‹ Le roi des ribaudsChapitre 7 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

Saa î-fi ROI DES RLBA.UDS.

portait sur une haine particulière que madame Marie de son côté cachait sous des dehors affables et reconnaissans. L'ambassadeur d'Angleterre eut partaussi à ces témoignages d'amitié purement poHtiques.Quand l'effigie de LouisXIIfut enlevée le neuvième jour, et le cercueil placé sur des tréteaux avec un grand poêle de velours noir traînant jusqu'à terre, et portant une croix de satin blanc au milieu ainsi que l'écu de France aux quatre côtés, François 1", en manteau royal de pourpre, dont cinq princes soutenaient la longue queue, vint dans la salle tendue en deuil, fit les révérences dues, s'agenouilla sur un carreau présenté par le premier gentilhomme de la chambre, fit ses oraisons et jeta l'eau bénite à son prédécesseur qui l'aîlait attendre sous les voûtes royales de Saint-Denis.

Le lo janvier, le jour semblait avoir regret de paraître pour éclairer les obsèques du meilleur roi, qui n'avait fait couler de larmes qu'à sa mort ; un brouillard dense s'exhalait de la terre, et se résolvait en givre à mesure qu'il montait dans l'air. Toutes les cloches sonnaient en branle par trois volées , et ce glas monotone s'élevait au ciel comme des voix gémissantes; les maisons, les boutiques, les hallesétaient fermées, et les rues désertes. Dès le malin , les vingt-quatre crieurs-

jurés firent leur cri et semonce sur la table de marbre du Palais et dans les carrefours , places et voies publiques. Cette semonce con voquait les habitans de Paris « aux convoi ( t exèques du feu roi Louis douzième de ce nom , qui trépassa le premier jour de janvier; lequ( I en son temps a été amateur de justice, et tenant promesse et vérité à chacun , et surtout désirant soulager son pauvre peuple; et qui, pour mettre paix en son royaume et obvier aux grandes et merveilleuses entreprises de ses ennemis am étaient alliés et bandés contre lui, tendant à la totale ruine et destruction de son dit royaume, avait fait alliance avec le roi d'Angleterre , en prenant sa sœur à femme et épouse madame Marie, combien qu'il fut assez indisposé de sa personne, n Mais ce cri déclamatoire, composepar Montjoie le roi d'armes, fut réduit à peu do mots, plus énergiques et plus touchans, par les crieurs eux-mêmes qui tintaient leurs clochettes en répétant d'une voix lente et entrecoupée dv sanglots : v Le bon roi Louis père du peuple est mort ! )^ Tout le monde jusqu'aux petits en fans fondait en larmes, et les malheurs domestiques s'effaçaient auprès de cette perte nationale; car le peuple était orphelin.

Tandis que dnns la cour des Tnurnelles on

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préparait les tentures, les crêpes et la représentation mortuaire qui devaient accompagner le corps à Notre-Dame et le lendemain à Saint-Denis, François I", enivré, étourdi de sa grandeur récente, respirait un moment seul et sans royal entourage dans son hôtel d'Angouléme, qu'il allait quitter dès que le corps du feu roi lui céderait la place. Il repassait dans son imagination chevaleresque les rêves conquérans qu'il avait tant de fois caressés, ses projets sur l'Italie, héritage toujours ensanglanté en vain , ses ardeurs de gloire et de plaisirs. Personne à cette heure ne pouvait troubler le cours de ses pensées fugitives et entreprenantes, qui essayaient tour à tour le glaive d'Alexandre et le globe de Charlemagne. Madame Claude cachait à tous les regards son affliction filiale; Duprat et Bonivet, les deux favoris du roi, assistaient à la cérémonie funèbre. Soudain , la portière, se soulevant , chassa dans la salle des flots de fumée; François 1^^ porta la main à ses yeux , et poussa du talon un tison écarté de l'âtre; ses genoux furent enchaînés de deux bras mobiles, et une voix emmiellée le ramena dans le présent que sa rêverie avait oublié. Anne Boleyn était à ses pieds dans une posture suppliante, l'air souffrant et le repentir sur les lèvres; l'amante s'adressait au roi.

— Foi de gentilhomme! dit-il avec intérêt, ma chère Anne, j'ai le cœur ému de te revoir après trop dure absence de dix jours; m'est avis que tu n'as encore baisé le roi de France, qui garde les amours de M. de Valois ? Sais-tu pas la fine équivoque inventée par Bonivet, disant que mon âne deviendrait la haquenée ou la mule du roi ? Mais pourquoi ces alarmes? Voirement ce ne sont pleurs de joie et soupiremens amoureux ?

— Las! mon bon et indulgent sire, s'écria la désolée Anne Boleyn , j'ai péché bien grièvement par négligence ; et s'il vous plaît, baillezmoi la mort en merci devant que d'entendre ma forfaiture et trahison, encore ne soit-elle sans remède! Dieu me damne! je suis coupable envers votre majesté royale sans avoir pensé à mal.

— Qu'est-ce, ma mie? qui vous induit à si cuisant désespoir? Oui dà , le cas se peut réparer, dites-vous; vrai, pour vous reconforter, faut-il employer mon autorité ? Certes , si gros remords m'intrigue et me rend marri ; aurais-tu d'aventure, petite, transgressé tes beaux serraens et préféré certain valet d'écurie au roi de France ?

— Nenni, monseigneur, fût-ce le sire Adonis ou Cupide en personne , je perdrais trop au

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change. Mais assurez-moi du pardon , et ne me rancunez , après la confession dite ? N'est-ce pas, mon doux maître?

— Foi de gentilhomme! Annette, point n'aurais-je courage à te punir, voire à te blâmer, toi mignonnement belle et bellement mignonne, toi qui sais des regards, sourires, chants et mille manières à fonder le paradis en ce monde terrestre! Avou3 ce fâcheux méfait, quel soit-il; et tant seulement je te promets en punition njamts baisers royaux,

— Oui dà , mon bien aimé sire , voilà de quoi me remettre en espoir et confort ; je vous re-« quiers très-humblement avoir égard à mon éternel regret. Vous aviez à raison commandé que milord Suffolk fût de xnadame IMarie soigneuse^ ment éloigné ?

— Par ma foi ! il m'intéresse d'y prendre garde , et maintenant possible ne serais-je roi régnant, si j'eusse baillé licence à ces amans. Oh! que M. de Orignaux m'a secouru d'un prudent conseil !

—-Eh bien! mon très-redoutable seigneur^ madame lo dans la fable trompa son geôlier Argus ; car les ruses d'amour sont plus expédien-. les contre les obstacles: ce qui devait Jidyenir qidvint! - •

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