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XL VIII LE CAFE DE LA RUE COQUILLIERE

— Ah citoyens, voilà encore un quatrain qui est bien joli.

— Lis-nous cela, Gênais,

— Ah ! ah ! ires joli s'écria-t-on ; dans lequel estil celui-là?

Dans le Journal <\r< hommes libres.

— En voilà une journée!

— Est-ce que tu étais aux Tuileries, Gorain?

— Oui ! j'y étais avec Gervais, à preuve que nous y avons rencontré notre ami Thomas, pas vrai, Thomas?

— Certainenu

< e1 échange de paroles avait lieu dans la grande lié situé rue Coquillière.

Ce soir-là était celui du 18 brumaire, et tout Padt sous l'impression du grand événement en train de s'accomplir. De nombreux soldats occupaient des taldcs en compagnie de bourgeois.

— Citoyens, reprenait Gervais, vous voyez bien ce jeune maréchal des logis; eh bien! c'est un ami du général en chef, un héros; oui, citoyens! Ils ont été nommés caporaux le même jour, n'est-ce pas, mon ami Niorres ?

— Là preuve, c'est que j'y étais et que c'est moi qui ai donné les galons au général.

— Ah ! dit une voix sonore.

— Alors, citoyen major, et toi, citoyen maréchal des logis, vous voudrez bien faire raison à un adorateur de votre général, qui vous propose de vider ce verre de punch à sa santé.

— Accepté, papa Thomas, dit Eossignolet.

— Volontiers, citoyen, ajouta Louis en s'avança nt.

Les trois hommes trinquèrent; Thomas se pencha vers Louis :

— A la santé* de la jolie mignonne! dit-il à voix basse.

Le petit soldat se dressa vivement; il avait le visage plus rouge que le revers de son uniforme.

— Là ! là ! dit Thomas ; je n'ai pas voulu vous offenser, mon jeune ami.

Puis, avant que Louis eût le temps de lui répondiv, Thomas s'adressa à Eossignolet :

— A propos, major, ajouta-t-il, qu'est-ce qu'on m'a dit, que tu avais failli être victime d'un accident ?

Eossignolet fronça les sourcils.

— Motus, dit-il ne parlons pas de cela.

— Pourquoi ?

r:oiTAPiN

Paroe que oela m'est Imp blo.

i >ite donc, resp< i table major, dit Gorain en l'avant ant, c'e i toujour aprè demain que noua allons i lire uot re pari ie de Fonten rai ?

Touj , .mu de mon coeur ; et, i <> i -/.-<■ t i<>n

comp( aurez de L'agrémenl . je voua le pro-

\.ui- sommes \ ingl quai re : douze i du Rhin. Ah ' quel oanan.

Je m'en réjouis d'avance ! dit GOrain.

Et moi donc, ajouta G lis. Seulement, je ne le dirai paa à ma femme.

La porte du café venait d'êl re poussée ei un homme s'étai< glissé lentement jusqu'à l'endroit on se tenait Thomas. Celui ci adressa au nouveau vi du un coup d'oeil significat if.

Le nouveau venu tira de sa poche un mince papier, dont i! t'il voir l'extrémité passant entre ses Thomas se dirigea vers lui, et, prenant le papier, il le lit i re dana la paume de sa

Large main.

— Très bien, dit-il après avoir examiné fui ment le papier, qu'il rendit à l'homme.

- Est-ce toujours pour cette nuit, demanda celui-ci.

Thomas désigna du regard Louis de Niorres et Rossignolet.

— Tu le vois bien, répondit-il, je suis prêt, moi; à vous J'attends; ils sont ici, je réponds

d'eux.

Rossignolet qui avait bourré éa pipe, cherchait du feu pour rallume!-. Traversant le café encombré de consommateurs, il était arrivé près d el'office au moment où Thomas et son compagnon échangeaient leur rapide monologue. Un garçon de café, mi plutôt un garçon de cuisine se dessinait dans la demi-ombre de l'office, rinçant des verres et des ta -h 's avec un entrain parfait.

Ce garçon avait une énorme mentonnière lui entortillant la tête; une joue gonflée d'une façon effrayante justifiait cette précaution. Tel qu'il était, l'homme devait être méconnaissable.

En voyant le major s'avancer, sa pipe à la main, le garçon s'empressa de prendre un morceau de papier et de le présenter tout enflammé au major.

— Voilà, citoyen, dit-il à voix haute.

Puis, à voix basse :

— Souviens-toi de ce que je t'ai dit, murmura-t-

Rossignolet fit un signe affirmatif.

— Luois ne sait rien?

— Non.

— Tl ne faut pas qu'il sache; il est trop jeune.

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laquelle je lll'illtél

vous voyez fréquemment :

; — M"ii colonel ! dit L ( fui, j'a appi

— Il va mi- En vérité? j'en ment, croyez-vous que le mie

Po trquoi non ? dit demment sur la réee]

— .Mon Dieu ! parce qui pauvre femme, et que frap-

. qui. pa

— Hélas ! dit Louis en soupir;

Cep< adant il vi -■ déjà quelque cho-

se, et je voeux ardent pour

que ce mieux se eontii

Tandis que Thomas et Louis échangeaient ce3 paroles. Gervais, prenant sur une table voisine un plateau encombré de verres, au milieu trônait un bol de punch aux trois quarts vide, Ger- V'tait avancé vers la table occupée par le maréchal des logis et son interlocuteur:

— Vous voulez bien me faire une petite place? dit-il d'un air tellement aimable, que les voisins du bonnetier le regardèrent avec une sorte de stupéfaction.

— Comment donc ! fit Thomas avec un empressement non moins grand.

— C'est cela ! dit Gorain en s'avançant à son tour mettons-nous à côté des amis, et chantons de petites bêtises ! Bah ! j'aime cela, moi !

— Gorain! dit Gervais d'un air scandalisé.

Puis, changeant de ton :

— Après tout, continua-t-il. si cela amuse notre ami Thomas, chantons, je le veux bien! Il n'y a pas de dames ! !

Les deux bourgeois se placèrent alors en face de Thoma .

Thomas promena lentement ses regards sur chacun des quatre personnages qui l'entouraient, comme s'il les eût comptés intérieurement, puis ce regard, à demi voilé, à demi railleur, se reporta sur la porte de l'office du café qui était placée en face de lui.

Aux tables voisines tout autour des cinq con-

sominateurs, la conversation continuait plus animée sur les événements du jour.

— 11 paraît, di1 Gorain, que nous n'avons plus de directeurs?

— Oui. dit Thomas, -'il n'y a rien de nouveau d'ici a demain. . .

— Comment? firent les deux bourgeois on se rapprochant curieusement.

— Dame!... les faubourgs se remuent...

— Mais pour qui se remuent-ils ? demanda (Servais.

— Ah voilà! on ne sait pas encore... mais cela se devine. Au reste. j<' le saurai tout à l'heure.

— Tu le sauras!- Oh! tu nous le diras, mon bon petit Thomes. A des amis on ne cache rien, et nous sommes tes amis, n'est-ce pas, Gorain?

— Si nous sommes ses ami.-! c'est-à-dire que nous nous ferions couper en morceaux pour lui!

Lies deux bourgeois échangèrent un regard d'in- : ence, comme pour se féliciter mutuellement.

— A propos, continua Thomas sans paraître avoir remarqué ce regard, comment va la jolie mignonne, mon cher Gervais? Voilà une jeune fille à laquelle je m'intéresse ! J'ai connu son père, le pauvre Bernard, le teinturier ! Et sa mère ! ah ! quelle femme !

Puis .se tournant vers Louis:

— Tiens, continua Thomas, c'éatit précisément à l'époque où les malheurs qui frappaient votre famille occupaient alors tout le monde.

— C'est pourtant vrai ! dit Gorain.

. — de me rappelle cela comme si j'y étais! ajouta Gervais.

Louis avait tressailli, et une émotion très vive se lisait sur ses traits.

■ — J'ai parfaitement connu le père et la mère de Rose, continua Thomas, et j'ai eu l'honneur de voir quelquefos M. le conseiller de Niorres.

— lion grand-père? s'écria Louis.

— Oui. je l'ai vu, ainsi que madame votre mère!

Loui- poussa un soupir, pressa sa tête dans ses mains. Les paroles prononcées par Thomas réveillaient tous les cruels souvenirs d'un passé, que Charles. Henri. Blanche et Léonore avaient jadis raconté en détail au jeune orphelin.

— Ah ! mon Dieu ! s'est-il accompli des choses depuis ce temps-là, fit observer Gorain en secouant la tête.

— C'était l'époque où vous vouliez vous faire nommer échevins ! dit Thomas.

— Chut ! fit Gorain avec effroi.

— Citoyen Gervais. interrompit une voix haletante, la citoyenne te demande à l'instant, sur l'heure.

Gervais releva la tête; Antoine et ai t en face de lin. Le garçon de magasin venait d'entrer; il

avait la Eigure pale, très émue; il pouvait à peine n spirer tant il avait dû courir.

-—Qu'est-ce qu'il y a demanda Gervais.

— Le feu! Le l'eu! dit Antoine.

— Le feu? répéta Gervais en devenant plus pâle que le col de sa chemise; Le feu chez moi?

— .Von! non! dans La cheminée du voisin. Maifa sort gros comme mon corps, et Les flammèches retombent djn comme grêle sur notre toit, et la citoyenne a peur, et il n'y a pas de danger: mais enfin elle vous demande.

— Tu m'assures qu'il n'y a aucun danger? dit Gervais, en hésitant.

— Mais allez donc! dit Thomas.

— Nous vous accompagnerons, ajouta Louis.

— -C'est cela, dit Bossignolet en frappant sur l'épaule de Gorain, qui paraissait fort peu désireux de bouger. Et toi, gros papa, leste et preste, en deux temps, tu feras la chaîne!

Et comme Gorain ne paraissait pas se presser, Bossignolet le prit sous le bras et l'enleva. Tous six (puttèrent le café, se dirigeant vers la rue St- Denis.

En approchant de la partie de la rue où demeurait Gervais, on apercevait une foule compacte s'agitant dans les ténèbres que combattaient faiblement les quelques lanternes suspendues de distance en distance.

Les habitants de la rue Saint-Denis, s'efforçaient d'organiser les moyens de combattre l'invasion du fléau destructeur, au moment où Gorain, Gervais et leurs compagnons arrivaient sur le lieu du sinistre: mais jusqu'alors ces moyens paraissaient fort peu efficaces: le feu de cheminée prenait, de minute en minute, des proportions de plus en plus inquiétantes.

— Ah ! te voilà, s'écria Mme Gervais en voyant son mari. Vite ! vite ! il faut passer par chez nous pour s'assurer que le feu ne peut se communiquer par les planchers. Viens, les voisins sont en haut !

— Et Bose, où est-elle? demanda vivement Louis.

■ — -Bose? répéta Mme Gervais: mais eile était là tout à l'heure mon garçon. Elle sera remontée dans sa chambre.

— -Xon, non. dit la bonne, qui avait entendu, mademoiselle est dans la rue. elle vient de sortir.

— Bose ! Bose ! appela Louis en courant au milieu de la -foule, tandis que Mme Gervais entraînait son mari.

\ lion . monton , \ ieiu, dit H I en

pou mi Qorain,

M. m . aperlatte, je oe puii rien, dil Qorain ru .• défendant.

Le feu continuait plu- inten ■ ; I.» foule augmen i.ni .iu\ aborda de la maison de Gervais, et «die devenait i compacte que la circulation était rendue impossible.

UOSE

I m- heure après, Le feu étai-1 éteint, le danger étail passé, el la Eoule commençait à B'écouler en se livrant à force commentaires: L'incendie qui avail failli dévorer le quartier el les événements de la journée portaienl Buifisammenl ans conjectures fi au\ propos, pour que propos et conjectures ne pussenl tarir de sitôt.

One douzaine de femmes étaient rasseml dans la boutique de Gervais, les volets étaient fermés, la porte était ouverte, et une chandelle, placée sur Le comptoir, éclairait faiblement l'intérieur du magasin.

— Ouf! disait Thomas, qui, assis sur une chaise au milieu dé la boutique, B'éventait avec son mouchoir, comme un homme venant de supporter une grande fatigue, je n'en puis plus, ma chère madame Gervais.

Tous se regardèrent avec une sorte de stupeur, puis tous se mirent à chercher, fouillant la maison des caves aux greniers.

— Courez chez les voisins, chez nos amis! avait dit madame Gervais à Antoine et à la bonne.

Tous deux s'étaient élancés, tous deux revinrent: personne n'avait vu Eose depuis le commencement de l'incendit.

Plusieurs personnes se rappelaient qu'à cette heure où- le feu éclatait, Eose s'était élancée dans la rue. appelant au secours. La foule envahissait la rue. Eose avait été vue parlant à des gens "de la halle, et c'était tout. . .

— Dis-donc, major, dit Thomas en se penchant vers Rossignolet, la petite a beau être gentille, si on prétend qu'on l'a enlevée, je puis bien assurer que ce n'est pas toi. car je ne t'ai pas quitté d'une minute !

Une heure s'écoula . . . Eose demeurait introuvable. On ne pouvait savoir ce qu'elle était devenue.

\ -s \l N l « LOI D.

La nuit du i ■ nient d< bien dant L'esprit d'une immen premier moment d'agitation pa dit plein de confiance dam L'a Tenir.

< '■ mat ni du 1!» brumaire, Le i radie ui que la veille, et La ro ' loin! était encombrée par iv-. Les curieux qui -«• heurtaient, se avançaient, causant bui aemcntft

-a m le coure.

< »r don.-, du le major en carets tesque moustache et en désignant di timents dan.- l'intérieur desquels on vers Lee fenêtres ouvert r leur

o.'in iv : or don.-, c'est la que L< tout à l'heure se donner un coup d< -ur le

bien du pays, <'ii attendant que non- donnions, nous, un coup de torchon a Q iques

de L'Aut riche. ( lhacun son idée, chacun re; quant a moi, j<- dis que toui --là ne

servent pas à grand'choe • tout le mon

vrait être soldat.

— Oh ! major, dit un tambour, ai tout le monde était soldat, ce serait drôle!

— Ce serait joli, tapin.

— Ca en serait des régiments de longueur!

— Tiens! reprit Rossignolet, si je n'ai p berlue, j'aperçois Là-bas, Be dirigeant de ce côté, une connaissance à moi !

Et élevant la voix:

— Eh! Thomas!... citoyen Thomas, cria le tambour-major, par ici ! . . . je ne peux pas ra/'absenter.

S'approchant de Thomas, il lui prit l'avant-bras, et l'étreignant avec une violence extrême :

— Ecoute ! dit-il en le regardant dans le blanc des yeux (suivant l'expression adoptée), je ne suis pas bon diplomate, moi, je vais peut-être faire une bêtise; mais puisque je suis décidé à la faire, faut qu'elle* soit faite en grand. Bibi. celui qui est là, mon ancien tapin, aime la petite Eose. j'en suis sûr et certain : hier je l'ai vu pâlir et frissonner quand il a su que la petite était perdue, puis il y avait des larmes dans ses yeux... Bibi. vois-tu, c'est un crâne soldat, et pour qu'il pleure.* faut qu'il ait du chagrin. . . Il aime Eose. . .

— C'est possible, interrompit Thomas; mais que veux-tu que j'y fasse?

— Eose est perdue, enlevée, disparue...

— Que veux-tu que j"y fasse encore?

— Ce que je vmx que tu y fasses? dit Rossigno-

let en se mordant la moustache; je veux que tu nous aides à la retrouver !

— Volonl iers si je puis.

— Tu le peux !

—Hem?

— Te te dis que m le peux! répéta Rossignolet avec un accent impérieux.

— Et comment le pourrais- je?

— Je ne sais pas, mais tu le peux; et la preuve, vois-tu. c'est que si d'ici à demain Rose n'est pas réistallée dans le comptoir de la mère Gervais, je te tortille le cou comme à un vieux poulet de basse-cour. T'es solide, je le sa;s: mais comprends! Quand Rossignolet en veut à un quidam, il faut que le quidam y passe! Compris, hein!

— A 708 rangs! commanda une voix sonore.

Rossignolet quitta brusquement Thomas et courut à ses tambours. Le président du conseil des Anciens venait d'arriver, et on s'apprêtait à lui rendre les honneurs militaires.

Thomas tourna rapidement sur lui-même et disparut dans la foule.

— Jonas, dit Thomas à voix basse et en entraînant le bon bourgeois, il faut que le tambour-major n'en revienne pas demain.

— Il n'en reviendra pas. dit Jonas.

— Tu as trouvé les dix hommes?

— Oui; ils coûteront cher, mais ce qu'il nous fallait ; tous mauvais chenapans, mais tous excellents tireurs.

— Tu es sûr de tes hommes?

- — Je les paye assez cher pour cela! Et Gorain et Gervais que .Rossignolet trouve plaisant d'amener sur le terrain, sans qu'ils sachent où ils vont.

— Gorain et Gervais, dit Thomas en réfléchissant; ils savent bien des choses. . . Ils ne peuvent plus nous être utiles. . . Fouché les domine en ce moment. . . Ils ont fini de jouer leurs rôles.

—Alors?...

Thomas fit un geste d'une énergie épouvantab'

— Très bien .dit simplement Jonas. ils ne reviendront pas à Paris: j'y veillerai.

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