‹ Le roi du bagneChapitre 221 sur 243 · A GRENELLE · texte numérisé non relu

A GRENELLE

La nuit était avancée, tout le quartier, devenu maintenant quartier de Paris, mais jadis banlieue de la capitale et qui s'étendait sur la rive gauche à l'extrême ouest de la grande cité, le quartier de Grenelle était plongé dans une obscurité profonde, dans un silence absolu.

Deux hommes, longeant le mur d'enceinte de la ville, suivaient le boulevard extérieur de la barrière de la Cunette à la barrière de Grenelle. Tous deux étaient de haute taille, tous deux costumés comme des ouvriers aisés.

Le plus profond silence régnait autour d' ux. Une petite allée étroite longeait le mur, se dirigeant vers un pavillon qu'elle contournait. Ils prirent cette allée qui aboutissait à une petite porte percée parallèlement à celle donnant sur la rue.

Le premier des deux hommes prit une clef dans «a poche et l'introduisit dans la serrure de cette porte. Au moment de faire jouer la serrure, il se retourna vers son compagnon :

— Tu vas voir Eosette. lui dit-il. Je tiens ma promesse, songe à tenir la tienne : mais rappelletoi cpi'à la moindre tentative de. désobéissance

Ro ol te tombera frappé* Mainte-

nant , in moi.

[/homme ou\ Ht la porta en achevant cea mol i

ai f i.ii,i r.i il, ni un couloir sombre, ténébreux, ai auquel "ii ut' voyail aucune aul i

i. deui hommes, ayant franchi la seuil du couloir, la porte bo referma but eux. I i'ob i iirité la phi complète les entourait.

dou\ Lena toi de mes paroles, l i -. i-< • j » i- i î

La voix qui avail déjà parié; dans quelques seconi h vas voir lîosette. . . Tu vas La voir, continua l'homme en appuyant sur ce dernier mot, mais elle De te verra pas, elle!... tu comprends?... tu ne pourras ni lui parler, ni lui faire soupçonner ta pri îence.

l'n grognement sourd répondii à ces paroles.

— Si m ne veux pas La voir, il est temps encore.

— Je veux voir Rosette! dil Cassebraa d'une voix gourde.

— Approche-toi de cette muraille.

Cassebras obéit.

— Monte sur cette pierre que tu Bens â tes pieds.

Cassebras iii encore ce qu'on lui ordonnait.

— Maintenant, reprit Thomas, suis avec les doigts île ta main gauche cette arête .pratiquée dans le mur... La sens-tu?

— Suis-la jusqu'à ce que tu rencontres une solution do continuité.

—C'est fait.

— Que rencontres-tu sous ton doigt?

— Un espace vide, un petit rond avec un trou au milieu, répondit Cassebras.

— Applique ton oeil sur ce trou et attends.

En achevant ces mots, Thomas s'éloigna sans faire aucun bruit, sans que Cassebras pût deviner même de quel côté il se dirigeait.

Dix minutes environ se passèrent; Cassebras pensa que Thomas avait voulu se jouer de lui; mille suppositions différentes se firent jour dans sa cervelle épaisse.

— Si Eosette était morte, murmura-t-il, si on m'avait attiré dans un piège pour me tuer$ moi aussi, plus sûrement, si. . .

Un rayon de lumière, en frappant soudainement l'oeil du fort de la halle, arrêta la parole sur ses lèvres et la pensée dans son cerveau.

Cassebras avait étouffé un cri: dans la femme qui s'avançait, il venait de reconnaître Eosette. "Son regard se reporta rapide sur la cheminée : Un canon de carabine se tenait immobile à la hauteur <3e la tête de la belle écaillère !

Cassebras enfonça ses ongles dans la muraille

■ d'une petite table. La belle bien chanj

compli avait peut-être donne ou charme de plus ine femme.

La belle écaillère appuya el demeura rêveuse, lai ce moment, un bruit de clef tournant dan

expression de terreur

se peignit Bur son

La porte Couvrit toute grande, un homme ent ra. Rosette regarda cet homme : elle demem instant encore immobile et fae saut un cri de joie, elle B'élança en avant \ isiteur :

"Monsieur Thomas? cria-t-ell<

C'était effectivement Thomas qui venait trer.

— Eh! ma belle Rosette, dit-il ave ot fa-

milièremeni bonhomme qu'il savait prendre en certaines occasions, qu'il va donc longtemps que je n'ai eu le plaisir de te voir. . .

— Allons, partons! dit Rosette avec une agitation extrême, emmenez-moi.

— Et où cela ?

— Hors d'ici !

— Hors d'ici? répéta Thomas en riant, tu n'y songes pas !

Ros rtte se recula.

— Te laisse-t-on manquer de quelque ch<

— Non.

— Alors de quoi te plains-tu?

— D'être retenue prisonnière!

Thomas se mit à rire.

— Ma parole d'honneur! dit-il. quelqu'un qui pourrait t'entendre croirait que tu es réellement la plus malheureuse des femmes!

— Je veux être libre ! s'écria Eosette.

— Pour revoir ton mari? dit Thomas.

-—Oui.

— Le fait est que tu ne l'as pas vu longtemps

— Mais qu'ai-je fait?... que me veut-on0... pourquoi me retenir ici? cria la belle écaillère •Avec une fureur sourde.

— Tu n'as rien fait, ma belle enfant; ce qu'on veut, c'est faire ton bonheur, et. si on te retient n«i, tu n'y as pas beaucoup à souffrir.

— Je veux être libre!

— Tu le seras. Peut-être plus encore que tu ne le penses. . .

Rosette s'approcha vivement de Thomas:

— Que voulez-vous dire?

—Je veux dire que eu pourras bientôt être libre, très libre même. . .

— Commenl ?

— Si tu es rivée ici, n'est-tu pas rivée aussi, comme dit la chanson, dans les chaînes du mariage ?

— Eh bien ?

— Eh bien!... si toutes tes chaînes se rompaient, tu serais libre. . .

Eosette était devenue fort pâle.

"Spartacus? mon mari?... balbutia-t-elle avec un accent qui alla torturer le coeur du fort de la halle qui voyait tout, qui entendait tout et qui n'osait pousser un cri, ni faire un mouvement.

— Spartacus? reprit Thomas.

— Il est mort? s'écria Rosette.

— Lui ? il se porte à merveille.

La belle écaillère poussa un soupir de soulagement.

'"Mais s'il se porte à merveille aujourd'hui, il peut mourir demain, reprit Thomas, cela s'est vu.

Rosette parut hésiter fm moment, elle demeura immobile, pressant son front dans ses mains crisprées; puis courant vers Thomas, elle se laissa glisser à deux genoux devant lui :

— Par grâce ! par pitié ! dit-elle d'une voix suppliante et tandis que des larmes inondaient son visage, délivrez-moi . . . rendez-moi libre ! je vous en supplie, je. . .

— Regarde la pendule ! — dit vivement Thomas en désignant la cheminée.

Rosette obéit en relevant la tête.

— Il est deux heures du matin, poursuivit Thomas. Dans cinq jours à pareille heure, tu peux être libre.

■ — Libre ! s'écria Rosette, mais pourquoi attendre?. . . qu'ai- je fait ?

— Tu sauras tout cela. En attendant, réponds... Aimes-tu Spartacus ?

— Oh! oui! dit Eosette sans hésiter.

—Et Cassebras?

— Oh ! je l'aime bien aussi.

— Si tu n'avais pas épousé Spartacus, tu aurais épousé Cassebras ?

— Dame... oui! dit Rosette étonnée de cette question faite en telle circonstance.

— De sorte que si demain tu devenais veuve, tu pourrais après-demain épouser Cassebras!

— Taisez-vous!... oh! taisez-vous! cria la belle écaillère devenue d'une pâleur livide.

Thomas la regarda bien en face.

— Tu aimes donc bien Spartacus? demanda-t-ib

— Oui, je l'aime de toute mon âme, de tout mon

coeur, comme une honnête femme doit aimer s.m mari ! s'écria Rosette.

— Alors si t ii devenais veuve?

— Je ne me remarierais pas!

— Jamais?

— Non, jamais! dit Rosette avec un accent de fermeté étrange.

Cassebras, qui se tenait haletant, immobile, l'oeil appuyé contre la muraille, Cassebras fit tout à coup un mouvement en arrière comme s'il eut été frappé par une commotion électrique. Reprenant son équilibre, il se cramponna et se remit en même position... mais il ne vit rien.

L'interstice pratiqué dans la muraille avait ' disparu... Cassebras ne voyait rien, Cassebras n'entendait rien... Il était plongé dans une obscurité profonde.

— J'ai rêvé murmura-t-il avec une expression impossible à rendre.

En ce moment une main se posa sur son épaule:

— Viens ! dit une voix. C'était Thomas.

— Tu l'as entendue, elle aime toujours Spartacus, et tant que Spartacus vivra, elle n'aimera que Spartacus.

— Oui, dit encore Cassebras d'une voix rauque.

— Alors, que dis-tu?

— Je dis. . . je dis qu'il faut que Spartacus meure. . . et il mourra!

— Et qui le tuera?

— Moi, dit Cassebras sans hésiter.

— Allons donc ! s'écria Thomas. Décidément, je crois que tu te formes.

— Oui, dit le fort de la halle en redressant la tête et avec un éclair dans les yeux.

Puis changeant de ton brusquement:

— A propos, continua Thomas de sa voix la plus incisive, à propos, tu sais que Rosette n'est plus à cette heure là où tu viens de la voir? jST'espère donc pas la retrouve]- sans ma permission; et  quelquefois -tu avais eu la pensée de me })rendre pour dupe, efface cette espérance de ton cerveau. Rosette sera à toi, mais quand je voudrai vous rapprocher l'un de l'autre.

Et regardant fixement Cassebras:

— Quand mourra Spartacus? dit-il.

— Quand faut-il qu'il meure? reprit Cassebras.

— Nous sommes le 15 brumaire?

—Oui.

— Ee 20, Spartacus ne doit plus exister.

— Pourquoi le 20?

— Parce que ce temps est le délai suprême accordé aux affaires dont je m'occupe.

— Le 20?

— Oui. Ce soir-là, je partirai, je quitterai Paris,

I3IDI TAPIN

peul 'i ru i.i France, j ■ Ion i' nij. . Tu me sui-

1 1 !.■ faut, el i i ii veux que H elle aussi, il faut qu'elle soil libre.

Eh bien ! «'Ile Le aéra !

Le vu brumaire, dans cinq jours, Spartacus sera mort? répéta Thomas on insistanl Bur chaque mol .

«Mu ! ilu ( a tni « i . 1 1 . ■ -• .

\ \ \ \ Il

LE m'a.' i m:.

Il était deux heures du matin au moment où Caesebras et Thomas atteignaient L'entrée de 1> ruelle donnant sur le boulevard extérieur, quelques instants avant qu'ils franchissent Le Beuil «lu pel it pa\ illon.

A cette même heure, el dans un autre quartier de Paris, deux autres promeneurs causaient à voix liasse eu marchant rapidement, ('es Avux hommes venaient de traverser le Pont-Neuf, et, suivant le quai Conti, ils descendaient Le cours de La Seine, se dirigeant vers Le quai de la Grenouillère (maintenant quai d'Orsaj ) .

Ces deux hommes paraissaient appartenir à deux classes différentes de la Bociété. L'un était de liante taille, l'autre était petit. Le plus grand était costumé en incroyable, et il portait ce costume dans sa plus ridicule exactitude.

Le 'Compagnon de celui-là avait les allures d'un homme de la basse classe. Ses vêtements étaient salis, déguenillés, presque en lambeaux.

Comme ils passaient tous deux sous un réverbère allume, la lueur de la lanterne les éclaira en plein, et permit de constater la couleur noire de la peau du visage du compagnon de l'incroyable: c'était un nègre.

En arrivant à la hauteur du pont de la Révolution tous deux s'arrêtèrent.

— Répète-moi tes instructions, dit le nègre d'une voix basse, afin que je m'assure de t'avoir bien compris.

L'incroyable fit un signe aflîrmatif.

— Tu sortiras de Paris, dit-il. par la barrière de Grenelle, et tu suivras le chemin de ronde jusqu'à la barrière des Paillassons.

— Très bien.

— Tu prendras, en face la barrière, la première ruelle à ta droite; une fois dans cette ruelle, tu compteras vingt-cinq pas.

Uo

• »n ; tu prendi «i in en tireras la m Kl j'attendra l n homme viendi

à quel

litôt voici le dialogu ■ qu N'oublie pas un mot ! Si t u

. t u iimiim int.

Je le

Et n'espère prendr cette mort, qui ai Répète Les paro

L'incroyable demeura un moment imm puis il commença rapidement un dia accenl liant demanda - et répons absolument dist in<

— Mère Escorbille?

— Vivante?

— Non ! morte.

—Ou?

— A Vienne!

— Quand ?

— La nuit dernière.

— l 'heure?

— Minuit deux minui

L'incroyable B'arrêta.

— Répète! dit-il.

— Je commence? dit le nègre.

— Naturellement.

Le nègre formula aussitôt la première interrogation de ce rapide dialogue, et il le continua, demandes et réponses, sans se tromper, -ans h

— Très bien ! dit l'incroyable.

— C'est cela.

— Et il te laissera pass

— Alors, je continuerai ma route en me dirigeant vers la rue de l'Ecole. Quand j'aurai atteint le petit chemin des Paillassons, je compterai trois grilles à gauche.

■ — Et si durant ta route tu rencontres quelqu'un, (pie feras-tu, que diras-tu?

— Je lèverai la main droite en tenant lïndex replié et j'attendrai. On me dira: Fleur-d'Epine est malade : je répondrai : Le médecin vient, et on me laissera passer.

— Très bien; tu n'as rien oublié.

- — Quand j'aurai compté les trois grilles. ■* le nègre, je m'arrêterai, et reprenant mon sifflet, je ferai la seconde modulation.

— Une femme ouvrira la fenêtre.

— Je lui enverrai le troisième mot de passe, puis. . .

— Puis, interrompit l'incroyable, le reste te re-

garde; je ne peux davantage.

— 'C'est bien; j'en fais mon affaire.

— Maintenant, je te quitte.

— Où et quand te reverrai-je?

— Demain, rue Plumet, ou après-demain à la halle.

— Quant à ce qui concerne la grande affaire. . . — Tu auras la Lettre et les notes à l'endroit contenu.

[jes deux hommes échangèrent un geste amical et se .-«''parèrent aussitôt. L'incroyable, masqué, continua sa route dans la direction de l'esplanade des Invalides, le nègre demeura un moment sur le quai, paraissant hésiter sur ce qu'il avait à faire. Puis, quand il eut vu son compagnon s'éloigner et disparaître, il courut vers la rue de Bourgogne qu'il remonta avec une agilité extraordinaire.

Arrivé à la hauteur de la rue Saint-Dominique, il s'arrêta devant une porte et frappa deux coups. Aussitôt la porte s'ouvrit et une voiture attelée de deux chevaux vigoureux déboucha dans la rue. — No i ! cria le nègre au cocher qui était sur le siège.

Ouvrant la portière d'une main rapide, il bondit dans l'intérieur du carrosse qui partit au galop.

Tout à coup la voiture s'arrêta brusquement. On était au coin de la rue Neuve-Plumet.

Le nègre ouvrit la portière, s'élança sur le pavé et se retournant vers le cocher qui le regardait attentivement : .

—No ?! dit-il.

La voiture repartit au grand trot et disparut bientôt dans les ténèbres, se dirigeant vers l'hôetl des Invalides en descendant l'avenue de Yillars.

Le nègre prit la rue Neuve-Plumet et gagna la place Breteuil (nommée alors place des Abattoirs) et sur 'laquelle s'ouvraient et s'ouvrent encore les abattoirs de Grenelle.

Naturellement, la place était, à cette heure de la nuit, absolument déserte et silencieuse. Le nègre la traversa et longea les bâtiments des abattoirs dans la direction de la barrière de Sèvres.

Entre les abattoirs et le mur d'enceinte que l'on apercevait à peu de distance, se dressait une belle maison, de grande apparence, en cours de construction. Quatre étages étaient déjà sortis de terre, mais la toiture n'avait pas encore été posée.

Le nègre s'était approché d'une excavation, quand tout à coup il disparut comme une évocation fantastique s'évanouissant soudain. Qu'était-il devenu ? Certes, nul n'eût pu le dire.

Quelques minutes s'écoulèrent: le silence était toujours aussi profond, la nuit aussi noire. Les murailles fraîchement achevées se dessinaient en

masses blanches au milieu des ténèbres épaisses. I ne ombre se détacha sur ce fond plus clair des gros murs ei un homme s'avança se tenant à demi courbé : c'était le nègre qui venait de reparaître.

D'un seul bond, il s'élança dans l'ouverture de la cave, se retenant pour ae pas tomber à une corde qu'il saisit au passage et dont il devait certainement connaître la présence. Ses pieds une fois posés sur les marches, il descendit précipitamment l'escalier et s'aventura, sans hésiter en homme certain de la route qu'il doit suivre, dans un dédale de corridors.

Au même instant une lueur rougeâtre apparut au fond dans le lointain, éclairant uûe sorte dé grande cave voûtée formant comme une grande galerie souterraine.

Le nègre se trouva alors en face d'un homme tenant à la main une lampe assez semblable à celles dont se servent les mineurs pour descendre dans les puits.

— Tu es seul ici. Bamboula? dit vivement le nègre.

— Oui, répondit l'homme à la lampe. Tu m'as fait prévenir que tu avais à me parler et je suis accouru, bien que je ne pusse disposer que de quelques minutes.

— Tu as bien fait: au reste tu- vas être libre. — Que voulais-tu?

— Opérer une vérification.

— Comment ?

— Tu vas me répondre, c'est tout ce que je te demande.

— A tes ordres ! dit Bamboula avec indifférence. — Je viens de quitter la barrière des Paillassons, commença l'autre, je traverse le chemin de ronde, je prends une ruelle s'enfonçant à droite, je compte vingt-cinq pas et je m'arrête.

— Ensuite? dit Bamboula.

Le nègre venait de fouiller dans sa poche et reportait vivement la main à ses lèvres; un son clair, très doux, retentit aussitôt et se termina par une série de modulations d'un effet des plus bizarres. Bamboula tressaillit brusquement comme si quelque chose d'extraordinaire l'eût subitement; frappé.

— Qui t'a donné ce sifflet ? s'écria-t-il. Qui t'a appris ces modulations?

Bamboula avait fait ces questions en homme entraîné par la force des événements : évidemment dans son premier mouvement, il n'avait pas obéi à la réflexion. Sans doute, il le sentit et le comprit, car il s'arrêta en se mordant les lèvres. Le nègre sourit :

— Ne faut-il pas que je sache tout, répondit-il,

nr i ni ce que pour te prouver que i u ne 1 1 1 "; i j » prend - pan toul . Bamboula '■ B ml 1,1 bai 8BD la tête.

\ u rente, repril le pa venu

ici pour l 'adre

pète, pour opérer un1' vérification. ttéponds: le Bifflel ;i retenl i, qu'arrive-l -il ?

I m homme 'avance ! dil Ba tnboulà en fa un pas en avaul cl en levanl la main droite.

Vlère liseorbille dil le nègre.

• ;\ ante . répondil Bamboula.

— Non, morte !

—Ou?

\ \ ienne !

—Quand?

— La uuii dernière.

— L'heure ?

— Minuit deux minutes.

Cea échanges rapides de phrases hachées taienl opérés avec une vivacité incroyable.

La demande n'étail pas achevée que la rép arrivait.

Les deux hommes se renvoyaienl phrases contre phrases comme deux enfants qui jouenl à la balle.

—C'est cela !

— Alors, pa- Tn silence suivil cet échange de paroles.

— Pleur-d'Epine est malade, repril le nègre.

— Le médecin vient ! répondil aussitôt le nègre.

— ("est tout ! dit-il. Maintenant ouvre-moi l'autre barrière.

Bamboula tourna sur lui-même, et. précédant le nègre, il parcourut le souterrain. Les deux hommes atteignirent un escalier, en descendirent encore les marches et se trouvèrent dans un autre couloir continuant à s'enfoncer sons terre. Depuis la courte conversation rapportée plus haut, ils n'avaient point échangé une seule parole. Bamboula paraissait être en proie à une préoccupation des plus vives.

Enfin ils atteignirent une porte que Bamboula se disposa à ouvrir.

— 11 est inutile que tu ailles plus loin, dit le nègre; je connais la route.

Bamboula s'effaça, tenant toujours la main sur la clef passée dans la serrure.

— Quels ordres? demanda-t-il.

— Tu les auras demain. A deux heures. Fouché t'attendra. Ouvre!

Bamboula fit tourner la clef.

— Dis-moi de qui tu tiens le sifflet et les mots de passe, dit-il.

— Pourquoi ? demanda le nègre.

I' qu'il i

Lo mi Il fouilla précipitatnn i1 demeura immoh sonore. Le n<

riant :

NTe chereh dit-il : oc

Comment au\ mots de p qui me

Toi-même ! dit le nègre en apj s mots.

— Allons donc !

— Tu ne crois pas? cela importe peu: ce qu'il importe, c'esl que d'au: i

raient si besoin était . . ton affaire : .\

"ii\ re la porte, Bamboula, et dema Fouché, à l'heure que je viens de t'indiquer.

Bamboula obéi! : la porte r'ouvr disparut. La porte refermée, Bamboula, demeure seul dan.- le Bouterrain, revint sur . mar-

chant lentement, en proie aux réflexion- '■•- plus sériel-

—Décidément, dit-il, cel homme est plus fort que moi, plus fort que lui ! Il triomphera, cela est évident... Que devrais-je faire? Tromper l'un, tromper l'autre et recueillir pour moi seul le fruit de la lutte serait certainement ce qu'il y aurait de plus beau, mais snis-je assez fort pour triompher?

Bamboula marcha avec agitation:

— Plus d'illusions? dit-il encore, .l'ai gaspillé ma jeunesse, je veux étayer un avenir solide snr mes folies passées. Lequel de ces deux hommes est supérieur à l'autre? Lequel sera pour moi le meilleur? Depuis quinze an- qu'ils luttent, les chances sont demeurées à peu près égale-... Qui triomphera ?

Puis, après un silence :

— Comment m'a-t-on pris ce sifflet? continua-til. Qui lui a donné les mots de passe, ces mots transmis il y a deux heures à peine? Qui trahit? Dans quel but trahit-on? Le timbre d'une horloge retentissant au loin arriva jusqu'à la galerie terrai ne.

— Deux heures et demie ! murmura Bamboula : c'est l'heure... Oh! cette réunion, cette nuit, il faut qu'elle m'éclaire ! il faut qu'elle m'indique la voie que je dois suivre !

y LA POUDRIERE.

Cinq ans avant l'époque où s'accomplissent les événements de ce récit, le 31 août 1794, au moulinaient à l'horloge de l'Ecole militaire, tout le territoire sur lequel s'élevait Grenelle (alors composé, il est vrai, de quelques rares maisons seulement), tout le territoire recevait une commotion terrible.

C'était la poudrière de Grenelle, cet établissement créé depuis quelques années seulement, et dirigé par Chaptal, qui venait de l'aire explosion.

Le gouvernement s'empressa de réparer le dé- : on avait besoin de poudre alors. Les bâtiments turent relevés, mais une partie des ruines sta; car, pour reconstruire sur le même lieu, il eût fallu d'abord, déblayer, et ce déblayement eût demandé un temps énorme. La plaine conserva donc le stigmate du terrible événement.

Quelques rares maisons se groupèrent autour de la nouvelle poudrière ; mais les ruines de l'ancienne demeurèrent isolées. On eût dit qu'une vague terreur empêchait de s'en approcher.

En 1799, ces ruines noircies présentaient l'aspect le plus triste et le plus désolé.

La nuit surtout, ces ruines offraient le spectacle le plus triste et le plus imposant. Eclairées seulement par la lueur des astres, elles semblaient l'antre de la désolation.

Cette nuit-là. où nous sommes arrivés, les ruines se dressaient sombres et noires, se détachant difficilement au milieu des ténèbres. Il était près de trois heures quand, au milieu du silence, un bruit léger de pas retentit. Un homme surgit tout à coup du sein de ces ruines amoncelées. D'où venait cet homme? personne n'eût pu le dire. Il paraissait être sorti de dessous terre. Un large manteau l'enveloppait des pieds à la tête.

Marchant rapidement au milieu des décombres, cet homme atteignit un pan de muraille demeuré debout, et il se perdit, dans l'ombre que projetait cette muraille; un amas de pierre» était voisin; il se dirigea vers cet amas, au pied duquel était nue excavation semblable à l'ouverture d'une caverne.

Sans hésiter, l'homme se coucha à plat ventre, et engageant sa tête d'abord, ses mains ensuite dans cette excavation, il se glissa lentement, rampant comme un reptile. Bientôt l'espace devint plus large et plus haut, car il put se relever à demi et se mettre sur ses genoux.

L'obscurité était profonde et l'air rare dans cet-

te espèce de grotte fermée par la réunion de débris de muraille, que l'explosion avait jadis balayé en cet endroit.

Tâtant le sol avec ses mains, il parut chercher un moment; puil il demeura immobile. Un léger coup de sifflet retentit. Aussitôt la terre s'effondra el l'homme disparut, s'enfermant clans le sol.

Au même instant, la pâle clarté d'une lampe jaillit, et la trappe, cessant son mouvement de descente, déposa l'homme au manteau sur le sol d'une grande cave. L'homme se redressa et marcha vivement vers une grande armoire de chêne placée à peu de distance, et appuyée à la muraille de la pièce souterraine.

Ouvrant cette armoire, il en tira une sorte de • longue robe en étoffe noire toute garnie de flammes rouges découpées. Passant rapidement cette robe par-dessus son costume, il rabaissa sur son visage déjà caché un énorme capuchon taillé comme ceux des pénitents, dont la pointe descendait jusqu'à la taille, et percé à la hauteur des yeux par des trous ronds.

Ainsi drapé, l'homme revint vers l'armoire, ouvrit les deux battants, se plaça dans le meuble qui était précisément de la grandeur de sa taille, et fit jouer un ressort placé sous sa main; le fond de l'armoire s'écarta tout à coup, un passage se présenta : sans hésiter l'homme se glissa par l'ouverture.

Il se trouva alors dans une grande salle, qui avait dû servir jadis de magasin à salpêtre. Cette salle, éclairée par quatre grosses lampes accrochées à la muraille par des bras de fer, était de forme ronde; elle n'offrait pas un angle.

Son plafond était un dôme pointu ressemblant à un entonnoir renversé. Le sommet de ce dôme était plat.

Rien n'était plus étrange que l'aspect de cette salle : appuyée contre la muraille, se dressait une grande tribune à laquelle on montait par quatre marches; cette tribune était garnie d'un énorme fauteuil recouvert en cuir noir, et devant lequel était placée une petite table de chêne.

Six autres tribunes de deux marches plus basses que la première, mais, sauf ce détail, en tous points semblables à celle que je viens de décrire, garnissaient à intervalles égaux le tour de la salle.

Entre deux de ces tribunes, une porte de fer de découpait dans la muraille; il y avait donc sept portes : c'était par l'une de ces sept portes que l'homme à la robe noire venait d'entrer.

Entre chacune de ces portes et chacune des tribunes, un énorme anneau de fer était scellé dans la muraille, à hauteur d'homme ; sous cet anneau

était un banc d< boi fait comme iiq billot .

l'iu , .m de u de chaque table de chaque t ri bune, tombait du dôme un< i orde d<

.1 uleur dit férentei . tei minée pai an

dont Les I rôlaienl Le dei u de La pet ite

table.

La corde de soie et Le gland, appendant au sus de La grande tribune m"1 dominait Lee autres, étaient rouge , L a - ordes et Les aut ree

glands verts, jaunes, noirs, blancs, brune et bleus.

Au moment où L'homme ent rait, La salle absolument déserte. L'homme B'avança; La porte se referma Bur Lui. Se dirigeant verB La principale tri lui ne, et 'Ile qui dominait toutes Les autres, il gravit Les marches et alla prendre place dans Le fauteuil de cuir noir.

Deux paires de pistolets, à double coup chaque, étaient placés sur La table. L'homme prit Les armes, Les examina attentivement, L'une après L'au- 'assura qu'elles étaient chargées et eu fort bon état, et il Les replaça ensuite devant Lui, but la table, à portée de sa main.

Alors, demeurant immobile comme une statue, il parul attendre. Le tic tac régulier d'une hor- 3e faisait entendre: effectivement, enchâssé dans Le bois de La seconde tribune, se dessinait un cadran. La grande aiguille approchait du chiffre XII, tandis que la petite était sur le chiffre UT.

D'où il était. L'homme ne pouvait voir le cadran. mais il entendait parfaitement la marche de l'hor- Loge. Tout à coup retentit ce claquement qui précède l'instant suprême où la grande aiguille, posant son extrémité sur le point qui sépare, dans le chiffre XII, le X du II. indique que l'heure va sonner.

L'homme saisit l'un de ses pistolets et en heurta avec la crosse une plaque de métal placée à sa portée; un son prolongé retentit au moment même où trois heures du matin sonnaient à la pendule.

Un bruit sec se fit entendre partant à la fois de cinq points différents de la salle ronde. Cinq des sept portes de fer venaient de s'ouvrir et cinq personnages, tous revêtus d'un costume identiquement semblable à celui de l'homme occupant la grande tribune, apparurent sur le seuil.

Tous avaient le corps enveloppé dans une robe noire semée de flammes rouges, tous avaient le grand capuchon retombant jusqu'à la ceinture.

Tous cinq firent à la fois un pas en avant et les cinq portes se refermèrent à la fois sur eux, puis, sans prononcer un mot, sans faire un geste, tous cinq se dirigèrent chacun vers chacune des cinq premières tribunes et ils s'y installèrent gravement.

La ■ ièrae i ribui gauche, demeurait Libre

p indiqua ament !•

tent.

< dit-il d'une

réunion d< quoi ji

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cinq hommes firent un mi timent. '

Alors le présidée don rouge qui tombait Lemment. On siflement ai provenir du liant d dôme >'<>ii\ rit comme mû par un

I teus pie le apparurent pa deu\ jambes, un corps, rotté était descendu Lentement par

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