HOUSTON
c'est que j'ai besoin qu'à l'avenir tout malentendu soit impossible entre nous. Il faut que vous soyez bien convaincu de mon dévouement, et que vous ayez en moi la confiance la plus entière. Me supposez-vous donc assez vil pour raviver à plaisir une plaie ton-
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jours saignante? «Pai rouvert votre blessure, capitaine, eh bien! j'y verserai un baume souverain en vous rendant l'espoir.
— L'espoir ! s'écria Gaston avec violence, mais qui donc êtes-. vous, vous qui me parlez ainsi?
— Qui je suis, capitaine? un pauvre et ignorant chasseur canadien, pas autre chose; mais homme de cœur, honnête, loyal et, je vous le répète, dévoué à vos intérêts par-dessus tout,
— - Oui, je vous crois; je dois vous croire, répondit-il en lui tendant la main avec abandon; votre langage n'est-il pas celui d'un ami? Mais mon esprit se perd dans ce labyrinthe ou je cherche vainement à me retrouver; qui vous a si bien instruit de ce qui me touche ?
— Laissez à l'homme qui m'a placé près de vous le plaisir de vous révéler lui-même ce qu'il a fait. Capitaine, moi aussi j'ai fait un serment, celui de ne point vous révéler, son nom. Et mes serments, je les tiens, tous et toujours !
— Soi t ! je n'insiste pas, reprit le j eune homme avec abattement ; mais vous avez parlé d'espoir. Eh bien ! si je ne puis connaître le nom de cet ami qui veille sur moi avec une si grande sollicitude, moïi ennemi, quel est-il? Révélez-moi son nom, et pour unsi grand service, je vous aurai une éternelle reconnaissance .
— Ce que vous me demandez est facile à faire, capitaine.
— Cet ennemi ?
— C'est M.- Francis de Verdières.
— Francis de Verdières! lui! secria-t-il presque avec épouvante; lui ! vous vous trompez, mon ami, c'est impossible!
■ — Oui, c'est lui qui a enlevé M 110 Jeanne de Mercœur. C'est lui qui est la causé de tous vos tourments !
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— Oh! cela serait indigne! Et pourtant ajouta-t-il d'une voix basse et entrecoupée, cela doit être ainsi : malgré moi, cet homme m'a toujours inspiré une antipathie instinctive; c'est en vain que j'ai essayé de donner le change à mes sentiments; cet homme me hait, je le sens, maintenant. Des preuves de sa trahison, des
preuves
— En avez-vous besoin d'autres que celles qui sont entre vos mains? Capitaine, ces papiers que je vous ai remis ont été enlevés par moi, celle -nuit, sur le cadavre d un des complices du docteur.
— Àli! je vois donc clair enfin dans ce tissu d'horreurs ! s'écria G ciston avec une animation fébrile; je connais le misérable qui J^H^ m'a si lâchement trompé! Oh! la vengeance! la vengeance! Que je meure, j'y consens! mais après
m être vengé !
Alors avec une vivacité extrême, le jeune homme saisit ses armes.
— Sellez les chevaux, dit-il.
L'Oiseau-Jaune obéit sans répondre.
Deux chevaux furent sellés en un instant; d'un bond, le capitaine se mit en selle.
Le chasseur l'imita.
— Où allons-nous? dèmanda-t-il.
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- — Où nous allons ? répondit le capitaine avec égarement.
— Oui.
— Tuer ce misérable qui a lâchement détruit mon bonheur ; Tégorger, partout où je le rencontrerai !
Le Canadien hocha lentement la tête cl lui posant la main sur le bras :
— Cet homme, vous le retrouverez, capitaine, dit-il; son heure n'est pas venue encore; vous avez un devoir impérieux à remplir en ce moment.
— Je veux me venger. . . c'est tout ce que je veux!
— 'Vous vous vengerez; soyez tranquille, capitaine; c'est moi qui vous le promets; seulement vous vous vengerez eu homme intelligent et non comme un fou. Qui vous dit que votre ennemi n'est pas sur ses gardes, en ce moment; et que dix espions ne surveillent pas derrière les buissons chacun de vos mouvements?
— Que m'importe cela, pourvu que je le lue! dit-il, en essayant de se débarrasser de l'étreinte du chasseur.
— Vous raisonnez comme un fou et non comme un homme sensé; il faut que votre ennemi vous soit livré, que vous puissiez lui infliger le châtiment digne de son crime, et le rendre aussi misérable qu'il a voulu vous rendre misérable vous-même.
— Oui, c'est vrai, vous avez raison; voici une vengeance comme il m'en faut une; mais comment l'atteindre 1
— En vous laissant guider par mes conseils. Je vous réponds S".- du succès.
# Tout en parlant ainsi, voyant le jeune homme indécis et hési-
ta, tant, le chasseur avait mis pied à terre et s'occupait à charger sur
la mule ses bagages et ceux du capitaine.
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— Que faites-vous? demanda celui-ci, dont les yeux erraient sans but autour de lui .
— Vous le voyez, répondit paisiblement le chasseur, je prépare tout pour notre dépari .
— Non, reprit Gaston; je renonce, puisque vous l'exigez, à me mettre à la poursuite de cet homme, mais je l'attendrai, ici, et à son retour* . . Dieu du ciel, je le jure! ... II. . .
— À son retour, capitaine, nous serons loin, répondit le chasseur en riant; là, voilà qui est fait, ajoula-t-il en remontant à cheval, et conservant en main la longe de la mule.
— Je vous répèle que je ne bougerai pas de cette place jusqu'au retour de cet homme; rien ne me la fera quitter.
— Vous y êtes bien résolu, demanda froidement l'Oiseau- J aune .
— Oui.
■ — ■ Alors c'est bien ! Et pendant que vous perdez votre temps ici pour satisfaire votre vengeance, M tlc de Mer cœur sera perdue pour vous; à votre aise, capitaine! si telle est voire pensée, je ne m'y oppose pas.
— Que voulez-vous dire? s'écria le jeune homme avec véhémence, que parlez-vous de M llc de Mercœur? répondez! dites!
■ — ■ Je dis, capitaine, que M llc Jeanne de Mercœur est à dix lieues d'ici à peine, qu'elle vous appelle à son secours et -que vous refusez . . .
— Moi ! interrompit le jeune homme ne sachant pas s'il fallait s'abandonner à sa joie ou bien à sa colère; Jeanne si près de moi et ne pas voler à son aide! Partons! partons! Mon Dieu! pourvu qu'il ne soit pas trop tard !
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— Non, si vous vous laissez guider docilement par moi.
— Je vous le jure! s'écria Gaston, presque fou de bonheur.
— Venez alors; nous n'avons que trop perdu de temps déjà à bavarder comme deux vieilles femmes.
— Allons! allons! s'éci.ïa-1-il, en enfonçant les éoerons aux lianes de son cheval qui bondit de douleur.
— Enfin ! murmura le chasseur, ce n'a pas été sans peine! Les deux hommes s'élancèrent à toute bride- el ils eurent bien.
tôt disparu au milieu des hautes herbes.
Le campement demeura désert.