LES RAPPORTS
Thomas avait feuilleté les papiers et les avait reposés ensuite sur la table, à l'exception d'un seul qu'il continuait à tenir entre ses mains et qui paraissait absorber toute son attention.
— Y a-t-il des notes à prendre? demanda Pick.
— Peut-être ! répondit Thomas.
Et, tandis que celui-ci continuait sa lecture à voix basse, Pick prit dans sa poche un carnet, un crayon et un petit paquet de forme longue, enveloppé d'un papier bleu.
— Quelle grille? demanda-t-il.
—No T dit Thomas.
Pick ouvrit son petit paquet et en tira une plaque de cuivre qu'il choisit au milieu d'autres. Cette plaque était extrêmement mince, et percée çà et là d'ouvertures irrégulières. Il ouvrit son carnet et appliqua cette grille sur une page blanche, puis il attendit, se tenant prêt à écrire.
—Epsilon ! dit Thomas.
Pick traça aussitôt le caractère de l'alphabet grec sur l'une des places de la page laissées vides et blanches par la grille de cuivre.
— Tout marche à merveille! dit Thomas. A. est de plus en plus folle de lui . . . Très fort ... Si je viens à mourir, je le recommande à mon successeur... Il en sait assez. . . ne pas en dire davantage. . . Les doutes soulevés à propos de son identité sont dissipés . . . Eedoubler d'attention à soi égard... Qu'il soit constamment convaincu qu'il ne peut rien seul.
Thomas avait rejeté le papier et en avait pris un second :
— Ah ! ah ! fit-il après avoir lu quelques lignes. Eenneville et d'Herbois commencent à se lasser ils sont prêts à céder. . . Eh bien, qu'ils attendent quelques jours, on verra. . .
— Rien à noter pour eux alors?
— Toujours même surveillance.
BIBITAPIN
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touché i' b interrogi ; il onl batyut i< ont eu peur, il onl dit bôl iscs Hiir bôl Le
ministre 1< a placi o irveillance de deu k
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Mais m ■ peut-il Le* interroger de oouveauî Si fait ; M les fera revenir demain sans doute. Ki. cette fois, B'ils allaient parler.
Pick regarda Bon interlocuteur avec un ébahissement profond.
Note, dit Thomas: la grille N" '.'. cette fois. Pour ( 'hivasso, alors ? demanda Pick.
Oui.
Pick tourna la feuille de son carnet, prit une autre grille et se tint prêt à écrire; Thomas commença en Béparant Bes phrases:
— Que Chivasso voie aujourd'hui Gorain et Gervais. . . qu'il leur ordonne de dire tout ce qu'ils Bavent • . . qu'ils racontent en détail l'affaire des munitionnaires et second . . .
— Mais. . . s'écria Pick.
— Ils peuvent d'autant mieux dire cela, que Jacquet et Fouché connaissent à fond cette comédie des munitionnaires . . .
— Cependant . . .
— Ecris !
Pick cessa de formuler ses objections.
— Qu'ils entrent surtout dans des détails tels, que Fouché comprenne qu'ils servent de receleurs à une bande. . .
— Mais, encore une fois. . . .
— Ecris donc! interrompit Thomas avec violence.
Puis il reprit d'un ton sec et mesuré:
— Qu'ils citent tons les noms qu'ils connaissent; enfin qu'ils n'omettent rien.
— Mais Fouché les fera arrêter.
— Foucher fera ce qu'il voudra.
— Cependant ils savent, et, s'ils parlent...
■ — Je te dis qu'il faut qu'ils parlent, que diable! J'ai mon plan tracé et c'est moi qui distribue les rôles! Tu feras parvenir cette note à Chivasso au plus vite.
— 11 l'aura avant une heure, à moins que tu me retiennes. . .
— Non. Ces rapports sont insignifiants. MadameGeoffrin ne mourra pas, probablement... c'est stupide! Voilà encore une opération mal faite; et pourquoi ? faute de soins, faute de réflexion ! Ma parole, il faudrait que je fisse tout moi-même, que je m'en rapportasse qu'à moi . . .
Thomas passa à un autre papier.
— Le petit Niorres est amoureux de Pose. Je
■ cela no
No 9 et I - i ara< I r i. obéit.
1 citer cet amour, dicta Thomas. . . le lopper par tout les mo
un levier pour agir lur le jeune homme. Troubler I esprit de R i
brillant . . . qu'à un momenl donné elle p oser pour ne pas et re séparée de N
ce ni ?
— Oui : c'est tout ?
Pour le moment ; pins tard j'aurai d'autres ordres à te donner.
Thomas feuilletait i,..s papiers tout en parlant. Aih ! fit-il tout i'i coup en .-'arrêtant comm éprouvait un vif sentiment de surpi
Puis se tournant vers Pick :
— La grille \o i bis? demanda-t-il.
Pick fouilla dans le petit paquet.
— Tu as peur de te tromper? dit-il en tendant la plaque de cuii re demandée.
— Peut-être.
Thomas appliquait la -ride -iir le papier, et diait les caractères qui apparaissaient par les jours réservés.
— Ce rapport, dit-il vivement, qui l'a signé?
— Tu le vois bien, répondit Pick.
— Et qui te l'a remis?
—Lui-même.
On silence profond suivit ce rapide échange de paroles. Thomas paraissait plongé dans d flexions profondes, que faisait naître la lecture du' rapport qu'il tenait. Enfin repliant le papier et redevenant parfaitement maître de lui-même:
— Exécute sur-le-champ les ordres que je viens de te donner, dit-il.
— Et pour ce qui concerne ce dernier rapport? demanda Pick.
— Rien à faire faire: je me charge d'agir.
Thomas accompagna cette phrase d'un geste impérieux, que son interlocuteur compris sans doute, car. se levant vivement, il quitta le cabinet.
Thomas, demeuré seul, resta un moment immobile, comme si les réflexions auxquelles il venait de se livrer l'eussent absorbé de nouveau. Ses sourcils étaient contractés et des jets lumineux jaillissaient de ses prunelles. Se levant, il fit lestement le tour de la pièce.
Près de la fenêtre donnant sur une petite cour intérieure était suspendu, accroché à la muraille, un de ces baromètres de dimension gigantesque, tels que les aimaient nos pères et tels qu'on en trouve encore dans les campagnes. Ce baromètre
à ornemente dorés, avait un cadran sur lequel était tracées les indications ordinaires. Une longue aiguille indiquait naturellement la marche du rner-
L-uiv, et son extrémité, terminée en flèche, pronostiquait la pluie ou le beau tempe, la tempête ou le variable. Une aiguille mobile, indépendante, et se distinguant de l'autre par sa forme, aiguille que le doigt pouvait mettre facilement mettre en mouvement a l'aide d'un petit piton extérieur, complétait l'ensemble de l'instrument.
Jusque-là rien que de fort simple, et le baromètre ainsi disposé, ressemblait à la foule des instruments du munie genre, qui se débitaient chaque année chez les opticiens du quai des Lunettes.
Thomas s'était approché de ce baromètre et en paraissait examiner attentivement les aiguilles. L'aiguille barométrique était en plein variable; son autre extrémité était donc sur le point opposé du cadran, cette partie veuve d'indication et qui porte d'ordinaire l'adresse du fabricant. L'aiguille mobile avait été fixée sur le chiffre 8 correspondant au beau fixe.
Thomas souleva alors le baromètre de la main gauche, de façon à le détacher du mur suffisamment pour donner passage à la main droite; glissant l'index de cette main, il parut opérer une certaine pression; puis il remit l'instrument dans sa osition primitive. La baguette ronde formant le cercle du cadran s'était détachée se relevant sur elle-même, par quart, et maintenue par une succession de charnières très fines et parfaitement dissimulées. Au reste ce mécanisme semblait ne cacher aucun mystère, car la baguette relevée ne laissait voir qu'une bande de papier blanc collé à l'endroit où s'arrêtait le contour du verre du cadran.
Thomas prit un canif dans sa poche, appuya la pointe de la lame juste sur l'endroit indiqué par l'extrémité de l'aiguille mobile, et enleva lestement la bande de papier blanc correspondant, comme étendue, à la longueur de l'indication thermométrique : beau fixe, placé au-dessus.
Le papier, enlevé délicatement, Thomas rabaissa la baguette ronde; puis il alluma une bougie placée sur la cheminée. Le papier qu'il tenait à la main paraissait d'une blancheur immaculée. Il ne laissait certes soupçonner aucun vestige d'écriture. „
Thomas, le tenant par les deux extrémités, le présenta à la lumière, non pour le brûler, mais pour le chauffer. Bientôt, et à mesure que l'action de la chaleur augmentait, des caractères jaunâtres commencèrent à apparaître sur le papier, qui finit par se couvrir d'une écriture large tracée à grands traits.
Thomas éteignit alors la lumière et s'approcha
de la fenêtre pour lire, puis revenant vers la
table il prit un couteau et frappa avec la lame l'un
des verres posés devant lui. Un garçon marchand
de vin entra :
— J'ai faim, dit Thomas; qu'as-tu à me donner tout de suite sans attendre?
— Ce que voudra le citoyen, répondit le garçon.
— Tu as donc de tout? dit Thomas en regardant le garçon avec une expression de physionomie intraduisible.
— De tout, non, mais pas mal de choses; j'ai à ta disposition des huitres, des harengs, du fromage, des oeufs . . .
— Des pommes? dit Thomas.
— Pas encore; il y en a eu ce matin, mais il n'y en a plus; on en attend.
— Donne du fromage alors.
■ — Duquel ?
— Dis à la marchande du troisième pilier qu'elle m'envoie celui que je prend d'habitude, je payerai la course à la fille.
Le garçon sortit précipitamment.
— Des huitres, du hareng, du fromage, dse oeufs, murmura Thomas quand il fut seul. Très bien! Garbouillot, Isidore, Chat-Gauthier et Beaufrançois sont à leur poste. Pourquoi Eainette n'est-elle pas revenue ?
Thomas s'était assis et avait repris le papier arraché au baromètre et il interrogea de nouveau les caractères tracés qui apparaissaient vaguement. Il demeura absorbé dans sa lecture jusqu'au moment où un pas lourd retentit au dehors. La porte du cabinet s'ouvrit et une femme apparut sur le seuil.
Une jupe courte de laine, rayée rouge et noir, un corsage à basque de même étoffe, un tablier de grosse toile à bavette décelaient effectivement un costume féminin, mais il eût été difficile, tant la laideur du visage était grande, de dire à quel sexe pouvait appartenir ce monstre. Ce visage hideux était rendu plus horrible encore par une forêt de cheveux blonds non peignés qui s'échappaient par mèches incultes de dessous un mouchoir de couleurs voyantes drapé sur le cârne.
Des bras nus, secs et nerveux, une jambe, qui eût été assez fine pour une jambe d'homme, des épaules osseuses complétaient l'ensemble.
En entrant dans le cabinet dans lequel Thomas se tenait assis devant la table, la femme fit un geste rapide.
— Ferme donc la porte ! lui cria Thomas d'une voix rude.
La femme obéit en affectant une assez significative humeur mauvaise. Puis quand elle se vit
UIBI TAPIN
seul, avec Thoma pla< ., . ii i i . Je lui.
Je . .1 .h pa é 'li \ toi i (lovant toi voir reconnu, Bamboula, 'lit Thoma
( v i le plua bel él ■ que I u puisse m'ai
ier, répondit In feramo, tna
ici pour min- a dre i ompliment -. Tu
m rapport .
Ton rapport . La note, i out ; j'ai tout lu et je voulais te voir pour que i u me confirmasses de vivo voix ii'- assert ions écrit
Ce que je t'annonce est de la plus st ricte vérité.
— Ainsi, ils partiront demain soir?
\ minuit, dema in, ils seront à dis lieues de Paris.
Alors il a été i rompe?
( lomplètement cette fois. < Somment oe l'eûtil pas été? Ton plan était bî habilement fait, la comédie a été >i artistiquement jouée que moi-même j'ai été dupe. 11 a fallu que ta note vint m'ouvrir les yeux.
— Oui, dit Thomas en Be levant avec un geste de domination, je réussirai encore comme j'ai réussi déjà. Cette fois rien ne saura m'arrêter. Il y aura réunion la nuit qui suivra leui départ, Bamboula; là tout sera enfin expliqué.
— A qu'elle heure? dema m la Bamboula. — Au lever du jour.
— As-tu prévenu ?
— Non, tu préviendras; que personne ne manque, car d'ici là bien des faits seront accomplis!