‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 18 sur 75 · V.iïJ · texte numérisé non relu

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pérer. Ne nous abandonnons pas nous-mêmes lâchement. Cherchons d'abord du secours en nos propres forces.

— Mais nos forces ne sont qu'une grande faiblesse.

— Je ne vols pas cela, moi. Quoi que tu en penses, quoi que lu en dises, nous rencontrerons peut-être avant peu des cœurs dévoués qui braveront pour nous les dangers les plus redoutables.

— Mais tout nous "manque.

— Non pas. Nous avons du courage et de l'argent. . . Je te l'ai déjà dit.

— Eh bien! après?

— Après? . . , répliqua gaiement la vaillante jeune fille, mais il me semble que ces deux forces-là suffisent., en ce pays de barbarie, pour venir à bout des projets les plus difficiles, les plus insensés. Si tu m' écoules, avant une heure j'aurai trouvé le moyen d'être loin de cet infâme repaire.

— Parle, s'écria Jeanne eu se levant avec vivacité . . . Oui ! . . . quels que soient les risques à courir, fallût-il marcher sur des charbons ardents, où que tu ailles, je le suivrai.

— Tu y es résolue, Jeanne?

— Résolue, oui. Ce que tu feras, je le ferai.

— Bien! tu doubles mon courage!

— Tu peux compter sur moi, Lisbelh, en tout et pour tout. Je

ne reculerai devant aucun obstacle. Je suis issue d'une race où les femmes ont vaillamment fait leurs preuves; compte sur moi. . — C'est dit, ma sœur.

— C'est dit.

Les deux jeunes filles s'embrassèrent avec effusion; leurs yeux brillaient d'un feu étrange; leur visage, un instant auparavant si

pâle, avait pris des teintes rosées; elles semblaient transfigurées, tant leur résolution donnait d'énergie et d'expression à leurs douces et charmantes physionomies.

— Maintenant, dit Lisbeth, voyons de quels moyens nous disposons: les armes, d'abord.

— Les armes ! j'ai un poignard, s'écria Jeanne.

— Moi, un revolver à six coups, dont j'ai réussi à m' emparer sans éveiller les soupçons de nos gardiens; de plus, j'ai de la poudre et des balles. Tu vois que nous sommes plus fortes et plus redoutables que tu ne le supposais, puisque, si les moyens de nous échapper viennent à nous manquer, grâce h nos armes, nous sommes maîtresses de notre vie et de celle de nos ravisseurs.

— Tu as raison, Lisbeth; nous pouvons aller en avant quand même. . . si nous parvenons à nous échapper de ce bouge.

— Quant à l'argent, j'ai vingt onces. . . c'est plus qu'il ne nous en faut pour nos premiers besoins.

— Oui.

— Maintenant, il faudrait nous procurer des habits d'homme. Avec nos robes et nos jupons, il nous serait complètement impossible de faire un pas sans ôlre rejointes ou tout au moins découvertes.

— C'est juste.

— En outre., nous avons besoin de vivres et de chevaux.

— Où nous procurer tout cela? fit Jeanne avec découragement. La pauvre enfant voyait à chaque instant les difficultés s'amonceler devant elle .

Elle forçait sa nature timide à suivre la nature énergique de sa compagne.

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Mais les défaillances primitives revenaient à chaque obstacle,

Lisbetli la consolait, la réconfortait, lui parlait presque maternellement.

Mais, tout en lui parlant et en lui disant ses plus douces paroles, la courageuse créature cherchait, fouillait partout. Tous les tiroirs des meubles démantibulés de mistress Lowe Slrogg furent ouverts.

Il ne s'y trouvait rien.

Les armoires furent à moitié enfoncées.

Rien encore.

Jeanne se désolait intérieurement à chaque recherche reconnue vaine par sa compagne.

— Nous ne trouverons jamais tout cela, murmurait-elle.

— Si lait, répondait Lisbelh. 11 le faudra bien.

— Où? comment?

— Je l'ignore. Seulemenl comme toutes ces choses, vêlements, vivres et chevaux sont indispensables à l'accomplissement de nos projets, nous les trouverons ou nous les achèterons.

— Puisses-tu dire vrai !

— Je suis convaincue que nous réussirons à nous les procurer avant peu.

Elle ajouta même en souriant malicieusement :

— Entre nous, ma Jeanne, je suis étonnée que nous n'en ayons pas encore trouvé une partie.

— Oue veux-tu dire ?

— Rien. . . écoule et regarde. Voici l'heure.

— L'heure de quoi ?

— Du salut et de la liberté. Je ne t'avais encore parlé de rien,

parce que je craignais ton émotion. J'avais peur que lu ne laissasses lire ton espérance clans tes yeux par la. vieille sorcière, chargée de nous garder.

— Grand Dieu ! qu'est-ce cela? dit Jeanne à l'oreille de Lis-

fa eth.

Ne crains rien et laisse-moi faire.

En ce moment un des volets de la fenêtre se mit à craquer. Puis un léger grincement se fit -entendre.

C'était comme le bruit d'une foule de grêlons frappant contre les vitres.

Jeanne regardait.

Depuis quelques instants quelqu'un jetait du dehors des poignées de sable contre la fenêtre fermée de leur chambre.

Lisbeth regarda.

Il y eut un silence plein d'émotion, durant lequel on eûl pu entendre battre le cœur des deux jeunes filles.

Jeanne serrait convulsivement la main de son amie. .. Le signal se répéta encore une fois.

Lisbelli ouvrit la fenêtre .

Jeanne chancelait.

— Courage, lui dit son amie; courage, ma chérie. Tu le vois, le secours que j'attendais nous arrive.

Elle se pencha en dehors de la fenêtre.

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Deux ombres, éclairées par un rayon de lune, enveloppées d'épais manteaux, couleur grisâtre, se tenaient immobiles, au bas de celte fenêtre.

— Qui est là? demanda-t-elle à voix basse.

■ — Louis ! répondit sur le même ton une des deux ombres qui

s avança.

— Schiller?

■ — Oui.

— C'est l'heure?

— - Oui, répéta l'ombre.

La jeune fille poussa un cri de joie, que la prudence la força de couper par la moitié.

— Nous sommes sauvées, Jeanne ! dit-elle à son amie. Jeanne murmurait une prière.

Lisbeih, se penchant sur l'appui de la fenêtre, ajouta sur une intonation qui se fondait dans le souffle de la brise du soir :

— Lisbeth Tuillier attend son fiancé.

— Espoir ! lui répondit-on.

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