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LES CADAVRES

Camparini. baissant sa lanterne, examina attentivement la position des deux cadavres. Il se courba, posa sa main sur le corps de l'homme dont le vosage avait été si abominablement déchiré.

— Celui-là aussi est mort, et bien mort! dit-il, mais il y a une. chose que je ne m'explique pas. La blessure du visage a dû précéder le coup porté au brigadier, car ce coup, en atteignant le corps, a dû avoir un effet foudroyant. Or, comment expliquer que Rossignolet, après avoir reçu ces deux blessures, celle de la poitrine et celle du visage, ait pu. après celle du visage, surtout, avec un oeil de moins, porter un coup aussi sûrement mortel ?

Roquefort ne répondit pas. Un silence suivit ces paroles.

— C'est bien simple ! dit tout à coup une voix.

Camparini se redressa:

— Qui est là? dit-il en levant sa lanterne, tandis que Roquefort armait lestement une paire de pistolets qu'il prit à sa ceinture.

— Moi, maître ! répondit la voix. Je t'attendais pour que tu payes ta dette.

Ces paroles n'étaient pas achevées qu'un homme surgissant de derrière le tronc noueux d'un chêne séculaire, se dressait devant Camparini et son compagnon. Cet homme portait l'uniforme des soldats de la République.

— Paille-de-fer dit Camparini sans manii le moindre étonnement.

— Moi-même ! répondit l'homme.

— Est-ce donc toi qui as tué Rossignolet?

—Oui.

— Comment ?

— Il n'avait reçu que la blessure à la poitrine quand il a tué le brigadier. Alors, et comme j'avais dépéché mon adversaire,, je revins sur le major et je l'attaquai brusquement. Il se défendit, et pour en finir plus vite, je tirai au visage.

— C'est donc avec intention que tu l'as défiguré

— C'était pour le tuer plus vite.

Camparini releva la lanterne, l'approcha du visage de Paille-de-Fer, afin d'envoyer en plein les rayons lumineux sur ce visage, et regardant fixement son interlocuteur :

— Que t'ai-je promis si Rossignolet était tué? demanda-t-il.

— Et s'il échappait ?

— Que tu me casserais la tête de ta propre main.

— C'est bien ! Tu as bonne mémoire. Je tiendrai mes promesses. Relève la manche de chemise gauche de ce cadavre.

Paille de fer obéit sans hésiter. L'avant-bras de l'homme défiguré, mis à nu, laissa voir un tatouage bleu et rouge fait sur la peau. Camparini examina attentivement ce tatouage, puis, se redressant :

— Roquefort, dit-il. donne cinquante louis à Paille de fer.

Roquefort se hâta d'obéir.

Quelques instants après. Camparini et Roquefort reprenaient la direction de l'endroit où la voiture était demeurée stationnaire.

— Pourquoi as-tu regardé le tatouage? disait Roquefort. Doutais-tu donc? Si le visage était défiguré, il y avait assez d'indices : la taille, la forme du corps, la couleur des cheveux, la longueur des moustaches. . .

— Qu'importe ! répondit Camparini. Je devaism'assurer !

— Où vas-tu maintenant?

— A s. mu «Mandé.

i à .m i toul \.i bien F Merveilleu lement.

— A quelle heure auras t a fini ?

— Dana une heure.

El Le pend rai ?

\ Fontenaj . à onze heui Tous les ordres Boni donnés?

Ton i. Rien n'a «-t'' omit . j'en réponds. l 'h silence Bui\ il ce rapide échange de ps l •.' sorte, repril Roquefort . que demain le soleil es Be levant rie rerra plus deboul un seul de anémiai — Demain, dil Camparinî avec un geste Buperbe, tous mes plans Beronl accomplis: demain, nous aurons atteint le but !

En ce momenl tous deux atteignaienl Les abords de La route, et on apercevait la voiture demeuranl stat ionaire à peu de distance

En quittant Camparinî et Roquefort, Paille-de- Fer, abandonnant ce terrain encore tout souillé de Bans et pavé de cadavres, s'était élancé dans la direction de Fontenay-sous-Bois. Mais il n'avait pas fait vingt pas, qu'une main ferme le saisit au passage.

— Voici tes cent louis! dit une voix.

Une bourse tomba dans la main de Paille-de- Fer.

— Maintenant, reprit la voix, maintenant que tu m'as prouvé que tu pouvais être fidèle, écoute, je vais te poser une question qui t'intéresse. Il s'agit de la Cagnotte !

— Ma nièce ! dit Paille-de-Fer en tressaillant brusquement.

— 'Elle-même. Tu ne sais pas ce qu'elle est devenue depuis qu'elle a si brusquement disparu ave, Carmagnole?

— Non!

— Que donnerais-tu pour le savoir?

—Tout !

— Tu l'aimes encore?

—Oui!

— De sorte que si l'on te mettais à même de retrouver la Cagnotte que tu adores et de te venger de Carmagnole que tu détestes et qui est ton rival. . .

— Je ferais tout ! s'écria Paille-de-Fer dont les yeux étincelaient dans l'ombre.

— Alors, viens avec moi, dit la voix. Je crois décidément que nous pouvons nous entendre ....

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