LES ESQU1NA DE LA CRUZ
La Gioja est une province argenline située au nord de San Juan,- dont elle est séparée par plusieurs travesias ou grandes routes plusieurs fois interrompues par des vallées peuplées, de gauchos pasteurs et agriculteurs, mais ces derniers en petit nombre.
Plusieurs chemins descendant des cordillères coupent la partie
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occidentale de celte province et suivent des lignes parallèles passant par des vallées remplies de pueblos, parmi lesquels se trouve celui de Chilecito, c'est-à-dire petit Chili, ainsi nommé à cause du grand nombre de mineurs chiliens accourus à ce pueblo, où ils s'étaient établis sur la renommée considérablement exagérée des mines de Famatina, fë? Un peu plus vers Test s'étend une plaine sablonneuse déserte
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|^ et brûlée par les rayons ardents du soleil; à l'extrémité nord de
|k- celte plaine, presque au pied d'une montagne couverte jusqu'à
h ';■ son sommet de verdure et d'une vigoureuse végétation d'arbres
I séculaires, repose ou plutôt gît lamentablement le squelette flétri
fr.-- de la Rioja, cette ville autrefois puissante, peuplée et commer-
çante, aujourd'hui muette, solitaire, sans faubourgs, qui s'en va mourant et n'a rien conservé que des ruines informes de sa splen-
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|: deur passée.
|> Au sud, el à une grande distance, la plaine sablonneuse dont
nous parlons est bornée par les Colorados, groupe de montagnes de craie pétrifiée, de l'aspect le plus étrange el le plus saisissant.
| ; En les examinant avec une admiration muette, on se croit trans-
I porté aux pays des rêves, dans une de ces villes des Mille et une
nuits où la vie s'est subitement arrêtée sous le coup de la baguette d un puissant enchanteur .
Les coupures régulières de ces montagnes uniques au monde affectent les formes les pins pittoresques et les plus fantastiques, d'une couleur d'un blanc rougeâlre; de loin on aperçoit de grosses tours crénelées, des châteaux féodaux en ruines, des murailles unies avec des bastions avancés, puis, par-dessus les
I: murailles/ les hauts clochers, capricieusement découpés, d églises
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invisibles, les toits de monuments inconnus, que sais-je encore? et tout cela fini et travaillé comme par les mains habiles de ces
mystérieux architectes du moyen âge qui parcouraient le monde en semant des merveilles sur leur passage.
Mais ville, bastions, châteaux, clochers, monuments, tout n'est qu'une illusion, un caprice mystérieux de la nature, qu'elle a produit comme en se jouant pour railler peut-être les efforts
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impuissants de l'homme à créer des chefs-d'œuvre comparables à ses ouvrages les plus futiles.
Enfin, au sud-est, et entouré de longues routes, s'étendent les lianos, pays bouleversé, montagneux malgré son nom, mais oasis de pâturages, qui autrefois alimentaient d'innombrables
troupeaux.
En somme, l'aspect du
pays est en général désolé,
le climat, brûlant, la terre
sèche et sans eau courante.
Les gauchos sont con-
traints à faire itesliepresas,
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m^Y-^M^ 1 "■-' c'est-à-dire des cilernes, ^ L 1Mr, \0\V' P our recueillir l'eau des
pluies cl. abreuver leurs bestiaux.
Le jour oit nous reprenons notre histoire, quinze jours après l'arrivée de don Fabricio à Buenos-Àyrcs.
un curieux quelconque qui se serait trouvé, au- coucher du soleil, embusqué sur une éminence, presque sur la lisière des llanos, et aurait porté ses regards vers les nombreux chemins dont la plaine est coupée, aurait aperçu une file de quinze charrelles venant du côté de la Bolivie et se dirigeant vers la chulad, c'est-à-dire vers Buenos-Ayres..
Ces carrelas ou galeras, car on leur donne indifféremment ces deux noms, sont d'immenses fourgons, recouverts de bâches en
cuir attelées chacune de ses six bœufs; les deux de volée attachés
au joug à quatre mètres environ de ceux du timon, afin de faciliter
les efforts continuels qu'ils sont contraints de faire pour sortir
la lourde machine des ornières dans lesquelles elle s'enfonce à ;>|1;
chaque pas.
Les conducteurs ou bouviers chargés de diriger Y attelage sont couchés entre la bâche de cuir et les ballots superposés et se servent de longs aiguillons suspendus en équilibre au-dessus de leurs têtes.
Quelques-unes de ces carretas portent à l'avant un pierrier de cuivre ou un iauconneau. . - . .- ^k
Celles du convoi dont nous parlons en étaient toutes munies.
Un peu en arrière des carretas marchait le relai de rechange, composé d'une centaine de bœufs sous la garde d'une vingtaine 7 ^|j
de cavaliers. -"£[
Le convoi n'était plus éloigné que d'une centaine de pas d'une ^|
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maison de poste, construite au milieu d'un carrefour formé par la
rencontre de plusieurs roules; ces carrefours, au lieu de se-
nommer encrucijadas, qui est le nom véritable, sont appelés dans
le pays, on ne sait pourquoi, Esquinas, mot qui signifie littérale- - ]$
ment coin ou angle; déjà le carretero ou chef de la caravane avait
pris les devants et ne se trouvait plus qu'à quelques pas de la
maison de poste, sur le seuil de la porte deux ou trois personnes .
semblaient l'attendre pour lui souhaiter la bienvenue.
Sur le chemin, faisantface au convoi que nous avons décrit, s'en trouvait un autre marchant à la rencontre du premier, aussi nombreux que celui-ci, comme lui se dirigeant vers la maison de poste et n'en étant qu'à quelques pas,
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Puis, si le curieux que nous supposons s'était brusquement retourné, il aurait aperçu blottis derrière les buissons épineux, assis et couchés, une troupe considérable d'hommes armés, mangeant sous la garde d'une sentinelle embusquée derrière un rocher, audessus duquel énlergaient à peine le sommet de sa tête et ses
yeux; les. chevaux de ces hommes, que la dislance empêchait — de reconnaître, étaient attachés à des piquels plantés dans le sable.
'*** Si, après avoir examiné ces
hommes, dont l'apparence farouche n'avait rien de bien rassurant , noire curieux avait regardé sur la gauche, il aurait aperçu 1res loin, et n'apparaissant que comme des points noirs sur le sable de la roule, quatre cavaliers qui, eux aussi, sem- \ blaient se haler d'atteindre la ^'^ ^~ maison de poste avant le coucher du soleil.
Assez loin derrière les quatre cavaliers, on distinguait à peine une immense masse noire, confuse et mouvante, mais à laquelle il était impossible de donner un nom; élaienl-ce des hommes? étaienl-cè des animaux? nul n'aurait pu le dire.
Tel aurait été le spectacle qui se serait offert aux regards d'un homme embusqué, le jour que nous avons dit, un peu avant le coucher du soleil, sur la lisière des lianos.
Il est bien entendu que, sauf les deux caravanes de carrelas très rapprochés l'une de l'autre, les autres groupes ne se voyaient pas et ne se soupçonnaient point ; cependant la maison de poste était le centre commun sur lequel venaient se fixer tous les regards en ce moment ouverts dans cette partie delà pampa.
Les deux convois atteignirent la maison de poste presque en même temps.
Ils s'arrêtèrent à droite et à gauche de la maison, les charrettes de chaque convoi se rangèrent sur une ligne en front de bandière, les bœufs dételés, les timons baissés et les jougs posés à terre à la place occupée parles animaux; aussitôt libres, ceux-ci allèrent rejoindre le troupeau de rechange, au, milieu duquel ils se .confondirent.
Les bâches de chaque carrela furent ; soulevées par derrière, et aussitôt on vit sauter sur le sol une foule, d'hommes., de. femmes et d' enfanis de toute sorte et de tout âge, voyageurs peu forlunés qui se joignent au départ à ces caravanes, pour faire sans trop de fatigue et à bon compte les trois cents lieues qui séparent Mendoza de Buenos-Àyres* ...
Les deux capatazes ou patrons des convois pénétrèrent dans l'intérieur de la maison de poste, où ils furent accueillis avec tous les égards attachés à la haute position dont ils étaient investis.
Que Ton ne croie pas que nous plaisantons, un capâtaz est un homme important dans la pampa, il est aussi craint, aussi respecté et obéi avec autant de promptitude qu un capitaine à bord
de son navire. - - <-.
N'est pas capataz qui veut: pour remplir cet emploi, il faut savoir se faire respecter de la horde de bouviers indisciplinés que
LE COMMANDAIT DE LA CAMPAGNE 294 |j|
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l'on commande, maintenir la subordination et contraindre à Tobéissance ces natures abruptes, violentes et sauvages, être doué dune grande fermeté , d'audace même et surtout de décision, ne pas hésiter à jouer du couteau contre les récalcitrants, s'il s'en trouve; quand tous les autres dorment, veiller sur le salut commun, éclairer la roule, découvrir les gués, aller sans cesse de l'avant à l'arrière de la caravane, afin d'éviter les surprises et les périls du chemin à travers ces routes à peine tracées et dont les ornières sont de véritables casse-cou.
Les deux capatazes étaient à peu près du même âge, celui qui venait de Mendoza était un homme de taille moyenne, mais trapu, aux yeux gris et perçants et à la physionomie avenante; il avait environ quarante ans,
|: L'autre, le capataz arrivant de Buenos-Ayres, était peut-être un
peu plus jeune. Il était de haute taille, bien fait de sa personne, avait les gestes élégants, peut-être même un peu prétentieux; ses traits étaient intelligents sans être beaux, l'expression de sa physionomie était joviale mais légèrement railleuse.
Le premier se nommait Malias Seguro, le second Domingo Pezuela.
En se rencontrant sur le seuil de la maison de poste, les deux f- capatazes se tendirent cordialement la main.
— Les affaires vont-elles à la ciudad? demanda Malias
Seguro.
. . — Il n'y a pas trop à se plaindre, répondit Domingo Pezuela; cependant cela pourrait aller mieux; et du côté d'où vous venez? — Ni bien ni mal, il y a un peu d'arrêt ; la roule est-elle libre de votre côté?
— Jusqu'à présent je n'ai rien découvert de suspect , et vous?
— Je n'ai rien découvert non plus, et pourtant depuis deux jours je marche la barbe sur Y épaule, je sens une piste suspecte sur mes flancs; à quelle sorte d'ennemis appartient-elle, je l'ignore, mais, d'où qu'elle vienne, je suis sous le coup d'une attaque; aussi, vous le voyez, mes précautions sont prises , ajoula-l-il en désignant du doigt plusieurs sentinelles embusquées la carabine au poing. Ces sentinelles, au nombre de quatre ou cinq, étaient postées à une certaine distance les unes des autres et placées de façon à bien voir ce qui se passait dans la campagne, tout en demeurant complètement à couvert.
— Hum! fit Domingo Pezuela
en fronçant le sourcil, ce que '&> ^
vous me dites là n'est guère
rassurant. Vous êtes un homme expérimenté, Matias Seguro, j'ai
toute confiance en vous, entrez toujours dans la maison, je vous
répondrai clans cinq minutes, le temps seulement de prévenir
mes gens et de faire placer les sentinelles.
— Vous avez raison de prendre vos précautions, un malheur est sitôt arrivé.
— À qui le dites-vous, caraï !
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— Il est convenu qu'en cas d'alerte nous nous entr' aidons, hein !
- — Vive Bios ! je le crois bien! s'écrià-t-il vivement,
— Alors, comptez sur moi, amigo.
— Et vous sur moi; dans un instant je reviens.
Les deux hommes se serrèrent la main et se séparèrent. Matias Seguro pénétra dans la maison, tandis que Domingo Pezuela, au contraire, rétrogradait et retournait à son convoi.
Le chef de la poste se nommait Patricio Galvez, c'était un gaucho vigoureux et alerte, encore bien qu'il eût passé la cinquantaine .
Depuis dix ans qu'il était maître de poste à FEsquinadela Cruz, ainsi se nommait sa maison, il avait eu le temps de faire connaissance avec les capatazes qui fréquentaient la route, il était lié intimement avec presque tous et avait son franc-paiier avec eux.
Du reste tous les capatazes l'aimaient, parce qu'il était servi able et de bon conseil.
— Ché! vous voilà, don Matias, dit-il en serrant la main du capataz, j'attendais votre retour avec impatience.
— Merci, répondit le capataz, les voyageurs ne manqueront pas celte nuit dans votre maison, hein?
— Il n'y en aura jamais trop en ce moment; je croyais avoir aperçu don Domingo Pezuela, me serais-je trompé?
— Non pas; vous le verrez dans un instant.
— Tant mieux! c'est un brave garçon, je l'aime; en voilà un qui ne perd pas de temps et qui ne néglige pas ses affaires.
— Il a raison.
Pas plus que vous, du reste, c'est justice à vous rendre,
vous êtes constamment en route.
— J'ai de la famille/ don Patrick), il faut qu'elle ne manque de rien.
— Oui, oui, vous êtes un brave et digne homme, don Matîas-
— À propos, et moi qui oublie de vous demander des nouvelles de la senora et des ninas.
— Vous ne les verrez pas celte fois, don Matias; depuis huit jours elles sont à Santa-Fé.
— Toma ! Comment ! vous avez eu le courage de vous séparer d'elles?
Don Palricio Galvez fronça le sourcil, jeta un regard soucieux autour de lui.
— Je suis seul ici, reprit-il, seul avec mes peones, quinze gaillards qui ne craignent ni Dieu ni diable ; mais voici don Domingo Pezuela, le couvert est mis dans ma chambre à coucher ? suivez-moi, senores, le puchero est servi; en soupant, nous causerons.
Domingo Pezuela fit des compliments à don Patricio, et tous les trois se dirigèrent vers la chambre où le souper les attendait. Don Patricio l'avait entendu.
— Il y a quelque chose, murmura don Matias tout en marchant, .
— Il y a toujours quelque chose, dit-il avec un sourire d'une expression singulière, surtout aujourd'hui; passez, caballeros, ajouta-t-il en ouvrant la porte de la chambre.
Les deux capatazes obéirent.
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— - Maintenant à table, senores, ne laissons pas refroidir le pu cliero .
Les trois hommes s'assirent autour de la table, et le souper commença.
La satisfaction des besoins matériels est Une nécessité, une obligation, pour les natures habituées à la vie active des grandes plaines ou des hautes montagnes ; quelles que soient leurs préoccupations morales, il faut qu'elles mangent à leur. appétit el boivent à leur soif.
Les trois hommes avaient faim ; il mangèrent et, burent vigoureusement, tout en causant à bâtons rompus de choses indifférentes.
Cependant lorsque la faim et la soif furent apaisées, que le mate brûlant eut été servi et que les convives commencèrent à le humer en véritables amateurs tout en fumant leur cigarette, les choses changèrent subitement de face .
— Gab'alleros, dit don Patricio en posant sa cigarette sur le bord d'une assiette après l'avoir aspirée deux ou trois fois et rendant la fumée par la bouche el les narines, j'ai à causer sérieusement avec vous .
— Je m'en doutais, dit don Mali as entre deux bouffées de fumée .
— Ltes-vous disposés à m'écouier?
— Je ne demande pas mieux, dit Domingo.
— Parlez j ponctua don Matias .
— Le temps nous presse, je vous dirai la chose en deux mots : En ce moment la porte s'ouvrit, un peon se pencha à l'oreille
de son maître el lui parla bas pendant deux ou trois minutes.
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— J'y vais, dit don Palricio en se levant vivement; senores, ajouta-t-il en s'adressant k ses convives, veuillez m'excusez, je vous prie ; je suis à vous dans un instant,
— Faites, faites, dil don Matias.
Le maître de poste sortit.
— Soupçonnez-vous ce qu'il peut avoir à nous dire? demanda don Domingo à son collègue
dès que la porte se fut refermée .
— Parfaitement , répondit son collègue.
— De quoi s'agit-il donc?
— La chose peut se dire en quatre mois : il craint une attaque.
— Hein? fit don Domingo en tressaillant.
— Vous n'avez pas entendu ?
— Si, j'ai très bien enlendu, au contraire.
— Eh bien?
— Vous croyez ne pas vous tromper ?
— J'en suis sûr.
— Caraï ! la position est grave.
— Elle le sera davantage probablement clans quelques heures, toute la famille de don Patricio est depuis huit jours à Santa-Fé, où il Ta envoyée.
— Mil demonios ! nous voilà dans un joli guêpier.
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. — Bail 1 nous sommes prévenus, par conséquent sur nos gardes; nous en sortirons.
— Santa Virgen ! moi qui ai des marchandises si précieuses .
— Toma ! ei moi, croyez-vous que mes carrelas soient chargées de naranjas? nous sommes des hommes, n'est-ce pas? si l'on . nous attaque, nous nous défendrons, car aï !
— Oui, jusqu'à la mort !
— À la bonne heure, voilà qui est parler.
— L'affaire est de prendre son parti, voilà tout.
— C'est juste ; mais chut ! voici notre hôte .
La porte s'ouvrit; don Patricio entra dans la chambre, quatre •cavaliers le suivaient.
Ces cavaliers, déjà connus du lecteur, étaient don Fabricio Pacheco, donÀnselmo Rodriguez, Sandoval en Benilo, le Colorado du colonel.
— Seîiores, dit don Palricio, permettez-moi de vous présenter ces cavaliers; leurs noms vous importent peu, ce sont des voyageurs bien connus de moi et dont je réponds corps pour ■corps.
— Cela suffit ainsi, don Patricio, dit don Mafias ; cescaballeros
:sont les bienvenus .
Chacun prit place, le mate fut offert aux nouveaux venus, et les -cigares furent allumés.
— Senores, dit don Patricio, quand j'ai été averti de l'arrivée ■de ces caballeros, j'allais vous apprendre. . .
— Ce que nous savons aussi bien que vous, don Patricio, interrompit vivement don Matias; ne perdons pas de temps, allons
— E les- vous sûr d'eux?
— Comme de moi-même, ils se fer oui tuer sans reculer d'une semelle.
— Très bien ; el vous, senor ? demanda-t-il à Vautre capataz.
— J'ai dix-huit carrelas, à six hommes par carrela; comptez.
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au but tout de suite ; nous sommes rijenacés. d'une attaque; je le sais depuis deux jours déjà, je suis suivi à la piste.
— C'est cela, reprit don Patricio ; que devons-nous faire?
— Caraï ! nous défendre, ou que le diable me brûle ! s'écria don Mali as.
— El nous défendre jusqu'à la dernière goutle de notre sang.
— Nous vous aiderons, dit don Ànselmo.
— Alors toul va bien ! dit gaiement don Matias, quatre hommes
résolus ne sont pas à dédaigner.
• — Le moment venu, nous serons six cents, reprit don ..^j
-.-.'ji--' Ànselmo ; nous avons été prévenus un peu tard, les troupes sont ;^
en marche, elles ne pourront pas être ici avant minuit; êles-vous
en mesure de vous défendre jusque-là si, ainsi que je crois le
savoir, vous êtes attaqués vers onze heures? On veut vous laisser
le temps de bien vous endormir. : ij;l
— Ce n'est pas mal calculé, reprit don Matias ; mais un homme prévenu en vaut deux, ils trouveront à qui parler .
— Je l'espère, reprit le colonel; combien avez-vous d'hommes ? Je ne pnrle pas des voyageurs, qui ne nous seront d'aucune utilité.
— C'est exact ; j'ai quinze carrelas, à six hommes par carrela, en comptant les conducteurs du ganado el des relais. Cela fait...
— Quatre-vingt-dix. |
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Juste comme de l'or, caballero. .-■$-■
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— Cent-huit et quatre-vingt-dix, cent quatre-vingt-dix-huit ; vous eu êtes sûr.? * . '
— ■ Ils se feront tuer résolument., répondit Domingo.
— Bien ; et tous, notre hôte, ayez-vous quelqu'un ici ?
— J'ai quinze hommes sur lesquels jepuis compter, et moi qui fais le seizième, la poudre ne me fait pas peur.
— Seize, ces deux caballeros
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dix-huil, nous autres quatrevingt-deux, et cent quatre-vingtdix-huit, deux cent vingt. Si nous faisons tous notre devoir, cela suffira.
■ — ■ Nous le ferons.
— Je le désire vivement.
— J'oubliais de vous dire que sur chacune de mes carrelas j'ai un fauconneau, dit Matins.
— Moi, j'en ai dix, ajouta don
Domingo.
— Vous ferez démonter huit de vos fauconneaux, et vous six des vôtres, on les transportera ici avec les munitions nécessaires.
— Ce sera fait, dirent les deux hommes en s'inclinant.
— Maintenant, écoutez -moi bien; vous avez, n'est-ce pas, don Patricio, un refuge pour les voyageurs?
— Oui, seigneurie.
• — Il est à peine sept heures, nous avons le temps ; les voyageurs seront descendus dans le refuge avec défense d'en sortir ; toutes les carrelas, reliées les unes aux autres par des chaînes de fer,
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seront placées autour de la maison de façon à l'envelopper de tous les côtés ; les timons démontés, les jougs et les ballots l'enfermant les marchandises les moins précieuses serviront à boucher les interstices laissés libres entre les carrelas ; prenez surtout les marchandises qui risquent le moins; les fauconneaux seront montés l| : ft sur le toit de la maison et braqués dans toutes les directions; cela fait, les relais et le ganado seront conduits rapidement au valle
Rubio, où ils seront en sûreté et faciles à réunir. Lorsque toutes . S|
ces mesures seront prises, nous nous partagerons les postes; la lune se lève cette nuit à dix heures et demie, jusque-là nous n'avons rien à redouter, et nous avons le temps nécessaire pour préparer la réception que nous voulons faire à ceux qui pensent nous surprendre ; quel est votre avis, seîïores?
— Le vôtre, seigneurie; il n'y a rien autre chose à faire que
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ce que vous nous avez si clairement expliqué, dit don Matias; le reste est à la grâce de Dieu et dépend du secours.
— Il arrivera à l'heure dite, je vous le promets.
— Alors, tout ira bien.
— Puisque nous sommes tous du même avis, à l'œuvre, il sonores . ~ M ■■
— À l'œuvre ! répétèrent-ils tous en se levant. Ils sortirent de la chambre et quittèrent la maison . Bientôt tout fut en mouvement autour de la maison de poste. Ce n'était pas un mince travail, que celui qu'il s'agissait ainsi de
mener à bien dans les ténèbres, car des lumières auraient donné l'éveil à ceux qui sans doute étaient à quelque distance, embusqués dans les buissons et les halliers .
De même que beaucoup d'autres maisons de poste exposées aux
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