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LE BOIS DE BOULOGNE

Il n'y a pas cinq cents ans, au quatorzième siècle, le bois de Boulogne (alors bois de Saint-Cloud), ce parc charmant aujourd'hui, le rendez-vous de l'aristocratie du monde entier , était infesté de voleurs et d'aventuriers et avait une réputation tout aussi mauvaise et plus justement méritée peutêtre que celle de la forêt de Bondy, de sinis-, tre mémoire: la preuve, c'est qu'un convoi, qui contenait les bagages de l'illustre Duguesclin, y fut attaqué et pillé en plein jour.

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Il fallait, celles, i|i|e messieurs les btillilitfe)

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" ( "es| grande pille. Sic, ecli\uil |e cuii liehlltle ;ill l«»i (Uiarlt'H V, i|ll';i deUX lieues île vol IV c;i|»ll;ile, 011 Ile |Mlisse VOy&gUV eli Mlivle e| qu'on sitil expose ;iu\ coups de

iiuiius des larrons. A lu pais prochaine, je ferai avec mes hommes d'armes, si Votre Majesté le permet, une chevauchée durant laquelle je purgerai lu contrée de cette ver-

llle."

Mais malheureusement le temps manqua a Duguesclin pour tenir su promesse ci1 pour corriger ces alandrins "qui ne respectaient pas, selon les expressions de ("hurles Y, les nippes (le ses en pi tu i lies . el qui de

poûillaient son peuple."

Il appartenait ;i Louis XI, ce foi si singulièrement jugé, de purger les environs de Paris des brigands qui les infestaient. Louis XI avait donne le bois de Saint-Cloud ;i Jacques Coitier, son médecin; niais le roi mort, le Parlement s'empressa de dépouiller Coitier de su propriété et le rendit au domaine sous le nom, conservé depuis lors, de bois de Boulogne.

François 1er, le chasseur par excellence, lit enclore le bois de Boulogne, le peupla de gibier et y éleva le château de Madrid dans lequel, pins tard, Henri II et Diane de Poitiers donnèrent des fêtes brillantes. Charles IX y construisit la Muette et Henri IV y tit planter des mûriers pour y acclimater l'industrie de la soie.

Ma;s Louis XIII eut Saint-Germain, Louis XIV Versailles, Louis XV les Triplions, de sorte que le bois de Boulogne se vit abandonné. Ce fut sous Louis XVI qu'il reprit sa vogue. Les premières courses de chevaux y eurent lieu, puis on y construisit d'élégants châteaux, ceux de Bagatelle, de Neuilly, de Boulogne, de Mail rid-Maurepas, de Saint-James, du Iïaneiagh.

Les duels contribuèrent alors à rendre le bois célèbre, entre autres celui du comte d'Artois et du duc de Bourbon, et celui de deux dames, une Française et une Polonaise qui, paraîtrait-il, se disputèrent, à la porte des Princes, l'épée à la main, le coeur d'un chanteur de l'Opéra nommé Chassé.

La Française fut blessée et enfermée ensuite dans un couvent, et la Polonaise renvoyée de France. Quant à Chassé, le duc

de Richelieu le pria, nu nom du mi, de ne plus pritN oquer de tel m esclandres.

Miles nu roi, uiouseigneur, répondit l 'hassé, m111' ce u'esl pas mu faute, mais celle de la \'\i>\ deiice, qui m';i créé l'homme le plus aimable du royaume.

I )roie : s'écria !<• duc, apprends 'i1"' i u ne viens qu'en troisième! Le mi passe avant io' ,.| moi après le roi !

Lu Bévolut ion, en éclatant, w\ ;iit dispersi. deiru i même In société aristocratique qui peuplait alors le bois 'le Boulogne, elle avait même dét ruit les habitat ion- et abattu, pour se procurer du combustible, d'immenses taillis qui ne Purent jamais replantés.

Négligé comme promenade par les élégants du Directoire, abandonné par l'Etal qui ne s'occupait pus de l'entretenir, offrant un asile facile à ceux qui avaient intérêt u se cacher, le bois de Boulogne était redevenu, en L799, un repaire 'le brigands, de bandits, de malfaiteurs, fort capables de recommencer les prouesses de leurs prédécesseurs et de piller les bagages d'un général en chef.

.Mais ce que les rares promeneurs d'alors ne savaient pas plus que ne le savent les nombreux promeneurs d'à présent, c'est que

le bois de Boulogne avait failli devenir un cimetière. C'était Henri III qui, avec ses goûts Iv'zarres, avait eu l'idée de cette agréable transformation. Il voulait faire élever dans un point central auquel auraient about" six grandes allées, un superbe mausolée pour y déposer son coeur. Chaque chevalier du Saint-Esprit eût été obligé de se faire constrtr're un beau tombeau avec des visages funèbres:

— Dans cent ans, disait Henri III, ce sera une promenade bien chariname: iï y aura au moins quatre cents tombeaux dans ce bois."

Heuri III, heureusement, ne put accomplir son rêve; mais en 1799, le pauvre bois était dans un état d'abandont tel, qu'il était certes d'apparence aussi triste qu'un champ de repos. Les allées étaient à pe'ne tracées, car elles n'avaient pas été entretenues: ou allait alors à Saint-Cloud par Sèvres; aussi à peine quelques grandes avenues étaient-elles demeurées praticables, rien n'était plus rare que d'y voir apparaître un véhicule quel qu'il fût.

Ce matin-là cependant du jour où nous sommes arrivés, une voiture, entrant dans le bois par la porte Maillot, s'engagea dans l'allée qui, coupant alors le bois en ligne diagonale, allait aboutir à la porte de Longchamps. C'était le lendemain de ce jour durant lequel l'annonce inattendue de l'arrivée du général Bonaparte avait causé dans Paris une si violente émotion.

11 pouvait être neuf heures, le ciel était assez beau, mais le terrain détrempé par une pluie fine et abondante qui était tombée toute la nuit, présentait un aspect fangeux cl triste; les feuilles jaunies, arrachées des arbres et s'envolant par tourbillons, jonchaient la terre : les branches dénudées commençaient à étendre leurs grands bras noirs et maigres, comme les milliers de pattes d'un insecte couché sur le dos.

La voiture qui s'avançait dans ce bois morne et solitaire, était un fiacre à la caisse pe;nte en jaune et ornée de son numéro gigantesque blanc sur fond noir. Deux maigres chevaux le tiraient tant bien que mal, luttant contre le terrain amolli et délayé dans lequel les roues creusaient des ornières énormes.

Cahin-caha, suivant une expression encore de mode alors, le véhicule de louage s'a- ^ança't faisant crier les cailloux de la route. La voiture contenait trois hommes dont on apercevait les têtes dans la pénombre.

En atteignant le rond-point de la porte de Longchamps, le fiacre s'arrêta et le cocher se penchant sur son siège et se retournant à demi, approcha autant qu'il le pur so face vermillonnée de la portière:

— C'est-y là qu'il faut s'arrêter? demanda-t-il.

— Porte de Boulogne! cria une voix partant de l'intérieur du carrosse, tourne à gauche et tout droit.

Le cocher obéit; la voiture se remit en marche, suivant la route qui alors conduisait de la porte de Long-champs à celle de Boulogne et après une grêle de coups de fouet tombée sur l'échiné des pauvres chevaux, elle atteignit l'endroit désigné.

— C'est-v là? demanda encore le cocher.

— Oui! répondit-on.

Et une main passant en dehors fit jouer :a poignée de cuivre servant à ouvrir la portière. Un homme s'élança sur la route boueuse.

— Hum ! fit-il en appuyant son pied, mauvais terrain; on glisse là-dessus comme sur un champ de terre glaise.

— Baste! dit un second personnage en saulant à son tour, on trouvera bien un endroit un peu plus sec et un peu plus sablonneux.

Le troisième voyageur était également descendu. Tournant sur lui-même en interrogeant le rond-point dans tous les sens :

— Personne! dit-il, nous sommes les premiers.

Puis tirant sa montre:

— Dix heures moins vingt! ajouta-t-il, il n'y a rien à dire; nous sommes en avance.

— Ou faut-il vous attendre, citoyen? demanda le cocher.

— Où tu voudras! lui répondit-on.

— Est-ce que je peux aller jusqu'à Boulogne faire boire mes chevaux et leur donner l'avoine?

— Non pas, on peut avoir besoin' de toi et de ta voiture. Tu vas attendre ici, et quand il arrivera tout à l'heure une autre voiture, tu diras à ceux qui en descendront que nous sommes là, dans cette clairière, de l'autre, côté de l'allée, près du mur du bois; tu comprends?

Le cocher fit un signe affirmatif et rangea sa voiture. Les trois hommes, qui n'étaient autres que le citoyen de Mesnard et ses deux témoins, les citoyens Aimant et SurvUle, s'enfoncèrent dans la direction indiquée par l'un d'eux.

— Il s'agirait de trouver un endroit convenable, dit le capitaine Aimant.

Le citoyen Surville portait sous son bras d eux longues épées enveloppées dans un manteau.

— Voilà notre affaire, dit de Mesnard en frappant du pied le sol.

Effectivement l'endroit paraissait merveilleusement choisi pour un duel: c'était une petite route qui devait être fort ombragée pendant l'été, mais dont les grands ar: bres qui la bordaient avaient perdu leurs feuilles. Le soi était recouvert de ce sable jaune qui se mouille, absorbe l'eau sans devenir glissant et ne fait jamais de boue.

— On tient là-dessus comme sur le plancher d'une salle d'armes! dit Mesnard en se mettant en garde et en faisant le simulacre de se fendre.

— Alors, attendons, dit Surville.

Le capitaine A Imani s'était rapproché de

celui ;iiii|in'l il sci-\ ait de témoi q.

Quand le colonel \ a irenir, dit 11, si par hasard, ce qui? je ni; croin pas, ses témoins proposa' oui un arrangement, "i1"' devons nous faire?

Tout refuser, pardieu! Bsl <•<• que je me serais déraugé pour rien! Allons < I < • 1 1 « - ! sV cria Mesnard avec un geste dédaigneux.

— Oh! <lii A inuiiii. Bois sans crainte, ci toyen, je connais le colonel mieux que je Qe te connais, puisque ]<■ t'ai vu hier pour la première fois, mais il fera ta partie tant que in le voudras! Là u'esl pas [a question. Je voulais dire qu'hier soir, alors que tu as parlé, m n'avais éyidemmenl pas l'intention d'insulter le colonel! dit Mesnard d'un ton tranchant.

—oh! lii l'officier.

— Est-ce que tu regrettes «le ihe servir de témoin?

— Non pas! lu es brave, je le sens, je le vois que lu me feras honneur. Ce que j'en • lisais était pour le làler... Quelquefois sur 'e fcerra'n les idées changent cola s'est vu.

— Les miennes ne changent pas!

— Alors, très bien; attendons.

— J'entends le roulement d'une voiture!

dit Surville.

Effectivement on pouvait distinguer le bruit des roues écrasant les cailloux de la route. Quelques instants après, ce bruit cessa; la voiture s'était évidemment arrêtée.

— Voici le colonel e1 ses témoins! dit Surville en désignant du geste trois personnes qui s'avançaient.

Mesnard demeura en place, ses deux témoins firent quelques pas en avant et saluèrent.

Le colonel rendit le salut, mais il s'arrêta et demeura à distance. Ses deux témoins, MM. de Roquefeuille et Volnac, s'approchèrent de Surville et d'Aimant.

— Ce terrain vous convient-il, citoyens?

demanda Surville.

Roquefeuille examina le sol avec une sollicitude minutieuse, il fit attention à l'endroit d'où venait le vent, dont une bouffée peut quelque fois, en dérangeant une boucle de cheveux et en la chassant sur les veux, causer la perte d'un homme. Tl interrogea le soleil qui s'élevait rapidement et s'assura qu'il ne pouvait gêner «m rien les combattants.

Ni m s eu lèverons les pierree ••( les gros cailloux! dH vivement Surville en répondant par avance à une objection qu'allait faire Roquefeuille.

I viui rj regarda Volnac :

< y terrai n me semble convenable, cap taine, dit-il, qu'eu pensez \ uns?

S'il convient également au colonel, ré pondit Volnac, il me convient parfaitement .. moi. H faut lui demander.

Roquefeuille alla causer avec Maurice, puis revenant vers !«• petit groupe qui occupait alors le point central entre les deux adversaires, debout, immobiles, a distance:

— Le colonel n'a aucune objection a faire,

dit-il. Le terrain est donc adopté. Noua allons !«• uettoyer, tandis que ces messieurs vont mesurer les armes, car je m'apei que vovls avez également apporté <\<-* épées.

Aimant lit un signe aftirmatif, ef détacbanl le manteau qui enroulait les lames, il pril une épée qu'il tendit à Volnac. Celuic\ (le son côté, détachait également deux épées qu'il tenait sous son bras.

Pendant ce temps, Roquefeuille et Surville nettoyaient le terrain, le préparaient, C'est-à-dire qu'ils enlevaient les pierres, les £-ros cailloux dont la rencontre sous le pied eût pu fa're trébucher l'un des adversaires, qu'ils effondraient à coups de talon de botte les saillies du sol qui eussent pu détruire l'équilibre et qu'ils arrachaient ça et là. quelques touffes d'herbes glissanto.

Les deux adversaires paraissaient fort peu se préoccuper de ce que faisaient leurs? témoins et ils attendaient avec une impa-i tience manifeste.

Enfin, Roquefeuille et Surville revinrent vers les deux offic'ers. Ceux-ci avaient mesuré les épées.

— Tout est prêt ! dit Roquefeuille.

Les témoins se séparant revinrent vers chacun des deux adversaires qu'ils conduisirent sur le terrain préparé.

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