OU TOUTES LES PISTES SE RENCONTRENT
Une grande inquiétude régnait au camp des gambucinos, laissés seuls momentanément par le roi des placères d'oiv
Louis Keller, peu accoutumé à la vie du désert, ne laissait pas que d'être fort en peine de la responsabilité qui pesait sur lui.
Il maudissait tout bas son ami.
Ce qui ne l'empêchait pas de feindre une confiance absolue.
Il avait l'air de se croire dans la plus entière sécurité, riant et
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causant avec les deux jeunes filles pour lesquelles il était décidé à verser jusqu'à la dernière goutte de son sang.
Celles-ci ne se cloutaient guère qu'un danger terrible planait sur leur tête.
Les aventuriers redoublaient de vigilance, sentant bien que leur chef, si brave qu'il, fut, ne se trouvait pas à la hauteur du rôle qui lui était imposé.
— Voici près de deux heures que maître Pierre est parti , disait Jeanne, il ne lardera pas, sans doute, maintenant.
— Qui le sait? murmura le jeune homme en jetant à la dérobée un regard triste sur Lisbelh. Nous sommes ici pour l'attendre.
La jeune fille surprit ce regard et en comprit l'expression ..
— Mon cher Louis, lui dit-elle gaiement, voulez-vous nous rendre un service à mon amie et à moi?
— Vous rendre un service, ma bicn-aimée Lisbelh, s'écria-t-il avec feu, demandez-moi mon sang, ma vie. Chacun le sait, je vous appartiens corps et âme.
— Nous ne sommes pas aussi exigeantes, reprit-elle avec son plus charmant sourire; nous sommes femmes, à la vérité, timides et craintives; la faute en est à l'éducation que nous avons reçue; mais, de même que toutes les femmes, lorsque notre honneur et le bonheur de notre vie sont enjeu, nous devenons aussi braves el peut-être plus braves que les hommes; c'est une affaire de nerfs, voilà tout. Me comprenez-vous, cher Louis?
— Où voulez-vous en venir, chère Lisbeth? Je cherche vainement à comprendre.
— À ceci, reprit-elle d'une voix câline; mailre Pierre est parti avec quelques-uns de vos hommes; Joë Smitt en a emmené, lui
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aussi, douze ou quatorze; il ne reste dans le camp qu'une quinzaine de défenseurs, tout au plus, n'est-ce pas? |||
— A peu près; mais je ne vois pas encore ...
— Laissez-moi achever, interrompit-elle vivement. Supposez
que nous soyons attaqués; ce n'est pas probable, mais cela peut „ j
arriver.
— Certes; mais alors nous nous défendrons comme des lions, S|| et nous en vaudrons cent !
— Je n'en doule pas, mon ami . . . mais. . .
— Nous nous ferons tuer jusqu'au dernier pour nous défendre. {i
— C'est évident; vous vous ferez tuer pour vous défendre.
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C'est donc notre cause qui est enjeu? Voyons. , . répondez. . . el
ne détournez pas les yeux. '/h
Je ne. . . sans doute, Mademoiselle. . .. mais. . . .M
Vous m'appelez mademoiselle, mon bon Louis? puis vous
ne savez que répondre? preuve certaine que j'ai raison!
— En un mol, dit alors Jeanne, qui jusque-là avait laissé parler . son amie, nous exigeons que, le cas échéant d'une attaque, vous nous laissiez prendre notre part de la défense. Nous l'exigeons, entendez-vous, monsieur Louis!
— Mesdemoiselles, y pensez-vous? s'écria-L-il avec une surprise mêlée de gaieté.
— Nous y pensons si bien que nous allons nous armer dit fi ère- .. . '| ment Lisbelh, el je ne vous engage point à ne pas être de notre avis !
Tout en parlant ainsi elle se leva, s'empara de deux carabines,
de deux revolvers à six coups, de Coït, que le jeune homme avait ||
posés à terre près de lui.
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Elle remit la moitié de son arsenal à son amie et garda le reste pour son usage particulier.
Louis vit en un moment tout son échafaudage d'illusions s'écrouler.
Ses protégées savaient aussi bien que lui à quoi s'en tenir sur
leur position précaire.
Elles l'avaient laissé rire et causer; elles avaient eu ^ l'air d'écouler ses sornettes \ et ses propos légers, tout en ^ comprenant que, d'un moment à l'autre, elles pourraient tomber aux mains'des Peaux-Rouges, ou pis encore, des saints du dernier jour.
Gomme le disait Lisbclb, elles étaient pour le moins, aussi intrépides que les hommes chargés de les défendre.
Espérant qu'après tout, le camp ne serait pas attaqué avant le retour du gambucino, Louis laissa les deux jeunes filles 'se livrera leurs velléités belliqueuses.
Elles étaient, du reste, charmantes sous leur attirail guerrier. Les aventuriers, exaltés par la prestance décidée de ces deux héroïnes improvisées, les admiraient et se sentaient capables des plus grandes choses.
Pas un seul d'entre eux n'eut un doute sur elles.
— Vienne l'heure! pensaient-ils et se disaient-ils les uns aux