‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 58 sur 75 · PL · texte numérisé non relu

PL

te

mi

■?- Il-

faussement accusée d'adultère par son mari, mourut dans des tortures affreuses, après avoir vu égorger froidement ses enfanls devant elle; râlant encore, on lui coupa la tête, et celte tête fut envoyée au père de la malheureuse jeune femme, qui failli! devenir fou de douleur.

Don Fabricio de Pacheco fut traîtreusement attaqué par ses ennemis, qui T avaient fait tomber dans un piège infâme. Sans le dévouement de Benilo Sandoval, son père nourricier, qui le défendit avec un héroïsme admirable, il aurait été impitoyablement massacré; lorsque les assassins fuirent contraints de prendre la fuite, le malheureux jeune homme, percé de coups, ne donnait plus que quelques signes de vie.

H ne fut sauvé que par miracle; sa convalescence se prolongea pendant plusieurs mois ; les médecins déclarèrent que, s'il restait en Amérique, il succomberait infailliblement. Don -Horacio Pacheco, son père, se hâta d'accepter celle ordonnance des médecins, que peut-être il leur avait lui-même inspirée, et don Fabricio, 1res faible encore, fut précipitamment embarqué sur un corsaire français, alors en relâche devant Buenos-Àyres, el partit pour Bordeaux en compagnie de son fidèle Benilo Sandoval, qui n'était pas dans un meilleur état de santé que lui.

Don Horacio Pacheco avait eu de graves motifs pour presser le départ de son fils pour la France. Il connaissait le profond amour de don Fabricio pour doila Severa; les Quiros, par leur conduite atroce, avaient rendu tout projet d'union entre les jeunes gens impossible; ils avaient circonvenu la jeune fille et avaient voulu la contraindre à épouser un de leurs partisans. La jeune fille, fidèle à son amour, avait énergiqueïnent résisté; menaces,

■-i-^-.i.'-y.-^-,- ■ AS

mauvais traitements, tout avait échoué devant l'immuable volonté . delà jeune fille.

Poussés à bout, les Quiros n'avaient plus gardé de mesure, ils lui avaient fait subir les plus épouvantables tortures et l'avaient martyrisée de telle sorte qu'elle en était devenue folle, disait-on. Quelques-uns, même, se prétendant mieux instruits, affirmaient qu elle avait succombé à ses souffrances et qu'elle était morte.

Voilà pourquoi don Horacio avait tellement pressé le départ de son fils; il avait reculé devant son désespoir.

Cependant, depuis quelque temps, les Quiros jouaient un jeu double.

Ils avaient reconnu que plus les événements se pressaient, plus l'influence espagnole diminuait dans le Rio de la Plata.

Les armées libérales s'aguerrissaient à force de combattre, elles se disciplinaient, elles étaient commandées par des chefs habiles et résolus qui ne laissaient rien au hasard, et, lorsqu'ils présentaient ou acceptaient une bataille, ne le faisaient jamais sans avoir une presque certitude du succès qui, d'ailleurs, commençait à vouloir définitivement se fixer sous leurs drapeaux.

Au commencement de la lutte, l'Espagne comptait un grand nombre d'adhérents parmi les habitants eux-mêmes de la colonie, mais ces adhérents diminuaient de jour en jour; tout devenait hostile aux défenseurs de la cause royale, et ils se trouvaient de plus en plus isolés sur ces immenses territoires où, pendant tant d'années, ils avaient exercé un pouvoir absolu et sans limites; le vide se faisait comme par enchantement autour d'eux, il leur devenait de plus en plus difficile de se ravitailler, sauf du côté de la mer; le moment approchait où ils seraient, par la force même

Page 1