‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 53 sur 75 · OT'Ï · texte numérisé non relu

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fatalisme mystérieux qui semblait les pousser malgré eux en avant; les Espagnols, au contraire, se firent une arme de la religion contre les vaincus; le fanatisme religieux le plus insensé et l'avarice la plus sordide formèrent le fond de leur politique civilisatrice en Amérique, et les nouveaux établissements furent fondés

une torche d'une main, un crucifix de l'autre; des raillions d'indigènes, considérés comme des bêtes de somme, furent sacrifiés pour assouvir Fi nsalîable cupidité de ces féroces conquérants; les Indiens émigrèrent en masse au fond des déserts et préférèrent retourner à la vie sauvage que de demeurer courbés sous le joug odieux et féroce

de leurs maîtres; ceux qui ne réussirent pas à s'échapper succombèrent dans d'eflrovables tortures; les colonies se dépeuplèrent avec une rapidité tellement effrayante, que les Espagnols furent contraints, pour remplacer les Indiens, défaire acheter des esclaves noirs à la côte d'Afrique. Ce fait horrible dit tout et se passe de commentaires. Ces féroces colonisateurs, afin d'empêcher les autres peuples européens d'avoir part aux richesses immenses qu'ils réservaient pour eux seuls, isolèrent leurs vastes possessions du monde entier en fermant leurs colonies au commerce étranger, et surtout en interdisant sous peine de mort F entrée des Européens dans FAmé-

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ri que espagnole, soit pour trafiquer, soil seulement pour voyager

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dans ces diverses contrées. -ïï

Ce ne fut pas tout : les manuscrits, les dessins, les œuvres d'art,

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collectionnés à grands frais par les empereurs mexicains et péru- • -Iff

viens, furent impitoyablement détruits et brûlés, sous prétexte de

religion ; il importait au gouvernement espagnol de laisser croupir

toutes ces populations si honteusement asservies dans la plus

abjecte dégradation, la plus complète ignorance; en un mot, de les

annihiler moralement, afin d'assurer son pouvoir contre toute impossibilité de rébellion ; ce ne fut pas seulement contre les Indiens

que Ton appliqua un système odieux et des lois draconiennes; les

Espagnols nés ou définitivement fixés en Amérique furent, en

leur qualité de créoles, confondus avec les Indiens et déclarés

incapables.

Ce régime alroce, froidement élaboré, implacablement exécuté

pendant (rois cents ans, fil tomber ces peuples, si intelligents jadis, dans un état de dégradation tel, que bien des années s'écouleront, encore avant qu'ils réussissent à relever chez eux assez haut le niveau moral, pour comprendre les bienfaits de la liberté.

Etonnez-vous maintenant, messieurs les Européens, ajouta avec tristesse le licencié don Pablo Vanegas, étonnez-vous- de notre ignorance, de l'obscurité de notre histoire; toutes les archives ont été détruites, de parti pris, par nos vainqueurs. Combien fauclra-t-il de temps pour les reconstituer?

Vous le voyez, comme l'empire romain, l'Amérique a eu ses. : |

invasions de barbares : les Huns et les Vandales furent les moins cruels.

Un mol encore, s'il vous plaît, avant de finir; 'dites-moi, je

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vous prie, combien il a fallu de siècles à l'Europe pour effacer les traces laissées dans chaque pays par les féroces vainqueurs de l'empire romain? Et cessez de vous étonner que, quelques années seulement après notre affranchissement, nous ne marchions pas j|||- de pair avec les nations les plus civilisées de l'Europe, et cessez

surtout de nous donner sans cesse pour exemple les Etals-Unis de T Amérique du Nord.

Les habitants de ce pays sont des Européens; jamais ils n'ont été ni esclaves,, ni vaincus, et, surtout, ils n'ont jamais eu les Espagnols pour maitres .

Mais c'est assez nous étendre sur ce sujet, quant à présent; ce

que je vous ai .dit n'est pas perdu, j'en ai la conviction, je sais à

||||||| quelles intelligences d'élite j'ai eu l'honneur d'adresser mes pa-

1 rôles; maintenant, descendons de ces sphères élevées, revenons à

jg; nos attachantes causeries et, tout d'abord, écoutons don Miguel de

Ojeda, qui nous a promis pour ce soir un récit émouvant des pampas et que je somme, ajouta-t-il en souriant, de tenir sa parole. — Je suis prêt, seflor licencié, répondit un beau jeune homme assis à quelques pas de l'aimable vieillard.

; — À la bonne heure, don Pedro, reprit le licencié en jetant un regard circulaire sur les assistants, nous vous écoutons.

— ■ Oui, oui; répondirent tous lès membres de la réunion,

parmi lesquels se trouvaient plusieurs dames, des plus jolies, de |t' ' Buenos-Àyres.

f^ Don Pedro de Ojeda était un riche estancier des pampas de

Santa-Fé, demi-gaucho, demi-citadin, dont la vie tout entière ||:( s'était écoulée dans les pampas, et auquel, disait-on, il était arrivé

||| nombre d'aventures de toutes sortes.

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— M'y voici, dit-il, en saluant à la ronde.

El il commença.

— Je vais, dit-il, vous raconter l'histoire d'un Gaucho malo que j'ai beaucoup connu el avec lequel j'ai assez souvent entretenu, un peu malgré moi, des relations assez étroites.

Il v eut un frémissement de curiosité dans l'assistance, el chacun s'accommoda de son mieux sur son siège, pour bien entendre.

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