‹ Le roi du bagneChapitre 193 sur 243 · LA MAISON DE LA EUE DE LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE LA EUE DE LA VICTOIRE

— Le citoyen Roetlerer! le citoyen Boulay de la Meurthe! le citoyen Lemercier! annonça une voix sonore.

Les trois hommes, dont l'un était alors membre de l'Institut et, les deux autres membres du conseil des Cinq-Cents, passèrent dans le petit salon.

— Le général Augereau ! le général Leclere ! l'amiral Bruix ! le citoyen Tallevrand ! reprit le valet.

Et tandis qu'au dehors de cette rue Chantereine, peu de jours avant encore si calme et si déserte, était encombrée de voitures de tous genres, le vestibule et les salons du petit hôtel situé au centre de la rue ne désemplissait pas d'une foule avide de voir et de se faire voir, de parler et de se faire entendre.

île brillante •

de mire de t.- ,

sembla Du

dan ■ le grand ilon, li

branle de la chemin* c et dominant

tenaient '

nommée Bévère de diplomates h

in politique.

Le général Moreau ! I Saint .Iran d'Angélj ! annonçait l<

- ir ma parole ! dit l'obs lu cheminée, le Balon du général Bonaparte comme un terrain neutre Bur lequel partit

peuvent se rencont rer.

— Cela est vrai ! dit l'un des deux interlocnt Voyez, Roederer, L'ancien |> ' »mnra-

ii.-. qui vienl de coudoyer Chéi il qui

jadis l'ont proscrit.

— Ah! voici Regnaud de Saint-Jean fl'An^ notre brillant et fécond orateur.

— Et Dubois-Crancé, le ministre de !

— Vous savez qu'il a pour ainsi dire, transporté son portefeuille ici; il passe toutes ses mal avec l'illustre général.

— Voici le ministre de la jusl

— Cambacérès? grand jurisconsulte: il aime le général Bonaparte comme le lierre aime l< ne, et le général l'affectionne beaucoup, dit-on.

— Cela est vrai.

— Ah ! c'est Real, le commissaire près le département de la Seine. .

— Savez-vous. messieurs, que ce qui a lieu est véritablement extraordinaire et sans précédent dans l'histoire ! Ainsi que je vous le disais tout-àl'iieure l'élite de la France se presse ici chez un jeune homme de trente ans à peine. Ce jeune homme est à Paris depuis quinze jours seulement et déjà le gouvernement des affaires lui arrive presque involontairement. A défaut de sa volonté, qui n'est rien encore on lui demande ses avis !

— Et quelle contenance il sait avoir, quelle réserve il sait tenir au milieu de ces empressements dont il est l'objet.

— C'est à peine s'il consent à se montrer depuis son retour. Il ne sort, pour ainsi dire, qu'à la dérobée.

— Vous savez que les officiers de la garnison de Paris lui ont envoyé une députation pour le prier

de passer une revue? Le général n'a pu refuser, mai? il diffère de jour en jour. . .

— Que dit-il, le général? demanda l'un des trois hommes à voix basse.

— 11 écoute, il observe, mais il ne s'est ouvert à personne. . . il attend. . .

— Quand on est nécessaire, il ne faut pas craindre d'attendre, dit une voix.

— Bonsoir Talleyrand.

— Bonsoir, Fouché.

Les deux hommes, le nouvel arrivé et celui qui était accoudé sur la cheminée, se serrèrent la main.

— Bonsoir, Corvisart; bonsoir, Lebrun! continua M. de Talleyrand en saluant les deux autres hommes.

Puis se tournant vers Fouché:

— Que m'a-t-on appris, continua-t-il en baissant la voix, que le général a été fort dur avec Barras, aujourd'hui ?

— Oui ! dit Fouché.

— Comment cela?

— Vous savez que nos chers directeurs, Sieyès excepté, n'ont qu'un désir : celui de fournir au jeune général l'occasion d'acquérir une gloire nouvelle en le mettant à la tête du commandement d'une armée.

— Xe parlait-on pas de l'envoyer en Italie?

— Précisément, et Barras ajouta, avec son mauvais goût ordinaire, que le général y avait une première fois assez bien fait ses affaires, pour n'avoir pas envie d'y retourner. Le propos revint aux oreilles du général, et bien qu'il ne pût être atteint par cette parole du chef des pourris, comme il nomme Barras, il se rendit au Directoire.

— Mais, on l'avait fait demander, je crois, pour lui offrir un commandement à sem choix.

— Cela est vrai, et là, en plein conseil, le général, regardant fixement Barras, lui répéta son propos et ajouta (pie s'il avait su faire ses affaires en Italie, ce n'était pas du moins aux dépens de la République mais bien à son profit.

— Qu'a répondu Barras?

— Bien ! il s'est tu.

— Et qu'a répondu le général à la proposition du commandement ? •

— Qu'il n'était pas encore assez reposé de ses fatigues et qu'il lui fallait quelque temps pour achever de se remettre.

— Il a raison.

— L'avez-vons vu ce soir?

— Oui, je viens de le saluer, il est dans le petit salon avec madame Bonaparte.

Corvisart remarquant un signe échangé entre Fouché et Talleyrand, les quitta sans affectation.

Le ministre de la police se rapprocha alors de Talleyrand et de Lebrun.

— Savez-vous quelle est la phrase qui est dans toutes les bouches en France, à cette heure? dit-il. C'est celle-ci: que va faire le général Bonaparte?

— 11 peut faire ce qu'il veut, dit Lebrun, car tous les partis s'offrent à lui et le demandent pour chef: les patriotes, les modérés, les royalistes sont prêts à L'acclamer, il n'a qu'à choisir.

— L'embarras du choix ne saurait exister, dit Talleyrand. Les patriotes ne voudraient se servir du général que dans l'intention d'abattre ce qui est. Ce sont toujours ces forcenés qui, sans cesse mécontents de ce qui existe, regardent le soin de détruire comme le plus précieux de tous. Ceux-là estiment le général, ils se plaisent à reconnaître son génie, mais ils craignent son esprit d'ordre. Ils redoutent sa fermeté dans les affaires; ils sentent enfin que le général Bonaparte une fois au pouvoir, on ne saurait le briser et' le renverser comme on a fait de tous les héros d'un jour depuis huit ans.

— Cela est vrai, dit Lebrun; maintenant il y a ce parti dont Barras est le chef. . .

— Et que le général a surnommé si énergiquement les pourris?

—Oui.

— Oh ! les pourris n'existent pas au point de vue politique. Qu'est-ce? des intrigants qui cherchent à faire fortune et qui se sont déshonorés en la faisant, des fripons, toujours aux expédients, des hommes incapables, sans énergie et sans passion noble. Il y a de tout parmi eux : des jacobins, des modérés, des royalistes, et cependant ce parti n'est ni jacobin, ni modéré, ni royaliste. ,

— Ce n'est même pas un parti, dit Fouché, c'est une coterie nombreuse.

■ — Certes, reprit Talleyrand, ceux-là ne sauraient compter pour le général, car il a pour eux le plus profond mépris, ce mépris de l'honnête homme pour le fripon, de l'homme actif et laborieux pour le paresseux et l'indifférent. Quant aux royalistes, ils sont annulés depuis le '18 fructidor. Bestent les modérés, le parti qui représente la grande majorité du pays. Les modérés qui craignent les fureurs des jacobins, qui n'espèrent plus rien d'une constitution usée et violée, qui veulent un changement et qui souhaitent que ce changement s'accomplisse sous les auspices d'un homme assez puissant pour qu'il assure enfin le repos et la tranquil-» lité'au pays. Ce parti-là a la minorité dans, les Cinq-Cents, c'est vrai, mais il a pour chef Sieyès î Jusqu'ici il lui a manqué la force pour agir: que

le "i m t.i i cor nii1 ;» lui prêter on bra i -: il i ■.'

( 'c qu'il faudrait dune. <iii Fouché, ce erait mol I re en rapport le jjéni pal ol le directeur. ()ui, mais malheureu >meni jusqu'ici il fonl rien pour s'ontendre, dit Lebrun. Il j h ent po in \ i ncompal ibilité d'humeur.

Talleyrand haussa lea épaules.

Qu'importe l'incompatibilité d'humeur! ditil. La gra> ité de intérêl el l'adresse dea intermédiaires doivent Buffire pour pallier cet inconvénient . . . du moine pour un momenl . . .

Quand niMis peverrons-nous ? demanda brusquement Fouché.

Talleyrand se pencha vers lui :

— Demain, j'irai vous voir en sortant de chez Sieyè8, dit-il, mais il faudrait que d'ici là le général consentit à promettre qu'il est prêt à répondre ;ui\ voeux de la France.

— le lui parlerai, dil Fouché.

Et profitant d'un mouvement qu'un nouveau flot de visiteurs produisait dans le salon, il quitta la place pour se frayer un chemin vers le boudoir dont La porte subissait un véritable siège.

Dans ce boudoir était réuni ce que la société féminine française domptait alors de plus charmantes, de plus jolies et de plus spirituelles femmes madame Bonaparte, mademoiselle Eortense, sa fille, madame Leclerc, madame Méchin, madame Caseaux, toute cette cour de beauté enfin et d'élégance dont la réputation devait bientôt devenir universelle.

— Eh quoi! disait le général Bonaparte en souriant a sa femme, ce n'est pas une plaisanterie? Il y a encore des chauffeurs en France.

— Mais il y en a à Taris! dit madame Bonaparte avec impatience, et la preuve c'est que dans cette rue. à deux pas de cet hôtel, on a assassiné tombe une famille. . . Demande plutôt au citoyen Fouché.

— Si j'avais une demande à lui adresser à ce sujet, ce serait pour savoir s'il a arrêté les coupables.

— Les coupables n'ont pas été inquiétés, dit Corvisart qui se tenait près des dames.

— En vérité? fit le général avec un froncement de sourcils. Quoi! des crimes se commettent en plein Paris, et trois semaines après les auteurs de ces crimes ne sont pas arrêtés?

— C'est ainsi, général.

— Je n'adresserai pas mes félicitations au citoyen Fouché.

En ce moment Lannes, se glissant dans la foule, parvint jusqu'au général et lui parla bas rapide-

Qui cela ? demanda Bonaparte.

Le petit tambour de la

\ iom »r qui a failli

pour me

< lui, mon général.

l .1 il demande à me parler ?

m- l'heure ; il •■-». dam un < i ion ext raordinaire. < ta ne voulait p d'abord : il a tellement insisté que l< ont cru devoir venir i ihercher, car il me demandait aussi. Quand il m'a VU, il m'a juré que s'il ne vous parlait pas Bur l'heure, il te brûlerait la cervelle cette nuit. Ma foi! il avait l'air tellement déterminé, que y- n'ai pae osé le ren 1 1 est brave, cet enfant, et.*. .

— Tu aa bien fait : fais-le conduire dan- mon cabinet, j<' vais aller le voir: pour qu'il in il faut qu'il Be passe quelque chose de gi

Le jeune sergent-major de la 32e était debout, devant le bureau, attendant que Bon général lui adressât la parole. Bonaparte était entré dans son cabinet, un sourire bienveillant sur les 4èi

— Bonsoir, Niorres, dit-il de cette voix qu'il savait rell.lre Si dollee et Bl tel'filde .-llivallt leS CUT-

constances.

— Mon général! balbutia le jeune homme.

— Qu'as-tu? qu'est-il arrivé? Le général Lannes m'a dit que tu avais insisté d'une façon extraordinaire pour me parler ce soir. Qu'as-tu a m mander?

— Mon général, il B'agit de mon colonel.

— De Bellegarde?

— Oui, mon général.

— Ne va-t-il pas mieux?

— Non, mon général; au contraire; le docteur Corvisart disait ce matin qu'il aurait de la peine à en revenir, ou que s'il eu revenait il resterait fou.

— Eh bien que puis- je?

— Le sauver, mon général.

— Comment ?

— En lui ordonnant de vivre: il vous écoutera, mon général.

Bonaparte haussa les épaules.

— J'aime Bellegarde. dit-il, et il le sait bien, mais quelque soit mon ascendant sur lui. crois-tu donc que je puisse l'empêcher d e mourir en lui ordonnant de vivre?

— Oui, mon général ! répondit le jeune soldat.

Et. entrant aussitôt dans de minutieux détails, Louis raconta l'état singulier de la folie du colonel. Bonaparte s'approcha de la cheminée et agita un cordon de sonnette ; un valet entra :

— Voyez si le docteur Corvisart est encore là, dit-

j|. ci priez-le, s'il est dans le salon, de passer surle-champ dans mon cabinet.

Quelquse instants après, Çorvisart entrait. — Que me dit ce soldat y demanda Le général en 'racontant en quelques mots ce que venait de lui confier le sergent-major.

— 11 a dit la vérité, répondil le docteur.

■ — Croyez-vous donc, docteur, que ma présence puisse sauver le colonel ?

• — Je ne l'affirme pas. général, mais on peut l'espérer.

■ — Alors conduisez-moi auprès de lui, sur-lechamp. J'aime Béllegarde, qui est l'un de mes meilleurs officiers, et ce que je pourrai faire pour lui, je le ferai.

— Une visite de vous sans préparation pourrait être fatale, dit vivement Çorvisart; comme médecin, je m'y oppose.

■ — Quand pensez-vous que je puisse le voir?

— Je ne sais encore; mais demain, général, je vous le dirai.

— Très bien, docteur, -et souvenez-vous que je suis à votre entière disposition.

Puis se tournant vers le sergent-major:

— Tu as entendu ?reprit le général; cela ne dépend plus de moi, maintenant, mais du docteur.

— Oui, mon général, balbutia le soldat qui paraissait embarrassé, comme s'il eût encore à formuler une demande qu'il n'osait faire.

Bonaparte devina ce qui se passait dans l'esprit du sergent.

— Que veux-tu encore? demanda-t-il.

Louis paraissait embarrassé de plus en plus, tournait son bonnet de police dans ses mains.

— Parle donc ! reprit le général avec impatience que veux-tu encore ?

■ — Un congé, mon général.

— Un congé? reprit Bonaparte avec étonnement.

— Oui, mon général, un congé. . . illimité, pour moi, Bossignolet et Gringoire.

Le général fronça le sourcil. ■

— Un congé illimité? dit-il. Voulez-vous donc tous quitter le service?

— Oh ! non, mon général.

— Eh bien ! alors, que signifie cette demande ?

— C'est pour pouvoir soigner mon colonel, et au besoin nous absenter s'il le fallait, mon général.

— Dans ce cas, dit Bonaparte, vous n'avez pas besoin de congé, nar le fait, vous êtes tous trois détachés de votre corps et en mission en France. Enfin cela ne dépend plus de moi, mais du ministre de la guerre.

— Mon général, si vous n'avez pas besoin de nous pendant quelques jours, c'est tout.

Bonaparte réfléchit.

— Je vous accorde à tous trois un congé jusqu'au 15 brumaire, dit-il. Soyez à Paris le 16, car à partir de ce moment vous serez incorporés tous trois dans le 31e chasseurs, le régiment que Murât commandait eu Italie. Va, jusque-là, tu es libre.

Et Bonaparte, adressant un geste amical au sergent-major, prit le bras de ( 'orvisart et quitta avec lui le cabinet.

— J'aime cet enfant, dit le général; c'est un de ces soldats destinés à devenir chefs: intelligence, courage et générosité sont de puissants moteurs. 11 adore Béllegarde.

— Pauvre colonel! murmura Çorvisart.

— Est-il donc perdu?

— Je le crains; la disparition de sa femme a été pour lui un coup terrible.

— Oui, reprit Bonaparte; M. d'Adoré, que j'ai connu jadis en Italie, m'a parlé de cette affaire en détails. Il prétend que la mort de ces malheureuses jeunes femmes doit être mise sur le compte d'un crime.

— 11 a raison.

— Ainsi, vous aussi croyez...

— Je crois aux chauffeurs, général, et pour moi, ce que vous disait madame Bonaparte tout à l'heure, à propos de madame Geoffrin, n'était que l'expression de la plus stricte vérité.

— Il n'y avait pas exagération?

— Je ne le crois pas.

Le général et le docteur rentraient alors dans le salon. Tous s'écartaient respectueusement sur leur passage. Bonaparte saluait avec cette grâce qui lui était familière et qui le rendait irrésistible lorsqu'il voulait l'être. Fouehé, qui s'était glissé sur le premier rang, frappa les regards du général. Il s'arrêta devant lui :

— Savez-vous ce qui m'étonne le plus depuis mon retour en France? lui dit-il.

— Non, général ! répondit Fouehé en s'inclinant.

— C'est d'entendre parler à tout propos de l'organisation des chauffeurs.

- — Mais, général, dit le ministre en se mordant les lèvres, vous n'en entendrez plus parler longtemps, car on est sur la trace de .es Dandits.

—Hélas ! dit Kegnaud en souriant, voici bien longtemps que l'on est sur leurs traces!

— C'est qu'on y reste ! murmura Talleyrand.

Le général, qui avait entendu le mot, lança au diplomate un regard profond. Talleyrand, se glissant comme une couleuvre, était près du général au moment où celui-ci atteignait l'embrasure d'une fenêtre.

No 51

ERNEST CAPENDU

Grand roman dramatique illustre, en quatre parties. PiiMir €-11 r.Lsciculfs df ;■' |».'i nit bontei le» semaines.

DIMANCHE. LE i9 NOVEMBRE 1905

EN VENTE A 5ct». LE FASCICULE

LA LITTERATURE MODERNE

iôio, RUE NOTRE=DAME.

MONTREHL

BIBf-TAPIN

"La France insultée au dehors ! dit-il d'une voix sifflante, ses conquêtes perdues, l'Italie replacée sous la domination autrichienne, les Prussiens sur le Phin, à l'intérieur l'anarchie, le vol, le pillage ! Pas une route sûre ! Partout défiance et inquiétude . . . Général ! général ! la France a besoin de vous !"

Bonaparte tressaillit, mais il ne répondit pas.

— J'aurai l'honneur de vous voir demain? reprit Talleyrand en s'inclinant.

Le général lui adressa un geste affirmatif, puis il pasâa. Le diplomate se glissa dans la foule : il rencontra Fouché qui lui prit le bras et l'entraîna vers la porte de sortie :

— Vous partez? lui dit Talleyrand.

— Je vais au ministère !

— Pourquoi ?

— Pardieu ! pour en finir avec les chauffeurs. N'avez-vous pas vu le mécontentement du général ? Je veux lui prouver avant quinze jours ce que peut la police dans mes mains.

Talleyrand le regarda attentivement :

— Sérieusement, dit-il, pensez-vous pouvoir débarrasser la France de cette plaie?

— Oui ! dit Fouché ; depuis un mois mon plan est fait, et je réponds de la réussite.

Tous deux atteignaient alors le vestibule de l'hôtel; les valets s'étaient précipités pour faire avancer les équipages.

Talleyrand avait sa main appuyée sur le bras du ministre.

"Savez-vous ce que c'est que la Eépublique? lui dit-il en souriant de ce pâle sourire qui lui était particulier.

— Quelle question me faites-vous là? répondit Fouché, qui évidemment ne voulait pas répondre.

— Consultez l'histoire grecque et l'histoire romaine, vous me répondrez.

— Qu'est-ce que c'est?

— La Eépublique?. . . C'est le trait d'union entre la royauté et l'empire !"

La voiture venait d'avancer, la portière était ouverte : Talleyrand s'élança dans l'intérieur sans regarder son interlocuteur.

Page 1