LA CLEF D'OR
Pierre sourit, et lui posant la main sur l'épaule, il lui; dit de son air le plus aimable :
— Vous aimez l' argent, maître Strogg?
— Àoh! fit l'Américain, se fendant la bouche d'une oreille k l'autre.
— Mais vous préférez l'or ?
— De beaucoup.
' — Vous me connaissez^ n'est-ce pas?
— J'ai cet honneur, seigneurie.
— Bon. Allons droit au but.
— Allons.
— Combien voulez-vous pour trahir votre meilleur ami?
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Hein ? fil le gros homme tout ébouriffé.
Vous rie m'avez pas entendu ?
Si, j'ai fort bien entendu.
Alors, répondez.
C'est que, dit-il, en se grattant le front d un air embarrassé, je ne sais pas trop quoi
vous répondre,
— Pourquoi cela?
— Parce que "je n'ai pas de meilleur ami .
—Allons, la j'épouse est heureuse! s'écria Pierre en riant;
supposez que vous en ayez un, combien voudriez-vous pour le trahir?
^ — Je suppose, maître, dit-il d'un air convaincu, que l'amitié est une chose sainte, un lien sacré, et je calcule que ce serait cher, mais 1res cher.
— Bon; combien à peu près?
• — Oh! je calcule que mille dollars ce ne serait pas trop, répliqua— l-il avec une insinuante tonalité.
— Ce sérail pour rien, mon bon ami. Je vous croyais plus in— léressé.
— r Je suis honnête, quoique hôtelier, dit maitre Strogg avec conviction.
— Pardieu! eh bien! si vous voulez, vous pouvez gagner en. cinq minutes non pas mille, mais deux mille dollars.
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— ■ Deux mille dollars! bj god! s'écria avec jubilation l'hôtelier, dont Té-norme face devint cramoisie, et que faut-il faire pour
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cela, mon cher senor? Si la chose n'est pas- impossible, elle est faite. Parlez; que faut-il faire? ■ . ■
— Je vous l'ai dit, mon maître,- trahir, non pas votre ami le plus intime, il est convenu que vous n'en avez pas, mais tout *sin> plement une personne qui s'est confiée. à vous.
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— Àoli! c'est plus difficile, cela,
— Bail ! pourquoi donc?
— Parce que les affaires doivent être faites honnêiemenl, autant que possible, ajouta-1-il avec restriction,
— La fin de votre phrase en corrige heureusement le commencement; en somme, à quoi vous arrêtez-vous ?
— Si je supposais. . .
— Supposez, calculez ce que bon vous semblera, maître Slrogg; mais f ailes-moi le plaisir de me répondre oui ou non; les deux mille dollars sont là, dans ma ceinture, en bonnes onces mexicaines trébuchantes. Je paye comptant, servez-moi de même.
— Je le sais bien senor; aussi snis-je bien tranquille à cet égard.
— Qui vous arrête, alors? Ou quel peut être le scrupule qui vous taquine?
— Dame! reprit-il en se grattant la tête avec fureur, avec désespoir, sans doute pour en faire sortir une idée; je suppose que vous ne voudriez pas nuire à la réputation d'un marchand honnête, un père de famille qui a besoin de gagner sa vie et celle des siens?
— Pour qui me prenez-vous, mailre Strogg? fit le Mexicain en •se récriant, comme si l'hôtelier venait de l'accuser d'une monstruosité. Je vous donne ma parole que votre responsabilité sera
ÈlM parfaitement à couvert. Vous pouvez vous en fier à moi.
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— De celle façon, senor, je calcule que je puis, . , que même je dois. . .
— Accepter, n'est-ce pas ?
— Ma foi, oui, senor.
acéré.
Bon ; deux dames ont été amenées, il y a trois jours, chez ' .. - -g|f
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vous, n est-il pas vrai?
L'hôtelier pâlit et fit un pas en arrière. Il était terrifié. :j|
— Eh bien? reprit Pierre, en lui jetant un regard froid et 1:i|;
En. .. en effet, senor, réDondil-il d'une voix tremblante, : : 8^
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mais je suppose que ce n'est pas à ces dames que vous avez affaire V
— Vous supposez mal, mailre Strogg; c'est à elles précisément, répliqua le Mexicain, ou du moins à Tune d'elles,
— Mais, vous ignorez, sans doute, par qui ces dames m'ont été confiées? reprit avec crainte l'infortuné hôtelier.
— Je le sais parfaitement, maître Slrogg; mais cela ne m'inlimide nullement; je veux les voir.". . Je le veux. . . vous nï entendez?
— Mon Dieu ! si on découvrait. . .
— On ne découvrira rien, rapportez-vous-en à moi ; seulement, je vous en avertis, pas de tergiversations, pas de trahisons surtout; sinon, vous me connaissez, n'est-ce pas? vous êtes un homme mort.
— Mais, cependant.
— Mort, répéta Pierre d'un ton péremptoire.
— Si je refusais le marché?
— Hein? comment dites-vous cela? Répétez donc un peu, s'il vous plail, fit le terrible consommateur, se levant à demi, la main sur le superbe couteau qui pendait à sa ceinture.
— Senor, je plaisantais.
— Tant mieux pour vous, brave homme. Vous n'avez plus le droit de refuser mes propositions. Toute hésitation serait consi- If
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dérée par moi comme une trahison, el mellez-vous bien ceci dans la cervelle, masler Strogg. . .
— Quoi donc, seigneurie?
— J'admets parfaitement qu'on trahisse les autres pour moi, mais, par tous les saints du paradis, je plains celui qui me trahira, fût-ce dans l'intérêt d'une femme jeune et jolie.
— Ce raisonnement n'est pas logique, murmura le gros homme, mais il ne manque pas de clarté.
— Je suis heureux que vous le compreniez depuis les prémisses jusqu'à la conclusion .
— L'autre ouvrait de grands yeux.
S'il avait compris la menace, il ne comprenait certes pas la dernière phrase de son hôte.
' Pierre reprit.
— C'est donc bien entendu, deux mille dollars, ou bien la mort; la protection des hommes que vous savez ne pourrait vous soustraire à ma vengeance, quel que soit leur pouvoir. Un dernier mol : si vous me servez fidèlement, ce ne sont pas deux mille, mais dix mille dollars que je vous donnerai, c'est-à-dire une fortune. Yousjivavez compris?
— Àoh! parfaitement, seïïor, s'écria l'hôtelier, dont l'œil émerillonné brilla d'un éclat fulgurant à celte promesse inattendue.
— Bon; maintenant, entendons-nous bien, afin de ne pas commettre de malentendus; où sont ces dames, en ce moment? Vous le savez?
— Dans ma propre chambre.
— Seules?*
LE ROI DES PLACÈRES D'OR 4o
— Ma femme, mislress Strogg, leur tient compagnie de son mieux.
— Personne autre ne les surveille? Ne cherchez pas vos réponses. Parlez vile.
— Personne.
— Bon ! où est la fenêlre de voire chambre?
— C'est la troisième à droite, après la porte de la salle où nous