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Qui, continua Fouché. Cette découverte, que
je fis ce matin en travaillant avec mi chimiste, me mit en goût. Je pris le papier, et je l'examinai plus attentivement. Tout d'abord je ne pue découvrir; je le passai ?<>'. nt au feu; il
demeura tel qu'il était. Enfin, j'eus recours à différentes combinaisons chimiques, et, après de longues expériences, je réussis à faire disparaître l'écriture allemande, et à l'aire surgir . • d'autre- caractères. Or, Bais-tu ce que renfermait ce papier. Jacquet? c'étaient des notes confidentielle- adressées au baron de Grafeld pour sa cour, et ces notes étaient -ignée- d'un ('. . . d'un C. . . pareil à celui que nous connaissons -i bien.
— C'a m pari ni !
— Tu vois bien qu'il n'est pas mort.
— Ob ! dit Jacquet, la lumière, la lumière.
— Elle se fera. Poursuis, nous reviendrons - i Camparini ensuite. Pourquoi le souper?
— Pour établir un alibi en faveur de Thomas.
— C'est mon avis.
— Quant à la liste des munitionnaires trouvée sur Gorain. dans quel but nous a-t-on fait faire cette découverte? Yoilà ce que je ne puis comprendre.
— Xi moi. Cependant, il doit y avoir là un indice sérieux.
— Avez-vous fait arrêter tous ceux dont les noms sont sur la liste?
— Xon, c'eût été une faute. L'on m'a fait parvenir cette liste, c'est qu'on avait intérêt à me faire agir contre ceux qu'elle désignait. Donc j'ai dû m'abstenir.
— Et vous avez sagement fait. Mais Tho-
mas dont il faudrait absolument connaître et l'ori-
BIBF-TAPIN
giue et les intentions. D'où vient cet homme? quel est-il?
— Les rapports sur cet homme sout nombreux el tous se ressemblent. Thomas est un négociant de e des Arcis, à la tête d'une maison de quincaillerie depuis dix ans. Tous ses voisins le connaissent, l'aiment et l'estiment. 11 a souvent et longtemps voyagé pour sa profession. 11 est marié, père de quatre enfants, et il passe pour un fort honnête homme. Comment, à quel titré agir contre un personnage ainsi posé dans son quartier? D'ailleurs quelles preuves avons-nous contre lui? Les témoignages de Gorain et de Gervais. Et encore à quoi aboutissent ces témoignages? à dire que Thomas a dîné avec eux à Saint-Cloud, car, pour ce qui est des marchandises consignées successivement dans la maison de Gorain, jamais Thomas ne s'en est mêlé. Il y a trois ans que Gorain et Gervais font ce métier, et ils ont vu Thomas il y a quelques jours à peine pour la première fois.
— Cela est vrai.
— Agir contre Thomas est donc impossible tant que nous n'aurons pas de preuves contre lui.
— Alors, dit Jacquet en se levant, il faut laisser les choses où elles en sont à cet égard et agir ainsi que je voulais le faire.
— Tu pars? .
— Pour aller délivrer Blanche et Léonore. Peutêtre pourrai- je obtenir là-bas de précieux renseignements.
— Quand vous mettez-vous en route?
— Ce soir à cinq heures.
■ — Alors la nuit prochaine tu seras revenu?
—Oui.
Fouché s'était levé aussi, il parcourait la pièce d'un pas rapide.
— Il faut agir vigoureusement et rapidement, dit-il enfin, les circonstances exigent une prompte solution. Les paroles du général Bonaparte ont été claires et précises relativement aux chauffeurs. Que penserait-il de mon administration, si je ne tenais pas ma promesse? Jacquet! notre avenir à tous deux, avenir de puissance et de gloire, est peut-être là ! Tu m'as promis de triompher, il faut que tu triomphes !
— Combien ai- je encore?
Fouché regarda son interlocuteur.
— ~Ne comprends pas dans ce que je vais te dire autre chose que ce que j'aurai dit ! fit-il d'un ton de voix incisif.
Jacquet répondit par un signe affirmatif.
"Il faut que tout soit terminé, reprit le ministre, le 15 brumaire; il faut que le 17, tu sois ici, entièrement libre et prêt à recevoir mes ordres."
XX11 MADAME CHIVRY.
Madame Chivry et sa fille rentraient quand un valet de chambre les prévint que M. de Charney attendait au salon.
— Je vais le recevoir, dit vivement la mère; viens-tu Caroline?
— Xon dit la jeune fille en secouant tristement la tête, je ne veux voir personne.
Madame Chivry poussa un soupir en levant les mains vers le ciel; puis, après avoir embrassé sa fille en la pressant sur son coeur, elle se dirigea vers le salon, tandis que Caroline montait les marches de l'escalier conduisant au premier étage.
Annibal attendait, se promenant dans la pièce et paraissant plus sombre et plus affecté encore nue de coutume.
■ — Ferdinand ! dit madame Chivry en courant vers le jeune homme.
— Pas de nouvelles ! répondit Charney.
— Oh ! ma pauvre fille en mourra ! . . . Quoi ! est-il possible qu'un jeune homme de l'âge de Ferdinand disparaisse au milieu d'une ville comme Paris, sans laisser aucune trace, sans qu'on puisse soupçonner même ce qu'il est devenu ? Mon Dieu ! à quelle époque vivons-nous donc ! . . . Oh ! ma fille ! ma pauvre Caroline ! . . . C'est qu'elle l'aime, monsieur de Charney ! . . . elle l'adore ! . . . elle en mourra !
— Ferdinand mérite cet amour, madame, car je vous jure, moi qui l'ai souvent entendu, moi qui ai souvent été le confident des épanchements de son coeur, je vous jure qu'il aime sincèrement, profondément votre fille !
— Mon Dieu ! mon Dieu ! mais qu'est-il devenu ;
— C'est ce que je finirai par savoir, ou j'y perdrai mon nom ! dit une voix forte.
— Mon mari ! s'écria madame Chivry en courant vers le banquier qui venait d'entrer.
M. Chivry embrassa sa femme et serra les mains d' Annibal.
— Dusse- je y perdre ma fortune et ma vie, j'éoiaircirai ce mystère ! reprit -il, ne s'agit-il pas du bonheur de mon enfant?
— Monsieur, dit gravement Annibal, j'ai juré hier à Amélie de ne devenir son mari que le jour où, mort ou vif, je lui aurai rendu Ferdinand!
■ — Oh ! dit M. Chivry en serrant les mains d' Annibal, je sais que vous êtes le meilleur des hommes, vous me l'avez prouvé!
— Monsieur. . . dit Annibal avec un peu d'embarras.
BIDI TAPIN
l ' iiirquoi m'interdirc la rcconna — ,le préfère vol re ami! ié !
Mai L'une e I la Aille de Tant te on 'lu moixu rll,- de\ rail l'ôl ré. Mon ieur de « harney, non lemenl vou ôtc raon ami, mai encore roua devez épou er celle qui sera La soeur de ma iill<'. Il y an ru entre noua dea Liens de Camille donl je Buia fier Puis, je n'oublierai jamais Le dévouemeni donl ?ous Paitei preuve en vous efforçani de retrouver Ferdinand.
Hélas! monsieur, ce dévouemeni donl vous parlez n'esl malheureusemenl pas couronné de
Désespérez-voUs î Quanl a moi, j'aurai espoir tant que je n'aurai pas rem on! ré Le cadavre de Ferdinand.
— Mais, lii observer madame Chivry, commenl se fait-il que 'I*' si grands malheurs aienl frappa en un bj cour! espace de temps trois familles que Bous connaissons intimement? Savez-vous, messieurs, que j'ai souvent l'ait concorder dans nui pensée la disparition de Ferdinand avec d'Ile de Blanche el de Léonore, el de mesdames de Signe- Lay el Bellegarde, ainsi que celle de M. de Signelay lui-même.
— Mais n'est-ce pas dans l'espace de vingt-quafcre heures que ces trois malheureux événements ni accomplis? dit le banquier.
— Oui, répondit Annibal avec un regard sombre.
— Los femmes des deux marins, on peul conserver encore l'espoir de 1rs sauver: mais Lucile ! mais Drame ! mais Léopold !
— Quoi, mon ami ! s'écria madame Chivry, tu supposes. . .
— Qu'ils oui péri!... Hélas! quelle autre supposition est admissible? Demande à M. de Charney.
— Vous venez de chez madame Geoffrin? demanda-t-il.
— Oui, répondit la femme du banquier, je suis allée avec Caroline faire à la pauvre malade et à sa fille ma visite quotidienne. Elle m'a même dit qu'elle vous attendait, et elle a dit cela comme attendant votre visite avec une certaine impatience
—En vérité ! Je vais alors vous prier de m'excuser. . . Est-ce que mademoiselle Amélie. . .
— Amélie va bien, rassurez-vous. La chère enfant nous donne les preuves de sa grandeur d'âme dans ces crises douloureuses: nous savons tous combien elle aime son frère ; eh bien ! pour consoler sa mère, elle sait refouler en elle la douleur qui lui ronge le coeur. Elle paraît confiante dans l'avenir. . . elle sourit presque, devant sa chère malade. . . Elle voit aussi ce que souffre Caroline
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dant ce temps, Amélie se jel pleurant, elle aussi, la chère enfant, et en murmurant à mon oreille ces parole- déchiranl crois pas à ce que je dis! Mon frère est mort, je ne le reverrai plus! Et, quelques secondes après, elle retrouvait l'énergie nécessaire pour paraître confiante dans l'avenir. Voyez-vous, monsieur.de Charney, continua madame Chivry avec une émotion qu'elle ne cherchait pas à cacher, j'aime Caroline, mon unique enfant, comt quand on est méiv. eh bien ! à partir de cette heure, j'aime Amélie presque autant que ma fille.
—Je te comprends! dit M. Chivry qui avait les larmes aux yeux.
Annibal ne dit pas un mot. Seulement sa pâleur avait augmenté dans des proportions telles, qu'en le regardant madame Chivry poussa un cri d'effroi et que M. Chivry s'élança pour le soutenir et le forcer à s'asseoir.
— Oh! dit madame Chivry avec l'un de ces élans sublimes qui n'appartiennent qu'à la femme, ce chef-d'oeuvre suprême de la création, comme vous l'aimez !
— Oui ! dit Annibal d'une voix brisée, je l'aime et je ne savais pas qu'on pouvait aimer ainsi !
En ce moment un coup léger fut frappé à la porte, et une femme de chambre entra discrètement.
— Madame, dit-elle à sa maîtresse, c'est un homme qui demande à parler à madame.
— Je ne reçois j)as ! dit madame Chivry en faisant signe à la camériste de sortir.
— Mais, madame, reprit la femme de chambre en insistant, c'est l'homme qui est déjà venu hier sans rencontrer madame, celui qui a insisté si longtemps. . .
— Le fort de la halle ? celui qui a sauvé ma fille ? s'écria madame Chivry.
— Oui, madame.
— Faites entrer, alors.
Puis se tournant vers Annibal, tandis que la camériste sortait vivement.
— Vous m'excuserez, poursuivit madame Chivry. mais cet homme a sauvé Caroline en risquant sa vie, et je lui dois toute ma reconnaissance . . .
La porte se rouvrait, et Spartacus entra, roulant ses gros yeux, l'air intimidé, la démarche gênée, et glissant sur le parquet ciré avec ses gros souliers à clous. Cependant il y avait sur la physionomie du brave homme une telle expression de tristesse et de douloureuse mélancolie que sa tournure embarrassée ne provoqua aucun sourire.
— Pardon, excuse, citoyenne et la société, de vous déranger, balbutia-t-il, mais j'étais déjà venu hier et, comme je voulais avoir celui de parler à la citoyenne qui est si bonne, je . . .
— Qu'aviez-vous à me dire, mon ami? demanda madame Chivry de l'air le plus engageant.
— C'est par rapport à Rosette . . .
— Rosette? répéta madame Chivry en voyant Spartacus s'arrêter comme s'il ne pouvait continuer à parler.
— Oui, citoyenne . . . Rosette ... la belle écaillère . . . mon épouse . . .
— C'est vrai ! vous êtes marié ! reprit madame Chivry; je voulais aller assister à votre mariage, mais des circonstances douloureuses. . .
— Rosette ! dit brusquement M. Chivry, comme quelqu'un dont le souvenir s'éveille: mais... j'ai lu dans les journaux qu'une jeune femme de ce nom avait été enlevée dans les circonstances les plus extraordinaires . . .
— Oui ! dit Spartacus.
— C'est votre femme qui a été enlevée?
— Oui, citoyen!
— Votre femme ! répéta madame Chivry. Mais comment? mais par qui?
— Je vais vous dire, citoyenne, reprit Spartacus encouragé par l'intérêt dont il se voyait l'objet. D'ailleurs c'est pour vous dire tout que je suis venu hier et que je reviens aujourd'hui.
Alors Spartacus raconta dans son langage trivial, mais avec un accent qui partait du coeur et avec une expression de vérité saisissante, tous les
événements qui étaient arrivés le jour de son mariage. Il n'omit rien. . . Il entra dans tous les détails.
— Et, ajouta-t-il en achevant, Cassebras me dit bien qu'il a son idée, j'ai bien la mienne aussi, mais je me suis dit : Les gens éduqués ça a quelquefois plus d'esprit que nous autres. La citoyenne est si bonne, qu'elle se mettra en quatre pour retrouver Rosette, puis elle a de belles connaissances, et peut-être bien qu'elle me donnera un bon conseil et comme qui en dirait un coup d'épaule...
Madame Chivry regardait son mari et Annibal.
— 'Comprenez-vous cela? dit-elle.
— 'Mais, dit M. Chivry, dans quel temps vivonsnous donc? On viole le sanctuaire des familles! On peut arracher un fills des bras de sa mère, des femmes des bras de leurs maris, sans que de telles monstruosités rencontrent un obstacle à s'accomplir!
— Que doit faire Spartacus pour retrouver sa femme? reprit madame Chivry.
— Il faut voir le ministre de la police! dit le banquier.
— Il ne veut pas me recevoir! répondit Spartacus.
— Il te recevra, mon ami, car nous irons ensemble.
— Vrai? s'écria Spartacus.
— Oui ! je te le promets. Fouchê saura tout, s'il ne sait rien encore, ce qui m'étonnerait. Il verra à éclaircir ce mystère, a recueillir des indices . . . Il est impossible que de semblables attentats aient lieu à la face de la société entière et que les auteurs demeurent dans l'ombre.
Un nouveau petit coup frappé à la porte interrompit la conversation.
— Madame, dit la camériste en passant la tête par l'entre-bâillement de la porte, c'est Mariette, la femme de chambre de madame Geoffrin, qui demande si M. de Charney est ici.
— Oui, sans doute, M. de Cha*rney est ici, vous le savez.
— C'est que madame Geoffrin prie ^monsieur de se rendre tout de suite auprès d'elle.
— Dites à Mariette que je la suis! dit vivement Annibal en prenant son chapeau.
— Est-ce qu'il serait arrivé quelque chose de nouveau chez madame Geoffrin depuis mon départ? dit avec inquiétude madame Chivry.
— Si cela était, je vous ferais prévenir immédiatement, mademe.
— Et Annibal, prenant congé du banquier et de sa femme, s'élança hors du salon en adressant un
d'amicale commi éral ion au paui re Sparta-
OUi.