‹ Le roi du bagneChapitre 121 sur 243 · LA NUIT DE LUNDI DE PAQUES · texte numérisé non relu

LA NUIT DE LUNDI DE PAQUES

La iniii ôtail noire ; on eû1 dit que le ciel se fui refusé ô éclairer les scènes horribles que nous venons d'essayer de décrire. Tandis qu'à Vérone le sang coulail à flots, Ve nise, encore plongée dans l'effroi causé par la saisissante nouvelle des récents et écla tants triomphe «lu général en chef del'aroaée d'Italie, Venise, qui Bentail que le traifcéde Léoben allais la livrer seule el sans alliés à la merci du vainqueur; Venise, inquiète cl «les massacres qu'elle savail avoir ilcn sur La terre ferme, et, de l'attentat qu'elle venait de commettre sur mer en coulait! une corvette française: Venise représentait bien La ville dont la population entière s'attend à quelque grave et terrible événement.

Oette nuit <lu lundi de Pâques, à l'heure où, u Vérone, Maurice se rendait au palais du gouverneur, pas une étoile ne brillait au ciel; les lacunes étaient plongées dans les ténèbres les plus épaisses, et le casino du signor de Oamparini. '•„» casino qui. la veille, avait été le théâtre des scènes émouvantes que nous avons retracées, disparaissait complètement dans l'obscurité qui l'entourait de toutes parts.

Quittant le grand canal et se dirigeant rapidement dans l'ombre, un canot glissait sur les eaux, courant droit sur le casino dont pas une lumière n'éclairait l'intérieur. Mahurec, le Maucot, le vicomte de Signelay, Bibi-Tapin étaient dans ce canot : les deux gabiers se courbant sur les avirons qu'ils maniaient avec leur dextérité habituelle, le gentilhomme et l'enfant assis à l'arrière.

Entre eux était Pick, étendu au fond de l'embarcation, le corps étroitement garrotté, les bras attachés à l'un des bancs. Le vicomte, à demi penché, sur lui. tenait appuyé sur la poitrine de l'ami du "Roi du bagne" la gueule d'un pistolet armé.

— S'il tente de pousser un gémissement, feu dessus avait dit froidement Mahurec en donnant une arme au vicomte.

Le canot était à quelques brasse du ca-

sino. Mahurec el le llaucoi levèrenl ineiii leurs avirons; l'embarcation gl obéissanl n sa propre impulsion, puis elle s'arrêta doucement ei demeura stationnaii-r ;iu milieu du canal, entourée de ténèbres

opaques.

( >i- dune, dii Mahurec à voix basse, parlons peu, mais parlons bien! Il est temps encore: faut-il mettre le cap sur ; on nous attendenl les commandai

Non, <lii vivemen le vicomte, chaque minute m1' s'écoule est un siècle! les ren geignements que nous a donnés cel homme

son| précis : <le ininuil ;i deux heures le

casino est toujours snns antres gardiens <l n<* les deux hommes dont il nous a indiqué le poste ; il est une heure on quart, nous avons a peine trois quarts d'heure devant nous: le temps nous manque pour prévenir nos amis. D'ailleurs qu'avons^

nos besoin de leur aide? nous n'avons que deux hommes a combattre, et deux hommes que nous allons surprendre...

— Et puis, dit Bibi-Tapin, ce sera vite

fait; maintenant que le brigand nous n indiqué la chambre de mademoiselle Uranie, ça ira tout seul. Je connais un peu la maison. et je me charge de vous conduire en deux temps.

— D'ailleurs, reprit le vicomte, l'heure s'écoule, je vous le répète, eussions-nous absolument besoin du secours de nos amis que le temps nous manque pour réclamer ce secours. Si vous hésitez à agir, matelots, laissez-moi agir seul; je vais me jeter à la nage.

— Tonnerre de Brest ! dit Mahurec avec un mouvement significatif, si c'est comme cela, n'en parlons plus et avant partout!

Le Maucot avait repris son aviron, Mahurec se courbait sur le sien, le canot reprit sa course, et bientôt il entra dans la ligne d'ombre que projetait le casino et qui rendait cette partie du canal absolument obscure.

Mahurec se leva, tandis que le Maucot dirigeait seul l'embarcation, et se rapprochait du vicomte et de Bibi-Tapin:

—Attention! ditil, voilà la manoeuvre:

le Maucot restera dans le canot, il aura l'oeil sur le chien ici-présent, à qui qui s'il bouge tant seulemen d'un doigt il fera avaler une gaffe de longueur!

LE TAMBOUR DE LiA 32e DEMI-BRIGADE

Et du pied le gabier poussa rudement le corps de Pick.

— Or doue, repritil, il y a deux terriers qui montent la garde dans la cambuse ; nous savons où est leur point : vous, monsieur le vicomte, et moi. nous abordons en grand!... Enfoncés les brigands!... Tendant ce quart, l'enfant, qui connaît l'aménagement et à qui que le Pick a donné sa route, se pominoie sur les eufléchures; sa hache au poing, il enfonce les portes qui feraient des difficultés... et sauvé la demoiselle? Estce dit?

— C'est dit! lit Bilti-Tapin en tendant le bras pour prendre la hache que lui présentait Mahurec.

Léopold avait dans la main gauche le manche d'un long poignard à lame aiguë et tranchante, et de la droite il tenait toujours la crosse du pistolet dont la gueule menaçait Camparini.

— Et dire qu'Etoile-du-Matin n'est pas avec nous! murmura Bibi-Tapin avec un soupir.

— Attention! dit Mahurec en montant sur le bordage du canot.

Un sifflement aigu, retentissant tout à cou]), partit de l'intérieur du casino. LêDpold se pencha plus encore sur Pîck, et appuyant son digt sur la détente du pistolet:

— Réponds! dit-il avec un accent tellement impératif qu'une hésitation ne pouvait être permise.

Pick fit un effort; il souleva sa tête et un sifflement semblable à celui qui venait de retentir sortit de ses lèvres.

— Pouvons-nous aborder, demanda Léopold à voix basse.

— Oui, murmura Pick après un silence.

Le vicomte fit un geste de menace:

— Ne cherche pas à nous tromper! repritil ; feu sais à quelles conditions nous te laissons vivre? nue mort immédiate te punirait!.... Maintenant, réponds encore mais réponds nettement, clairement, sans hésiter. Pouvons-nous aborder?

— Oui ! dit Pick d'une voix brève et nette.

— Il n'y a bien que deux hommes au casino à cette heure?

—Oui.

— Où se tiennent ces deux hommes?

— Sous le portique, à droite.

— Eh bien! nous allons aborder... Appelle ces deux hommes.

Pick fit un nouvel effort, car la position qu'il avait, couché e1 garrotté au fond de la barque, ne lui permettait de parler que difficilement. Il fit entendre un sifflement mais avec accompagnement de modulations étranges. Au bout d'un instant d'attente, un même sifflement répondit.

— Vous pouvez aborder, dit Pick.

— Accoste! dit Mahurec au Maucot.

Celui-ci, qui avait pris les deux rames, poussa le canot vers le perron du casino dont les marches de marbre se dessinaient en clair sur les eaux noires.

Mahurec, Léopold et Bibi-Tapin se tenaient à l'avant le corps rapilé sur euxmêmes, prêts à s'élancer, à bondir.

— Appelle! dit Léopold à Pick.

Pick siffla due troisième fois, mais avec une variation dans les tons, puis une quatrième. Quelques secondes s'écoulèrent.

Une ombre se détacha sur le fond des ténèbres qui envahissaient le portique ; à cette ombre en succéda une atitre.

— A toi celui de droite! murmura Léopold à l'oreille du vieux gabier.

— Oui? demanda une voix.

Le Muscot s'étail rapproché de Pick et, tenant son formidable poing levé au-dessus de la tète du misérable:

— Qui? répéta la voix après un sileene.

—Pick!... murmura le bandit avec un accent de rage ' impossible à rendre.

Les deux hommes s'avancèrent aussi bô descendant précipitamment les marches, mais ils arrêtèrent presque aussitôt en poussant à la fois un cri de colère. Deux hommes s'étaient subitement élancés sur eux, deux fers nus s'étaient levés sur leur poitrine et une ombre rapide avait passé entre eux, comme un trait, s'enfonçant dans l'intérieur du casino.

— Un! dit Mahurec d'une voix sourde.

L'un des deux hommes tomba, le crâne fendu. Léopold frappait l'autre, mais c^| lui-ci, évitant le coup, se jeta en arrière. Le vicomte s'élança sur lui, l'homme échappa encore. Mahurec se retournait alors de son côté. Le malheureux, pris entre le gabier et le jeune homme, se rua en avant avec l'impulsion du désespoir. Léopold et Mahurec frappèrent à la fois, leurs poignards ne rencontrèrent que le vide: l'homme était tombé à la mer.

— A toi, Maucot! cria le gabier.

LB TAMBOUR i>K L»A 32o DEMI-BRIGADE

Le proi ençal se pencha sur le bordage du canot, m. us IMck lit un mouvement ; Le Blaucot se retourna yera lui . . . Léopold • •!

.M i I 1 1 U 1 • < < • illlrl Tii^ni irlil 1rs e;ill\ lioitv.s <|il

canal ... ils ne «lisi inguaient rien.

— Il sr sera noyé! dit le \ icomté.

— Possible! répondit Mahurec, mais a'empèche ! faisons vite!

Tous deux s'élancèrent dans l'intérieur du casino. Arrivés sous If vestibule, ils B'ar rotèrent. Mahurec tira de sa p<»di<- une lanterne sourde, il fit Peu «-i l'alluma.

i:ii ! oh ! lit le gabier d'une voix forte.

— Par ici! répondit Bibi-Tapin, Montez au premier!

Les deux hommes montèrent les degrés avec une rapidité extrême. Bibi-Tapin les attendait nu milieu d'un long corridor contournant cet le partie du casino.

— Là! dit l'enfant en désignant une porte et en brandissant sa hache.

— Uranie! cria le vicomte.

l'n soupir étouffé lui répondit.

— Uranie ! répéta Léopold. C'est moi!

nous venons vous sauver, ne craignez rien !

— Léopold! murmura une voix empreinte de l'émotion la plus forte.

— C'est foi c'est moi! répondit le vicomte en secouant la porte.

— Ma soeur! Lucile! Sauvez Lucile d'abord! dit CTranie avec un accent suppiliant. — Elle est sauvée! répondit Léopold.

TNrs se tournant vers Mahurec:

— Cette porte,! ajouta-t-il en frémissant. Comment enfoncer cette porte?

Le gabier ne répondit pas: il examinait. La porte était en chêne massif, toute hardée de fer et garnie de serrures énormes dont les gâches, scellées dans l'intérieur de ta muraille, ne présentaient aucun moyen de prise. C'était une véritable barricade de fer et de bois que les deux hommes et l'en fa it avaient à renverser pour arriver jusqu'à la jeune fille. '

Mahurec appuya sa large épaule contre la porte, il prit un point d'appui sur le plancher, et, réunissant ses forces, le vieux gabier essaya de briser le battant. Le bois craqua en l'assurant dans ses ferrures, mais il ne céda pas.

— Tonnerre! dit Mahurec en se redressant.

— Les clefs! s'écria l'enfant. Si Pick savait où elles sont!

»pold bondit comme un i fait : il fi chit les marchi - du premier précipitant dans le ca not :

Les clefs de la porte '. dit-il à Pick. < lamparinj a seul l< de l'end

où elles sont ! répondt Pick.

Tu nu m-! répond* ou je te tue!

Tuez moi ! je ne puis ri< a • Léopold l--\ n son poignard : Pick ne ba pas les yeux.

Tuez-moir répéta-t-il: j'ai dit la vérité! L'accent était sincère: la réponse d< être vraie. Léopold le comprit Quittant le cannot, il remonta dans le corridor.

— Il faut enfoncer cette porte! di-til d'une

VOix vibrante. #

— Mais, tii observer le tambour, si on entrait par la fenêtre !

B'appuyant contre la porte :

— Mademoiselle I il sur quoi donne

la fenêt re de votre chambre?

— Sur une cour intérieure, répondit Uranie.

— Passons par cette cour! dit Léopold.

Mahurec avait pris la hache de Bibi-Tapin. Le vieux gabier se mit à attaquer la. porte a coups redoublés, mais le chêne était tellement bardé de fer que la hacne rebondissait sans enlever un copeau de bois.

Léopold et Bibi-Tapin avaient regagné le vestibule. Toutes les portes étaient fermées, et aucun passage ne permettait de pénétrer dans l'intérieur. Le vicomte se tordait les mains avec désespoir.

— Nous ne la sauverons donc pas! disaitil avec rage. Oh ! je demeure ici ! je m'y ferai tuer près d'elle !

Bibi-Tapin furetait comme un singe dans tous les coins.

— L^ne idée! cria-t-il en saisissant un paquet de cordes enroulées dans un coin et qui probablement étaient réservées au service des gondoles.

Puis, se tournant vers l'escalier.

— Oh! eh! Mahurec! appela-t-il.

Le vieux gabier descendit rapidement. Le vicomte n'avait pu demander encore à Bibi- Tapin ce qu'il comptait faire.

— La corde et le toit ! dit l'enfant en désignant l'une des extrémités de la corde qui était garnir' d'un crochet de fer semblable à ceux avec lesquels on amarre les gondoles les unes aux autres, alors que l'un veut qu'elles en suivent.

LE TAMBOUR DE LA 32 e DEMI-BRI&ADB

— Compris! fit Malmrec en saisissant le paquet de cordages.

Tous trois ressorti ren t ; Malmrec se reculant sur le perron, examina le faîte du casino. Une statue en saillie dominait la toiture. Le ■sjieux gabier balança sa corde, la lança et en lit passer l'extrémité garnie du crochet autour de la statue; Le crochet tourna en sifflant et mordit sur la corde qui se roidit sous la main du matelot.

— Le grelin n'est pas fort! dit Malmrec. — Mais il peut me porter ! s'écria le tambour.

Et saisissant le cordage, l'enfant grimpa avec l'agilité d'un mousse, z

— Vrai matelot! murmura, Malmrec avec admiration.

Léopold fit un mouvement comme pour s'élancer à son tour, mais le gabier le retint:

— Le grelin casserait! dit-il. Laissez faire!

Bibi-Tapin était sur le toit où, Pavantveille, s'était passée la scène tragique à laquelle le petit tambour avait déjà assisté. Regardant autour de lui, il aperçut une excavation à peu de distance: il se hissa jusque-là, et se trouva sur le bord de la cour intérieur du Casino. Cette cour était carrée, et les quatre murailles qui F en ceignaient étaient .percées de fenêtres. A l'une de ces fenêtres, il sembla à Bibi-Tapin distinguer une ombre Tblai/che, en dépit de l'obscurité profonde de la nuit.

— Mademoiselle! Est-ce vous? cria le tambour en se penchant.

— Oui! répondit une voix douce.

— Alors, n'ayez pas peur! Vous êtes sauvée !

Saisissant sa corde, Bibi-Tapin l'attira à lui et la lança dans l'intérieur de la cour. Se suspendant de nouveau, il atteignit la fenêtre près de laquelle ce tenait Uranie. Cette fenêtre était libre, elle n'était garnie par aucun barreau de fer.

— Léopold! Léopold! appelait la jeune fille.

— Il va venir ! répondit Bibi-Tapin en sautant dans la chambre. Vous allez le voir, mais'il n'a pas pu monter: il était trop lourd, la. corde aurait cassé! Maintenant, vous, mademoiselle, qui n'êtes pas plus lourd que moi vous allez descendre. . .

— Descendre! répéta Uranie qui, à demi

affolée par l'inattendu des événements, ne comprenait pas ce que voulait dire l'enfant.

— Je vais vous attacher, répondit Bibi- Tapin.

En ce moment un bruit formidable retentit dans la cour: on eût dit que des portes se brassaient avec un fracas assourdissant.

(Bibi-Tapin quitta Uranie qui se reculait en frissonnant^ et il bondit sur la fenêtre pour examiner la cour. Le bruit continuait de plus en plus strident... Une porte, placée en face de la fenêtre, au rez-de-chaussée, s'abattit, brisée par une force irrésistible. . .

Le petit-tambour était là, le corps suspendu au-dessus du vide, se retenant d'une main 'à la fenêtre ouverte, attendant avec une anxiété poignante. . . Tout à coup, il poussa, un cri de joie frénétique.

Deux hommes venaient de paraître, l'un la hache au poing, l'autre brandissant une énorme barre de fer. C'étaient Malmrec et le Maueot, dont les forces herculéennes avaient, réunies, triomphé enfin des obstacles. Sans doute, le vicomte était demeuré à la garde de Pick.

— Je vais vous descendre la demoiselle ! cria l'enfant. Attendez, matelots!

Bevenant dans la chambre, Bibi-Tapin arracha les draps du lit, il les noua, les attacha solidement, formant une sorte de siège pareil à ceux à l'aide desquels les enfants se balancent sur les escarpolettes. Ce siège formé, il en passa les extrémités sur la corcle dont un bouté tait demeuré amarré au toit. Le siège improvisé devait glisser par «on propre poids sur la corde, alors que celle-ci serait lâchée doucement.

Bibi-Tapin regarda autour de lui, comme .s'il eût cherché quelque chose nécessaire à compléter son oeuvre. Au fond de la pièce il y avait un vieux lit en chêne massif, à colonnes torses, tels que les aimaient les 'gentilshommes du moyen âge. L'enfant retira h lui l'extrémité libre de la corde et la passa autour de l'une des colonnes. Alors, "plaçant •son siège de toile en dehors de la fenêtre, il le tint suspendu au ras de l'appui de marbre en attachant solidement sa corde à la. colonne massive* Puis, revenant vers Uranie:

— Montez ! lui dit-il.

. Le jeune fille avait assisté à tous ces préparatifs sans comprendre. Atterrée par les événements, elle paraissait privée momentanément de ses facultés morales.

LE TAMBOUR Dïï LA 32e DEMI l'.RK, '

.Muni»/ ! répéta l'enfant. 1 1 n'j a aucun danger.

[Jranie ne bougeait pas. Bibi-Tapin lui prit le bras pour lu pou s* i la fenêt i

— Uranie! CJranle! cria une voix du dehors. ,

La jeune fille i ressaillit.

— Léopold! <lii elle en courant vers la feh.'; re.

Le \ Icomte venait de rejoindre les deux matelots.

Venez ! descendez ! le temps pn oonl Inuall Léopold.

Bans bésiter, [Jranie monta sur l'appui de la fenêtre. Bibi-Tapin saisit la corde et la détacha, la maintenant cependant toujours enroulée autour de la colonne «lu lit, afin de miens résister au poids. [Jranie se plaça dans le siège de toile.

— Tenez-vous ferme! cria l'enfant.

Il laissa glisser la corde. La deso commença lentement: le petit tambour roidissail pour ne pas être entraîné, car la pesanteur augmentait en raison de la progression de la descente. Bibi-Tapin, ron haletant, toul entier au sauvetage qu'il apéraii, les deux poids arc-boutés au lit, les

igts sciés par la corde, continuait son oeuvre avec le sang-froid digne d'un homme courageux. Des cris de joie retentirent.

— Laissez aller! cria Mahurec.

Bibi-Tapin obéir, niais, épuisé par les efforts qu'il venait de faire, ses doigts ne purent maintenir le cordage qui les déchirait,

-l'enfant lâcha tout. Le choc, résultant de ce mouvement, opéra sur le point d'appui, puis sur le toit. Le crochet se détacha, et la corde se retirant brusquement des deux bouts à la fois, emportée par le poids de la jeune tille, disparut dans la cour...

Mahurec, le vicomte et le Maucot recevaient Uranie dans leurs bras: la jeune fille était sauvée!

— Portez-la dans le canot! dit vivement le gabier au vicomte.

Puis, relevant la tête :

— Oh ! eh ! cria-t-il à Bibi-Tapin, af fale.toi en deux temps! '

L'enfant était sur l'appui de la fenêtre.

— Plus de corde! dit-il.

Les deux gabiers se regardèrent; il y eut un moment d'effrayant silence. Pendant ce temps, Léopold emportait Uranie et la plaçait dans l'embarcation.

PlUS de COrde ! r<- m ' .. \l.ilni n ■

i du pied h- cordage détaché h- marbre de la cour. Bi ça d<>u, : Envoie, donc gabier !

Maucot se baissa, i oroula la cord

pprêta ;i la lancer, comme i<- font l< •■> matelotë, pour en envoyer une extrémité jusqu'ù la fenêtre sur laquelle se tenait l<- pet tambour. I >éjù le gabier pin élan,

balançant la l»^ entière quand <i

furieux éclatèrent au dehors, venant du i nul ou était amarr? I<- canot.

Mahur< rs la porte: un ru-

i ini-ni s'échappa de ses lèvres, et il b lança eu brandissant sn hache. Le Mau< demeura un moment immobile, connue i.

ciné par un spectacle inattendu, puris neje-

pdes, il paisit su barre de fer disparut n son tour:

Ses cris po s, la disparition

des deux matelots, tout cela avail duré r

e d'une même seconde. Le petit tambour n'avait pas eu le temps de formuler une interrogation. Penché sur la fenêtre, il regardait la cour déserte sans bien comprendre encore. Cependant les cris redoublèrent au dehors et plusieurs couns de feu retentirent.

— On se bai: sur le canal! s'écria Bibi-Tapin. Ils auront été surpris!

Et l'enfant fit un mouvement comme pour s'élencer dans le vide, mais il se retint d'une main à la boiserie de la fenêtre. La cour intérieure du casino était, comme cela se trouve dans beaucoup de maisons construites sur les îlots des lagunes, creusée en contrebas, c'est-à-dire qu'en construisant on avait élevé le rez-de-chaussée du côté d,e la mer pour le mettre à l'abri des inondations, de le que le premier étage sur le canal se trouvait être le troisième sur la cour. La distance à franchir était trop grande, et le petit tambour, en mesurant de l'oeil la profondeur, comprit qu'il lui était impossible de s'élancer.

Cependant cris, coups de feu, tumulte retentissaient toujours au dehors ; un vacarme horrible éclatait au rez-de-chaussée du casino. Evidemment quelque terrible événement s'accomplissa;t là. Les sauveurs d'Uranie avaient dû être surpris par ceux qui avaient intérêt à conserver leur victime. BibiTapin rugissait comme un jeune lion enfermé dans sa cage et qui sent ces frères attaqués par les chasseurs.

Se rejetant dans la chambre, il la parcourait avec des élans de rage folle. Il se rua sur la porte, mais que pouvaient ses forces quelle que fût son énergie morale, contre cete porte massive bardée de fer, devant laquelle les nerfs d'acier de Mahureç avaient faibli. L'enfant revint vers la fenêtre; sa jeune imagination se livrait à un travail inoui. Tout à coup cependant un éclair de triomphe jaillit des noires prunelles du petit tambour.

Bondissant vers le lit, il en arracha les rideaux dé mousseline blanche qui l'entouraient entre les colonnes. Avec une agilité incroyable, une adresse >de singe, il les déchira en deux, les noua au bout les uns des autres et, en attachant l'extrémité à l'une des colonnes massives comme il avait fait pour la corde, il lança le reste par la fenêtre. Alors, sans s'inquiéter si la longueur était suffisante, il saut sur l'appui de la croise et treignant son câble improvis, et il se laissa glisser dans le vide.

Descendant rapidement, il ateignit le bout flottant des rideaux. Quelle distance restait-il à franchir? il l'ignorait... Sans hsiter cependant il lâcha sa. corde... Ses pieds heurtèrent rudement le sol, il tomba renversé par la puissance de la secousse, mais il «je releva lestement. La porte renversée était en face de lui, il s'élança par l'ouverture ...

Un spectacle affreux le cloua sur place. Une gondole chargée d'hommes armés attaquait le canot dans lequel le Maucot et le vicomte se défendaient avec une énergie extrême. Uranie, à demi évanouie, était renversée sur un des bancs de l'embarcation. Mahurec, debout sur les marches du perron, luttait, à lui seul, contre trois hommes qui l'assaillaient. La lueur rouge de deux lanternes accrochées à la gondole éclairait cette scène.

Bibi-Tapin, emporté par son jeune courage, se rua en avant au secours de ses amis, mais comme 31 atteignait le portique du casino une ombre surgit devant lui. Au même instant, l'enfant ressentit une douleur vive derrière le cou, il poussa un cri, voulut se retourner, mais il chancela... Ses forces l'abandonnèrent et il roula sur les dalles en marbre en battant l'air de ses bras...

Au même instant, une détonation formidable retentit; le casino trembla sur ses

bases, une colonne de flammes et de fumées s'éleva dans les airs, et un pan de muraille entier s'écroula tombant entre la mer et l'endroit où gisait inanimé le petit tambour. . .

Au loin sur la lagune, une embarcation longue et mince dont les bordages rasaient les eaux se détachait dans l'ombre de la nuit, courant droit sur le casino....

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