XXII] LA CONFIDENCE
Grâce aux aoine éclairés de < îorviaart, madame
Geoffrin avait pu tri pher de la maladie dont
la cauae, inconnue d'elle encore, était L'objet d'ao* tives recherches demeurées raines jusqu'aHo:
Madame Geoffrin était sauvée, mais Le poison absorbé avail fait de terribles ravages dans l'organisme de La pauvre femme. Ces quelques jours de souffrances, ces quelques heures passées dans une Lutte effrayante entre La rie et La mort, avaient affaibli la malade.
U> docteur, bien que satisfait de l'état de convalescence Bucoédanl à l'état aigu de L'affection, avait formellement défendu toute fatigue, et madame Geoffrin n'avait pu encore se lever.
Son visage, ai jeune encore quelques jours auparavant, portait des traces des douleurs physiques et des affections morales: la malheureuse femme avail eu doublement à souffrir, et, des deux douleurs qui L'assaillaient, la mère eût consenti à endurer le double des tortures physiques, si son fils eût été là, près d'elle, à lui prodiguer ses soins.
Il avait fallu user des plus grandes précautions pour apprendre à madame Geoffrin la disparition de Ferdinand. Dès qu'elle put parler, elle avait demandé ses enfants, et ne voyant qu'Amélie, elle avait insisté pour qu'on fît venir Ferdinand.
On lui avait répondu d'ahord que Ferdinand était sorti, puis qu'il était en voyage; puis il avait fallu céder à ses instances, lui apprendre la vérité, car un moment, elle avait cru que son fils était mort, tué en duel.
Depuis l'instant où elle avait eu connaissance de la vérité, les angoisses de la mère avaient retardé la guéri son de la femme. Et cependant un ange de bonté et de consolation veillait au chevet de madame Geoffrin: cet ange c'était Amélie, sa fille, Amélie qui avait voulu veiller seule sa mère et qui seule avait suffi pour l'entourer de soins délicats et incessants.
En sentant redoubler sa tendresse pour sa fille, madame Geoffrin avait senti augmenter encore lf douleur qui déchirait son coeur, car le dévouement que témoignait Amélie lui faisait penser au dévouement qu'eût déployé Ferdinand.
Quand Mariette, revenue, annonça l'arrivée de M. de Charney, Amélie était auprès de sa mère et s'occupait à procéder aux derniers arrangements
de la toilette ■ i ifadame
friu a rait ton lire habiMer poui
Annibal, . &Ue L'avait pan
ion mieux .H L'entourant de H"! de va et de dentell
l .1: eut rer ! dit madame < leoffrin ■ ant
Amélie courut ouvrir La porte : Anni dait ail.
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veut . dit rapidement la jeune fille & voa se, mais elle vaut a demandé ringt fois an moim
depuis 08 matin.
Annibal adressa on geste d'intellij Amé-
lie et, ^avançant dans la chambre, il alla prendre la main de la malade, qu'il porta à une expression de respectueuse tendret
— Mon enfant ! dit la malade a -a fille, puisque
M. de Oharney est Là près de moi et que je me
sens aussi bien que possible, tu peux te retirer dans ta chambre et prendre quelque ots de
repos. M. de Charney t'excusera, n'est-ce pa
Annibal s'empressa de faire un signe d'assentiment.
— Tu dois être fatiguée, pauvre chère fille ! continua la malade, tu passes toutes les nuits ; va donc te reposer un peu, ma chère garde-malade!. . . tu dois avoir confiance dans ton remplaçant !
— Oh ! certes ! dit Amélie.
— Alors, va vite. . . embrasse-moi, donne ta main à M. de Charney, et va, mon enfant ! . . . Songe, hélas! que je n'ai plus que toi!
— Ma mère ! s'écria Amélie avec des sanglots.
— Madame ! dit vivement Annibal.
— Oui, oui, j'ai tort de douter de la bonté de la Providence! reprit la malade; je reverrai mon Ferdinand . . . Va, ma fille, va mon enfant !
Et, embrassant encore Amélie, madame Geoffrin la poussa doucement, tendrement ; Amélie donna sa main à baiser à Charney, puis elle quitta la chambre.
— Quel ange consolateur que cette enfant ! dit madame Geoffrin en s'essuyant les yeux humides de larmes.
Et avant qu' Annibal pût lui répondre:
. — Veuillez fermer la porte de la chambre, ditelle.
Le jeune homme s'empressa d'obéir.
— Asseyez-vous là, maintenant, près de moi, continua la malade.
Charney prit un siège et se prépara à s'asseoir, le dos tourné à la fenêtre.
— Non, dit vivement madame "Geoffrin; pas ainsi, de l'autre côté, mettez-vous en pleine lumiè-
re . . . c'est cela ! que je puisse bien voir votre visage.
— Mon Dieu! chère madame, dit Annibal en souriant tristement, vous avez l'air d'un juge en face d'un accusé.
— Peut-être ! murmura madame Geoffrin.
Puis, après un silence:
— Répondez-moi ! dit-elle. Aimez-vous toujours mf, fille?
— Si j'aime mademoiselle Amélie? s'écria de Charney dont le visage s'empourpra et dont l'expression de physionomie décela une émotion interdire des plus vives.
— C'est bien ! je vois que vous l'aimez, dit madame Geoffrin.
— Aviez-vous pu douter de mon amour?
— IS'on pas de votre amour, peut-être. . .
— j)e moi alors?
Madame Geoffrin ne répondit pas; ses regards, empreints d'une expression indéfinissable, errèrent dans la chambre, autour d'elle, puis revinrent se reposer sur le jeune homme. Annibal avait pâli légèrement.
— Tous avez douté de moi? reprit-il.
Madame Geoffrin ne répondit pas encore, et un silence assez long suivit cet étrange début de conversation; ce silence, en se prolongeant, devenait pénible pour les deux interlocuteurs. La malade le comprit; aussi, faisant un effort en tendant la main à Annibal :
— Promettez-moi que vous me pardonnerez!
dit-elle.
Annibal la regarda avec étonnement.
— Vous j)ardonner ? . . . reprit-il ; je ne vous comprends pas. madame. Que puis-je donc avoir à vous pardonner?
— Tous le saurez ensuite, mais promettez d'abord !
— Oh ! dit Annibal en souriant, vous savez bien qu'une mère n'a jamais rien à se faire pardonner par son enfant, et ne m'avez-vous pas dit que je serais votre fils, moi qui, hélas ! ignore ce que sont les tendresses d'une mère !
— Bien ! je reçois votre parole et j'en prends acte, comme dit Eaguideau. Ecoutez-moi, maintenant, mon cher monsieur de Charney, je vais vous donner la plus grande preuve d'estime qu'une fem me dans ma position puisse donner à un homme.
— Je vous écoute, madame, dit respectueusement Annibal.
— Monsieur de Charney, commença madame Geoffrin avait un ton très net et très décidé, on vous a calomnié près de moi, et je veux vous met-
tre à même de réfuter ces calomnies, cela vous convient-il ?
Annibal tressaillit brusquement, comme s'il eût été piqué par un serpent.
— Que vous a-t-on dit, madame? demanda-t-il.
Madame Geoffrin appuya ses mains croisées sur le bord de son lit, pour être à même de regarder de plus près son interlocuteur.
— On m'a dit, reprit-elle avec une émotion qu'elle ne cherchait pas à contenir, on m'a dit. . . que MM. de Charney père et fils étaient bien réellement morts dans un naufrage . . .
— Après? demanda Annibal.
— On m'a dit . . . que ce nom . . . vous n'aviez pas même le droit de le porter. . .
— Ensuite, madame? dit Charney impassible, continuez, je vous le demande en grâce ! Je dois tout savoir !
— On m'a affirmé... que les papiers que vous m'avez communiqués devaient être. . .
— Devaient être faux, dites le mot ! madame, dit Charney en voyant son interlocutrice s'arrêter et hésiter *à continuer.
— On m'a dit cela, je l'avoue !
— Qu'y a-t-il encore?
Charney était devenu très pâle en écoutant madame Geoffrin. mais une froide résolution se lisait sur sa physionomie, et le calme qu'il affectait avait quelque chose d'effrayant.
— Continuez, je vous en supplie, reprit-il en voyant la malade hésiter encore. Songez que mon honneur est en cause et que vous n'avez plus le droit de renoncer à formuler l'accusation, car il faut que je me justifie !
— Eh bien! reprit madame Geoffrin d'une voix brisée par l'émotion et en courbant la tête, ce qu'on m'a dit encore est horrible.
— Parlez, madame !
— On m'a dit ... Oh ! vous me pardonnerez, n'est-ce pas? car tout cela n'est pas vrai. . .
— Que vous a-t-on dit?
— Que, devant épouser ma fille, vous aviez eu intérêt à me faire hériter des Courmont, et que, cet héritage acquis, vous aviez eu intérêt encore à ce qu'Amélie devint mon unique héritière . . .
Charney s'était levé avec un geste tellement violent, qu'il faillit renverser sa chaise.
— Annibal, dit madame Geoffrin en joignant les mains ... oh ! ce n'est pas vrai . . . Parlez . . . Mais excusez-moi, je suis une pauvre femme... seule avec deux enfants qu'elle adore, sur le bonheur desquels elle doit veiller . . . Mon fils m'a été ravi . . . ma fille . . . mon Amélie . . . mon devoir est d'assurer son bonheur. . .
M. de ' !h&] m nouvel -, e! pa
rai ail parfaitemen! maître de lui-même.
liadame, dit-il d'une voii altérée, je von mercie de m'avoir parlé comme voui venez de le Eaire. Quelque outragean! que aoil Le doute 'i'"' vous manifestez, en me faisan! pari de ce doute, vous prouvez encore que vous avez pour moi une
pari ie de l'es! il [ue je mérite toul en! ière.
\iinili;i), monsieur de Charnej ... dil madame ' Ji'nfl'riii.
Le jeune homme l'interrompit respectueusement du geste. Il porta le main Bur bs poitrine e! demeura un momenl le fronl courbé, comme absorbé par des pensées pénibles. Puis après un cour! silence, qui parut un Biècle à la malade, il releva la bête.
Vous avez parlé, dit-il, maintenan! je vais vous répondre.
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