LE PALAIS DU GOUVERNEMENT
Le palais du gouvernement offrait, tout autant que la ville, l'aspect de la désolation, du carnage et de la fureur. Là les familles françaises, protégées jusqu'alors en vertu non de l'humanité mais de la duplicité des autorités véronaises, étaient entassées sous la garde de leurs soi-disant défenseurs, attendant de minute en minute, 1 instant de leur supplice. Là, les meneurs, les chefs des massacreurs, les ennemis de la France, les agents soldés par l'Autriche, parlaient en maîtres, criant, hurlant, menaçant et n'ayant à la bouche que ces mêmes paroles exécrables adressées à des
LE TAMBOUR l>J'J I- vDK
femmes, ;i des n l'a ni- el .1 doS blOSSéS! 'A
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tants notables, inquiets pour ce qu'ils p sériaient, les Véronais, donl les mai»
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forts, icii\ (jui ;i\ aienl bien \ oithi laisser en ircrni ville les montagnards et les paysans chargés des massacres, mais qu,î on boul i lui de cause1, voulaient laisser les bor-
ira de ces massacres à ces mêmes paysans et à ces mômes montagnards qu'ils eussent protégés, .acclamés ou désavo lés, suivant les besoins.
A Imii heures du soir, des novelles désastreuses étaient parvenues au sein decette assemblée en permanence composée d'éléments si contraires les uns aux autres.
l'u courrrier arrivé «lu Tyro] avait, appris la défaite des Autrichiens, les nouveaux triomphes des Bonaparte et les préliminaires «If paix signés à Léoben; puis d'autres courriers étaient survenus, annonçant que le général Chabran accourait sur Vérone avec douze cents grenadiers, l'autre que les généraux Victor et Baraguay d'Hilliers s'avançaient à marche forcée.
Aussitôt une inclue réflexion se fit dans tous les esprits: si des préliminaires de paix étaieni signés, le généra] autrichien Laudon, suc l'appui duquel on comptait si fort, devait, lui aussi, en avoir reçu la nouvelle avait du l'arrêter forcément dans sa marche sur Vérone.
Alors les plus excites parmi les Véronais avaient senti faiblir leur ardeur du meurtre: la peu s'était emparée des misérables; mais à côté des Véronais il y avait les paysans et les montagnards; à côté des meneurs qui s'étaient tenus cachés, il y avait les masses qui avaient agi à ciel ouvert et qui avaient été trop loin por ne pas comprendre qu'elles n'avaient de chance de salut que dans la continuation des choses, pour ces derniers, les nouvelles successives arrivées dans la soirée n'avaient été qu'un motif de pins de ne mettre aucun frein à leur rage : elles les avaient poussés jusqu'au paroxysme.
Placé entre les deux dangers, le gouvernement avait, hésité, et après des délibéralions Orageuses, le parti prudent l'avait emporté et on avait décidé qu'on sommerait, au nom des malheureux français ré-
n palais, le général Balland r un i poisième parlementaire, prom •! tant que ce parlementaire 'n'aurait rien à
riain In .
< Jet te d< cision qui avait \>v>'\ . Eu .•< qui avait été aussitôt mise • > i ••' i; ion en dépit des :|\ is des exalté I • eux-ci jusqu'à la démence; aussi lorsque Maurice ' i ent réc dans la salle I" conseil, futil accueilli, ainsi que ses amis et ■ ■ - li-ni-
orte, par d<-s vocifén inouïes. l>«- commandant, calme él impassible, s'avança 'comme il se fui avancé bous le fen des bat beries ennemies.
Le provéditeurs et le podestal se levèrent pour recevoir l'envoyé du général, et tout aussitôt la discussion commença.
Au nom du général, Maurice demandait, avant de vouloir rien entendre, qu'on f'n conduire a ufoi-f sur-le-champ les malades, les femmes, les enfants, les blessés échappes au massacre ei enfermés dans le palais. Puis il exigeait encore qu'on fît sortir de la ville les montagnards et les paysans, que l'on désarmât la populace et qu'on
donnai en otage les magistrats vénitiens pour garantie de la soumission de Vérone.
Des vociférations furieuses accueillirent les prétentions de l'officier français.
— Nous ne voulons pas désarmer, mais rester en armes au contraire! hurlaient les exaltés, et, quant à des otages", c'est nous qui exigeons des garanties contre les vengeances que le général Bonaparte voudra tirer de Vérone.
— La liberté immédiate des femmes, des enfants, des malades e1 ^^ blessés! reprit .Maurice.
— Oeuxlà nous répondent de vous! s'écria le podestat, vous les rendre serait nous livrer; nous les garderons! la mort suspendue sur leur tête sera notre bouclier contre vos coups! Envoyez encore un boule! sur la ville et le sang- coulera ici!
— GLâches! s'écria Maurice indigné^ je vous parle en soldat, vous me répondez en assassins!
—A mort! hurlat-on de tous coLcs.
Vingt bras menaçants se levèrent à la fois, des cris épouvantables éclatèrent; le comte. Jacquet et les deux soldats s'élancèrent auprès de Maurice qu'ils entourèrent Au même instants des clameurs déchirantes retentirent, à l'étage inférieur du pa-
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lais, des coups de feu résonnèrent... C'étaient les assassins qui menaient de forcer ortes du bâtiment et qui attaquaient les femmes, les enfants, les blessés et les malades respectés jusqu'alor.
— Sauvez ces malheureux et gardez-moi en otage] cria Maurice au podestat
— Il est trop trad ! répondit celui-ci.
— Alors, en avant! rugit Maurice en tirant s<>n sabre.
Le commandant volait au secours des malheureuses victimes, ses compagnons étaient sur ses traces. Sabres nus i r pisto lets au poing, ils se percèrent un passage à travers la foule et ils arrivèrent au moment où les montagnards et les paysans enfonçaient une porte au rez-de-chaussée.
Les battante tombèrent arrachés, mais les misérables, s'arrêtèrent; U'v barricade,, formé à la hâte par tout ce qui avait pu être employé, s'élevait devam eux. Quelques-uns cependant brandirent fleurs sabres en voulant s'élancer; trois coups de feu, partis de l'intérieur, en renversèrent trois et firent reculer les autres surpris et terrifiés par cette défense inattendue.
Maurice et ses amis atteignaient, alors l'entrée des salles basses. Se ruant comme une trombe, ils écrasèrent les premiers paysans. En un clin d'oeil ils furent près de la barricade.
— Vive la France! cria Maurice en agitant son sabre.
Des clameurs de joie, parties de l'intérieur, répondirent à ce cri aimé et plein d'espérances pour ceux qui souffrent, mais deux jurons d'une énergie impossible à rendre, dominèrent par leur roulement sonore ces clameurs poussées par les femmes, les blessés et les malades.
— Cré mille millions de n'importe quoi, mon commandant! ruait une voix sonore.
— Romulus! dit Maurice, et Rossignolet!
— Et sa canne! répondit le major. A.
nous, mon commandant!
Di xmains avaient déplacé un côté delà barricade, et Maurice. Jacquet, le comte et ies deux cavaliers s'étaient glissés par l'ouverture dans une sorte de galerie qu'encombraient plus de quatre cents femmes et enfants poussant des gémissements épouvantables. Cinquante hommes, tous blessés et malades, les uns presque moribonds, les autres se soutenant à peine,
avaient cependant fait un appel suprême au peu de forces qui leur restait. Tous armés à la bâte de tout ce que leurs mains débiles avaient rencontré, formaient une série de colonne de défense à l'abri de laquelle se tenaient les femmes.
En tête de cette colonne, deux hommes deux soldats français, aux vêtements déchirés, ruisselant de sang de la tête aux pieds, mais non pas du leur, de celui de leurs ennemis qu'ils avaient combattus, animaient les- pauvres malades et les excitant à mourir pour défendre les femmes et les enfants. Ceux-là, c'étaient Romulus et Rossignolet, le bon grenadier et l'intrépide major de la 32e.
Tout ce que nous venons de rapporter s'était accompli avec une rapidité telle que personne n'avait pu s'y opposer. La l'ère réponse de Maurice aux membres du gouverenment vérg.nais, l'attaque des paysans, l'action des cinq Français s'élançant au secours de leurs compatriotes menacés, leur arrivée devant la barricade, leur entrée dans la salle avaient eu lieu dans l'espace d'une seule et même minute. Les assaillants stupéfiés avaint reculé sans oser agis. Les assassins avaient constaté que cinq hommes seulement venaient prêter secours de leurs bras aux victimes désignées, qu'ils étaient quize cents au moins, eux, et que, par conséquent, ces cinq hommes dont ils avaient eu peur un moment, n'allaient qu'augmenter le nembre de ceux qu'il fallait tuer. Honteux de leur lâcheté, ils se précipitèrent vers la salle avec un même élan de rage.
Vu feu assez bien nourri les acueillit et les fit reculer encore. Maurice, le comte,Rossignolet, Romulus, les deux cavaliers, défendaient avec l'énergie du désespoir, les malbeureux qu'ils voulaient sauver. Les blessés encore capables de manier une arme, sentant leur courage renforcé par le renfort inattendu qu'ils pouvaient croire tombé du ciel, avaient puisé de nouvelles forces dans leur énergie morale.
Les femmes, pressant sur leurs poitrines \^ pauvres enfants qui sanglotaient, priaient et imploraient la miséricorde du >Vigneur. Jacquet marchait parmi elles, regardant, examinant tous ces visages décomposés, avec l'active sollicitude du chasseur indien cherchant à relever une trace.
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— Bile n'y est pas! elle n\\ est pas! mur iiiiiim-i il ;i\rc mie sorte, de page sourie et sans paraître le moins «lu monde avoir science de la si1 aal Ion cril ique où se i pou paient toutes celles qui l'entouraient el le tegardaient sans le voir.
Maurice et les siens déployait ce coups ge éblouissant, superbe, entraînant, quiest véritablement le propre des Français; ce courage si commun dans botre chère patrie et dont l<k peprésentant est aussi bien le grand seigneur aux Illustres ancêtres que le paysan appelé <lr son chaume pour alleï endosser l'uniforme. Soutenant les faibles, arrêtant les exaltés, se multipliant, se dévouant, Maurice était partout, el la défense héroique de cette poignée «le braves ei de ces faillies blessés était telle que les Quinze
ccnls assassins qui se niaient dans '•; CUUÎ et sons Le vestibule du palais m'avaient pu faire n pus en avant.
— Nous mourrons tous ici! criait Maurice, mais nous combattrons jusqu'au dernier et pas une femme, pas un enfant ne sera touché par ces misérables tant que l'un de nous sera encore debout,
— Tenons ferme! hurlait le major, le général Ohabran sera ici dans deux: heures, et la 32e ne laissera pas massacrer ses enfants sans vengeance! En avant les conscrits d'Italie!
La salle basse était remplie de fumée.
Cette salle, qui servait d'ordinaire aux fêtes données par les autorits véronaises et q»ui n'était qu'a, bien dire la salle de bal du palais, était garnie sur tout son pourtour de larges banquettes de velours rouge frangé d'or. C'était à l'aide de ces banquettes que Kossignolet et les blessés avaient construit leur barricade, et, eussent-ils pu avoir la faculté de choisirais n' dissent certes pas rencontré mieux pour se former un rempart solide. Les banquettes. bourrées de crin et faisant matelas, n'étaient que très difficilement traversées par les balles, et posées les unes sur les autres elles présentaient çà et là des vides réguliers, formant meurtrières et dont les assiégés pouvaient tirer un excellent parti.
Depuis deux heures, la lutte continuait avec une froide et sublime résolution de l'autre. Par un hasard providentiel les fenêtres de la salle étaient grillées et les barreaux de fer s'étaient opposés à ce qu'une
attaque fût d la cour;
q'j avait pas d'à u ;i défendre que
la porte.. La oui içalt, l< oh et
nontagnards Qe • ient pas... Mau-
i i<c, le comte, Ik - de : les deux
soldats de la 32e combattaient presque seuls. Blessés ci malades, épui ■<•- el force, De pouvaient plus être d'aucune ut' lité pour la défen
Li s femmes et les enfants, don! le d< poii- avait atteint son paroxysme/ dont la terreur n'avait plus de nom, demandaient ;i grands cris la fin de l< ai tort are; < te foule, qui depuis lanuit précédente avait tout fait, tout tenté ;»• ur échaopi r .i l.i mort, semblait maintenant pegr»»tiei la vie.
Plus de cinquante pa monta-
gnards gisaient étendus devant la bai de qu'aucun n'avait pu par\ mir a fran chir; plus de cent avaient dû se retirer pour aller faire panser leurs blessures tant la défense avait été énergique et rude; et cependant, le nombre <\*-^ assaillants, loin de diminuer, augmentait de minute en minute. Le palais du Gouvernement avait envahi.
Effrayés des conséquences de ce qui allait se passer, les magistrats qui avaient, eux, répondu sur leur parole écrite a ugénéral Balland de la vie de son parlementaire et qui croyaient déjà ce parlementaire massacré, les magistrats avaient disparu, abandonnant leur poste.
Puis subitement, dominant le tumulte, S« canon des forts retentit plus terrible. Le général, croyant lui aussi à la mort de Maurice Bellegarde, et rendu furieux par cette lâche infraction au droit des gens, venait de douer l'orndre de tirer à toute ououtrance. Une avalanche de fer et de feu traversa l'espace et vint déchirer Vérone.
Alors, les assassins, redoublant de fureur, continuèrent leur oeuvre, tandis qu'une partie des habitants couraient dans les églises, et que les cloches, sonnant à toute volée, répondaient au grondement du canon, au cliqeutis des armes, aux plaintes des mourants et aux blasphèmes des meurtriers.
Quatre heures du main sonnèrent; par l'un de ces hasards étranges, et comme si le fort et la ville eut éprouvé . à la fois un même besoin de repos, les feux et les cris cessèrent à la fois sur tous les points et
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un silence régna dans les airs. Sans nul doute ce silence devait être de courte durée; sans nul doute cris et boulets allaient de nouveau traverser l'espace; mais durant quelques secondes le silence fut réel, imposant.
Tout à cou]) un bruit sourd troubla ce silence; ce bruit ne proveini ' l ni des canons des forte ni i\^x massacres de la ville, et cependant il faisail frissonner la terre. Chacun écoutait, inquiet, anxieux, quand une fouie hurlant, frémissant, en proie à une terreur extrême se précipita par Tune des portes de la ville, venant de la campagne, et s'élanaçnt comme une troupe affolée. Un même cri jaillissait de toutes les bouches, cri empreint d'un triple sentiment de rage, de peur et de respect.
— Les Français! les Français! criait-on.
Deux minutes après, par l'effet d'une de ces nouvelles qui se répandent plus rapidement qu'une traînée de poudre ne s'enflamme, Vérone tout entière savait que la colonne du général Chabran était à ses perles, et que cette colonne venait de s'unir la garnison des forts commandée par le général Balland. , . it|j] Alors, par une réaction naturelle chez les natures viles et infâmes, les assassins des Français passèrent subitement de la plus atroce violence à l'abattement le plus grand. La nouvelle était survenue tout d'abord au palais du Gouvernement.
— Les Franaçis! les Français! criait-on en désignant du geste le côté des portes de la ville par lesquelles on devait supposer qu'entreraient les troupes.
En un instant la panique fut à son comble; et chaque meurtrier, croyant voir devant lui un vengeur de ses victimes, se prit à fuir sans avoir conscience de sa lâcheté. Ces mêmes hommes, qui tout à l'heure avaient la parole iarrogante; ces nierneA hommes, qui menaçaient des blessés, de^l femmes, des enfants, qui frappaient sans* pitié ni merci, commençaient à trembler maintenant en face de leurs victimes.
Maurice avait entendu les cris; il voyait l'anxieuse incertitude ses ennemis; il comprit que des secours ienspérés arrivaient, sinon pour sauver la ville entière, du moins pour arrêter l'effusion du sang dans le quartier du palais. Sa première pensée fut de s'élancer (m avant et de faire une
iiuuée dans la foule qui, à demi terrifiée, n'eût opposé qu'une molle résistance ; mais d'un regard rapide lancé sur les femmes, les enfants, les malades qui l'entouraient, lui fit rejeter tout projet de fuite. Il ne fallai pas songer à emmener avec lui ce cortège de malheureux; il fallait encore moins songer a abandonner )>.'i< pauvres victimes. Les assassins ne pouvaient-ils* obéir à un suprême réveil de rage folle?
.Maiinice s'étciii rapproché du comte, tous deux, sans se parler, s'étaient compris; tous deux se regardaient et hésitaient sur un parti à proposer. Les cris continuaient au dehors; l'attaque avait cessé an dedans; mais si les Véronais ne tiraient pins ni ne cherchaient plus à forcer la barricade toujours debout, ils étaient là néaomoins, n'abandonnant pas la place, obstinant toute issue. Un temps d'arrêt était brusquement survenu; mais ce temos d'arrêt pouvait être court, la lutte pouvait recommencer d'une minute àl 'autre plus furieuse et plus acharnée.
lîossignolet et Eomulus, profitant de cette espèce de suspension d'armes, cherchaient à augmenter encore les moyens de défense. Maurice et le comte sentaient redoubler l'anxiété qui leur dévorait le coeur. Les femmes, les enfants, les malades, qui étaient loin encore de se croire sauvés, étaient toujours en proie au plus effrant désespoir; l'attente était plus cruelle encore peut-être que la sanglante réalité.
Maurice, comprenant enfin qu'il fallait prendre un parti, quel qu'il fût, Maurice appela à lui Rossignolet
— Rassemble les hommes qui peuvent encore marcher, lui dit-il, et tentons une sortie qui nous débarrasse le passage; maîtres de l'escalier nous pourrons nous maintenir plus longtemps.
Rossignolet fit un signe affirmatif, et il tournait sur lui-même pour exécuter l'ordre reçu lorsqu'un cri rauque retentit dans la rue; puis à ce cri succéda une clameur immense accompagnée d'un bruit sourd, incessant comme celui que font les eaux d'un torrent en roulant sur des cailloux. La clameur s'étendit, se propagea, monta, et atteignit l'escalier encombré par les assassins. Alors ce fut un même mouvement de retrait, semblable à celui du flot. Une terreur panique s'était emparée de la foule en-
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i iôrc ; <'ii un clin d'oeil L'escalier et le i>alier furent dégagé»: paysans1 et monta gnards s'< ufuyaient en désordre.
Maurice et ses amis se regardaient avec un sentiment do surprise Inexprimable; dni'\ m i ii n i «s avant, ils avaient la mort en face d'eux; deux ni i n n i t-s après, le péril
avait cesse : plus un eniienij ne s'opposait Ù leur sortie. L'événement s'était accompli avec une rapidité telle, que personne, parmi l<-s Français, oe put pousser un cri de joie; le saisissement rendait muettes tou
les les bouches. Tons demeuraient, là, Ile
pouvant en croire leurs yeux.
Au même Instant, dominant le bruit sourd quj éclatait toujours tfu dehors, un rouleiiheni lointain lointain retentit. Rossignolei puossa un hurlement de triomphe en brandissant sa canne gigantesque.
— Les caisses de la 32e! s'écria-t-il.
effectivement on pouvait distinguer la batterie sèche et vibrante qui avait tant de l'ois conduit nos soldats à 1 victoire: la "charge" retentissait battue au loiu. Maurice se tourna vers le grenadier:
— Romulus, dit-il, cours vers le détachement qui entre dans la ville: préviens le commandant de notre situation. Qu'il euvoie sauver ces femmes, ces enfants et ces malades; dis-lui, que, quoi qu'il arrive, nous tiendrons jusque-là!
Komulus partit comme un trait, mais il n'avait pas atteint la cour, que les roulements du tambour s'étaient rapprochés avec une rapidité attestant de la part des soldats nu pas de course vertigineusement (accentué; la foule des Italiens fuyait dans toutes les directions. Presque au même instan uni peloton de grenadiers débouchait sur la place du palais. C'était l'avaut-garde du régiment. Un homme marchait près de l'officier commandant le peloton. En apercevant Romulus qui s'était arrêté, cet homme courut vers lui avec une précipitation extrême.
— Le commandant Bellegarde! s'écria-til. Sais-tu ce qu'il est devenu?
— Là ! répondit simplement Romulus en désignant le palais.
L'homme se précipita:
— Sauvons le commandant! s'écria-t-il.
Quelques soldats le (suivirent: le régiment envahissait la place.
i tans la galerie barricadée, l d'aï-
avaient succédé aux cria de twt reur: la joie la plus folle remplaçait l'horrible angoisse du supplice, Les soldait précipitaient, l'homme qui avait arrêté Romulus marchant toujours .1 leur u
— Vive la France! hurla Uossignolet en brandissant sa canne.
«flacquefc, demeuré dans un angle, tou joues indifférent en apparence à ce <|"i s'accomplissait. Jacquet laissa sortir d< lèvres un sifflement aigu, et, se glissant rapidement, il saisit par le bras l'homme dont nous avons parlé.
— Bamboula! dit-il à \<>ix basse. Qfl étais-t n durant les massacres?
— A la recherche de ceux qui pouvaient vous sauver! répondit froidement l'autre.
Le capitaine des grenadiers commandant la compagnie «i11^ venait d'envahier le palais serrait les mains de Maurice:
— Le général nous avait ordonné de tbûï faire pour vous sauver s'il en était temps
encore, disait-il, ou de vous venger sans "pitié ni merci. Heureusement, nous sommes arrivés a point, commandant; mais sans le citoyen qui nous a renseignés sur la route à suivre pour trouver et atteindre le palais, nous fussions peut-être arrivés trop tard!
Le capitaine désignait l'homme aquel venait de parler Jacquet. Bamboula regardait froidement son interlocuetur, supportant sans sourciller le coup d'oeil profondément scrutateur de l'agent de Fouché.
— La femme dont tu devais suivre les traces? demanda brusquement Jacquet. Elle a été massacrée, n'est-ce pas?
— Non, répondit Bamboula.
— Ah! fit Jacquet avec un étonnement joyeux qu'il ne put pas dissimuler.
— Elle vit, elle est sauvée.
— Mais tu ignores où elle est réfugiée?
— Je le sais.
Un court silence suivit ce rapide échange de paroles; il eût fallu comprendre tout ce qui se passait dans l'esprit des deux hommes, pour pouvoir interpréter ce silence si gros de pensées.
— Où est-elle ? demanda brusquement Jacquet.
— Près d'ici, au couvent voisin, répondit Bamboula. Auprès d'un moine qui l'a recueillie.
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Jacquet courut au comte d'Adoré et à Maurice.
— Lucien «a découvert l'endroit où nous trouverons la marquise de Gantegrelles, dit-il. Il va vous conduire sur l'heure, suivez-le!
Et se penchanl vers l'oreille du„ comte:
— Que le commandant veille sur la femme, et vous sur l'homme! ajouta-t-il à voix 1 >asse.
.Maurice et le comte suivis de Rossignolet et de Romains se précipitèrent avec Jacquel et Lucien. Sur la place, Maurice fut salué par les soldats qui le reconnurent.
—Quelques grenadiers pour nous aider à sauver de pauvres femmes! secria-t-il.
Vingt hommes s'élancèrent sur les traces du jeune commandant. Les rues que traevrsa le petit peloton étaient désertes, mais dans les autres quartiers de Vérone que n'avait pu envahir la poignée de braves qui veanit d'arriver au secours de la garnison, les massacres continuaient toujours plus furieux. Au loin, on entendait encore le bruit de la fusillade et les clameurs sinis^ très indiquant que les bourreaux s'acharnaient après leurs victimes. Au reste, la situation des Français n'était plus que ajmais précaire. Douze cents hommes arrivés inopinément et se joignant aux quelques centaines de braves dont pouvait disposer le général Balland, avaient pu un moment faire une diversion heureuse, mais que pouvaient ces quelques Français contre les vingt mille montagnards ou paysans descendus des campagnes, contre les cinquante mille habitants de Vérone qui, hommes, femmes et enfants, prenaient presque tous part aux massacres?
Il était évident que les assassins allaient revenir furieux après un moment de panique, reprendre possession du quartier qu'ils avaient abandonné, et que force serait aux Français de regagner les forts en attendant de nouvelles troupes. Il n'y avait donc pas un instant à perdre pour agir.
Maurice et ses compagnons ava'eut atteint enfin le carrefour sur lequel s'ouvrait le couvent d^oft Rossignolet et Romulus avaient été chassés si cruellement la veille.
— C'est là dedans que nous allons, mon commandant? demanda tout à coup le tam-
bour-major en désignant la porte du couvent.
— Oui! répondit Maurice.
— .'vli! civ mille millions de n'importe quoi! en voilà une chance! Entends-tu, Romulus! nous allons pouvoir sauver du' même coup la ci-devante et son moine! ....
— Hein? fit Jacquet en se rapprochant.
De qui parles-tu?
Rossignolet toisa l'agent de police.
— Je parle d'une pauvre vieille femme, repondit enfin le major, à qui Romulus et moi nous avons rendu un fier service hier et pour qui je me ferais couper en morceaux sans t'offenser, citoyen muscadin.
Jacquet saisit le bras de Rossignolet:
— La femme don tu parles, dit-il, sais-tu véritablement son nom?
— Un peu beaucoup, citoyen!
— C'est la marquise de Cantegrelles?
— Ah! cré mille* millions de...
— Lui as-tu donc sauvé la vie hier? interrompit Jacques en coupant court à l'étonnenient du maojr.
—Oui!
Jacquet désigna Bauboulà qui marchait en avant :
— Quand tu as sauvé la marquise, continua-t-il, n'as- tu pas remarqué cet homme qui est là devant nous, soit parmi ceux qui la poursuivaient, soit parmi ceux qui voulaient la sauver.
Rossignolet secoua la tête:
— Quelle "bêtise! dit-il. La vieille brave femme était dans sa chambre: or donc, personne ne la poursuivait, c'est par rapport au quidam que recueillit Romulus que jCs choses se sont gâtées. Quant à ce qui est de ceux qui la défendaient : il y avait Romulus et me voilà!
On atteignit la porte du couvent. Maurice, Lucien, le comte en franchissaient le seuil.
— Allons! murmura Jacquet. Je me serait trompé ! Il est fidèle !
Puis, après un moment de silence:
— Cependant... reprit-il en «'arrêtant.
Au loin on entendait toujours l'horrible tumulte. Ce tumulte devenait d'instant en instant plus terrible et plus saisissant: il se rapprochait. Les assassins, un moment repoussés e thonteux de la l(cheté de leur {premier mouvement, revenaient en foule
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