ti
lui [es doux bourgeois. I ne orte d'hui [or ••
|'iv .ni ,i .1 L'UX :
— En! roz ! leur dit-il.
Gorain ol Uervaiï obéiront. Il- franchirent le seuil d'une piôi u gra nde, bien meublée, au cenl rc de laquelle était placée une énorme table-bureau - un lu rgée tl(! lia «ses, de In re . de 'I"- -ht-.
I )cii\ aul res tables plai ée cont re la muraille étaient également encombrées de papiers et de livres. Des sièges étaient placés, çà et là. Un grand Peu brûlait dans une magnifique cheminée, et des lampes posées de distance en distance sur les meubles éclairaient splendidement l'intérieur de eje cabinet de travail.
In homme, les deux mains enfoncées dans Les poches de sa culotte, La tête courbée, le front penché «'ii avant, dans l'attitude d'une méditation
profonde, se pr enait dans toute La Longueur de
la pièce, tournant le doa aux deux amis.
(Vu\-ri étaient demeurés, pâles et émus, à L'entrée du sanctuaire, dont L'huissier avait refermé sur eux la porte. N'osant ni avancer ni reculer, ni tenter un mouvement, ni formuler un son. les deux bourgeois restaient comme deux Btatues du dieu Terme.
Enfin Le promeneur, arrivé à L'extrémité du salon, se retourna, et La physionomie si intelligente de Fouché, Le ministre de la police, apparut alors en pleine lumière. 11 s'avança jusque sur les deux amis sans prononcer un mot : puis les toisant d'un regard courroucé qui augmenta le malaise des ] >;i u x res bourgeois :
— Ah! dit-il, encore vous! Nous n'en avons pas fini, il [tarait, avec votre interrogatoire...
Marchant vers son bureau, il attira à lui son Fauteuil, prit place et invita d'un geste impérieux Gorain et Gervais à s'avancer:
— Ecoutez, dit-il, cette disposition de la loi.
Fouché avait pris une grande feuille de papier timbrée aux armes de la République.
— Seront condamnés à la peine de mort : tous ceux qui auront été convaincus de faire partie de l'une de ces misérables bandes de chauffeurs qui désolent la France.
Seront considérés comme faisant partie de cette bande tous ceux qui non seulement en sont membres actifs et opérants, mais encore tous ceux qui. par un moyen quelconque, auront facilité aux assassins l'accomplissement d'un crime, tous ceux qui. auront profité de ces crimes, tous ceux qui, sciemment, auront donné un abri aux bandits; tous ceux enfin qui, à quelque titre que ce soit, auront servi ou protégé ces monstres dont la patrie doit être purgée.
rotant et en rejetant la feuille.
< lorain et G • rent le citoyen m
i re de i.i pohr. ; ensuite Miénnv- |,in- ,i- abaissèrent leu plancher.
Lors de votre premier inten \ it ton. h.',' je n'avais pas '-ni d rappe-
ler ces disposit ion- d'un décret non rêté par le gouvernement en vue des attentat désolent le pays; mai.- avant de fouiller vot consciences, j'ai Voulu cette loi ain-r la :
Il s'agit donc, citoyens, de la peine de mon
••.-t bien pi
rjNE NUIT AGITEE.
Les deux bourgeois demeuré] rdits, in-
capables de formuler un son; a peine avaient-ils pu comprendre. Fouché les examinait attentivement.
— Vous avez entendu? reprit-il. Seront condamnés a mort ton- Les chauffeur-, et seront sidérés comme chauffeurs tous ceux qui. par un moyen quelconque auront facilité aux L'accomplissement d'un crime: ton- ceux qui auront profité de ces crimes. Comprenez-vous pour vous la portée de ce que je viens de dire?
Gorain et Gervais, l'oeil ti\e et le cou tendu, ne firent pas un mouvement. Rien en eux ne témoignait, au reste, qu'ils eussent parfaitement compris ce que venait de leur dire le ministre de la police.
— Vous êtes soin L'inculpation d'un des crimes les plus graves, poursuivit de nouveau Fouché.
— Xous? balbutia enfin Gervais.
— Eh oui ! vous deux. Gorain et Gervais.
— Eh ! mon Dieu, mon Sauveur, de quoi nous accuse-t-on ?
— De faire partie de l'association des chauffeurs.
Gervais fit un tel soubresaut, qu'il faillit tomber à la renverse. Gorain se prit à trembler avec une violence si grande que ses dents claquèrent.
— Des. . . des chauf. . . chauffeurs. . . Xou-.. . ! dit Gervais en sentant ses jambes se dérober sous lui.
« — Chauffeurs! dit Gorain devenu plus blême qu'un linceul.
— Oui. reprit Fouché. vous êtes accusés d'être associés à la bande dont les principaux chefs vontêtre entre mes mains.
— ]\rais . . . mais dit Gervais., je serais... donc chauffeur. . . sans Le savoir.
— Je jure mes grands dieux, bui ma vie et par tous Les saints... commença Gorain.
— Vous niez ?
— Oîi oui ! dit Gênais.
— Alors, comment expliquez-vous La présence, dan- votre maison de Saint-Cloud, des draps volés lors des crimes accomplis rue de la Victoire?
—Des draps volé.-, répéta Gorain; mais je n'ai jamais volé. . .
— Avez-vous une maison de campagne à Saint- Cloud, rue de l'Eglise?
—Oui, citoyen.
— Reconnaissez-vous avoir emmagasiné dans cette maison quarante-deux pièces de drap d'Elbeuf?
—Oui.
— Eh bien! ces draps étaient volés.
— Volés.
— Oui; et en les recevant dans votre maison, en Les y emmagasinant, en les y cachant, vous avez t'ait métier de receleur.
— Ah! par exemple, citoyen, je jure...
— Avez-vous acheté ces drap.-?
— Non.
— Comment en étiez-vous propriétaires ou dépositaires alors !
— Mais... citoyen... nous sommes des munitionnaires en second en premier. Xous l'avons déjà dit.
Fouché haussa les épaules avec impatience.
— Lors de votre premier interrogatoire, reprit-il, vous m'avez déjà fait cette réponse. Depuis lors je me suis t'ait donner tous les renseignements nécessaires, et il résulte qu'en prétendant être ce que vous affirmiez vous cherchiez à détourner les soupçons qui planaient sur vous.
Gorain. et Gervais se regardèrent avec un embarras indicible.
— Xous voulions détourner les soupçons? reprit Gervais.
— Eli! sans doute, s'écria Fouché. Le moyen de supposer que vous soyez assez sots tous les deux pour vous être laissé berner ainsi depuis des années. D'ailleurs, vous avez profité des bénéfices de cette criminelle association, et pourquoi vous aurait-on admis au partage si vous n'aviez pas été utiles dans l'entreprise?
— Mais... mais je ne comprends pas, s'écria < rorain.
— Ni moi. ni moi. dit Gervais.
11 était évident que les deux amis commençaient à perdre la tête. Pâlissant et rougissant tour à
tour, ouvrant des yeux énormes, balbutiant, la respiration Leur taisant défaut, sous, l'empire enfin d'une terreur qui annihilait leurs facultés intellectuelles, si peu énergiques d'ailleurs, les pauvres bourgeois étaient sous le coup de l'une de ces perturbations mentales qui peuvent quelquefois devenir dangereuses.
Fouché s'aperçut de cet état de surexcitation qui, poussé à L'extrême, eût atteint un but opposé à celui qui se proposait le ministre. Connaissant à fond les hommes, et ayant été à même jadis de juger ceux qu'il avait sous les yeux, Fouché avait voulu tout d'abord effrayer les deux bourgeois en leur exposant la situation dans ce qu'elle avait de plus terrible; il voulait leur faire voir les précipices qui les entouraient, et leur montrer que la seule voie de salut à suivre était celle de la vérité.
Fouché avait parfaitement réussi dans la première partie de son système; il avait affolé les deux malheureuses dupes du Roi du bagne; mais augmenter leur terreur eût été causer leur hébétement, et dès lors on n'eût plus pu rien tirer d'eux.
Aussi Fouché prenant place devant son bureau il ans son fauteuil, apaisa-t-il le feu de ses prunelles pour adresser un regard de commisération à Gorain et à Gervais.
— A 'oyons, dit-il après un moment de silence, ne tremblez pas ainsi. Je vous accuse, il est vrai, mais si vous êtes innocents vous pouvez me prouver votre innocence, je suis prêt à vous entendre. Parlez, répondez. Comment avez-vous connu ces misérables dont vous êtes devenus les complices?
— Mais, balbutia Gorain, c'est Gervais qui...
— Ce n'est pas vrai ! Interrompit Gervais, c'est Gorain qui. . .
— C'est toi qui a eu la lettre.
— Mais c'est toi qui as eu la maison.
— C'est à cause de toi qu'on nous a nommés mu nitionnaires en second.
— En second, oui; mais c'est à cause de toi que nous sommes devenus munitionnaires en second en premier.
— Enfin Camparini était devenu ton ami.
— De Sommes était le tien.
Fouché laissait discuter les deux bourgeois sans essayer de les interrompre. Il pensait que de cette dispute jaillirait peut-être l'étincelle lumineuse qu'il voulait voir produire.
— Lors de votre premier interrogatoire, repritil. vous, m'avez expliqué la façon mystérieuse dont vous arrivaient, la nuit, les marchandises à emmagasiner, et celle non moins étrange dont l'expédi- "tioii de ces mêmes marchandises était ensuite faite. .\L*avez-vous dit la vérité?
I lui, oh ! oui, direnl à la Poil < Lorain et 1 1 ivcc un a< cenl qui n'admet bail pat la doute. El que] e i ce Thon
( !'e i nu chef. . . du mois - il L'a prétendu, 'lit. Qervn
< )n de ure-t-il ?
Noua ne L< pas.
El ce < lamparini, vol re ancien ami, qu'est il devenu celui là ?
\li ! je ne mort . dil
( lorain.
< lui, M es! mort, ajouta ( 1er
El commenl touchiez-vous L'argeni résultanl des bénéfices de L'associai ion ?
— Tous Les trois mois on nous apportai! notre part dans Les bénéfices.
— Qui cela?
— Nous ue Bavons pas.
— Commenl ?
— Oui. citoyen ministre, cela arrivai! dans une lettre: c'était un mandat sur un banquier de Paris.
— Toujours Le même banquier?
— Toujours le même, oui, citoyen ministre.
— Et ce banquier, qui est-il?
— Le citoyen Cbivry.
— Mais par qui étaient signés les mandats tirés sur lui ?
— Par lui-même ; ce n'était pas des billets ni des traites, c'étaient des bons sur sa caisse, revêtus de sa signature et payables au porteur.
— Et quelle signature portaient les lettres qui vous envoyaient ces bons?
— Aucune, citoyen ministre; il n'y avait pas de lettre même : les bons étaient placés dans un grand papier blanc, plié comme une missive, avec l'adresse de Gorain à Saint-Cloud, voilà.
— Et ces bénéfices, à combien montaient-ils par an ?
— Dame ! cela dépendait, dit Gervais qui avait pris la parole en homme décidé à tout dire, il y avait des années où c'était meilleur, et d'autres où c'était moins bon!
— A combien montaient les moins bonnes?
— Comme qui dirait quatre mille livres chacune.
— Et les meilleures?
— Oh ! il y en a eu une qui a été à neuf mille cinq cents !
— Mais comment gagniez-vous cet argent?
— En étant munitionnaires en second.
— Maie que f aisiez-vous ?
— Eien. . . c'était l'avantage du métier! dit vivement Gervais ; sans cela . . . s'il avait voulu travailler . . .
.nu, >■! q
Oui, oui, «lit I ouché, je comprend
< lamparini, roui ne L'avez p
Jamais d< land il i
pour L'Italie.
< 'i I -.1 dire an moment où Le cl
Iliel ,
l' reprenant à haut l >epuif -H départ de Fran< donc pas re^ u ?
— Jamais.
— Et reçu de Bes uouvell
— Non plu.-; c'est pourquoi je rp.i- qtf
morl . le brave homme.
— Le brave homme '. s'écria Fouchi ce qu'il était ?... On ancien forçat, condamné jadis pour assassinat, vol et incendit, et qui a rompu • ■ chaînes il y a vingt ans !
— Un. . . un. . . un. . . forçat !. . . dit Gorain en Frémissant.
— Condam...né pour a --.-... -i .. .nat ! dit
< Lorain.
Les deux amis se regardèrent en joignant les main-.
— Et quand je pense, s'écria Gorain, que c'est toi, Gervais, qui . . .
— Ce n'est pas vrai ! c'est toi !.. . hurla le bonncler
— Silence! fit Fouché avec autorité: écoutez mes demande- et répondez ! Outre ce Camparini, vous aviez connu d'autres membres de ce que vous nommiez l'association des munitionnaires?
— Oui, citoyen ministre, répondit Gervais; il y avait d'abord ce bon Ghivasso, et puis cet excellent Pick, et puis Jonas. . . et puis deux ou trois autres. ]. J
— Que sont devenus ces hommes?
— Je ne sais pas.
— Xi moi, dit Gorain.
— Tous ne les avez pas revus depuis le départ de Camparini?
— Xon, citoyen !
— ^Mais qui avez- vous vus depuis ?
— Des amis, des munitionnaires intermédiaires qui venaient nous voir avec les preuves que nous pouvions avoir confiance en eux. . .
— Et Thomas est un de ceux-là?
— Oui, citoyen ministre.
— Et vous ne l'aviez pas vu avant 1797 ?
— Xon, citoyen ministre.
— L'un de vous doit avoir des notes relatives à
ces hommes avec lesquels vous avez été en relaiions depuis la disparition de Camparini ?
— Oui, dit Gorain, c'est-à-dire que nous les voyions sans savoir leur nom ni leur adresse; mais cej>endant je ne sais pas comment cela se fait, mais j'ai retrouvé l'autre fois, il y a deux jours, un papier sur lequel il y avait le nom de quelques-uns de ces citoyens avec leur adresse à Paris, et j'ai eu beau me creuser la tête, je ne me suis pas souvenu où et comment j'avais eu ce papier.
— Ce papier? où est-il? demanda vivement Fouehç.
Gorain fouilla dans sa poche et en tira un volumineux portefeuille qu'il ouvrit et dans lequel il prit un papier plié qu'il présenta au ministre.
Fouché prit le papier d'une main et le portefeuille de l'autre. 11 plaça le portefeuille sur son bureau et il ouvrit le papier qu'il se mit à lire avec une extrême attention.
Se levant alors et repoussant le fauteuil qu'il venait de quitter il se mit à marcher lentement dans la pièce, paraissant réfléchir profondément sans se préoccuper de la présence des deux bourgeois qui demeuraient tremblants et immobiles, osant à peine respirer.
"Je comprends ! je comprends ! murmurait Fouché en se pinçant le menton entre le pouce et l'index, tant que la désorganisation a régné en France, tant que le crime a pu affronter la lumière du soleil, Camparini et les siens ont marché à visage découvert. Puis Tordre un peu rétabli, quand il a fallu nouer les fils de cette immense intrigue -du chauffage, ils se sont retirés dans l'ombre, laissant * avant seulement les pantins qu'ils sacrifiaient.
Gorain et Gervais ont dû servir d'éclaireurs à cette bande infernale, ainsi que le pensait Jacquet. C'est pour cela que, depuis trois années, aucun ancien visage ne s'est montré à eux, que la police 3 été trompée et que n'ayant retrouvé aTTeune note, aucuns rapports relatifs à ces hommes, j'ai pu croire que l'organisation du chauffage leur était étrangère.
Oh ! ce Camparini ! qu'a-t-il pu devenir ? Est-il mort réellement? Cet homme, cette incarnation du mal. où est-il à cette heure? On ne le voit pas et cependant on le sent derrière cette association si puissante.
Jacquet avait raison d'entrer dans la voie qu'il voulait suivre, c'était la seule bonne et j'ai eu tort de le retarder... Oh! cependant il faut que je réunisse entre mes mains tous les fils de ces épouvantables intrigues ! . . . Le général Bonaparte trouve ma police mal faite ... et, pardieu ! il faut l'avouer, il a raison ; mais patience, qu'on me lais-
se le temps d'établir et de faire fonctionner les rouages que je rêve ..."
Fouché s'arrêta en réfléchissant.
"Ces deux niais ne savent évidemment rien . . . mais pourquoi les avoir employés dans ces derniers temps ? reprit Fouché. Pourquoi surtout leur avoir confié les draps d'Elbeuf quand on devait savoir que ces draps seraient facilement saisis... Il y a là une intrigue mystérieuse qu'il faudrait) dévoiler. Puis pourquoi cette réunion bruyante dans la maison de Gorain la nuit de l'enlèvement des deux femmes et des deux enfants? Tels que ces enlèvements étaient organisés, il était facile de procéder sans bruit, sans esclandre ... Le souper était absolument inutile au point de vue du crime à accomplir. . . il y a là encore un point qui demeure £>our moi dans les ténèbres. . . Enfin cette liste de noms que vient de me remettre Gorain . . . Comment a-t-on laissé entre ses mains un document de cette importance? Camparini est plus fort que cela.
Un coup léger frappé à la porte interrompit les réflexions de Fouché.