‹ Le roi du bagneChapitre 133 sur 243 · DIMANCHE, LE 24SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DIMANCHE, LE 24SEPTEMBRE

ERNEST CAPENDU

Grand roman dramatique illustré, en quatre parties. Publié en fascicules de ;a psg ..m loutei les semaine*,

EN VENTE A 5ct». LE FASCICULI

\ LITTERATURE MODERNE

MONTREHL,

" — Pardonnez-moi, monsneur, d'avoir agi ainsi que je l'ai l'ait, reprit notre sauveur d'une voix douce et fière, et, en sollicitant mon pardon, permettez-moi d'obtenir celui d'un autre. Je connaissais votre position désespérée .et la noblesse de votre caractère, qui vous eut fait préférer la mort au déshonneur commercial. Je savais en outre que vous eussiez refusé d'accepter tout service venant d'un étranger, et je ne suis que cela pour vous. Jadis mon père a eu de grandes obligations au vôtre: vous ignoriez ce détail, mais je le connaissais, moi. En apprenant le malheur qui vous menaçait, je résolus de vous sauver malgré vous, et pour nous éviter à tous deux un combat de générosité toujours pénible, je voulus employer la ruse. L'un de vos domestiques, gagné par moi et auquel j'avouai tout me donna la facilité de pénétrer cette nuit dans votre hôte1. Ce brave domestique, agissant comme un bandit vulgaire, avait pris l'empreinte de la serrure de votre caisse et avait étudié ses combinaisons. J'avais fait faire une clef et, certain d'ouvrir la porte, nous voulions profiter cette nuit du moment où vous vous retireriez dans votre chambre, pour aller déposer ces valeurs -dans votre caisse. Mon coeur battait doucement. Je jouissais par avance de votre surprise alors que demain vous eussiez cru constater votre impossibilité de faire face à vos échéances... J'avais fait promettre au valet de ne pas quitter d'une minute votre personne et de me faire part de vos moindres impressions. Il m'avait juré une discrétion absolue... Malheureusement vous ne quittâtes pas ce cabinet. Nous attendions toujours: la nuit s'écoulait. . Impatienté et craignant une résolution fatale de votre part, je demandai à mon compagnon s'il n'y avait pas d'autre moyen de pénétrer dans votre caisse que par votre cabinet. Il me répondit qu'il n'existait d'autre ouverture que celle pratiquée dans la toiture. Je résolus de passer par là. 11 alla prendre la clef

servant à ouvrir la grille et le châssis vitré

Nous montâmes sur le toit par sa chambre, et je réussis à m'introduire chez vous sans bruit. . . Ce fut en ce moment que des agents de police poursuivirent un malfaiteur jusque dans les jardins de votre hôtel. J'avoue que ma position me sembla critique. J'étais porteur d'une somme importante, celle que je voulais déposer dans votre caisse, et je m'introduisais, la nuit, furtivement,

dans une maison qui n'était pas la mienne

J'entendis la défense que vous fîtes de laisser pénétrer dans cette partie de votre hôtel, et je profitai du bruit que fit votre conseierge en sortant, pour ouvrir votre caisse et y placer cette somme

qui vous sauve et qui me permet d'accomplir un voeu de reconnaissance fait jadis par mon père. J'espérais disparaître comme j'étais venu, sans me laisser soupçonner. . . Le hasard en a ordonné autrement. Je n'ai maintenant qu'une chose à ajouter, c'est que je vous supplie, à deux genoux, monsieur, de ne pas repousser ce que d'autres nommeraient peut-être une bonne action et que j'appelle, moi, un acte de justice. . .

— Et que fit votre mari? demanda madame Geoffrin en voyant madame Chivry s'arrêter.

— Il fit ce qu'il devait faire pour remercier la Providence : il se jeta dans les bras de son bon ange qui venait de lui apparaître. Ma fille et moi pleurions en nous agenouillant . . .

— Mais cet homme, ce sauveur mystérieux, quel est-il?

Madame de Chivry se leva, et prenant madame Geoffrin dans ses bras :

— Ce sauveur, dit-elle avec 'des larmes dans la voix, celui auquel nous devons la vie de mon époux Caroline la vie d'un père; ce coeur généreux qui voulait laisser dans l'ombre son action sublime; celui-là enfin qui est pour nous un envoyé du ciel c'est celui que votre fille adore et qui adore votre fille, c'est celui que vous nommerez bientôt votre fils et que Ferdinand appellera son frère; c'est M. de Charney enfin ! Me pardonez-vous enfin d'avoir forcé votre porte?

Une heure après, madame Geoffrin était seule avec le docteur. Ferdinand avait reconduit madame et mademoiselle Chivry.

— Docteur, dit madame Geoffrin après im long silence, persistez-vous encore, après ce que vous venez d'entendre, dans ce que vous m'avez dit?

— Oui, répondit nettement Corvisart.

Madame Geoffrin demeura immobile.

— Que ferez-vous? demanda le médecin en se rapprochant d'elle.

— Je verrai M. de Charney ce soir même, répondit madame Geoffrin.

— Chez vous?

— Non ; après ce que vous m'avez dit, je ne puis le recevoir jusqu'à ce que les doutes nés dans moD esprit soient éclaircis.

— Chez lui ?

■ — Pas davantage.

— Où donc alors?

— Croyez-vous qu'Amélie soit assez forte, ce soir, pour pouvoir s'habiller et pour pouvoir supporter un peu de fatigue?

Je Le crois.

Uorfi doui irom au pavillon du Hanovre; car là je nus certaine de rencontrer M. de Charoey.

Que Ferdinand qc fasse aucune imprudence!

Je veillerai Bur lui; vous retrouverai-je au pavillon?

Sans doute, dit Corvisart. Vous pouvez ivoir besoin de moi.

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