‹ Le roi du bagneChapitre 190 sur 243 · I.;i porte j'ouvri! el Corvisar! entrai! suivi de Gringoire · texte numérisé non relu

I.;i porte j'ouvri! el Corvisar! entrai! suivi de Gringoire

I te généra] ! ce n'es! pa lui! repril Mauricien grinçan! dea dents. Je veux . . .

1 1 ii r. ■ i3 repril I" comte qui déployai! un nouveau journal, le Directoire n'eut en audience solennelle le généra] Bonaparte. . .

Maurice s'étai! tu el écoutait. Corvisar! B'approeha du malade e! L'examina attentivement, tandis que Monsieur d'Adoré, passant le journal à Gringoire, lui faisait Bigne de continuer la lecture commencée :

— Dans un de ces discours rapides e! concis, tels que le généra] Bonaparte sait seul en faire, lui le soldat, il dit qu?après avoir consolidé l'établissenient de son armée en Egypte, par les victoires <lu mont Thabor et d'Abonkir, et avoir confié son Borl à un généra] capable d'en assurer la prospérité, il était parti pour voler an secours de la République <|u*il croyait perdue.

Maurice écoutai! anxieux, suspendu, pour ainsi dire, aux paroles prononcées par le lecteur. Il no paraissait pas avoir conscience «le ce qui se passait autour de lui, il ne paraissait même pas voir Corvisar! ni le comte.

Le docteur examinait le malade avec une extrême attention, tandis que Gringoire continuait sa lecture.

"I.e général trouvait la France sauvée par les exploits «le ses frères d'armes, continua Gringoire. Tl avait appris en débarquant la victoire de Zurich et il s'en était réjoui, mais il regrettait amèrement la perte «le l'Italie. . ."

"Faites entrer Dupuy|ren," «lit Corvisart.

Dupuytren entra. Les deux médecins se mirent en devoir d'examiner le blessé toujours absorbé par l'attention qu'il accordait à la lecture du journal que Gringoire ne discontinuait pas. Le soldat lut entièrement le discours du général, tandis que Corvisart et# Dupuytren détachaient les courroies. écartaient les draps et les couvertures et enlevaient l'appareil qui recouvrait la blessure.

"Jamais, ''i' le généra] en. mettant \% main sur

"Il ej.ee, , ,,n| mu, m ( , |;l l \.

rer u que pour la défen gloire de

i le meilleur étal ! murmura Du-

en L reprennent

— oh ! «ht Crovisart, si La tftte étaii libre... Le président, Gringoire, adressa alors

omplimen! - a - riom-

plie- et sur -"n retour e! il lui donna l'accolade fraternelle. 'I i pectateure de cette

étaien! profondément émus; le général...

ri -e- -"ut le- mêmes ? demand i D

l ren

— Toujours ! répondi! le comte.

Lee deux médecin- avaien! achevé ]<• pansement el ils rebouclaienl les courroies qu aux mouvements du malade, -an- que celui-ci paru! leur accorder la moindre attention, ni avoir remarqué les Boins dont il était l'objet, car Gringoire u'a\ait pas cessé de lire.

"Lorsque après une longue apathie, les hommes se réveillen! el B'attachen! à quelque c avec passion, continuait Gringoire en lisant l« flexions du journaliste. Dans ce néant ou étaient tombées les opinions, les parti- el toute- les autorités, mi était demeuré depuis si longtemps s'attacher à rien. Le dégoût des homme- et des choses était universel, mais à l'apparition de l'homme extraordinaire que l'Orient vient de rendre à l'Europe d'une manière si imprévue, tout dégoût, toute incertitude ont aussitôt sur lui qui se fixent tous les regards, tous les voeux, toutes les espérances. . .

Gringoire s'arrêta. Dupuytren venait de lui faire signe. . . Un court silence régna dans la c ambre.

— Après? apre- r demanda Maurice.

Gringoire regarda son colonel sans répondre. Celui-ci demeura un moment immobile et comme absorbé par des pensées diverses. Les deux médecins s'étaient rapprochés et l'examinaient avec une attention extrême.

Maurice avait les soucils contractés, le front qui se plissait. Tout à coup £es joues se gonflèrent, - - eux s'animèrent d'un nouvel éclat, et il fit un squbresaut si brusque et si violent que les lanières craquèrent.

— Lucile!... Uranie!... Léopold! dit-il d'une voix rauque et sifflante et en se tordant avec des convulsions horribles, je vous entends, je vous vois. Oui, je viens! je viens!. . . Une arme!. . . Oh! les monstres! ils veulent que je souffre, ils me prennent me- armes!. . . Aies armes! Gringoire! Rossi-

rnolet ! ,

je veux mes armes

1110 unr ! qu'on me tue ! . . . je veux mourir ! . . . je veux . . .

La' parole nette et bien prononcée s'éteignit dans un râle conviilsif. Des cris horribles déchirèrent la gorge, le visage était empourpré, les veines du cou horriblement saillantes, les yeux gonflés.

— Lis! dit vivement Dupuytren à Gringoire.

"Le général Bonaparte s'est rendu hier à l'Opéra, reprit aussitôt le soldat, et il a bien voulu honorer la représentation de sa présence. Dès son entrée dans sa loge, il a été acclamé par la salle entière avec ime frénésie impossible à décrire..."

Les cris avaient cessé instantanément: le colonel était redevenu subitement calme, son regard s'était adouci, h^ nerfs de la face s'étaient détendus, le sang circulait plus librement.

— Etrange caractère de folie ! murmura Dupuytren.

Puis faisant un signe à Gringoire.

— Continue de lire quelques mots, et cesse, dit-il.

"Les hommes criaient et applaudissaient, continua -le soldat, les femmes agitaient leurs raoueboirs et leurs bouquets..."

Gringoire s'arrêta. Maurice écoutait toujours. 11 demeura immobile . . . puis ses sourcils se rapprochèrent de nouveau, son visage se crispa, des éclairs brillèrent dans ses prunelles, sa bouche se contracta . . .

— Lis ! dit Dupuytren.

"Le général saluait, poursuivit le soldat, il saluait avec grâce et paraissait désireux de se soustraire à cette ovation de toute une salle. On a remarqué que le visage du général était devenu plus sec, son teint plus foncé. Il portait une petite redingote grise et un sabre turc attaché à un cordon de soie, ce sabre est l'emblème qui rappelle l'Orient, les Pyramides, le mont Thabor, Aboukir . . .

— Voyez ! disait Dupuytren, les muscles se détendent. . . l'oeil s'adoucit. . . le front se dégage...

— C'est étonnant, dit Corvisart.

"La France est justement fière de son héros, poursuivit le lecteur, et elle a le droit d'espérer en lui.

"Que Bonaparte a dû souffrir en revoyant dans sa situation présente cette France qu'il avait laissée si forte, si grande : car il ne faut pas se faire illusion; la patrie est plus menacée maintenant qu'elle ne l'était il y a trois ans, alors que le général Bonaparte se révélait au monde.

"Sans doute la victoire de Zurich a repoussé l'ennemi et éloigné momentanément le danger. mais nos soldats se trouvent encore une fois dans le dénûment le plus absolu. Ils ne sont ni payés, ni habillés, ni nourris.

"L'armée du Itbin, celle d'Helvétie, sont plongées dans la plus affreuse misère.

"L'armée d'Italie, repliée sur l'Apennin, dans un pays stérile, ravagé par les guerres, est en proie aux maladies et à la disette la plus affreuse.

"Ces soldats, qui avaient soutenu les plus grands revers sans en être ébranlés et avaient montré dans la mauvaise fortune une constance à toute épreuve, couverte de haillons, consumés par les fièvres et la faim, demandent l'aumône sur les routes de l'Apennin, réduits à dévorer les fruits des haies!

"On a vu des corps entiers quitter leurs postes sans ordres i\m généraux et aller en occuper d'autres dans l'espoir d'y vivre moins misérablement.

"Que vont dire ces hommes quand ils vont apprendre le retour en France du génie de la victoire ? Les armées entières vont acclamer Bonaparte et le demander à leur tête. Bonaparte revenu, c'est la confiance renaissant pour tous. . ."

— Oh oui ! oui ! cela est vrai ! dit Maurice. Après? après?

"Ces pauvres soldats de cette nouvelle armée d'Italie, combien ils seraient heureux, dit Gringoire eu continuant sa lecture, de voir revenir, pour les mener à la victoire, le héros de Rivoli et d'Arcole !

"Quant à la France elle-même, quant à la population sédentaire, quant aux campagnes et aux villes, tous et toutes saluent le retour du héros

— C'est vrai ! c'est vrai ! murmura Maurice.

Corvisart, Dupuytren et le comte d'Adoré s'étaient retirés à l'une des extrémités de la chambre te ils examinaient attentivement le malade.

— Il comprend parfaitement! disait Dupuytren. Il est lucide en ce moment. . .

— Oui, dit le comte, pour tout ce qui concerne le général Bonaparte.

- — Singulier état de cerveau ! reprit Corvisart. Depuis le moment où, apprenant la mort de sa femme, il a voulu se tuer, depuis l'instant où garroté et mis hors d'état d'attenter à ses jours, l'aliénation mentale s'est déclarée, il a été maintenu calme qu'en lui parlant du général Bonaparte.

■ — Oui. dit M. d'Adoré; dès qu'on cesse de l'occuper du général, il devient furieux, il n'a plus qu'un désir: la mort. . . et, dans ses crises les plus effrayantes, le nom du général prononcé, le calme subitement.

— C'est singulier.

— Eegardez-le en ce moment : il est parfaitement lucide, mais pourtant il ne nous voit ni ne nous entend.

"Tous les généraux, à quelque opinion qu'ils appartiennent, employés ou non employés, patriotes

ou mode] é . ton cou k p I '

nnaii le lecteur bouI ac< oui u chez lu qui

i autour de lui un Buperbe cortège. Les généra us Lan no . M ural el Berthier lonl revenui avec lui. ( »ii cite |'.i nui le uombreu àsiti que l i ué rai .1 reçu aujourd'hui, les généraux Jourdan, Augercau, Maodonald, Loclerc, Beurnonville, Moreau. Bonaparte el Moreau se Boni rencontré* ce matin chez le président Qohier, et le général en chef de l'armée d'Egypte, après avoir fait à son frère d'arl'accueil le plus amical, lui a offert on magnifique damas enrichi de pierreries. . ." avec amour, avec confiance. Le p ut ma

lade, mais il sent aussi qu'il en est arrivé à cet exdu ma) '[in Bouvenl amène le retour «lu bien, quand les forces ae Boni pas entièremenl épuist et, Dieu merci, la France esl forte encore!

"Non! non! quoi qu'on en dise, La nation u'est pas épuisée au poinl de pouvoir Be résigner à voir les Autrichiens ei les Russes envahir son territoire. Elle s'indigne au contraire à cri te idée. Se- armées fourmillent de BoLdats, d'officiers, de généraux qui, malgré les privations, sont prêts à se battre et qui ne demandent, qu'un chef.

"Toutes ces forces sont, prêtes à se réunir dans une seule main pourvu que cette main sache les diriger, et qui doute de Bonaparte? A.ussi comment s'étonner de l'enthousiasme que provoque son retour. Bonaparte en France, c'est pour le pays un gage de sécurité, de victoire de gloire et de bonheur !"

"Que faire alors? disait Dupuytren.

— Ce que je vous ai proposé, dit Corvisart.

— C'est effectivement ce qu'il y a de mieux suivant moi.

— Quoi donc? demanda le comte.

— Raconter au général Bonaparte l'état dans lequel est le colonel, le prier de venir le voir, et peutèt re que la vue du général redonnera de la force à ce cerveau ébranlé."

Gringoire continuait sa lecture que Maurice écoutait avec une attention plus grande encore. Les trois hommes quittèrent la chambre et passèrent dans le salon.

Eossignolet, assis dans un vaste fauteuil, un tambour près de lui, paraissait plongé dans une méditation douloureuse. Au moment où les trois hommes entrèrent, le gigantesque major se leva et les salua militairement.

— Et mon colonel? demanda-t-il.

— Toujours dans le même état, mon pauvre Eossignolet, dit Corvisart.

— Il veut encore se tuer ?

1 ré mille million de n'importe quo

l .ii bii u ? dit I »u|".

r, hl.i'. !

Non, dit le comte ; on mort -, la voit are, mais on n'a aucun

corps.

l'a- même dans les filet 9 l

Non.

i • rien étonnant i m'iui

corps disparaisse, cela peut s'expliquer, ma corps noyés en même temp

On prétend que le tourbillon dans lequel ils sont tombés engloutit tout.

— Esl -ce certain

Je m'en assurerai dit le comte.

— (/est l'ait, iln une w>i\ claire.

\ iorree '. s'écria le comte en royant le j

gent-major entrer dans le Balon; d'où viens-tu?

— Du Point-du-jour \ y voulais Bonder le gouffre.

— Eh bien ?

— Je l'ai Bondé; je me suis fait attacher par des cordes et j'ai plongé.

— Mais tu pouvais te noyer cent fois!

— Oh! que non; j'avais avec moi deux amis qui ont plongé aussi; Mahurec et le Maucot.

"Rien; l< gouffre ne contient pas un seul cadavre.

— Voila qui est décidément étrange, dit Dupuytren.

— Et nous avons sondé la rivière, je vous en réponds: rien, pas un corps; j'ai repêché le coussin de la voiture."

Les trois hommes se regardaient avec étonnenient.

"Qu'en pensez-vous? demanda le comte aux deux médecins.

— Je pense, dit Corvisart, qu'il faudrait causer de cela avec Fouehé.

— C'est mon avis, ajouta Dupuytren.

— Te vais demander une voiture, dit M. d'Adore.

— Inutile, fit Corvisart en s'avançant. j'ai la mienne : venez."

M. d'Adoré et Corvisart quittèrent aussitôt la pièce: Dupuytren s'était approché de Louis.

"Vous ne vous ressentez plus de votre indisposition ? demanda-t-il.

— Xon. répondit le sergent-major, mon colonel a besoin de moi; je me porte bien."

Dupuytren regarda fixement le jenne homme.

— Qu'est-ce que vous pensez, lui demanda-t-il.

depuis que, après avoir exploré la Seine, vous n'avez retrouvé aucun cadavre?

— Je ne sais pas, répondit le sergent-major; mais j'ai parfois de Ijien singulières idées. . . et il y a à l'horizon (.-01111116 une lueur d'espérance. . .

— Cré mille millions de n'importe quoi ! si ça se pouvait dit le major.

— Au revoir, dit Dupuytren en saluant les deux soldats.

Louis et Rossignolet, demeurés seuls, se regardèrent.

— Veux-tu voir le colonel, sergent? dit le major.

— Non, dit Louis en secouant la tête ; ça me fait trop de mal de le voir comme cela. D'ailleurs, il faut que je sorte.

— Pourquoi faire?

— J'ai une idée.

— Et bien! où vas-tu?

— Je vais voir le général donc.

— Le général Bonaparte? s'écria Rossignolet.

— Eh oui.

— Où cela?

— Parbleu ! chez lui.

— Comment, tu vas comme ça chez le général en chef, qui a un cortège d'habits brodés autour de lui, pire qu'un sérail de bédouins; et tu crois qu'il va te recevoir !

— Tiens, certainement.

— Ah ouiteh ! compte là-dessus.

— Mais oui, j'y compte; il me recevra et il me parlera.

— C'est bon au camp cela : mais à Paris, avec le directoire à ses trousses, les conseils sur ses talons et tous les citoyens brodés pendus à ses manches, va donc te pousser là dedans avec tes sardines de major; on te signera ta feuille de route sans se faire prier.

— Je verrai le général, dit résolument Louis.

— Quand cela?

— Aujourd'hui, oui, je le verrai, dusse- je me coucher en travers de sa porte pour qu'il ne puisse pas rentrer ni sortir sans me reconnaître. Il n'a pas oublié son tambour de la 32e, va, j'en suis sûr.

■ — Je crois bien, murmura Rossignolet, il n'oublie rien.

Deux minutes après, le major était seul, arpentant le salon avec impatience.

— Cré mille million de n'importe quoi ! disaitil, ils font tous quelque chose et moi je ne fais rien de rien. . . c'en est honteux. Voilà Gringoire qui lit au colonel, et moi je ne sais pas une lettre; le cityoen ministre de la police; Bibi qui va présenter les armes au général, et moi je reste planté là, bon ni à rôtir ni à bouillir, comme un. . .

Rossignolet s'arrêta; il venait de sentir une main s'appuyer sur son épaule; il se retourna vive-

— Le citoyen Jaequet, dit-il: comment diabb OS-tu entré sans que. . .

— As-tu toujours le poignet solide! dit Jacquet.

— Hein? fit Eossignolet.

— Je te demande si tu as toujours le poignet solide.

— Dame, je crois que oui.

— Alors, viens avec' moi.

— Tout de suite !

—Oui.

— Pour aller où?

— Jacquet regarda fixement le major.

— Pour aller, répondit-il dans un endroit où se trouvent déjà réunis trois autres hommes aussi forts que toi.

— Eb bien ! quand j'y serai aussi, ça fera deux belles paires de gaillards.

— Oui; mais il faut que ces quatre-là en assomment trente autres.

— Sept et demi chacun ; bah ! j'en prendrai bien huit. Mais, minute, le colonel a besoin de moi.

— C'est pour lui ce que tu vas faire.

— Alors, dit Eossignolet, à gauche par quatre, comme disent ces gros talons de cavaliers.

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