‹ Le roi du bagneChapitre 191 sur 243 · LE CARREAU · texte numérisé non relu

LE CARREAU

On se souvient sans doute de cette boutique de marchand de vin de la rue Montorgueil dans laquelle Thomas avait réuni Gorain, Gervais, Rossignolet et Gringoire, le jour même où la nouvelle inattendue du débarquement en France du général en chef de l'armée d'Egypte était arivé à Paris comme une étincelle électrique; c'était là que trônait la jolie Rosette, la belle écaillère.

A droite du cabaret s'ouvrait la boutique d'un marchand de salaisons et à gauche celle d'un marchand de beurre et d'oeufs.

Le jour où nous revenons dans cette partie des halles, quelques instants après avoir quitté la maison du colonel, l'aspect de la pointe Saint Eustache était toujours le même.

Même animation dans les rues adjacentes, dans les boutiques, sur le marché. Partout une foule empressée, agile, remuante, s'écoulant et se renouvelant sans cesse.

La boutique du marchand de vin de la rue Montorgueil était aussi remplie de ses habitués, mais

œpemlnnl une préoccupa! ion i ou tante uniblai! ,Vi iv liinjui ivr de buveur . Tou .1 1 liaque m i.ini iniii 1 1 . 1 1 . 1 1 1 leur !• pb l.i porte et pa

1.11 ttieul examiner, avec une al tenl ion inquiète e! , hagriuu lu grande chaiBe et la pe! ite table de Bo ■ette. * '<■ 1 que sur la pel ite table on ne voyai! que quelques bourriches éventréea e! que la grande chaise étail \ ide. Tou! décelai! L'abandon Là où quelques jours plu.-- i"t aoua avons vu trôner la belle écaillêre. Effectivemenl depuia Le juin- de son mariage, Rosette avail disparu, et depui inatanl personne ue L'avail vue. Sa place étail donc demeurée vide, ri la halle entière B'étail occupée ri s'ocupai! encore de cette étrange h inexplicable dispari! ion.

Devant chacune des deux boutiques voisines du cabaret, la plaie occupée depuia dea années par Les deua forts de la halle riait égalemenl déserte, mais si les deux hommes avaient abandonné leur poste favori on Bavail au moins ce qu'ils étaient, devenus. Depuis L'avant-veille Spartacus avail reparu sur le carreau de la halle et depuis la veille Cassebras était revenu à son tour.

En se revoyant, les deux forts, que la jalousie avail failli rendre ennemis irréconciliables, s'étaient tendus la main avec un même mouvement, et une étreinte énergique avait, à défaut de paroles pour exprimer la pensée, rendu clairement^ tout ce qui se passait dans leur âme.

Cassebras et Spartacus étaient deux vrais amis; l'amour de Rosette pour l'un d'eux avait failli les désunir à jamais; la disparition mystérieuse de la belle écailière avait resserré ces liens prêts à se rompre. Spartacus, au reste, avait constamment ignoré l'amour de son ami pour Rosette; et dans le premier moment, en voyant l'expression de la fureur que ressentait Cassebras, il avait mis cette fureur sur le compte de l'amitié.

Ce jour-là, les deux hommes qui avaient refusé toute participation au travail, qui avaient assez mal reçu les curieux toujours avides de nouvelles et les faux amis heureux d'avoir une occasion de compatir à une misère humaine, pour se débarrasser et des uns et des autres, les deux hommes étaient à l'angle même de la pointe Saint e-Eustache, le dos adossé à la muraille de l'église et les regards fixés sur la boutique du marchand de vin, qui avait servi de siège à l'établissement de Rosette.

Cassebras et Spartacus portaient le costume qui leur était habituel; rien ne pouvait donc paraître changé au premier abord; mais, en les examinant plus attentivemnet, on demeurait saisi de la métamorphose subie par leur visage.

Spurtacui avail • de nuages, l'air abatl u,

\ ieilli de dix .m- depui -, u Lq • j ■

brillaien! d'un teu jombre, .1 bouche et presque de l 1 .an remu

le e| de lïailehl.-e rjlll était |e e,, de ee||e j )l 1 ,:ie.

Ecoute, mon deux, il. i ap-

puvani .-m- chacune de

devenue Boaette? Tu n'en saie rien ni moi non plu-. Qu'est-ce qui l'a enlevée et pourquoi L'a-t-on

enlevée;-' Voila encore (e <j u<- ijoll- I - liofoli - ; ce que je jure, eut eilds-t II . e'e-t <|,- ht <|é|i . :

elle eal encore vivante et de lu venger -i ell

morte. Apre-, je mourrai.

— Oh! dit Spartacus, ce qu'un chrél

l'aire, je |e ferai.

— Mais vois-tu pour agir, il faut bien nouf tendre.

— Je voulais aller chez le ministre de la police, moi.

— Tu iras; mais pour cela faut mettre en ordre ; et moi aussi il faut que je range dans ma tête mes idées. D'abord, depuis hier, tu ne m'as jamais expliqué bien clairement comment ça s'était passé.

—Quoi?

— L'enlèvement de Rosette. Moi j'ai quitté la table comme qui dirait sur les onze heures; ma mère était malade, je t'ai dit, et je voulais aller la voir.

— Eh bien ! dit Spartacus, quand tu as été parti on a continué à chanter et à boire, mais à boire, aue chacun a bientôt été en brindezingue, et on a dansé. . . quand tout à coup, dans la rue, on entend un charivari numéro un. . . De la musique et la lanterne magique enfin.

— Tiens, la lanterne magique que crie l'un de nous.

— Oh ! je voudrais la voir ; je ne l'ai jamais vue, que dit Pomponne la belle poissarde.

— Est-ce que ça vous amuserait, mes enfants? demanda Thomas.

— Oui !oui! qu'on lui répond.

— Alors, je la paye ; c'est dit.

—Et il appelle l'homme à la lanterne, qui monte avec sa boutique et sa musique. Moi, j'étais auprès de Rosette et le vin m'avait monté la tête, et je ne savais plus ce que je disais. L'homme installe son appareil dans un bout de la pièce. . . nous étions là rangés . . . nous attendions . . .

— Faire boire un coup d'abord! que dit le montreur de lanterne.

— Et nous buvons tous, que nous en étions plus gais que <\r± pinsons:

— Eteignez les lumières ! que crie l'homme. Voilà les quinquets éteints. 11 faisait noir comme dans un four... j'étais auprès de Rosette... je lui tenais la main. . . mais je ne voyais pas grand chose. Mes yeux se fermaient comme malgré moi et il y avait une musique qui m'endormait. . . et je ne sais pas quand le spectacle a commencé ; mais en fin je dormais. . .

— Mais les autres? demanda Cassebras.

—Ils étaient tous ivres, il paraît et le lendemain ils ne se souvenaient plus de rien.

— Après? continue.

— J'étais donc là, près de Eosette, quand tout à coup je sens quelque chose qui me pousse, me bouscule; je tombe avec ma chaise, et puis des cris et un bacchanal numéro un. Je me débarrasse, je reviens à moi, je me lève: j'étais tout étourdi, tu penses, et un moment je ne me îappelais de rien. Il faisait noir; toutes les lumières étaient éteintes, on criait toujours et on aurait juré que tout le monde se battait ... Je m'élance à tâtons en appelant : "Rosette ! mon épouse, où es-tu ?" Mais personne ne me répond, quand enfin les garçons montent avec des lumières. Alors je vois la salle de danse toute bousculée, les sièges renversés, les hommes et les femmes entassés pêle-mêle dans un coin, et plus de lanterne magique." Rosette!" que je crie encore. Tous les autres me répondaient en hurlant, mais je n'entendais pas Rosette. "Rosette ! Rosette !" que je répète, sans avoir encore beaucoup d'inquiétude.

— La mariée ! oùs qu'est la mariée ? que crient les autres.

— Et chacun l'appelle et elle ne répond pas, et tous la cherchent et on ne la retrouve pas. Plus de Rosette, pins de mariée. Je crois à une niche qu'on veut me faire, je ris et puis il me semble qu'on se moque de moi, je me fâche ... je jure . . . Enfin on me dit que ce n'est pas une farce.

"Alors nous fouillons la maison, nous interrogeons tout le monde, quand un garçon de cuisine qui se tenait coi dans un coin et à qui je tire les oreilles pour le faire parler, me dit qu'il a vu descendre la mariée par la fenêtre.

• — Par la fenêtre? s'écria Cassebras.

— Oui ! le petit a dit cela.

— Comment? Elle se sauvait?

— Eh non! il paraît qu'on la descendait de force.

— Et je n'étais pas là ! s'écria Cassebras en fer-

mant ses poings herculéens. Et j'étais ... oh ! pourquoi me suis-je en allé !

Puis après un silence gros de muettes menaces:

— Après? Après? reprit-il. -

— Après? poursuivit Spartacus, nous fouillâmes encore la maison sans trouver d'indice.

— Mais d'autres que le gâte-sauce avaient vu enlever Rosette?

— Non.

— Quoi ! parmi les gens de la noce.

— Au moment où on commençait la lanterne, presque tous s'étaient endormis comme moi.

— Presque tons s'étaient endormis?

— Allons donc ! ce n'est pas possible. Qu'il y en ait beaucoup qui aient dormi, je veux bien, mais presque tous?

— Oui : il y en a quelques uns qui ne dormaient pas, mais ceux-là n'ont pu rien voir. D'abord tout le monde avait bu, et puis il faisait nuit.

— Mais enfin, comment Rosette a-t-elle été enlevée ?

— Voilà ce que je n'ai pu savoir, en détails. Les uns disent d'une façon, les autres de l'autre.

— Comment ?

— Il y en a qui prétendent qu'au milieu du spectacle et pendant que je dormais, la fenêtre a été brisée du dehors, que des hommes montés sur des échelles se sont précipités dans la salle et qu'avant qu'on ait pu faire un mouvement, ils étaient tombés sur les invités à grands coups de gourdins, puis ils avaient disparus presque aussitôt.

"D'autres disent que c'était le montreur de lanterne magique et ses compagnons qui avaient brisés les fenêtres du dedans et qui s'étaient sauvés en volant des bourses de volées et entre autre celle du père Gorain. Aussi, il criait, fallait l'entendre !

"Mais ce qu'il y avait d'extraordinaire, c'est que» personne n'avait vu disparaître Rosette, et cependant Rosette n'y était pas.

— Et depuis ce moment plus de nouvelles?

— Pas une seule! Oh! mais c'est ma femme à cette heure et j'ai le droit de la chercher partout ! Aussi je la chercherai et je la trouverai !

— -Oui ! dit Cassebras, nous la retrouverons, j'en fais serinent, et quand à ceux qui l'auront fait souffrir. . *

— Ceux-là ! . . . s'écria Spartacus, je . . .

— Ceux-là ! interrompit Cassebras avec un geste énergique, c'est mon affaire et on verra!

Puis changeant de ton et reprenant la main de Spartacus :

i h veux aller voir le citoyen i iil re de U

polieo ''. reprit il.

Oui, mai avant,dil Spartaou . je wûi aller auj po part.

— Une/. qui donc ?

Tu te rappelles la voit ure que i u as an i avec ce grand soldat, l'aut re jour?

Oui.

Tu aaia que je m'étais jeté avant toi à la tête «lu cheval ej que j'ai failli et re écrasé?

— Oui! oui! je me rappelle. Eh bien?

Eh bien, la dame de la demoiselle qui a manqué d'être tuée m'a fait an tas d'amitiés et m'a donné son adresse en me disant d'aller la Voir. Je n'\ ai pas été, tu penses, et je ue voulais pas y aller, quand bout à l'heure, l'idée m'est venue que cette citoyenne qui a l'air d'être la bonté même ei «l'avoir sa place bien haut, pourrai! peut-être m'être utile en «■«• moment pour retrouver Rosette.

— Comment se nomme la citoyenne?

— Chivry, et elle demeure rue «le la Victoire, qu'elle m'a dit, près de l'hôtel Bonaparte.

— Eh bien, vas-y !

— Tu ne viens pas avec moi?

— Non. je reste ici.

— Pourquoi faire?

— D'abord je ae connais pas ta citoyenne, et puis je veux rester ici, car si Rosette s'échappe, «•'est ici d'abord qu'elle reviendra.

— ("est vrai! Alors, à ce soir!

El Spartacus, après avoir Berré la main de son ami. s'éloigna en jetant un regard furtif et voilé «le larmes sur l'endroit on quelques jours plus tôt trônait la belle écaillère.

Cassebras, demeuré seul, parut se plonger dans un flot de réflexions pénibles. De temps à autre. ««'pendant, il se redressait, interrogeait d'un regard ardent la rue Mont orgueil, puis il faisait un geste d'impatience et il reprenait son immobilité première.

Près d'une heure s'écoula sans que le fort de la halle parût songer à quitter la place, et personne parmi tous ceux qui le connaissaient n'avait osé troubler sa solitude en s' approchant de lui.

Tout à coup cependant Cassebras sentit une main s'appuyer sur son épaule. Il tressaillit et se retourna brusquement.

— Le citoyen Thomas! dit-il.

— Tu m'attendais? reprit le nouveau venu.

—Oui.

• — Alors tu veux bien que nous causions?

— Eh bien, viens avec moi au cabaret voisin;

eron mieu) poui i.i rue.

miniii deux homme talléfi

u cabinet étroit attenant i ique d'un

marchand de vin traiteur. Un ur cette table on voyait di bouteilles, mai rret demeuraient

«m comprenait que la présence des bouteilles plutôt un prétexte qu'une i i

Thomas s'était assis le dos tourné an jour, plaçant ' en pleine lumière. Le pied pôle bâton de Bon tabouret, le «-onde appuyé sur Le genou, !«• menton dans la main. Thomas était dans une pose toute méditative, mais Bon regard d'aigle, rivé but le fort de la halle, ue quittait pa lui-ci.

Cassebras soutenait parfaitement et en homme «pii n'a rien à redouter ce regard qui pesait sur lui. Il attendait.

In Bilence profond régnait dan.- la petite pièce. Enfin Thomas, fixant plus encore Cassebras, -■ décida à prendre la parole.

— Quand tu as «piitté la noce, l'autre nuit, commença-t-il, pourquoi étais-tu parti -i brusquement?

— Pour ne pas commettre un crime! répondit nettement le fort de la halle: tu le sais bien.

— C'est possible! mais j'étais bien aise que tu me le dise. Alors tu as eu un moment la i de tuer Spartacus?

—Oui.

— Et... peut-être Bosette ?

—Oui !

— Eh bien, mais cela ne m'étonne pas. Ce qui m'étonne, je te l'avoue, c'est que tu aies trouvé assez de force en toi pour t'arrêter et te sauver. I tait fort aimable pour les mariés ce «pie tu faisais là.

— J'étais fou.

— .Je n'en savais rien.

—Mais enfin que voulais-tu faire?

— Je voulais me tuer.

—Ah!. . . et pourquoi ne l'as-tu pas fait?

— Parce que j'ai pensé à ma mère.

— Au moment de te jeter à l'eau ?

—Oui.

— Et tu n'as pas eu d'autre motif pour te rattacher à l'existence?

— Xon ! dit nettement Cassebras.

— Et où étais-tu quand tu as voulu te jeter à l'eau ?

— Sur la berge du cours la Eeine.

— Tu n'étais pas sur le pont?

— Nron.

■ — Tu en es sûr?

— Parfaitement sûr.

Thomas sourit:

— Tu ne sais .pas mentir! dit-il.

Cassebras le regarda sans sourciller.

— Pourquoi ? dcmanda-t-il.

— Parce que tu cherches à me tromper et que tu ne peux y parvenir.

— Comment ?

— Tu étais sur le pont et non sur la berge, et ce n'est pas la pensée de ta mère qui t'a empêché de te noyer, c'est parce que tu as appris l'enlèvement de Rosette . . . Est-ce vrai ?

— Peut-être.

Thomas regarda fixement son interlocuteur.

■ — Ah ça ! dit-il est-ce que tu serais plus fort que je ne le supposais, toi?

— Je no sais pas! répondit Cassebras.

— Enfin, qu'est-ce que tu as fait ces jours derniers, depuis le jour de la noce jusqu'à hier où tu as seulement reparu?

— Ce que j'ai fait?

— Oui, où as-tu été. Comment les as-tu passés ces jours-là?

— Dame! tu dois le savoir, puisque tu sais tout.

— Tout, hormis cela, je l'avoue, dit Thomas, et c'est pourquoi je veux le savoir.

— Pourquoi ?

— Parce que j'ai une proposition à te faire qui dépend de la franchise de tes réponses. — Quelle proposition ?

Thomas regarda fixement Cassebras. puis se penchant en avant, il appuya ses deux coudes sur la table, glissa, son torse en avant et donnant plus de fixeté encore à sa prunelle:

— Tu aimes Rosette, lui dit-il et Rosette en a épousé un autre. Elle était perdue pour toi, mais Rosette a été enlevée le jour même de son mariage. Elle a été enlevée et elle peut ne jamais revoir le mari qu'elle a à peine connue quelques heurs !

— Eh bien ! dit Cassebras d'une voix haletante.

— Eh bien, mon cher ami. s'il existe dans le monde un individu pouvant te dire, à toi. Cassel»ras- Cette Rosette que tu aimes, je vais te mettre à même de la voir et de lui plaire. Je t'apprendrai ce qu'il faut faire pour la séduire, lui faire oublier Spartacus et te faire aimer toi-même. Bref: tu étais malheureux et je t'apporte le bonheur. . . tu voulais mourir ot je t'offre la vie!. . Si un être t te tenir ee langage, Ca^ohi'iis, que répondrais-tu?

Le colosse s'était dressé subitement: ses yeux étincelaient.

LE MARCJIK

— Que répondrais-tu? reprit Thomas en voyant Cassebras immobile et frémissant de tout son être.

— Celiu qui me dirait cela saurait où est Rosette et je lui dirais: tu vas m'apprendre où elle est!

— Et s'il ne voulait pas?

— Je l'étranglerais !

—Alors, tu ne saurais rien!

Puis, après un silence et jetant sur son interlocuteur un regard de commisération:

— Je suis venu ici pour te raconter un rêve que j'ai fait la nuit dernière, reprit Thomas.

• — Un rêve? répéta le fort de la halle.

— Oui, un rêve, et tu vas voir s'il est intéressant. Il s'agissait de toi.

— Comment !

— C'était le jour de la noce de Spartacus et de Rosette, je te voyais, comme tu étais réellement alors, pâle, défait, jaloux, souffrant toutes les tortures de l'enfer, mais n'ayant pas assez d'énergie pour mettre un terme à tes souffrances. Oh ! tu endurais d'affreuses tortures, je le sentais.

Cassebras soupira.

— Tu voyais Rosette, cette femme que tu aimais, parée des plus beaux atours, plus belle qu'elle ne t'avait jamais semblé, entourée d'admiration et d'hommages, tu la voyais riante, fêtée heureuse, et en face d'elle tu voyais celui qu'elle te préférait, celui qu'elle nommait déjà son mari, celui qui allait être désormais le but de toutes ses affections et de toutes ses tendresses.

— Tais-toi ! murmura Cassebras.

— Mais non! il fant que je parle. Je comprenais tout ce qui se passait en toi. poursuivit Thomas et je cherchais en vain un moyen de te venir en aide, quand tout à coup il me sembla que j'étais doué du pouvoir nécessaire pour faire disparaître Rosette. * "fj

—Hein?... s'écria Cassebras.

— Attends donc ! je te dis que je raconte un rêve.

Cassebras qui s'était soulevé sur son sièg< laissa retomber lourdement, serrant les poings en proie à une émotion des plus fortes qu'il parvenait cependant à dominer.

— Après? dit-il. Continue, je t'éooute!

— Alors, reprit Thomas, usant de la faculté qui m'était accordée, je fis disparaître la belle Ro^ett^, -ans que tu pu*-«eu mémo t'aporcevoir do cette (1U*

HIBI-TAPIN

on, ' .n\ dai h rôve, i u ne 1

\ prè

\ près ... il 3 ;i une lacune premier événement. Je ne me sow ien - plus, Totu1 ce que c'esl qu'ensuite j'aperce^ ai • un pel it boi bien I ra i . bien touffu, avec un beau soleil durant Les feuilles des arbres, I tant ce bois, un couple q promenait, homme et femme, bien ; »u-

reux tous deux, cela se devinaii è la façon doni ils étaient penchés l'un vers l'autre. Lia parlaieni bas ils chuchotaient. <t>u<- disaient-ils? je ne pouvais entendre. Enfin, ila se retournent el je reconnais Rosette el Cassebras... toua deux le visage épanoui, les mains dans les mains, le verbe aimer -iules lè\ ITS.

Tais-toi ' tais-toi ! dii encore * lassebras. Bah! c'i'si un rêve! Laisse-moi te raconter! En me voyant, tu poussais un cri de joie e\ tu m'appelais ton ami en me disant: Merci! C'esi làdessus que je me suis réveillé. . . Eh bien, que pen- Bes-tu de mon rêve?

— Que c'esl un rêve! dii Cassebras en baissani la tête.

Thomas se rapprocha il»' lui :

— Si ce n'étail pas un rêve, dit-il. Ou s'il dépendait de toi de l'aire de ce rêve une réalité?

— Thomas !

— Aimes-tu Rosette?

Cassebras hésita à répondre: il paraissait violemment souffrir. Thomas répéta sa question en accentuant les paroles d'une manière plus incisive encore :

— Réponds! Aimes-tu Rosette?

■ — Oui ! .dit Cassebras.

— Tu as voulu mourir pour elle... niais si je te proposais de vivre pour elle, maintenant? Si je te disais: Cassebras, l'avenir peut être beau! Rosette ne reverra jamias Spartacus. . . elle est libre. . . fais-toi aimer !

— Est-ce vrai ce que tu dis là ? s'écria le fort de la halle.

— Je n'en sais rien. . . suppose que ce soit vrai?

—C'est toi qui aurais fait enlever Rosette pour me la garder?

— Si cela était, tu avourais qu'il n'existerait pas de meilleur ami que moi !

Cassebras se leva brusquement comme agité par l'émotion la plus vive, puis revenant vers Thomas qui n'avait pas bougé et qui attendait :

— Qu'est-ce qu'il faudrait faiie pour que cela soit? demanda-t-il d'une voix rauque.

Thomas le regarda fixement :

U tU .une . dit-)!, !

l-.ii! !

' ' ■ y Je te

—Oui!

1 'l nom

paire de piato

— ( tomme 1 u voudras ! dit-il simplemi

1 un efforl pour *e contenir,

son regard ne pai devant celui de Bon in-

terlocuteur.

Ecoute, repril celui-ci, non- en sommes arrinous expliquer carrémenl . ne perdon t iv temps en vaines mena*

< lassebrae pril un 1 face de Tho-

mas, sfossil en homme décidé, ''t. app

deux main.-- BUT la table :

— Tu as raison! dit-il, parlons clairement. Eh! eh! fit Thomas en l'enveloppani dans un regard scrutateur, je crois que tu te form

— Va toujours, je t'écoute!

— Mais d'abord et avant tout, où as-tu quelques jours qui viennent de s'écouler?

— Où je les ai passés? répél

— Oui! réponds sans chercher! dit Thomas avec un accent impérieux.

— Je les ai 1 chercher Rosette.

— Où cela?

— Dans les bois de Ville d'Avray, de Saint- Cloud, de Clamart, de Versailles, partout enfin. . .

— C'est bien ! tu ne mens pas?

Cassebras regarda fixement Thomas :

— Pourquoi croirais-tu que je mens ?dit-il.

— Pour me tromper, parbleu !

— Où est Rosette? reprit Cassebras.

— Dans un endroit d'où seul je puis la faire sortir.

Cassebras réfléchit un moment, puis il reprit avec une énergie extrême :

— Demande-moi ce que tu voudras !

— C'est décidé?

—Oui !

— Un mois de soumission absolue, et je te conduirai là où est Rosette, et . . . elle sera veuve, je te le promets, moi !

Cassebras tressaillit violemment.

— Rosette souffrira-t-elle d'ici là? demanda-t-

— Sa seule souffrance sera la privation de la liberté.

— Tu me le jures?

— Je te le jure. D'ailleurs si je mens, tu te vengeras! Nous sommes le 26 vendémiaire, le 26 bru-

maire tu seras réuni à Rosette et pour toujours si tu le veux, car j'arrangerai Lee choses de façon à ce que tu aies l'air de la sauver, et cdle te devra de la reconnaissance. Est-ce dit?

— C'est dit !

— A partir de cette heure, tu es à moi?

— Oui ! dit Oassebras sans hésiter. Je te vends un mois de nia vie pour Rosette.

Thomas se leva :

— C'est bien ! dit-il. Tu vas sortir d'ici, quitter la halle sans parler à personne, sans chercher à revoir Spartacus. . . Tu vas aller à Grenelle, dans la maison où tu as porté la caisse. Tu monteras au second, tu trouveras une porte ouverte, tu entreras dans une chambre, et tu attendras. Tu as compris?

—Oui.

— Va alors, et compte sur ma promesse.

Cassebras sortit.

— Cet homme-là est à moi ! dit Thomas en étendant le bras.

— Il s'est décidé bien vite ! dit une voix.

Thomas se retourna sans manifester le moindre étonnement : Pick venait d'entrer par une petite porte percée au fond du cabinet.

— Tu trouves ? dit Thomas.

—Oui.

— Et que conclus-tu de cette vivacité?

— Qu'elle pourrait cacher un piège.

— C'est possible, mais que nous importe le piège tendu si nous sommes certains de n'y point tomber ! Tu as donné des ordres pour la prochaine expédition ?

—Oui.

— Cassebras en fera partie.

— Avec toi alors?

— Oui, je le mettrai à l'oeuvre. 11 payera sa dette comme chacun a payé la sienne, et, l'expédition achevée, il sera à nous, je te le promets.

— J'y compte, car ce sera un puissant auxiliaire qui, par sa position qu'il occupe à la halle, il pourra nous être du plus grand secours.

Un silence suivit cet échange de paroles. Thomas releva la tête.

— As-tu les rapports? demanda-t-il.

— Oui, je les ai tous pris, pensant te Voir à l'heure indiquée, répondit Pick.

— Donne-les-moi.

— Ici ? dit Pick avec étonnement.

— Eh, oui ! il n'y a aucun danger : font le monde de cette maison est à moi. Donc pas de surprise possible.

— Pick fouilla dans sa poche et en retira, non pas une liasse, mais une pincée de papiers. Ces

papiers étaient nombreux, mais d'une finesse extrême plies avec un art tel, qu'ils eussent pu tenir facilement dans le creux de la main.

Thomas les prit, les plaça sur la table et en ouvrit quelques-uns: ceux-là et 1rs autres étaient recouverts d'une écriture très fine et très serrée, mais formée de caractères bizarres qui s'entrelaçaient les uns aux autres.

— Veux-tu les grilles? demanda Pick.

— Inutile ! répondit Thomas.

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