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LA EUE DES MAUVAISES - PAROLES

A l'heure où s'accomplissaient la scène racontée clans le précédent chapitre, une seconde, tout ausis intéressante pour les événements de ce récit, s'accomplissait en plein Paris, non loin de ce quartier des Halles, toujours remuant, toujours agité.

Deux hommes, marchant côte à côte, venaient de s'engager dans la rue des Mauvaises-Paroles, débouchant par la rue des Bourdonnais. Une gargote de repoussante apparence ouvrait sa porte hospitalière au rez-de-chaussée d'une maison noircie par le temps et qui s'élevait au centre de la rue.

Les deux hommes s'arrêtèrent devant cette porte et l'un fit signe à l'autre d'entrer.

—C'est ici, Pick? dit l'un.

— Oui, Cassebras ! répondit l'autre.

Une salle enfumée, basse et mal éclairée, s'étendait jusqu'à une cour d'où elle tirait plus d'ombre que de lumière. La salle était déserte. Les deux hommes allèrent s'asseoir dans un angle devant une table.

— Du vin ! dit Pick.

— Xon, dit vivement Cassebras.

— De l'eau-de-vie alors?

— Pas davantage.

— Pourquoi ?

— Je ne veux pas boire.

Pick fit tin geste d'impatience et comme une servante accourait:

— Rien! lui dit-il, mais on payera tout de même.

La servante s'en retourna sans insister. Pick regarda longuement Cassebras :

— Tu hésites? lui dit-il.

— Non, répondit le fort de la balle, mai- je n'ai pas besoin de boire pour agir.

Pick se rapprocha de lui :

— Aimes-tu Rosette? reprit Pick.

— Oui ! dit Cassebras. ,

— Alors il faut que Spartacus meure, et puisque t<>i seul peux le tuer, tue-le!. . . tu as deux heures pour agir !

— Je ne pourrai pas voir couler son sang!

— Alors il va mourir! s'écria-t-il.

— Comment? dit Cassebras.

— Par le poison !

Le fort de la halle fit un mouvement brusque, mais il se contint. t Un rayon lumineux, qui venait de passer sur son visage s'éteignit avant que son interlocuteur eût pu remarquer cette expression étrange qui avait pour un moment métamorphosé et comme poétisé la physionomie du colosse.

— Le poison ! dit-il en redevenant parfaitement calme, je n'en ai pas!

— Tu en auras !

— Quand?

• — -Dans deux minutes, attends-moi.

— Où vas-tu?

— Je ne sors pas de la maison. Attends-moi, te dis-je.

— Je vas prendre l'air dans la rue, dit Cassebras. j'étouffe ici : je ne suis pas encore habitué à tuer les gens, moi, ça me fait mal!

Pick haussa les épaules.

— Sois ici dans cinq minutes ! dit-il.

— J'y serai !" répondit Cassebras.

Au coin dé la rue des Lavandières et de celle 'les Deux-Boules était le tonneau d'une ravaude use.

A l'heure où Cassebras se promenait, en longeant les maisons, la ravaudeuse travaillait donc avec son entrain ordinaire.

Le fort de la halle avait la main droite enfoncée dans la poche de sa culotte; en passant devant le tonneau de la ravaudeuse, il retira sa main, et une bille roussâtre, de fausse agate, comme celles avec lesquelles jouent les enfants, vint tomber sur les genoux de la vieille femme.

Cassebras continua sa marche lente et indécise. Arrivé à la hauteur de la rue Jean-Lantier, il tourna sur lui-même et revint sur ses pas. Il re-

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A peine <'ii franchi - ail il le euil, qu'un homme M \r\ M, un m. -i ■■• (le la plua belle apparen- I d'un cabarel de la rue Perr G in,

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Débouchanl dans la rue des Lavandières, les allures d'un homme que le bon vin \ ï« • 1 1 1 de mel i iv en go reversa toul droil el

alla presque se heurter dans le tonneau de la ravaudeuse.

( Hu'\ la mère ! cria-t-il d'une vois ;i\ inée, i i e qu'il y a «lu liquide dans ton tonneau ?

Qu'est-ce que c'est, mal-blanchi ? «lit la ravaudeuse en relevanl son nez pointu, sur lequel se dressail une paire de lunettes de proportion gigantesque.

— Je demande s'il \ a de quoi boire dans ton tonneau?

— On tâche qu'il y ail de quoi manger. Est-ce que tu as de l'ouvrage à me donner? Le citoyen porte peut-être des bas de soir? on ne sait pas.

— Tu raccommodes les bas?

— Et proprement! regarde un peu cette maille! Est-ce relevé, ça? Faut-il de bons veux pour une pareille reprise? Eh! regarde donc, vieux morieaud !

La ravaudeuse leva le bras el mit bous le nez du nègre une paire de bas de soie à laquelle elle était en train de travailler. Le nègre repoussa les bas, qui lui effleuraient le visage. Dans ce geste, les deux mains se rencontrèrent.

— Allons! reprit le nègre, puisqu'il n'y a rien à boire dans ton tonneau, je ne le mettrai pas en perce ! Adieu, la mère !

—Adieu, mal blanchi !"

1-e nègre tourna sur lui-même et descendit la rue des Lavandières. 11 n'avait pas fait dix pas qu'il porta la main droite à sa figure, comme pour se caresser le nez: ses doigts étaient entrouverts et ses veux purent examiner dans la paume de la main une bille de fausse agate qui s'y trouvait enfermée.

Le nègre reporta la main à la poche de sa culotte: un éclair rapide venait de jaillir de sa prunelle et une expression de joie et de triomphe avait envahi sa physionomie.

Pressant sa marche, il gagna rapidement la rue Saint-Honoré qu'il suivit dans la direction du, palais National. S'élançant dans la rue de Richelieu, il atteignit la rue Xeuve-des-Petits-Champs,

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