LE CABARET
Celui qui venait de passer si rapidement devant Cassebras s'était engagé dans la rue Nicolet, cette rue fangeuse et tortueuse à l'extrémité de laquelle paraissaient retentir des clameurs menaçantes.
La ruelle était absolument plongée dans les ténèbres les plus obscures; mais celui qui la parcourait en connaissait sans doute le pavé difficile, car il redoublait de vitesse sans faire le moindre faux pas. en dépit des excavations et des saillies qui abondaient.
En quelques secondes, il eut franchi la longueur de la voie sinueuse, et il atteignit l'endroit où elle se relie à angle droit avec la rue de l'Université.
C'était au sommet de cet angle que se dressait la 'liaison de sombre apparence dont j'ai parlé, et dont le rez-de-chaussée était occupé par le cabaret, sur le seuil duquel avait eu lieu la rixe entre les citoyens Carmagnole et Paille-de-Fer.
En ce moment la place, où quelques instants plus tôt luttaient les deux ennemis, était encombrée par une foule paraissant en proie à l'exaltation la plus vive.
Hommes, femmes, enfants criaient, hurlaient, vociféraient en entourant la boutique du marchand de vin avec des gestes furieux. Sur le seuil de la porte de cette boutique, un homme se tenait,
1 1 m i - ortc de ma ue .1 l.i main, el parai anl <l fendre l'aec< du cabaret.
Le réverbère accroché dan H éteinl . 1I1 orte que la rue était plongée dai ténèbn
Seule la boul ique 'lu mar< lmn<] 'le vin ■ éclairée, el comme la lumière provenant de l'intérieur filtrait difficilement à travers Lés rideaux
ei le- \ il !'.■- l'ouvertea d'une couclie 1 p de poussière qui finissait par les défendre,* comme la ca rapace défend le corps des chéloniens, la porte étant ouverte, l'homme et la massue se détachaient en uoir Bur le fond lumineux, et cette façon d'être reluire donnai! .1 ses mouvements quelque chose de bizarre <i de fantast ique.
La foule, formant demi-cercle en face de rentrée de la boutique, semblait être en proie à l'exaltât ion la plus l'ivnet ique.
C'était un bruit épouvantable, indicible; La foule furieuse paraissait 8e disposer à l'aire le <lc la maison au moment où le nouveau venu arrivait et se glissait, sans être remarqué, parmi les Taiius -erre- des assaillants. Ce nouveau venu. c'est-à-dire celui qui avait traversé si rapidement la berge et qui s*était élancé dan.- la rue N"icole1 en 'lisant à Cassebras de le suivre, ce nouveau venu paraissait chercher, demander, examiner avec une attention scrupuleuse. Il atteignit un petit groupe formé par trois hommes, qui criaient et gesticulaient avec une véhémence croissante.
— Paille-de-Fer, dit-il, rallie tes hommes et conduis-les sur l'heure au village.
— Hein? lit l'un des trois hommes.
— Rallie ton monde, et à Grenelle; c'est l'ordre du chef.
— Je veux ma nièce, répondit Paille-de-Fer.
— Où est -elle?
—Là !
Et il désignait le cabaret.
— Là! dit l'autre avec étonnement; eh hien?
— Elle est là avec Carmagnole, celui qu'elle veut épouser. Ah! j'aurais dû le saigner, celui-là, quand je le tenais sous mon genou: et puis il m'a échappé et il s'est sauvé comme un lâche avec deux amis qui sont venus à son aide; mais on les tuera tous, et la Cagnotte n'aura pas pour mari un de la bande de Chat-Gauthier!
Puis se tournant vers les autres:
— A mort ! à mort ! hurla-t-il d'une voix puissante.
— A mort ! En avant ! répéta la foule.
— A mort té! Qu'est-ce qui en veut? caramba! on va servir chaud, chaud ! répondit l'homme à la massue en faisant tournover son arme.
du trop [in.
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