LES TRESORS
— Ecoute-moi, Hamelin, et que pas une de mes paroles ne s'efface de ta mémoire, reprit le comte après un silence. En parlant du monstre qui a été le démon exterminateur de sa famille, j'ai réveillé tous le- souvenirs du passé.
Tu connais en détail toutes ces ténébreuses affaires de la famille de Xiorres, toutes celles de la famille de Morandes et celles aussi de la famille de Oantegrelles. . . Tu sais que le but poursuivi par ce soi-disant marquis de Camparini était l'accaparement successif de toutes ces immenses fortunes?
— Oui ! oui ! dit Hamelin. A l'époque de la Terreur, vous m'avez tout raconté en détail, mon bon maître. Vous disiez que vous pouviez être pris et guillotiné, et vous vouliez laisser après vous quelqu'un qui, connaissant tous ces infâmes mystères, pût continuer à protéger les innocents et à faire punir les coupables. Tout ce que vous m'avez raconté, il me semble que vous venez de le faire et que je l'entends encore.
— Donc, reprit M. d'Adoré, tu sais que le petitfils du conseiller de Xiorres a été retrouvé par miracle. Cet enfant, reconnu pour ce qu'il était réellement, devait être mis en possession de la fortune de ses pères. Malheureusement une partie de cette fortune avait été confisquée par les commissaires de la Convention, et la question de restitution est encore pendante. Tu te rappelles aussi le procès qui eut lieu jadis à propos de cette fortune, alors oue l'on croyait la ligne directe des Xiorres éteinie, entre un certain comte de Sommes et les demoiselles de Xiorres, nièces du conseiller. Un premier jugement avait mis ce de Sommes en possession de cette fortune, mais ce jugement fut vite cassé. Cependant de Sommes avait été propriétaire un temps suffisant pour pouvoir tenter de réaliser. Il avait fait vendre plusieurs domaines pour la somme de deux millions de francs qui avaient été versés entre les mains du notaire. Le second procès, cassant le premier, arriva juste au moment où de Sommes allait toucher. . . Xaturellement il ne toucha pas. et, la chose demeurant pendante, le notaire demeura détenteur de la somme versée, car les transactions, ayant été opérées de bonne foi. avaient été déclarées valables. Les nouveaux acquéreurs étaient entrés en possession de leurs domaines et les deux millions devaient être rapportés à la succession. Le notaire fut
i ,|r veilli deui million -, el un arrêl i.n rendit dépositaire en b {orme.
La Révolut en éclatant uspendil ton
oj :n n i.i toute Le ai lùn , Le uo ;i\.ui conservé le dépôt, mais, effrayé de L'énorme responsabilité qui pesail sur Lui en présence des agitai ions de tous les pari is, il i paire cette Bomme énorme à toutes Lee mau ahances el il L'en evelil dans une cachette connue de Lui seul.
Ce notaire étail Le prédécesseur de maître Raguideau. Celui-ci, en prenanl la charge, reçut Bommunication de tous Les secrets, el entre autres de celui relatif aux deux millions. Sur ces entrefaites, on retrouva L'héritier dea Niorres.
Tu saie encore ce qu'il fallu! de tempe pour prouver l'identité de L'enfant, prèa d'une anné boula, ci ce ue l'ut que Le jour même de Bon déparl pour L'Egypte que Le jugemeni rendu Le déclara seul et unique descendanl de la famille de Nïorres. La question des deux millions ne l'ut même pas présentée. Maître Elaguideau n'en avaiJ parlé à personne.
Enfin, il y a quinze jours. L'enfant est revenu. De l'ut alors que maître Raguideau Taisant appeler les deux nièces du conseiller, les deux cousines de Louis, les femmes enfin de MM. Bonchemin et le Bienvenu, leur révéla l'existence de ces deux millions. Toutes les pièces des précédents procès avaient, été détruites pendant la Révolution: rien n'attestai! l'existence de cette fortune. Cette révélation inattendue nous causa à tous la plus grande surprise. Le lendemain nous devions revoir le notaire. . . le lendemain mesdames Bonchemin et le Bienvenu disparaissaient à leur tour.
Ce fut alors que maître Raguideau s'adressa à moi, me disant que des circonstances impérieuses l'empêchaient de demeurer plus longtemps dépositaire de ces deux millions. La maison dans les caves de laquelle ils étaient enfouis allait être démolie. . . elle menaçait ruine.
Je parlai de cela à Henri et à Charles : dans leur douleur, ils me supplièrent de me charger seul de cette affaire.
— Mais, dit Hamelin. pourquoi ne pas déclarer hautement cette somme, puisque l'enfant est reconnu : on peut la déposer en son nom.
— Oui. mais déposer cette somme en son nom, c'est déclarer Xiorres possesseur de deux millions ! Or, Camparini n'est pas mort, j'en suis sûr. Déclarer Louis riche de deux millions, c'est jeter l'enfant sous les coups de l'infâme bandit.
— Cependant, mon bon maître, il faudra le faire tôt ou tard.
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tendre, Elamelin, ei si dan- quinze joui N iom n a redouter, ou Le di
nieiu pot sesseur d< ot i deui millions.
— Je comprends, monsieur.
— le qu'il faut en ce moment, c'est rétro
i cachette sûre pour cette somme important
«■ette heure, Paria n'es! pas tranquille... un mouvement peu! éclater un jour ou l'aui.- deux millions doivent et re mis en sûreté.
— Ei ou seront-ils mis alors ?
— [ci, sous ta garde !
— Ici ! s'écria Hamelin.
— Oui, maître Elaguideau, qui te connaît. e3t tout a l'ait de cet avis.
— Mais deux millions en or ou en argei c'esl lourd et c'est embarrassanl . . .
— Il n'y a que cinq cent mille francs en or. Quinze cent mille Francs ont été jadis convertis en diamants. Le transport sera facile. Il sera effectué, demain matin, par des hommes sûrs que j'accompagnerai. Tu auras préparé une cachette que toi seul connaîtras. . . Tu as compris?
— Parfaitement.
— Tu n'auras la charge de ce dépôt que quelques jours. . .
— Il sera bien gardé, je vous en réponds!
— Ce n'est pas tout, dit M. d'Adoré. Qu'as-tu fait du coffret que j'ai apporté hier?
— Celui que vous m'avez ordonné de garder à. vue jusqu'à votre retour?
— Il est là. il ne me quitte pas. Tenez, le voici sur ce bahut. Si je sortais. Marie demeurait auprès : elle et moi n'avons pas cessé de le veiller. Vos ordres ont été strictement exécutés.
- -Donne-moi ce coffret.
I^hnelin alla le prendre et le plaça sur la table devant M. d'Adoré. Aux efforts que fit le fermier pour le soulever et l'apporter, il était facile de juger que ce coffret devait être extrêmement pesant. Le comte le contempla longuement et deux larmes débordant de ses paupières glissèrent sur ses joues.
— Ce coffret, dit-il avec un douloureux soupir, c'est un héritage.
— TJn héritage ! répéta Hamelin.
— Hélas ! ce sont les bijoux des d'Horbigny et
des Saint-Oervais joints à ceux des Sarville et des Cantegrellee ! Ce coffret appartenait à M. de Signelay et à Uranie, sa femme. La valeur de oe qu'il renferme est immense, Eamelin. Dans ces temps de trouble, Signelay avait, le plus qu'il avait pu. converti sa fortune ci celle de sa femme en pierreries, afin de pouvoir, si besoin était, quitter Paris i a France en emportant Leurs rien Il y a là. mon ami. pour plus de quatre millions peut-être de pierreries précieuses. I 'es! encore un que je confie à ta loyauté et à ta vigilance!
—.Mai-, dit Hamelin, pourquoi, mou bon maître ne pas garder tout cela vous-même.
— Oublies-tu donc que ma maison de Saint- Ci ou d \;.'iit d'être vidlée par des ehaufifeujrs;r\ D'ailleurs, puis-je répondre de moi-même? Saisje si, attaqué à ceux «pie j'aime, de-
main on m- s'attaquera pas à moi?
— A vous !
— Pourquoi non! Dois-je dès lors laisser cette fortune, l'héritage enfin à la merci de mes ennemi-': Puis, suppose un moment l'accomplissement d'un miracle, suppose qu'TJranie, que Signelay ait échappé. . . qu'ils vivent encore, qu'ils reviennent ! Xe dois-je pas leur conserver intact ce qui est leur bien? Ce coffret. Hamelin. tu vas le cacher comme tu cacheras demain les deux millions des Xiorres. Je ne veux même pas -avoir où tu les enfouiras. Que toi et ta femme connaissiez seul- ce secret. Je t'ai dit tout, je ne t'ai rien laissé ignorer, afin que si je mourrais tu puisses remettre ces t ré-ors dont tu es dépositaire. Si je mourais. Hamelin, tu irais trouver maître Eaguideau le notaire et tu lui raconterais tout ce que je viens de te dire : il agirait, et tu obéirais.
— Oui, mon bon maître.
— Maintenant, reprit le comte, moi seul et toi. connaissons jusqu'ici ce dépôt. Ainsi que je te l'ai dit, que Mariic, ta femme, soit ta seule confidente. Par ces temps de chauffeurs et de bandits il serait imprudent de laisser même soupçonner dans ta ferme la présence d'un tel trésor. I orsque je t'ai apporté cette cassette hier dans mgrvoiture, j'ai la certitude que personne n'a pu soupçonner son importance, ni même sa présence. Je l'ai prise chez le colonel Maurice Bellegarde. Gringoire l'a descendue, sans savoir ce qu'il portait, car elle était entortillée de toile comme un petit ballot. Maurice et moi connaissions seuls l'existence de ce trésor. Donc personne ne peut soupçonner, je te le répète, la présence de ces valeurs énormes dans ta ferme.
— N'importe, dit M. d'Adoré, il est plus prudent de garder un secret absolu. Personne ne sait
ce <pii est, (pie }iersonne ne le sache! Demain les deux million- seront transportés avec la même précaution, je m'en charge.
— A quelle heure viendrez-vous ?
— Vers neuf. . .
Un aboiement formidable et répété interrompit brusquement le comte. Coumâ, le lévrier caraïbe, qui s'était jusqu'alors tenu couché aux pieds de M. d'Adoré, se redressa d'un bond en faisant entendre un grognement sourd.
— Eh bien! qu'est-ce donc? dit Eamelin en allant ouvrir la porte.
Coumâ .-'élança d'un seul bond, passa comme une flèche devant le fermier et se précipitant dans la cour, joignit ses aboiements à ceux de César et de3 deux autres bouledogues.
— Qu'ont donc tes chiens? demanda le comte qui s'était avancé près du fermier.
— Je ne sais pas, je vais voir.
Hamelin descendit dans la cour et prit au passage une fourche plantée dans un tas de fumier, dont il s'arma par précaution. Il s'avança vers la porte d'entrée. Les quatre chiens étaient réunis en un seul groupe devant la porte hurlant à qui mieux mieux.
Hamelin s'approcha de cette porte et montant précipitamment sur une borne, il passa sa tête pardessus le mur bas formant clôture. La plaine était déserte. Au reste, les chiens avaient cessé d'aboyer, ils flairaient la terre.
Le fermier descendit et s'avança, les quatr3 chiens se reculèrent avec une sorte de terreur comme s'ils eussent craint d'avoir mécontenté leur maître. Hamelin se baissa et explora la terre.
— Ah ! dit-il en ramassant un gros morceau de viande qui gisait devant la porte.
Et tenant le morceau de la main gauche, il le montra à ses chiens en les menaçant du manche de sa fourche qu'il brandissait de la main droite. Les chiens reculèrent l'oreille basse et tremblants. Hamelin jeta sa fourche et rentra dans la maison en tenant toujours son morceau de viande à la main. S "approchant de la lumière, il l'examina avec attention. Le morceau de viande était saupoudré d'une poudre fine et blanche.
— Ah ! ah ! fit Hamelin, on a voulu empoisonner mes chiens ! C'est bon à savoir.
— Empoisonner tes chiens ! s'écria le comte.
--Oui, c'est de l'arsenic cela, j'en suis sûr.
— Mais si on y parvenait, cela est facile.
— Oh ! que nenni ! mon bon maître. Les Bretons sont plus malins que cela ! Mes chiens sont dressés à ne manger que ce que moi où ma femme leur donnons. On pourra leur présenter tout ce
DIBI TAPIN
qu'on voudra, il i> p ■ lonl i irenl . nu
jr in- leur 'li pa de man "-r. il mourront de faim | odté Quanl au léi rier, c'c i bien buj re chose, lin ; avanl de manger, il n nourril ure, il
I,, tourne el retourne, il la flaire. . . Si on l'atl rap pe j. iim,i celui là, faudra 61 re malin. Mai n'empêche, on h voulu empoisonner m<
un i iup. . . I teina m "i r j'oi
mon affaire. Je mén igerai une sorl ie pour I
4<t je veil ! un fusil . . . Nous verrons bien.
Si ou \ ienl ... on n'en re> iendra pai !