LE LIDO
Le Lido, ce célèbre port de la république
il défendu par de nombreuses ba ri lorsqu'un i tranger na de
i ommerce, bien entendu, <;n- ;i moi o ception interdit ;■ tou!
tu de guerre d'une aul re puissance de pénétrer dans le port, lorsqu'un navire étranger venait jeter l'ancre adn - le Lido, il »'-i. toujours pi i i le feu croisé de ■
are de précaution :
montant fl la plus haute ant iquité et dont in s'abstenait jamais le capitaine du port.
En 17!>7, Venise ne comptait pa dans Sun Lido de trente et quelques bâti-
nts, tous portant son pai Illon à la cor et tous occupant le centre du port, le p<> fe plus rapproché de la ville Quelques navireâ marchands, anglais, autrichiens on grecs, stationnaient à la place ré Parmi ces navires, il <-n était un arrivé depuis peu de jours, le premier à l'ancre par conséquent en pénétrant dans le port, le pins exposé aux venta du large, mais le moins au l'en des canons du fort.
C'était une corvette fine, gracieuse, élancée, trop bien taillée évidemment pour un bâtiment de commerce, mais ayant cependant les allures pacifiques et l'apparence encombrée. De nombreux ballots étaient entassés sur son pont et sans doute, comme cela arrive journellement, l'équipage était insuffisant, car ce pont offrait l'aspect du plus grand désordre et de la pins grande négligence. Aussi, depuis son entrée au port, la corvette était-elle un sujet de railleries pour les galères vénitiennes, et sa nationalité espagnole, ainsi que le constatait le pavillon flottant à sa corne ne la mettait pas à l'abri de ces plaisanteries dédaigneuses.
Ce navire était chargé de coton d'Egypte et se rendait à Barcelone ; il avait été assailli par un coup de vent qui l'avait rejeté jusqu'au fond de l'Adriatique, et avait demandé l'entrée du Lido afin de se ravitailler et de réparer les avaries qu'il avait dans ses mâtures; mais sans doute, avant de naviguer dans la Méditerranée, la corvette avait fait de longues campagnes dans l'Océan, sous Féquateur, à en juger par une partie des hommes de son équipage, dont le teint cuivré décelait des habitants d'un autre hémisphère.
On avait remarqué surtout un jeune matelot bizarrement vêtu, toujours accompagné
d'un lévrier gigantesque, et qui chaque soir faisait de longues promenades dans les lagunes. Quelques curieux des bords voisins avaient prétendu que ce matelot pouvait bien être une femme sauvage à la peau presque rouge, mais comme personne n'avait eu occasion de s'approcher du personnage, la supposition n'avait pas été accueillie. Au reste, la corvette n'avait cherché à établir de relations avec qui que ce fût, et l'apparence malheureuse de son équipage n'avait fait regretter à personne cet isolement volontaire.
Oete nuit du 10 avril et à l'instant où Mahnrec et le vicomte entendaient retentir deux heures à l'horloge de Saint-Marc, un long hurlement résonna au loin dans' les lagunes, puis une barque glissa lentement aa milieu des navires encombrant le Lido et se dirigea vers la corvette espagnole.
A peine le canot longeait-il là coque, qu'un lévrier énorme s'élança d'un bond de l'embarcation sur le navire; un personnage, enveloppé dans un manteau blanc, suivit le chien et grimpa lestement après l'escalier cloué sur les flancs de la corvette, laissant le canot à la garde de deux mar:;ns qui le montaient.
En touchant les planches du pont, le lévrier s'arrêta, s'étira, poussa un grognement joyeux et bondit vers l'arrière: deux hommes causaient là à demi-cachés par le bastingage. Le lévrier se roula à leurs pieds en leur prodiguant ses caresses.
— Eh bien, Couniâ ! dit l'un d'eux en flattant le gracieux animal, as-tu enfin trouvé la piste?
— Non, Charles, pas encore! répondit une voix.
Le personnage «au manteau blanc venait de s'approcher, les deux hommes lui tendirent la main à la fois.
— Es-tu certaine, Fleur-des-Bois, demanda le second des deux causeurs que Couniâ soit réellement sur une piste?
— J'en suis sûre, Henri, et cette piste n'est pas celle d'un ennemi, mais celle d'un ami ! Coumâ n'a pas de colère, il a du chagrin: il n'est pas prêt à attaquer, il est plutôt prêt à se plaindre. Maintenant, quel ie est cette piste? je l'ignore. C'est la seconde fois qeu Coumâ vient à Venise : la première fois, il n'a pas manifesté y connaître quelqu'un; la seconde, il donne tons les
signes d'une inquiétude extrême. Vous vous rappelez la première nuit de notre débarquement ! Il a fallu l'attacher au fond du canot pour qu'il demeurât tranquille; depius lors cette inquiétude a constamment été en augmentant. Je connais l'intelligence extraordinaire de ce chien, j'ai en cette intelligence une foi entière, car jamais Coumâ ne m'a trompée... Pauvre chien! comme ma soeur l'aimait!
— Mais enfin, reprit Charles, tu n'as rien découvert?
— Rien absolument: j'ai parcouru tous les canaux! la seule remarque que j'ai pu faire, c'est que plus je m'enfonce dans l'intérieur de Venise, moins l'agitation de Coumâ est vive: elle redouble au contraire en me rapprochant des dernières îles voisines du Lido.
Un matelot, l'un de ceux qui montaient le canot, s'approcha respectueusement:
— Mon commandant, dit-il en s'adressant à Charles, faut-il crocher le you-you sur ses palans?
Charles regarda Henri.
— Qu'en penses-tu, Bonchemin? dit-il.
— Laisse cette embarcation à la mer, répondit Henri. Qui sait si elle ne peut nous être utile? dans la situation aucune précaution ne peut être négligée.
Le matelot s'éloigna.
— Maintenant, reprit Henri, descendons dans ta cabine et relisons les instructions que nous as transmises Jacquet : le moment approche et il ne faut rien oublier. Viens, Fleur-des-Bois.
Tous trois descendirent dans l'entre-oont l'intérieur du navire répondait parfaitement à son extérieur; l'entre-pont comme le pont était encombré d'immenses ballots, te us appuyés le long des murailles et ne laissant vide qu'un étroit espace réservé au milieu; encore le pied des mâts disparaissait-il également sous une couche épaisse de colis de toutes espèces et de toutes formes.
A l'arrière, une petite chambre occupait toute la largeur du bâtiment étant éclairée par des fenêtres carrées ressemblant, à s'y méprendre, à des sabords destinés à recevoir des caronades de chasse. Cette chambre n'avait pour tous meubles que deux haïr acs suspendus au plofond, quatre chaises et une table fixée solidement au centre.
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\>r\ portraits étaient accrochés .1 la muraille au-dessus de chaque hamac; ces deux portraits étaient ceui de deux femmes jeunes, jolies, «'i ayant entre elles an grand air de ressemblance.
Au fond, en! re les deux fenôl res ou les deux sabords, était une trophée d'instruments bizarres, de flèches comme celles dont neuf les sauvages, ei au centre «le ce singulier trophée était an petit groupe de fleurs fanées, desséchées, et cependant conservées avec le plus grand soin. Parmi ces plantes, <>n pouvait reconnaître encore les restes d'une couronne <les fleurs rouges du balisier, et un bouquet de convolvulus bleus, ces magnifiques produits de l'équateur dont les lies «les Antilles offrent <le si splendides éçhant illons.
En entrant dans La pièce les deux hommes prirent place sur deux chaises; Fleur-desiBois promena autour (Telle un regard mélancolique, puis s'approchant de l'un <\c^ portraits:
—Soeur Blanche, dit-elle, j'ai prié pour toi son- et matin, et le bou Dieu a exaucé mes prières, car tu es heureuse maintenant; Charles l'aime, il est ton époux et la distance qui vous sépare maintenant n'est que celle tracée par l'amour de la patrie et l'amour de la gloire!
Puis, se tournant vers l'autre portrait:
— Soeur Léonore! contîmia-t-elle, toi aussi, tu es heureuse : que le Seigneur soit toujours pour toi miséricordieux!
Alors, marchant d'un pas grave vers le fond de la# pièce, elle s'agenouilla devant le trophée placé entre les deux sabords: elle parut demeurer quelques minutes en prières, puis un sanglot rauque lui déchira la gorge.
— Etoile-du-Matin ! murmura-t-elle en joignant les mains, tu es près de notre père, dis-lui que son regard s'abaisse sur sa fille qu'il a laissée seule sur la terre, dis lui que Cette fille sera toujours digne • du grand
sang coule dans
ses veines
chef dont le
Ftoile-du-Matin, nos frères caraïbes t'en-! t curent. . . dis-leur à tous que Fleur-des- ,Bois, la dernière de leur race, ne faillira jamais à la mission qu'elle s'est donnée!
Se relevant lentement, elle recula de deux pas, et étendant à la fois les deux bras avec un geste d'une majesté étrangement énergique :
\ 1 j î « » 1 1 î-t j ' 1 1 1 j ; ènebre, reprit-elle» \ qui m'entendez, ceux que- je vois et 1 que je ne puis roir, recevez le serment que 1 ta chaque jour et 'i1"* je ferai jusqu' 1 l'heure où La sainte vi m'aura dé-
■ ! . . . Mon père, ma loeur, m< bes, rous toui qui ôti • dans le ciel, je jare sur yotre mémoire, sur mon amour pour vous, Bur ma foj en Dieu, de consama fie, mes forces, mon intelligence à tirer de rotre mort ane vengeance écla te: ceux là qui voua ont li qui
vous nui 1 ues, nui dans leurs reine sang qui m'appartient jusqu'à la dei goutte. .« Pleur-des-Çois, La guerrière fera couler ce sang et elle marchera sur la plaie sans pii Lé ni remords !
En achevant ces mots pronom c an
accent impossible .1 rendre, la jeune femme croisa ses bras sur sa poitrine; ses yeux éiiiirrlaïent, son corps frémissait et vtvs s'agitaient convulsivement.
Charles et Henri avaient écoulé sans mot dire, sans chercher à interrompre Fleur débitais; quand la Caraïbe eût terminé son espèce d'invocation, elle revint vers les marins et s'essayanj près d'eux:
— Quand donc l'heure sonnera-t-elle? demanda la jeune fille d'une voix sombre.
— Bientôt! répondit Charles; nous croistu moins impatients que toi de voir arriver cette heure! Ceux qui ont tué ton père et ta soeur, Fleur-des-Bois, ceux qui ont vendu tes frères, ceux qui t'ont faite orpheline et proscrite, ceux-là sont les mêmes que ceux qui ont tué notre jeunesse, qiu ont vendu notre honneur, qui nous ont faits infâmes et sans nom ! L'heure de la vengeance pour toi, sera pour nous l'heure de la réhabilitation !
— Je le sais, dit la Caraibe; mais si vous avez souffert, Dieu vous a réunis à celles que vous aimez et qui vous aiment, et il m'a séparée, moi, de ceux qui étaient ma vie et mon sang.
— Le Seigneur te récompensera, pauvre fille! dit Henri. Tu n'as plus que patience à avoir, car l'instant est proche. Ecoute! des nouvelles importantes nous sont ari- \ées ce soir; Jacquet est sur le point de se rendre maître d'une partie des fils de cette effrayante intrigue; il nous recommande de redoubler de prudence et d'attention, de nous tenir prêts à agir, mais de ne rien don-
LE TAMBOUTt DE LA 32e DEMI-BRIGADE
ner au hasard. Or, tu sais la confiance que nous devons avoir en Jacquet!
— Qu'il me mette en face des mes ennemis! s'écria Fleur-des-Bois avec un geste i-be.
Et, comme s'il eût voulu joindre sa voix menaçante à celle de sa maîtresse, Couina le lévrier caraïbe couché aux pieds de Fleurdes-Bois, se mit à gronder sourdement.
— Silence! dit la jeune fiulle.
— Demain, reprit Henri, nous aurons d'autres nouvelles, car je...
Un nouveau grognement du chien interrompit la phrase commencée,
— Silence donc! dit la Caraïbe avec colère.
Mais Coumâ n'obéit pas; se dressant brusquement, il aboya avec un acent extraordinaire. Fleur-des-Bois voulut le menacer, mais le chien bondit en avant et se rua sur l'un des sabords.
— Coumâ ! cria la jeune fille d'un ton impérieux, ici! je le veux!
Coumâ n'entendit pas; il paraissait affolé.
— Qu'est-ce donc? dit Henri en courant ouvrir la petite fenêtre qui bouchait l'ouverture des sabords, qu'a donc ce chien?... il faut le savoir!
Il n'achevait pas qu'il tombait à demirenversé sur un siège; le lévrier, «'échappant par une rude secousse des mains de sa maîtresse, venait de bondir en avant avec une telle furie qu'il avait atteint Henri et l'avait jeté de côté; du même élan l'animal, passant comme une flèche, s'était rué par la fenêtre ouverte et avait disparu. Le bruit de son corps tombant dans la mer et faisant jaillir l'eau arriva jusqu'à l'entre-pont.
— Il faut savoir ce que cela signifie! s'écria Charles en se précipitant vers l'écoutille.
Mais il n'avait pas fait trois pas que Larochelle. notre vieille connaissance du Koi des Gabiers, se précipitait dans l'encadrement de la porte.
— Pardon, excuses! mes commandants, si je vous dérange, dit le matelot, mais je tiens vous demander par rapport au moussaillon.... Faut-il l'affaler à fond de cale ou l'envoyer par-dessus bord?
— Hein? firent à la fois Henri et Charles, que veux-tu donc dire?
Te veux dire par rapport au moussaillon!
— Quel moussaillon? demanda Charles, avec impatience.
— Celui que je viens de ^rocher avec une gaffe au moment où il doublait l'arrière de la corvette et qu'il allait se ponioyer sur un grelin. *
— Tu as surpris quelqu'un cherchant à escalader les Dordages! s'écria Henri.
— Oui, mon commandant; à preuve que le croc de ma gaffe l'a enlevé par le collet de son habit.
— Mais, qui cela?
— Le moussaillon donc!... Il est là sur Je pont: Petit-Pierre et un autre le gardent à vue. ,
— Je vais voir! s'écria Charles en s'élaneant.
Mais au moment où il franchissait les pi entières marches de l'escalier, un bruit violent retentit au-dessus de sa tête: c'étaient des trépignements mêlés d'aboiements furieux, puis Coumâ se rua par l'écoutile, manquant cette fois de renverser Henri, et, bondissant vers sa maîtresse, il saisit dans sa gueule son vêtement de laine et s'efforça de l'attirer à lui avec une pantomine tellement expressive que Fleur-des-Bois obéit presque malgré sa volonté.
— Mademoiselle Fleur-des-Bois! cria Petit-Pierre du haut de l'escalier, tenez bien votre chien!. . . il a failli nous étrangler!... il est enragé pour sûr !
Charles atteignait alors le pont; Henri le suivait; Fleur-des-Bois, que Coumâ n'avait pas quittée, surgit presque au même instant. Alors le chien, abandonnant sa maîtresse, s'élança sur un groupe formé au pied d'un mât par deux hommes et un enfant.
— Coumâ ! dit la Caraïbe en voulant arrêter l'élan furieux du lévrier.
Mais l'animal, aboyant avec des accents extraordinaires, bondissant, sautant, revenant sur lui-même pour s'élancer encore et revenir de nouveau: c'était nu manège effrayant, un véritable steeple-chase dont le pont de la corvette était le turf.
— Commandants! dit la Rochelle en 'désignant l'enfant, voilà le moussaillon que j'ai croche.
Charles prit un falot que lui présentait un homme de quart et s'avança vers le grou-
TAMBOUR ni: LA ::::■ DEMI BRIC
pe; iviii -l'ii-i-rc ci l'autre matelot s'écar i< nui i espeet ucusement : l;i lumière de li lanterne Lombail en plein sur l<- de
l'enfant.
Charles N'arrêta comme frappé de stupeur, I [euri demeura immobile, foudroj puis un cri perçant reteut h, une ombre i>.
ri Fli ■ne des -Unis s:iisiss;inl dans
bras L'enfant «pii, Lui, demeurait muet et «'mu. L'enleva, Le pressa cont re sa poil ne ej L'embrassa avec une effusion indicible. < tourna, revenant enfin) se coucha au pied du groupe formé par L'enfant <-t se rouia avec des grognements d'allégresse.
La Rochelle, Petit-Pierre, les ;mi!ivs matelots, contemplaient cette scène avec un ( tonnement profond.
— Oh! s'écria Charles, Dieu permet un miracle!
— Lui! lui! répétait Fleur-desfBois avec des élans de joie folle ; oh ! I u me parleras de mon père, tu me aprleras d'Etoile-du-Matiu!...
— Oui, oui! dit Bibi-Tapin dont La voix était brisée par les parmes, oui, ma soeur, je vous parlerai de tous ceux que nous aimons; mais avant, tout il faut que je vous parle de celle que nous devons sauver....