‹ Le roi du bagneChapitre 203 sur 243 · LE CLOITRE SAINT- MERRY · texte numérisé non relu

LE CLOITRE SAINT- MERRY

En quittant l'I [ôtel-] Heu, l'homme masqué i raversa la Seine el s'élança d'un pas rapide dans la direction du quartier du Temple. Bientôt il atteigne la rue Chapon et, B'engageanl dans cette voie étroite, il B'arrêta devant une petite maison ba a La porte de laquelle il frappa quatre coups irréguliers.

La porte -'ouvrit aussitôt, comme si quelqu'un se fût tenu derrière, on attendant le visiteur. L'homme masqué pénétra dans une première pièce, située au rez-de-chaussée et plongée dans les plus obscures ténèbres, mais, presque aussitôt un rayon lûmineus surgi! d'une pièce voisine et indiqua la route à suivre pour arriver à une petite salle de mesquine apparence dans la cheminée de laquelle brûlait un feu clair. C'était la lueur de ce foyer qui éclairait seule la pièce.

Un homme était assis dans un grand fauteuil, se tenant dans la demi-ombre. L'homme masqué avait rejeté sou manteau. Sans prononcer une parole, il prit un siège et s'installa en face de l'homme au fauteuil.

— Vous l'avez vu? demanda celui-ci.

— Oui ! répondit l'homme masqué.

— Quand cela?

— Cette nuit. Je le quitte à l'instant.

—Eh bien?

— Tout ce que j'avais supposé est vrai.

L'interlocuteur de l'homme masqué lit un bond violent sur son fauteuil: puis se rejetant en arrière comme s'il eût voulu comprimer ses élans nerveux, il appuya ses mains aux doigts crispés sur les l>ras du siège.

- —Tout est vrai ! répéta-t-il.

— Tout! dit l'homme masqué.

— Ainsi, lors de la première proposition faite par Ali?

; — Tl s'agissait bien des deux MM. de Ohnrney.

— Et l'ordre d'agir venait de France?

Oui.

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ner avec Ali.

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navire était dévoré par les flammes. . . — Infamie !

Puis, après un silence, L'interlocuteur de l'hom- : n- masqué qui était demeuré le front penché et baigné de releva la tête . lx étince-

int.

— Dis-moi tout ! B'écria-t-il.

— Tu le \eu\ ?

—Oui!

— Eh bien!... je ne m'étais pas trompé dans mes suppositions. . .

—Quoi!

— La fiancée de Dowski est morte empoisonnée !

L'homme fit un mouvement tellement brusque que, se levant à demi, il envoya son siège rouler au loin.

— Empoisonnée! répéta-t-il d'une voix rauque.

—Oui!

— Et par qui?

— Par l'ordre du Roi du bagne, cela est 'facile X supposer.

— Les preuves! oh! donne-moi les preuves de ce que tu m'affirmes.

— Tu connais l'écriture d'Ali, sa signature?

—Oui.

- — Tiens alors, lis !

L'homme masqué fouilla dans la poche de son habit, il prit le cahier de papier que venait de signer Alcibiade et il le présenta à son compagnon en lui désignant du doigt l'endroit portant les signatures.

L'autre s'empara du cahier avec une sorte d'avidité fiévreuse, il se pencha, le front en avant, pour mieux présenter le manuscrit à la lueur du foyer et il demeura absorbé dans sa lecture. L'homme masqué, appuyé sur le dossier d'un siège, demeurait immobile, sans prononcer un mot et paraissant attendre avec une impassibilité de glace.

Le lecteur -'arrêta et redressa la tête. (Cette pouvait être celle d'un homme de trente ans

au moins, horriblement fatigué suit par la débauche, soit par un travail au-dessus des forces humaines). Il demeura un moment immobile, puis un cri rauque s'échappa de ses lèvres et il froissa le cahier de papier avec une rage fébrile.

— T'avais- je trompé? s'écria l'autre, celui-là est à Paris?

— Tu le vois.

— Il doit mourir.

— Pas encore, il faut attendre.

— Pourquoi ?

— J'ai besoin de lui.

— Mais je veux. . .

— Silence ! interrompit l'homme masqué avec un signe impératif, moi seul commande ici et tu dois obéir ! Celui dont tu parles sera puni comme il mérite de l'être, mais l'heure de la punition n'est pas encore sonnée et, je te le répète, il faut attendre.

Puis rejetant son manteau sur son épaule avec un geste d'une élégance extrême, l'homme masqué posa la main sur l'épaule de son compagnon :

— Demain, dit-il, à l'heure convenue, je serai ici. Si je manquais, sois à onze heures du soir au cimetière de la Madeleine. D'ici là, pas la plus légère imprudence. Le moment approche où il faudra recueillir le fruit de ses labeurs et de ses peines ; ne compromettons rien par trop de précipitation. A demain.

Et l'homme masqué, regagnant rapidement la porte de la rue, l'ouvrit et franchit le seuil de la maison, sans même se retourner.

Une fois dans la rue, il la descendit en courant dans la direction de la rue Saint-Martin. Arrivé dans cette rue populeuse, déserte et silencieuse à pareille heure, il tourna à gauche et atteignit bientôt le cloître de Saint-Morrv.

Longeant l'église, il s'arrêta dans l'endroit le plus obscur et il se mit à siffler doucement. Un silence profond lui répondit seul. Il attendit quelques instants, puis il siffla de nouveau doucement, mais avec des modulations de son d'un effet extrêmement bizarre.

Cette fois un sifflement pareil lui répondit, produisant l'effet d'un écho. L'homme masqué s'appuya contre la muraille et attendit sans bouger.

Une ombre se dessina dans l'obscurité de l'autre côté de la rue: cette ombre passa rapide sur la chaussée et. franchissant le pavé fangeux, surgit presque instantanément auprès du promeneur nocturne.

— Où est le chef? demanda l'homme masqué. — Au quartier! répondit le nouveau venu. — Y a-t-il du nouveau ?

Le nouveau venu se pencha vers l'oreille de

l'Iiomme masqué et lui parla bas avec une animation très vive.

L'homme masqué fit un mouvement brusque, comme un homme ■ éprouvant une violente surprise.

— ("est décidé? demanda-t-il.

— Oui ! dit l'autre.

— Quand.

— Demain.

— C'est bien! je suis prêt.

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