L'HOTEL - DIEU
Au septième siècle, une grande route traversait la Cité. Cette route partait du Petit-Pont, s'avançait dans l'intérieur de l'île et suivait la direction de la rue du Marché-Palud jusqu'au point où vinrent plus tard y aboutir les rues Saint-Christophe et de la Calandre.
Arrivée à ce point, la route tournant à gauche et presque à angle droit, suivait la rue de la Calandre qui, dans un titre du treizième siècle, est désignée par ces mots: "Koute qui va du Petit- Pont à la place Saint-Michel." Au bout de cette rue de la 'Calandre était la place du Commerce (depuis place Saint-Michel). La route alors tournait à droite, suivait la direction de la rue Saint- Barthélémy et aboutissait au Grand-Pont.
A l'est de cette route, disent les légendes du temps, s'élevait l'église cathédrale, la maison de l'église, le baptistère, l'école et la maison des pauvres, c'est-à-dire un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l'église. Ces pauvres, nommés matriculaires, étaient logés dans cette maison et y étaient soignés lorsqu'ils étaient malades: telle fut l'origine de l'Hôtel- Dieu, ce magnifique hôpital, universellement connu et auquel presque tous les écrivains ont donné saint Landri pour fondateur, sans s'appuyer sur aucune preuve.
Dès son origine, l'hôpital fut reconnu trop petit pour le nombre de ceux qui se présentaient. Les lits manquaient pour recevoir les malades, et l'église Notre-Dame dut y pourvoir par un statut de 1168, qui porte que chaque chanoine en mourant ou en quittant sa prébende sera tenu de donner un lit à l'Hôtel-Dieu.
Puis vinrent les donations et entre autres celleci, d'Adam, clerc du roi (à la date de la dernière année du douzième siècle), qui faisait don de deux maisons dans Paris à l'hospice, à la condition qu'au jour anniversaire de sa mort on fournirait chaque année aux malades tous les mets qu'ils pourraient désirer, dussent-ils leur faire le plus grand mal.
Philippe Auguste est le premier roi qui ait fait quelques libéralités à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Dans ses lettres du mois de mars 1208, il est dit : "Nous donnons à la maison de Dieu de Paris, située devant la grande église de la bienheureuse
Marie, pour les pauvres qui s'y trouvent, toute la paille de notre chambre et de notre maison de Paris chaque fois que nous partirons de cette ville pour aller coucher ailleurs."
Saint Louis et Charle V exemptèrent d'impôt l'Hôtel-Dieu et lui donnèrent môme des bénéfices. A partir de ce moment, l'hôpital augmenta rapidement d'importance et fut bientôt à même de rendre à la population de grands et d'importants services.
En 1835, Antoine Duprat, légat du pape, fonda une salle entière à l'hôpital, salle qui porta le nom du Cardinal-Légat.
En 1606, Pomponne de Bellivore fît bâtir la salle Saint-Charles, et le roi Henri IV la salle de Saint-Tromas.
En 1737 (la nuit du 1er au 12 août), le feu prit subitement à l'Hôtel-Dieu: il dura cinq jours. Plus de 250 malades furent transportés dans la nef de Notre-Dame. En 1772 (la nuit du 29 au 30 décembre), le feu éclata encore; plusieurs centaines de malades périrent dans les flammes.
Jusque sous Louis XVI, cet hôpital, qui offre de si grandes irrégularités dans ses constructions, était plus ir régulier encore et le service y était fait dans des conditions telles qu'on y comptait un mort sur quatre malades entrant, tandis qu'à la Charité on comptait un mort sur sept.
"Les lits, dit un rapport du temps, sont entassés dans les salles et les malades entassés dans les lits. Il y en a souvent quatre et quelquefois six couchés ensemble. Dans certaines occasions extraordinaires de presse, on va même jusqu'à placer les malades les uns sur les autres par le moyen de matelas superposés. . .
"Louis XVI ordonna alors la construction de quatre nouveaux hôpitaux pour dégager l'Hôtel- Dieu, et il invita tous les bons citoyens à envoyer des dons pour activer l'érection de ces établissements précurseurs de la Eévolution, mais la disette des finances absorbèrent les capitaux.
Ce ne fut qu'en 1793 que l'Hôtel-Dieu fut dégagé de son trop-plein journalier de malades et que le nombre des lits diminué rendit l'hospice plus salubre.
Aujourd'hui que le gaz illumine Paris et permet à peine de regretter les rayons du soleil, on se fait difficilement une idée de ce qu'était jadis Paris la nuit, quand les lanternes à l'huile, allumées souvent une sur deux dans les quartiers riches, ne l'étaient que rarement dans les quartiers pauvres.
No 52
ERNEST CAPENDU
Grand roman dramatique illustre, en quatre parties.
Publié en fascicules de ',•■-]' '•:'"• h ""ai Mil tontef les semsines<
DIMANCHE, LE 26 NOVEMBRE 1905 EN VENTE A 5cts. LE FASCICULE
LA LITTERATURE MODERNE
iôio, RUE NOTRE-DAME.
MONTRBHL
C'étaient les bords de la Seine, la Cité, qui étaient alors sombres et d'aspect sinistre. La nuit, le parvis Notre-Dame, avec ses abords si étroits à cette époque, ses grands bâtiments des hôpitaux, lugubrement étendus et paraissant ramper aux pieds de cette colossale cathédrale, le parvis avait quelque chose d'effrayant; aussi était-il rare d'entendre son pavé résonner sous le pas d'un promeneur.
Cette nuit-là cependant, et tandis que le citoyen Eoger invitait Gorain et Gervais, stupéfiés par le changement subit de leur situation, à prendre part à souper servi, un homme, enveloppé dans un grand manteau, traversait le Petit- Pont et, s'enlvnçant dans l'intérieur de la Cité, s'avançait vers le Parvis Notre-Dame.
Cet homme marchait d'un pas rapide, comme quelqu'un qui a hâte d'atteindre un but et qui se soucie fort peu des fâcheuses rencontres auxquelles il serait exposé. Une canne énorme, l'une de ces massues telles qu'en portaient les incroyables, était attachée à son poignet par une forte lanière de cuir.
Le pan du manteau était lancé sur l'épaule et recouvrait tout le bas du visage, dont un chapeau enfoncé sur les }Teux dérobait tout le haut. Comme le promeneur achevait de traverser la place du parvis, en se dirigeant vers la porte de l'hôpital, cette porte s'ouvrit au moment même où il allait frapper, et deux hommes en sortirent, marchant rapidement, en gens fort affairés et se tenant la main comme pour se dire adieu.
L'homme au manteau n'avait pas eu le temps de se rejeter en arrière, de sorte que les deux hommes qui sortaient furent obligés de s'écarter pour le laisser passer au milieu d'eux. Le promeneur nocturne fit un mouvement d'impatience, hésita, puis passa rapidement et disparut dans l'intérieur de l'hospice.
— Qu'est-ce que celui-là ? dit l'un des deux hommes avec étonnement.
Ils écoutèrent, mais ils n'entendirent aucun bruit.
"C'est quelqu'un de l'hospire sans doute, car sans cela le concierge ne l'eût pas laissé entrer à pareille heure.
— Est-ce que vous avez vu son visage, Corvisart ?
— Ma foi non, mon cher Dupuytren; son manteau l'enveloppait si bien que je ne l'ai pas vu. Et vous?
— Je l'ai vu ou du moins j'ai cru le voir.
— Comment ?
— Une distraction bizarre sans doute, un effet d'optique. Quand cet homme a passé près de moi,
je ne sais comment cela se fit, son manteau s'écarta un peu et il me sembla lui voir un masque sur le visage.
— Un masque?
— Oui ; vous voyez bien que j'ai été le jouet d'une illusion, puisque nous ne sommes pas en carnaval.
— Et dans tous les cas, on n'entre pas à l'Hôtel- Dieu masqué. Mais que pensez-vous de mon malade?
— Ma foi, c'est un cas des plus bizarres, et je vous remercie de m'avoir fait venir pour assister à cette étrange agonie."
Les deux docteurs s'étaient pris par le bras et s'éloignèrent dans la direction du Grand-Pont, disparaissant dans les ténèbres.
L'homme qui les avait croisés était entré dans l'hospice et s'était dirigé aussitôt, en personnage connaissant les lieux, vers le petit poste occupé par le surveillant en chef des gardiens de nuit.
Sans abaisser son manteau et enfonçant plus encore son chapeau sur son front, de manière qu'il était littéralement impossible de distinguer les traits de son visage, il tendit la main et présenta sans mot dire un papier tout ouvert au gardien.
"Très bien, citoyen, dit celui-ci en se levant vivement; j'étais prévenu. Veux-tu que je te conduise ?
— Xon; donne l'ordre seulement qu'on me laisse circuler librement dans les 6alles, répondit l'homme au manteau.
Le gardien en chef appela un surveillant d'un ordre subalterne et lui parla bas ; l'autre fit un signe affirmatif et se prit à courir. L'homme au manteau s'enfonça dans l'intérieur de l'hospice et gagna la première salle, qu'il parcourut; puis il passa dans la seconde, dans la troisième, et enfin il atteignit la quatrième, celle réservée à la catégorie des blessés par ^accident.
Une fois entré dans cette salle, il marcha lentement, paraissant chercher et examinant les lits avec le plus grande attention. Dans l'une des rangées placées au centre de la salle et la coupant dans toute sa longueur, était un lit occupé par un malade, dont l'état était assez satisfaisant, car il dormait d'un sommeil profond et calme.
L'homme au manteau s'était arrêté devant ce lit, une des lampes-veilleuses, accrochées au plafond de distance en distance, jetait sa pâle clarté ' sur cette partie de la salle et permettait de distinguer les malades : celui étendu dans le lit devant lequel s'était arrêté l'homme au manteau était éclairé suffisamment pour qu'on pût l'examiner en détail.
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i . malade avait le \ i âge ert reniement mais iii.n pe de oette pâleur aux reflet eert qui décèle l'envahi ement de la bile: il avait ectte pâ« leur mate ei marbrée provenant d'une trop grande perte de Bang. L'une de e m. un . étendue lit, témoignait également '!«• cette cause de la blancheui du \ isage.
Tel qu'il était, le malade n'était pas beau, dans l'acception propre du mot : maie il avait cependant cette distinction que donne la pâleur mate, et une expression de bonté et d'insouciance, donnant traita calmée plus de calme encore, rendait L'ensemble att payant et aimable à contempler.
Une forêt de cheveux retombait en tous ïens sur l'oreiller, et de grandes moustaches aux bouts pointus allant déjà rejoindre l'oreille, menaçaient pour peu qu'on les y aidât, de faire une rosette derrière lo cou.
L'homme au manteau demeura un moment immobile, absorbé dans sa contemplât ion, puis il Laissa retomber les plis de son lourd vêtement et il Bouleva un peu son chapeau. Alors apparurent des moustaches énormes allant s'enfouir dans une bouche touffue et des sourcils formidables tout hérissés et se croisant sur le front. Le nez était droit, les joues saillantes, mais ce qu'il y avait d'étrange, de saisissant au premier abord, c'est que pas la moindre animation ne régnait sur cette figure tellement impassible qu'on pouvait la prendre pour du carton ou de la cire.
1/ homme se pencha et mit doucement ses doigts sur l'épaule du dormeur. Celui-ci ouvrit les yeux.
"Aleibiade ! dit l'homme.
— Hein? qu'est-ce qu'on me veut?" fit le dormeur en se frottant les yeux.
Ce mouvement fut accompagné d'une grimace :
"Aie ! fit-il. Ma satanée blessure me fait mal ! est-ce que le temps va changer?
— Eéveille-toi bien ! lui dit l'inconnu.
— Me réveiller. . . mais. . . Ah ça! dit Alcibiade on ayant enfin conscience de la situation, qu'est-ce que tu me veux donc, toi?
—Tu le sauras plus tard.
— Mais avance un peu, que je voie ta frimousse.
— Je suis masqué ! dit l'homme à voix basse. Tu ne saurais me reconnaître.
—Masqué ! voilà qui est fort ! Est-ce que nous sommes en carnaval?
— Ne crie pas si fort ! tu vas réveiller tes voisins!
— Eh bien ! qu'est-ce que ça me fait ?
— Il ne faut pas qu'ils entendent ce que j'ai à t dire.
— Pourquoi cela ? je n'ai rien à cacher.
i rèi bien, dit froidement L'homme nu
tOUt haut. .!•
••. une vieille histoire, elle i quelque comme une dizaine d'anné
a... L 788 ou i . ir lea
de Syrie, dan- i.-- environ de i- rrouth... - I'- routh ! dit alcibiade en ani
-—Il y avait précisément dan le, pour-
suivit l'homme masqué, on renégat nomnu homme fort peu estimable • at d'inter]
de guide, de banquier même à deux excellents chréi iene dont il avait bu capter la confias qui se nommaient, si j'ai bonne mémoire, MM. de Charnej : c'étaient Le père et le fils, je crois. . .
— Plus lias ! plu- bas l dit ilade.
i "a pourrait réveiller les voisin