‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 30 sur 75 · V: ,.' ■ : '■.' "■ il · texte numérisé non relu

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de notre départ, je vous jure, dit-il en riant avec ironie, qu'on s'a- ilj

percevra de noire retour.

— Nous allons faire quelque folie ! dit Louis en riant malgré

lui.

— Pardieu ! ne savez-vous pas-que nous sommes dans un pays où, seules, les folies réussissent? Allons, venez.

Ils se dirigèrent vers la porte de l'hôtel Washington. Les con- . i:|ï

sommateurs menaient toujours grand bruit dans la salle, de plus ■" ^j

en plus pleine de vapeurs putrides et de nuages de fumée.

Arrivé sur le seuil de la porte, Pierre s'arrêta; il demeura un ;|

instant immobile, et portant à ses lèvres un sifflet d'argent, il en lira un son aigu et strident.

Ce coup de sifflet produisit sur les clients de ma'ster Strogg un effet impossible à rendre.

Les parties s'arrêtèrent, les verres et les gobelets furent reposés intacts sur la table; les conversations s'interrompirent, et, comme par un accord tacite, tous les regards se dirigèrent à la fois du côté de la porte où restaient toujours immobiles et sombres Pierre et son ami Louis.

Puis tout à coup il y eut une explosion :

Ce cri lut poussé avec enthousiasme par les uns, avec stupeur par les autres.

Mais il y eut une nuance; les enthousiastes furent les plus nombreux. Oubliant tout, ils se ruèrent en désordre au-devant de l'homme qu'ils venaient de si chaleureusement acclamer. Ils ne demandaient qu'un mot pour le porter en triomphe. • Celui-ci les cloua, d'un geste, à leurs tables et à leurs bancs.

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126 LE ROI DES PLACÈRES D'OR i€

Le gambucino fit alors un pas en avant, et les bras croisés sur la poitrine, la tête haute, un sourire de mépris sur les lèvres :

— Comment se fait-il, mes maîtres, dit-il, que je vous aie vainement attendus à Païo Verde, où, d'après nos conventions, vous deviez vous trouver, hier, à l'oracion ?

La plupart des assistants baissèrent la tête sans répondre. Il continua :

— Vous me trahissez donc, misérables ! vous me trahissez afin de me voler ! . „ .

11 y eut un murmure dans la foule, qui sembla prête à s'élancer contre cet homme qui osait la braver si froidement en face, lui deuxième, contre cent qu'ils étaient.

j- Le gambucino sourit avec dédain.

| — Vous êtes des chiens lâches et voleurs! reprit-il. Non con-

tenls de me piller, vous avez essayé de vous débarrasser de moi par un assassinai, n'osant m attaquer en face. Osez le nier ! deux coups de feu oui été aujourd'hui même tirés sur moi, par derrière un buisson. Vive Dieu ! Vous serez punis! Je veux en finir avec ; vous, misérables ! Justice va être faite.

Il sortit froidement un revolver de sa ceinture et l'arma.

Louis, calme, immobile auprès de lui, imita son mouvement.

Cependant les bandits, remis de la stupeur que leur avait causée son arrivée imprévue et honteux d'être ainsi tenus en échec par deux hommes, s'armèrent de leurs longs couteaux langues de bœuf ou bowie-kniff ', et ils s'écrièrent, tout d'une voix :

— À mort le gambucino ! à mort son compagnon !

Et, par un mouvement spontané, ils s'élancèrent.

Deux coups de feu retentirent; deux hommes tombèrent.

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Les bandits hésitèrent. L'avertissement avait porté son fruit.

Le gambucino fronça les sourcils, enjamba par-dessus les cadavres, et marcha froidement au-devant des bandits qui reculèrent pas à pas jusqu'au fond de la salle, en maugréant tout bas.

Néanmoins, ils n'osèrent pas se précipiter de nouveau, tous à la fois, sur cet homme qui les tenait tremblants et effarés sous la puissance magnétique et irrésistible de — ... : -, ^ son regard.

Louis, ses revolvers au poing, était demeuré près de la porte, sur un signe de son ami.

Il suivait, avec un véritable intérêt d'arliste, les péripéties de celle scène originale.

On eût dit que sa propre existence ne se trouvait nullement en jeu. Il n'avait point l'air de se rendre bien compte du danger immense que Pierre, Je roi des placères, et lui couraient en ce moment.

Ou, s'il s'en rendait compte, il ne s'en souciait guère, et tenait la vie en profond mépris.

Les bandits, les misérables, les va-nu-pieds, à demi domptés par son ami, n'avaient qu'à échapper un instant à la puissance du (luide magnétique pesanl sur eux, et c'en était fait des deux auda- . cieux aventuriers

— Quels sont les hommes qui ont tiré sur moi ce matin? demanda le gambucino, de son ton le plus calme.

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Personne ne répondit. - - IJ répéta sa question.

Un homme sortit des rangs :

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■ — Ces hommes sont morts, dit-il ; les voici gisant à vos pieds, jj

maître; vous venez de faire justice sans le savoir. Que voulez-vous de plus? Nous reconnaissons nos torts, et nous vous en clemau- US

dons pardon. N'est-ce pas, camarades?

Tout en parlant, il se tournait vers ses camarades qui, saisissant au vol le moyen de défense trouvé par leur complice, huilèrent à qui mieux mieux :

— Oui ! oui ! justice est faite.

— - Pas trop maladroit pour un imbécile ! fil le roi des placères,

eu souriant à demi. A tout prendre, cela peut être vrai. Mais ce n'est pas tout.

— Parlez, don Pedro ; nous sommes prêts à vous répondre, répliqua l'orateur de la bande.

Le gambucino semblait se consulter.

Un silence de mort régnai l maintenant dans celte salle, si bruyante quelques instants auparavant, silence interrompu seulement par les râles d'agonie des deux malheureux, gisant sur le plancher.

Ils se tordaient dans les affres de la mort; et telle était la frayeur elle respect que leur imposait le gambucino, que pas un d'entre eux ne daigna faire attention aux deux moribonds, tant que ce dernier se renferma dans ses méditations.

Enfin, relevant la tète :

— Je veux savoir, reprit-il lentement, quels sont les lâches qui vous ont poussés à me trahir.

Il y eut un mouvement de consternation dans l'auditoire: Le roi des placères tira sa montre de sa poche, et y regardant l'heure, avec un sang-froid inaltérable, il ajouta : . . -

— Je vous donne le temps de la réflexion ; vous avez cinq minutes pour me les livrer pieds et poings liés.

— Si nous faisons ce que vous demandez, don Pedro, repartit celui des hôtes de l'hôtel Washington qui avait déjà pris la parole au nom de tous ses camarades, consentirez-vous à ne plus nous en vouloir ?

— Peut-être.

— Vous ne nous abandonne-

rez pas ?

— Cela dépendra de voire obéissance el de la rapidité que vous mettrez à remplir ma juste demande.

Sans ajouter un mot de plus, et pour bien leur donner à entendre qu'une plus longue conversation deviendrait complètement inutile, le gambucino leur tourna le dos, et revint à pas tranquilles se replacer auprès de Louis, toujours immobile el impassible devant la porte d'entrée.

Là, tout en tordant une cigarette entre ses doigts, il attendit le résultat de son ultimatum.

Son attente ne fut pas de longue durée.

. Elle ne fut pas trompée.

' Si!

Pierre fixa sur eux ua regard dédaigneux :

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Les aventuriers se groupèrent tumultueusement dans un angle de la salle.

Ils discutèrent entre eux, avec animation , trois ou quatre minutes durant.

Une lutte s'engagea, lutte qui n eut que la durée d'un éclair, à \ -;|j

la suite de laquelle cinq hommes furent renversés, garrottés et mis dans l'impossibilité de faire un mouvement; tout cela malgré la résistance la plus désespérée.

Puis, ces cinq hommes furent saisis et portés littéralement aux pieds du gambucino, toujours froid et impassible.

— Justice est faite, dit l'aventurier qui, jusque-là, avait parlé au nom de ses compagnons; nous vous livrons ceux qui nous ont poussés à vous trahir, maître. Les voici.

— Quels sont ces hommes ? demandà-l-il sèchement. ■ — Des Mormons, répondirent les aventuriers d'une seule voix,

formant un cercle autour du juge et des accusés. |

— Des Mormons! s'écria-t-il avec colère, et vous êles assez niais pour vous faire les instruments dociles de ces misérables, chassés de partout comme des bêtes féroces; de ces brigands hypocrites qui ne se sont réfugiés dans cette contrée, que pour vous dépouiller des richesses qui vous appartiennent légitimement, à vous les premiers occupants.

— Nous avons. eu tort de les écouler, don Pedro ; nous le reconnaissons, dit un aventurier : nous nous sommes mal conduits avec vous, qui n'usez de la faculté extraordinaire queDieu vous a octroyée pour découvrir les trésors cachés dans le sein de la terre, que pour nous les abandonner, en vous en réservant la part la plus minime.

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— Pardonnez-nous, don Pedro, s'écrièrent tous les aventuriers, chacun d'eux reconnaissant l'exactitude de cet aveu.

Et les vingt-cinq ou trente hommes, aux traits énergiques et aux regards de feu, qui l'entouraient, se découvrirent et s'inclinèrent devant lui, repentants et contrits.

C'était un spectacle qui ne manquait pas d'une certaine grandeur.

Les gambucinos sont des hommes étranges, qui possèdent une faculté, inexplicable jusqu'à présent, pour découvrir les placëres et les gisements d'or, et cela d'un coup d'œil, dans les endroits où nul ne soupçonnerait la présence d'une veine ou d'un filon auri-

ère.

Ces hommes extraordinaires, les voyageurs qui ont parcouru l 'Amérique, les ont souvent rencontrés dans leurs pérégrinations lointaines, toujours enroule, toujours errants; ils semblent avoir reçu de la puissance divine la mission de faire jaillir des entrailles de la terre les trésors immenses qu'elle recèle dans son sein; l'or les attire, pour ainsi dire magnétiquement.

Et ce n'est pas l'avarice qui les pousse; bien loin de là; ils aiment à voir rayonner en reflets fauves l'or, aux feux éclatants du soleil, mais ils méprisent la richesse qu'il procure : ils vivent et meurent pauvres pour la plupart, abandonnant sans regret comme sans souci les mines ou les placères qu'ils découvrent, à l'insatiable avarice des chercheurs d'or, ne se réservant le plus souvent que la part la plus minime clans les richesses qu'ils ont si généreusement données aux mineurs ou aux chercheurs d'or de tous pays.

Aussi, les gambucinos, comme on les nomme généralement,

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