant à demi, la main sur le superbe couteau qui pendait à sa ceinture.

— Senor, je plaisantais.

— Tant mieux pour vous, brave homme. Vous n'avez plus le droit de refuser mes propositions. Toute hésitation serait consi- If

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dérée par moi comme une trahison, el mellez-vous bien ceci dans la cervelle, masler Strogg. . .

— Quoi donc, seigneurie?

— J'admets parfaitement qu'on trahisse les autres pour moi, mais, par tous les saints du paradis, je plains celui qui me trahira, fût-ce dans l'intérêt d'une femme jeune et jolie.

— Ce raisonnement n'est pas logique, murmura le gros homme, mais il ne manque pas de clarté.

— Je suis heureux que vous le compreniez depuis les prémisses jusqu'à la conclusion .

— L'autre ouvrait de grands yeux.

S'il avait compris la menace, il ne comprenait certes pas la dernière phrase de son hôte.

' Pierre reprit.

— C'est donc bien entendu, deux mille dollars, ou bien la mort; la protection des hommes que vous savez ne pourrait vous soustraire à ma vengeance, quel que soit leur pouvoir. Un dernier mol : si vous me servez fidèlement, ce ne sont pas deux mille, mais dix mille dollars que je vous donnerai, c'est-à-dire une fortune. Yousjivavez compris?

— Àoh! parfaitement, seïïor, s'écria l'hôtelier, dont l'œil émerillonné brilla d'un éclat fulgurant à celte promesse inattendue.

— Bon; maintenant, entendons-nous bien, afin de ne pas commettre de malentendus; où sont ces dames, en ce moment? Vous le savez?

— Dans ma propre chambre.

— Seules?*

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— Ma femme, mislress Strogg, leur tient compagnie de son mieux.

— Personne autre ne les surveille? Ne cherchez pas vos réponses. Parlez vile.

— Personne.

— Bon ! où est la fenêlre de voire chambre?

— C'est la troisième à droite, après la porte de la salle où nous

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