LE BULLETIX DE PARIS
Aujourd'hui que la plupart des journaux du jour paraissent la veille, ce qui prouve certes, com-
bien la presse est avancée; aujourd'hui, que des multitude.- de petits établissements portatifs ou en plein air inondent la voie publique de journaux de tous les formats, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de se faire une idée de ce qu'était jadis la vente Ac< journaux dans Paris.
Sous le directoire, avant que l'esprit d'ordre du consulat ne fût venu organiser la société,il y avait dans tout ce qui existait, une sorte d'anarchie qui empêchait, pour ainsi dire, chaque chose d'être et? son temps ou à sa place.
On comprend si, dans cette époque de perturbation générale, l'expression de la pensée devait, se créer des organes. Dire ce qu'il est né et mort de journaux de 1795 à 1800, serait entreprendre une tâche bien difficile; aussi ne l'entreprendraije pas. Ce que je désire constater seulement, c'est qu'à cette époque la plupart des journaux de 1795 non-seulemnt ne paraissaient pas la veille, mais qu'ils paraissaient rarement le jour, et le plus souvent le lendemain, ce qui, à hien prendre, est infiniment plus logique.
A cette époque encore les journaux n'avaient pas d'heure pour paraître : c'était l'enfance de l'art. Le journal composé et imprimé, on le lançait sur la voie publique, et crieurs et crieuses s'en allaient courant Paris.
En 1799, l'une des feuilles les plus aimées et les plus lues était le Bulletin de Paris, sorte de recueil politique et anecdotique, dont la lecture passait pour être aussi instructive qu'émouvante. Aussi le Bulletin de Paris voyait-il ses porteurs assiégés dès leur entrée dans les quartiers populeux, et se tirait-il à des nombres extraordinaires pour cette époque, où tant de gens ne savaient pas encore lire.
Ainsi, ce jour-là où nous sommes arrivés, l'un des crieurs du Bulletin, quittant les halles, s'engageait dans la rue Saint-Denis qu'il remontait au pas en distribuant sa marchandise. Le crieur s'était arrêté.
— Donne-moi un bulletin, dit une voix.
— Voilà, mon sergent, répondit le crieur en échangeant l'un de ses numéros contre quelques pièces de monnaie.
Celui qui venait d'acheter le Bulletin de Paris s'éloignait rapidement. Il portait l'uniforme dé sergent-major d'infanterie, et sa bonne tournure faisait sourire les commères qui tricotaient sur le seuil de leurs magasins.
Le jeune homme s'arrêta devant une boutique de bonnetier, ouvrit la porte et s'élança dans l'intérieur.
— Tous avez le journal, Louis? demanda une
use jeuno fille qui éta dam le comp-
toir principal.
i Mu, lu.i bonne pel répondil le loldat
avec ; »upir, j'ai le journal, le Bulletin d<
p illon enfin connaîl re l'affreu i
aement en détails.
Antoine ! Thérèse ! appela Rose, v< ■ ter.
— El madame < lervais 'i demanda Lob
Elle '■-! sort ie, répondit Rose, elle est retour-
v. madame Lefebvre pour tâcher qu'elle s'in-
e .1 \l. Qervais. . . Mon I lien ! c'esi affreux
de ae pas Bavoir ce qu'il a |>u devenir, depuis trois
jours qu'il a été arrêté !
I [élas ' 'In Louis, madame < lervais peut douter, «'llf peul espérer. . . tandis que moi, Rose, je n'ai plus qu'à pleurer sur mes .unis !
Mon Dieu! reprit Rose en joignant les main-. ne peut-on rien espérer?
— Et que voulez-vous qu'on espère?
— Oh! lisez vite, ce journal, Louis, peut-être vous trompez-vous!
Louis secoue douloureusement la tête. Prenant le journal qu'il venait d'acheter, il le déplia, vril ri se disposa è lire.
Antoine, le commis, et Thérèse, la bonne vancèrent doucement, se préparant à entendre.
"Un affreux événement peut-être sans précèdent dans n«'- annales, commença I ent de s'accomplir à quelques lieues de Taris.
"L'avant-dernière nuit, deux de nos plus braves capitaines corsaires ceux qui ont rendu les
plus grands services à la France. Les citoyens Bonchemin et le Bienvenu regagnaient Paris pour se rendre à Marseilles à bord de leur navire.
"Ils avaient avec eux deux matelots qui ne les quittent jamais.
"Deux autres personnes les accompagnaient. L'une était le citoyen Jacquet agent supérieur du ministère de la police, se rendant à Lyon: l'autre nn soldat.
"La voiture, traînée par «les chevaux suivit tout d'abord la route de Paris à Montgeron sans accident et sans que rien ne ]>ût déceler l'épouvantable plan ourdi contre la sécurité des voyageurs.
"La nuit était noire et les ténèbres fort épaisses, alors que la voiture s'engagea dans la forêt de Sénart. . .
— Oh! mon Dieu! interrompit Rose en joignant les mains, cela me fait peur.
— Après, après, monsieur? dit Antoine, qui était tout oreilles.
"La voiture, poursuivit le lecteur, parvint jusqu'au milieu de la forêt sans encombre. Au centre
laquelle vienm nprii
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de percepteur
■ • ■ • «lai. i|ui se noniiin : ibour-
major de lemi-brig
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"Au moment où .lai crut remarquer de l'aut
un groupe il'lioni.'!.
ténèbres : «m même temps, il r<
route était presque imprat icabte.
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dit qu'il di I romper, car
endroit le matin même, et la ment libi
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prit du soldat. 1 1 crut remarquer de l cocher de la difficulté à lui répondre, un barras et enfin un échi \eiir îles taxes qu la voiture.
"Au même instant, R bernent cette fois, plusieurs hommes qui p -aient et re pla - ■'«.' du
carrefour. Les his lement connu< - . à l'heure où nous écrivons
gnes, qu< us indiff
les coeur- les plus braves Boni tem - 1 par
les récits qui abondent chaque jour.
— Oh ! c'est bien vrai ! dii -
mademoiselle?
La Jolie mignonne fit - a affirmatif.
Louis reprit:
"Eossignolet, saisi d'une inspiration soudaine et convaincu, à tort, il est vrai, que le cocher devait s'entendre avec les chauffeurs, Rossignolet, voulant soustraire au danger s^s compagnons sit le cocher, le précipita en bas de soi prenant les guides, il lança les chevaux au galop, dans l'intention de passer devant ce qu'il croyait être une embuscade de bandits.
"Effectivement, les chevaux s'élancèrent, la voiture fut enlevée rapidement et déjà elle at: îa route de Lieusaint. lorsque par suite d'un événement encore inexpliqué aujourd'hui, la terré s'effondra et s'entrouvrit tout à coup sou- les pieds des chevaux, et un abîme se présenta béant . . .
"En voyant le danger. Eossignolet descendit de son siège. . . Un miracle lui permit de franchir la haie et d'atteindre le sol . . .
Quand il se retourna. . . il n'était plus temps de
secourir ses compagnons..". Voiture, chevaux et voyageurs étaient englouti.-, et. par suite d'un événement encore plus extraordinaire que celui de cet effondrement du sol, un amas énorme de branchages, <le pierres ei de terre, placé sur le bord de la route, avait été jeté, comme renversé à l'aide d'une force puissante, sur l'abîme qui venait d'engloutir les malheureuses victimes.
"Rossignolel n'était pas encore revenu de sa stupeur qû'i] s'était vu entouré par vingt hommes. . 11 était sans armes. . . l'n hasard le rendit maître d'un bâton. . . Il se rua pour forcer le passage et y parvint. . .
lu coup de sifflet se fit entendre. C'était un signal, car tous les bandits disparurent aussitôt et comme par enchantement. . .
— l'a uvre Rossignolet, comme il a dû avoir peur ! dit Rose.
— Peur, lui ! répondit le sergent-major. Oh! ne croyez pas cela !
— Après, après, monsieur Louis? demanda Antoine en désignant le journal.
"Les cavaliers qui survinrent, reprit le lecteur, étaient des gendarmes de Brunoy qui se rendaient à Lieusaint. Ils étaient nombreux heureusement et leur présence avait suffi pour mettre en fuite les misérables.
"Rossignolet courut à eux et leur raconta rapidement ce qui venait d'arriver, les suppliant de venir au secours de ses amis. On se précipita. . . mais, au premier coup d'oeil, on put reconnaître que le travail de sauvetage était impossible, car il était absolument impraticable.
"Cependant on commença. Le capitaine commandant le détachement dépêcha des gendarmes à Pans et à Melun pour avoir des secours et des renforts,
11 fallut dix heures de travaux continuels pour arriver au but. Enfin, le gouffre dégagé, l'eau détournée, on put retirer la voiture. Cinq cadavres étaient placés dans l'intérieur et il fut facile de constater l'identité de ces cadavres. Tous étaient parfaitement reconnaissables. Les citoyens Bonchemin et le Bienvenu, les deux matelots, Mahurec et le Maucot, et enfin le citoyen Jacquet, avaient dû faire des efforts inouis pour s'efforcer d'échapper à la mort, à en juger par les contractions effrayantes constatées sur les corps des malheureuses victimes.
"La voit lire contenait une somme en or assez importante. Nul doute que les chauffeurs eussent eu connaissance de la présence de cette somme dont ils voulaient s'emparer, c'est là la seule explication plausible à donner de cette machination ef-
frayante et sans nom, et dont le but atteint a été de priver notre marine de deux de ses meilleurs représentante.
"Procès-verbal de cette épmouvantable catastrophe a été dressé, sur les lieux, par les soins des autorités compétentes e1 adressé au citoyen ministre de la police, qui a mis aussitôt en campagne ses agents les plus fins et les plus rusés. La justice informe, et on espère être même déjà sur les traces des principaux coupable-.
"il s'agit d'une bande de malfaiteurs à détruire et si le chef. . .
— Luis deux collonnes de réflexions, dit en s'interrompant le sergent-major.
— Ainsi, dit Rose, cela est vrai !
— Hélas ! oui, ma jolie mignonne. J'ai perdu en une même nuit quatre hommes qui me portaient l'intérêt le plus vif. . . Et mon colonel se meurt à l'heure qu'il est. . . Tout ce cpii m'aimait sur cette terre menace de m'abandonner. . . Mon Dieu ! peut-être, bientôt, serai-je seul au monde... sans personne qui m'aime ! . . . .
— Ingrat ! dit vivement la jeune fille.