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Leurs yeux noirs, largement ouverts, regardaient droit devant
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Quoique leur . teint .-fut bruni par le haie et qu ils portassent
GASTOK DU FALGA.
toute leur barbe, il était difficile de ne pas les confondre avec les
hôtes habituels deees contrées, chasseurs, trappeurs ou émigraiits
de toutes sortes, traversant et parcourant incessamment le désert;.
Il était jacile; de' reconnaître que les deux compagnons dé rouie
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et d'aventures appartenaient à ce qu'on est convenu en Europe de nommer la bonne société, clans un certain monde.
Bonne société qui cependant est bien souvent la mauvaise.
Nos personnages étaient Français l'un et l'autre.
Le premier, le plus âgé, se nommait, ou, pour être vrai, se faisait nommer Francis de Verdières.
En Amérique, plus que partout ailleurs, et cela se comprend, grâce au nombre considérable de populations flottantes, bien des gens, honnêtes et malhonnêtes, portent des noms, voire même des titres de convention.
Le second se nommait Gaston du Falga.
Mais, en voyage, Verdières était le plus souvent appelé le Docteur, et du Falga, le Capitaine.
Simples connaissances et serviteurs leur donnaient toujours
ces qualités, qui n'avaient pas grande raison d'être, mais que l'insouciance américaine el un assez long usage avaient, consacrées.
Qui étaient-ils?
Les renseignements qu'on avait pris sur eux n'étaient rien moins que très précis.
Arrivés presque ensemble à San-Francisco, où ils venaient de faire un séjour assez prolongé, le hasard les avait réunis, un soi]', dans une maison tierce.
Ils s'étaient immédiatement reconnus Français, mieux que cela, Parisiens.
Leurs deux mains se rencontrèrent et tout fut dit.
Ils se lièrent.
Leur liaison devint bientôt une intimité si grande que, -le jour où M. du Falga vint à témoigner le désir de faire un voyage dans
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ISIÉl l'Utali de visiter le lac Salé et la capitale des Mormons, M. de
llllf Verdières s'empressa de s'offrir pour raccompagner,
ÈÉllj Le capitaine accepta avec enthousiasme l'offre de son nouvel
ami le docteur.
Leurs préparatifs ne furent pas longs.
Quinze jours après, ils se mettaient en route, à cheval, armés, comme on a pu le voir, jusqu'aux dents, et accompagnés par un chasseur canadien engagé par eux pour leur servir de guide. r ^ Ce chasseur était, en outre, chargé de surveiller une mule,
sur le clos de laquelle se trouvaient les provisions de bouche el de guerre, les vêlements de rechange et les effets de cam-
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Le soir où nous rencontrons nos voyageurs côtoyant ainsi la rivière de Humboldt, une heure environ après le coucher du soleil,
||fi ils avaient quitté San-Francisco depuis déjà dix-sept jours.
iff§§| Leur guide ne se trouvait pas avec eux.
pÉtl Mais ils marchaient avec une certitude prouvant, qu'il leur
llSit avait indiqué leur route, et qu'il ne les avait point abandonnés pour
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p§g| longtemps à leurs propres forces, à leur propre direction.
lt§f| Cependant du Falga venait de s'arrêter.
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Itllt. S'étant haussé sur ses étriers, il jeta un regard anxieux autour
de lui.
Ne voyant rien, il se tourna vers son compagnon, qui s'avançait lentement, à quelques pas derrière lui, et savourait d'un air béat, avec une parfaite quiétude, un excellent regalia.
pHÈ — Eh bien ! docteur? dit-il à de Verdières.
l|t||§" — Eh bien? répondit l'autre, lâchant coup sur coup plusieurs
||§||, bouffées de tabac qui l'entourèrent en même temps dune almo-
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sphère embaumée et d'un voile épais, masquant l'expression de sa physionomie.
— Mon cher Francis, je ne vois rien venir.
— Tant pis et tant mieux, mon bon Gaston.
— Hein? que me répondez-vous là?
— Je vous réponds, fit son compagnon en détachant avec
l'ongle du petit doigt la cendre de son cigare, je vous réponds que s'il s'agit d'un ami, vous ne voyez rien venir, et c'est tant pis; s'il s'agit d'un ennemi ou de plusieurs ennemis, c'est tant mieux.
— Docteur, vous parlez comme un oracle, après boire.
— Que nenni, capitaine, je sais ce que j'avance.
— Alors vous concluez ?
— Alors je conclus que si vous ne voyez rien, c'est qu'il n'y a. . . plus rien à voir.
— Comment, plus rien? Il y avait donc quelque chose lout à l'heure ?
— Nous sommes arrivés trop lard. La toile est baissée. Allendons qu'on la relève.
encore une énigme.
— Oh ! n'appelez pas Œdipe à votre secours, mon cher Gaston, il vous rirait un peu bien au nez.
— Je voudrais bien savoir pourquoi, par exemple!
— Parce que vous êtes un étourdi.
— Une preuve ?
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— Vous ne vous fâcherez pas contre moi si je vous la donne irréfutable?
— Allez! fit du Falga en souriant. . . Au désert, je mets toute espèce d'amour-propre de côté.
— Bien sûr ?
— Je me contenterai de prendre ma revanche quand nous aurons remis le pied dans un milieu
civilisé. <H$
— Voilà qui chasse mes derniers scrupules.
— Allez! Allez!
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— Mon cher, si vous réfléchissiez une nu- /
% mile, si vous vous donniez la peine de réfléchir,
vous ne m'adresseriez point une pareille question, voilà tout.
— Alors vous réfléchissez, vous, Francis?
— Quelquefois, dans mes moments perdus, mon cher Gaston.
— Voyons le résultai de vos réflexions, docteur.
— Voici, capitaine. Depuis deux jours, une piste indienne a croisé la nôtre; celte piste s'est allongée à droite et à gauche de la sente que nous suivions.
— Très bien, continuez.
— Je continue; après avoir quille le chapparal, la double piste a continué environ pendant deux cents mètres; puis tout à coup elle a brusquement disparu; nesl-ce lias cela?
— C'esl l'exacte vérité; que concluez-vous?
— Ceci : les Peaux-Rouges se sont embusqués sur nos flancs el devant nous afin de nous faire un mauvais parti à un moment donné.
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— Embusqués, je le veux bien, mais où? voilà la question; la plaine est nue comme main: ni arbres, ni ravins, ni monticules. Ils seraient fous de se risquer ainsi. Ce n'est pas leur habitude.
— Àh! A r ous connaissez bien peu ces gaillards-là, cher ami; lorsqu'ils n'ont ni arbres, ni ravins, ni monticules pour s'embusquer, ils en inventent.
— Ici, cela me paraît fort!
— El à moi aussi; cependant, croyez-moi, cela est.
|fë/ — Je l'admets, pour vous être agréable.
Merci mille fois; voulez-vous un cigare?
Avec plaisir.
'i'v • Le docteur prit un charmant, porle-cigare en paille de Goya-
quil, Touvrit. elle tendit à son ami.
— Prenez, dil-il.
Le capitaine choisit un cigare, le lissa avec ses lèvres, et après
l'avoir allumé :
— Concluons, reprit-il; que faisons-nous?
R — Ma foi, îe suis d'avis de nous arrêter là où nous sommes;
jl;. la place est découverte; la nuit est claire; noire vue s'étend au
loin, dans toutes les directions; nous sommes on ne peut mieux placés pour A r oir nos ennemis, si la fantaisie leur prend de nous
|fe attaquer.
— C'est vrai; mai§ nos bagages nous font faute pour camper;
la nuil est fraîche; nous serons gelés ; sans compter que je meurs fc de faim.
y, . — Moi aussi ; mais à l'impossible nul n'est tenu; arrêtons-nous
':] toujours : nos chevaux sont fatigués.
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Et puis, cela donnera à l'Oiseau- Jaune le temps de nous
rej oindre ; il se guidera sur notre feu .
Oui, dit en riant le docteur, si pourtant il n'a pas jugé plus
convenable de rebrousser chemin du côté de San- Francisco.
— Holà? le croyez- vous capable d'une. telle vilenie ?
— Pourquoi non ? la spéculation serait magnifique pour lui, convenez-en.
— C'est possible, mais l'Oiseau- Jaune est un Canadien.
— Bon ; vous croyez aux Canadiens, vous ?
— Je crois à tout ce qui est honnête.
— Vous êtes rempli de préjugés, cher ami. Heureuses vos illusions !
Tout en causant ainsi, les deux voyageurs avaient mis pied à terre ; ils avaient dessellé leurs chevaux. Puis, après que les pauvres bêtes eurent été bouchonnées soigneusement, ils les attachèrent à un piquet et leur donnèrent une large ration de maïs, ■sur des couvertures étendues à terre, devant eux.
Les chevaux se mirent à manger à pleine bouche.
Pendant que le capitaine s'occupait à ramasser du bois mort, de la bouse sèche de bison et des feuilles pour faire le feu, le docteur avait placé les armes de façon à pouvoir, le cas échéant, s'en servir sans relard.
Bientôt le feu flamba ; les deux amis s'assirent face à face, et n'ayant rien à se mettre sous la dent, ils allumèrent chacun un cigare, qu'ils commencèrent à fumer philosophiquement.
— Maigre pitance ! fit observer le capitaine, entre deux bouffées de fumée.
— Tout n'est qu'heur et malheur en ce monde, cher ami, ré-
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pondit en riant le docteur; nous en sommes la preuve palpable. Après tout, le tabac est un trompe-faim acceptable.
— Où peut, être passé l' Oiseau-Jaune?
-— Je vous l'ai dit : il a repris son vol du côlé de San-Francisco.
— Je ne puis admettre cela.
— Vous avez tort.
— Peut-être ; l'Oiseau- Jaune est un brave cœur ; je suis sûr
qu il ne commettrait pas, pour tout Tor du Nouveau-Monde, une action semblable.
— Mon cher ami, les compatriotes de Sancho Pança sont farcis
de proverbes; entre autres, ils affectionnent celui-ci, dont je vous engage à faire votre profil.
— Voyons le proverbe :
— De toutes les choses sûres, la plus sûre est de douter ! Comment le trouvez-vous?
• — Absurde dans l'espèce : l'Oiseau-Jaune ne peut pas. . ,
En ce moment, une détonation assez rapprochée lui coupa la parole ; un formidable cri poussé par une vingtaine d'individus répondit au coup de feu, et une foule de silhouettes noires se dessinèrent d'une façon sinistre au clair assez obscur de la lime, cachée entre deux nuages.
Les deux amis avaient bondi sur leurs pieds, saisi leurs armes, et s'appuyanl dos à dos, le doigt sur la détente du rifle, ils se préparèrent à vendre chèrement leur vie.
Une seconde détonation retentit.
— C'est rOiseau- Jaune, dit le capitaine, je reconnais le son de son rifle.
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Moi aussi. Comme c'est heureux que nous n'ayons pas
mis le couvert, ajouta le docteur en riant, nous n'aurions pas eu
le temps de dîner.
Vous voyez qu'il n'est pas retourné à San-Francisco? reprit
l'autre
Il se sera perdu en roule, dit gaiement le docteur ; mais
attention! ces drôles approchent. . .
En effet, on voyait des Indiens s'avancer en rampant et en se faisant un abri de chaque accident de terrain et de chaque touffe d'herbe.
C'était une attaque de serpents.
— Tenez-vous voire homme? demanda le capitaine.
— Oui, et vous?
— Moi aussi.
— Alors feu. et lirons bas! - J -^^>/h^%-- Les deux coups éclatèrent h la lois, se
confondant en une seule détonation. Deux cris de douleur leur répondirent.
Les Indiens poussèrent des rugissements de rage et se ruèrent en avant pour venger leurs deux compagnons.
Les Français les reçurent, les revolvers au poing.
La mêlée fut courte, mais terrible.
Les armes déchargées, les voyageurs avaient saisi leurs rifles par le canon et s'en servaient en guise de massue.
Soudain, les Indiens semblèrent osciller sur eux-mêmes.
Leur masse se rompit. Un homme, ou plutôt un démon, monté sur un cheval lancé à toute bride, se précipita au milieu de la
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te 1°2 LE ROI DES PLACÈRES D'OR
; SpgV. foule des assaillants, en faisant feu des deux maiïis de ses longs
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