QNE ARRESTATION
Ah !
"Au nom de la loi ! avait répété Gervais. mon Dieu! qu'est-ce que ça peut être?
— Ouvrez-done ! eria-t-on du dehors.
■ — Mais. . . citoyens. . .
— Ouvrez ! ou je vais enfoncer la porte."
In coup de crosse retentissant bruyamment appuya la menace. Madame Gervais avait lestement l»assé ses pantoufles et enfilé une robe du matin. Kl le courut ouvrir."
Un homme, la taille ceinte d'une écharpe tricolore, s'avança sur le seuil: dans l'ombre on pouvait distinguer la tête de plusieurs soldats. L'homme entra, et s'adressant à Gervais. qui, toujours en chemise et pieds nus, demeurait immobile et comme métamorphosé en statue, il lui posa la main sur l'épaule :
''Le citoyen Gervais? dit-il.
— C'est moi. balbutia Gervais.
— Au nom de la loi. tu es invité à me suivre. Habille-toi!
— Mais... pour aller où?
— Cela ne te regarde pas ! habille-toi ou je te fais enlever ainsi.
— Mou mari ! mon pauvre mari ! . . . s'écria ma-
dame Gervais en se précipitant clans les bras du bourgeois qui demeurait comme hébété.
— Allons! reprit l'homme à l'écharpe. pas de scène et dépêchons-nous/5
Madame Gervais voulut insister, mais prières. supplications, instances, tout fut inutile. (Servais était toujours immobile à la même place et paraissant ne pas avoir conscience de ce qui se passait sous ses yeux.
Au moment où on avait frappé, le bourgeois avait achevé sa toilette de nuit, c'est-à-dire qu'il était en simple chemise, pieds nus et la tête recouverte de son superbe bonnet de coton à la fontange bleu de ciel.
Surpris, atterré, foudroyé par la visite inattendue, il n'avait pas fait un mouvement.
"Allons! habille-toi!" reprit le fonctionnaire public.
Et comme Gervais ne paraissait pas comprendre, l'homme à l'écharpe saisit un vêtement que le bourgeois avait placé dans une chaise et il le lui lança à la volée.
Le contact du drap qui atteignit Gervais en pleine poitrine, parut lui rendre enfin l'usage de ses facultés.
— M'ha . . . rn'ha . . . m'habil ... 1er . . . niurmura-t-il d'une voix chevrotante; et pourquoi faire?
— Eh ! par dieu ! pour me suivre !
— Mais tu arrêtes donc mon mari, citoyen! s'écria madame Gervais.
— Voici l'ordre, signé du ministre de la police, dit le fonctionnaire public en exhibant un papier qu'il tira de sa poche.
— L'arrêter ! lui, mon mari ! s'écria madame Gervais qui paraissait ne pas en croire ni ses yeux ni ses oreilles.
• — Eh oui ! . . . Allons, dépêchons !
— Mais pourquoi t'arrête-t-on?. . . reprit la femme en secouant vigoureusement son mari ; qu'est-ce que tu as fait ? Tu es donc un vaurien, un brigand?
— Mais... mais... je ne- sais pas! balbutia Gervais ahuri.
— Comment tu ne sais pas?
— Allons, habille-toi ! ou je te fais enlever comme tu es là.
— Mais, citoyen, de quoi accuse-t-on mon mari?
— Tu le sauras plus tard.
— Mon mari ! mon pauvre mari !
— Cor bleu ! finissons-en! s'écria l'homme à l'écharpe.
Gervais s'habillait machinalement sans paraître savoir ce qu'il faisait. Enfin, tant bien que mal,
il acheva sa toilette. L'homme à l'écharpe le saisit par le bras pour l'entraîner.
Alors la -cène menaça de tourner au tragique; madame Gervais, revenue un peu du saisissemenl qu'avait causé cette arrestation nocturne, madame Gervais se jeta au cou de son mari, qu'elle ne voulait pas laisser partir. C'étaient <\<>> cris, des sanglots, des prières.
La maison tout entière retentit des éclats de cette scène; Rose, Antoine, la bonne accoururent, ne sachant ce qui se passait.
■ — 'Dépêchons ! dit le fonctionnaire public.
De la main il fit signe à deux soldats d'emmener Gervais; les soldats obéirent: Gervais fut enlevé en dépit des cris de sa femme et des prières de Rose.
Il était tard déjà ; un fiacre attendait à la porte de la rue. Gervais, qui avait à peine conscience de ce qu'il faisait, tellement la peur paralysait ses facultés mentales, Gervais se laissa hisser dans cette voiture. Celui qui l'avait arrêté monta près de lui ; deux soldats s'installèrent sur le devant, et tandis que madame Gervais pleurait et sanglotait, le fiacre partait au galop.
Il arriva rapidement au ministère de la police. Gervais fut invité à descendre et il obéit. Deux soldats le conduisirent dans une pièce faiblement éclairée et le laissèrent en face d'une banquette sur laquelle le pauvre bourgeois tomba plutôt qu'il ne s'assit.
Il était là sans pouvoir se rendre compte encore de ce qui lui était arrivé, quand un bruit assez violent retentit à sa gauche: une porte opposée à celle par laquelle il était entré s'ouvrit avec fracas, et un homme fut poussé vigoureusement dans la pièce.
— Gorain ! s'écria Gervais.
— Gervais ! dit Gorain.
Les deux amis se regardèrent plus hébétés que jamais, la physionomie consternée, l'air hagard.
— Qu'est-ce que tu viens faire ici? demanda Gervais.
— Et toi ? dit Gorain.
— On m'a arrêté cette nuit dans mon chez-moi.
— Et moi pareillement.
— Mais pour quoi faire? qu'est-ce qu'on nOuS veut ?
— Je ne sais pas?
— Où sommes-nous d'abord?
— Ah ! . . . il me semble . . . Attends donc ! . . . Ah ! mon Dieu ! Xous sommes au ministère de la police ! Fouché veut encore nous parler.
— -Moi qui ai eu si peur la première fois.
Une porte en s'ouvrant en face d'eux interrom-