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I: C fois cent lieues à la ronde

U :■■ . Toute fuite était du reste impossible ; dans la pampa, un homme

sans armes est un homme mort.

Les voyageurs étaient nombreux ; entre hommes, femmes et enfants, ils étaient. au moins deux cents.

Les capatazes les avertirent de ce qui se passait, du danger terrible suspendu sur leurs têtes, et les engagèrent à se retirer au plus vite dans le refuge .

Par un hasard qui, du reste, se présente assez souvent dans ces contrées, où l'émigration apporte chaque année un contingent considérable, il se trouva parmi les voyageurs une soixantaine de Français, Anglais, Italiens et même Allemands, tous anciens soldats ou anciens matelots, pour la plupart aventuriers résolus, ayant quitté leurs pays pour, tenter là fortune par tous les moyens; ceux-là étaient biens armés; ils refusèrent péremptoirement de se mettre à l'abri dans le refuge qu'on leur proposait; presque tous

avaient tout ce qu'ils possédaient dans les carrelas ,. ils étaient déterminés à défendre leur bien; ils demandèrent à prendre place parmi les combattants.

Un renfort de soixante gaillards braves et. sachant- se battre n'était nullement à dédaigner dans les circonstances critiques où on se trouvait ; ils furent acceptés avec enthousiasme .

Les autres voyageurs descendirent sans murmurer dans la cave-, que Ton referma sur eux, après avoir eu soin toutefois de leur laisser de la lumière et des rafraîchissements en abondance.

. Un peu avant dix heures tout fat terminé.

On avait travaillé sans relâche, avec cette ardeur que donne l'appréhension d'un danger certain.

Les bestiaux avaient été mis en sûreté dans le valle Rubio; les fauconneaux, montés sur le toit de la maison, avaient été intelligemment distribués sur les quatre faces et solidement amarrés par des matelots anglais .

La poste de l'Esquina delà Gruz, entourée de tous les côtés par un formidable rempart de charrettes entrelacées avec des madriers et des ballots solidement assujettis, et défendue par. deux cent quatre-vingts hommes résolus, était, au dire du colonel don

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Anselmo de Guiderez, non seulement en état de résister à un coup de main, mais encore de soutenir un siège en règle.

- — D'autant plus, ajouta-t-il nonchalamment, que nous aurons

tout au plus affaire à huit ou neuf cents bandits, rouges etblancs.

Une copieuse distribution d'eau-de-vie de Catalogne fut faite

entre les défenseurs de la poste, qui allèrent, après avoir bu,

occuper les postes qu'on leur avait désignés.

De grands amas de bois secs imprégnés d'essences avaient été faits en plusieurs endroits afin d'être en mesure, si besoin était, d'avoir immédiatement de la lumière.

Puis, sur un geste de don Anselmo, les lampes, les chandelles et les torches furent éteintes partout, un silence complet s'établit aussitôt, et la poste, plongée dans des ténèbres épaisses, sembla endormie .

Jamais elle n'avait été si éveillée.

L'ordre avait été donné de ne pas tirer avant le commandement.

Chacun se tenait immobile et ferme à son poste, le fusil ou la carabine en main, le corps légèrement penché en avant et les regards ardemment fixés dans l'espace.

Une demi-heure s'écoula ainsi sans que le plus léger bruil troublât le silence profond qui planait sur la pampa.

La lune commençait à. émerger lentement au-dessus de l'horizon et à dissiper peu à peu les ténèbres en argentanl de ses rayons froids et blafards les divers accidents du paysage, % qui . tour à tour sortaient, et pour ainsi dire se détachaient de l'obscurité.

Tout à coup on entendit, semblable au roulement d'un

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tonnerre lointain, le galop rapide d'un cheval lancé à fond de train.

Le bruit devenait de plus en plus fort; bientôt.: on. aperçut au loin la silhouette sombre d'un cheval sur le dos duquel

apparaissait, droite et fièrement cambrée,, une grande figure blanche .

Cette étrange apparition se lit presque aussitôt complètement visible.

Mais, au lieu de continuer à s'avancer droit sur la maison comme elle l'avait fait jusque-là, arrivée à une vingtaine de pas du retranchement, le cheval obliqua légèrement à droite, sans ralentir sa course, et commença, à tourner autour des retranchements avec une vélocité incroyable, .mais sans: s'approcher davantage,

— La hada ! la hàia ! — La fée ! la fée ! — murmurèrent

les Argentins en se signant avec terreur, nous sommes perdus !'.

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