PERE ET FILLE
— Tu me connais maintenait Rosette, tu sais qui je suis, tu sais quelle puissance est la mienne. Je ne t'ai rien caché. Tu comprends à cette heure ce qu'est le Roi du bagne?
En achevant ces mots, Camparini fit un pas en avant et s'arrêta avec un geste superbe. Rosette fascinée demeura immobile et tremblante comme V oiseau-mouche sous le regard du serpent à sonnettes-.
— J'ai perdu la partie que je jouais depuis quinze ans, poursuivit Camparini. Tout autre à ma place essayerait de s'illusionner; je suis trop orgueilleux pour agir comme le commun des martyrs. J'ai perdu la partie, je l'avoue; je l'ai perdue au point que je n'ai pu me venger de celui qui m'avait trahi. Charney m'échappe; sa liberté était nécessaire pour assurer la mienne. Je l'ai fait libre. . . A cette heure où je te parles, tous mes amis sont morts, tous mes ennemis triomphent. L'association des chauffeurs est détruite, la royauté du bagne est vaincue. Tout autre que moi eut lutté
ji , u li .m . lutté follement . . Tu qtw
<r \ , ■,, do faire, Rosetti \ - el in tan! . j'< • han |,i liberté des quelques hominec qui me restent cniii re celle de met prisonnier Dan un qu d'heure, jo Borai seul ici . . .
" l (ans* un quarl d'heure, oel te mi i l'abîmci a
car i li ■ : m ■ ol j'ai mis le feu .1 la mine. . . .
Dana un quart d'heure, l'endroil où août sommes ne sera plus qu'un monceau de ruines. . . Dam un quarl d'heure, tous me croiront mort ... et j'1 serai libre 1
'*()in. je serai libre! poursuivi! le Roi du bagne avec une recrudescence d'énergie. Je serai libre, Ro ctte, el lea hommes que j'aurai Bauvéa m'attendront pour marcher à ma suite, et lea milliona des cassettes de la ferme que j'ai pu préserver servi-< ront de base à ma fort une nouvelle.
— Tu mens! s'écria l'écaillère avec une exprea-, gion impossible à rendre.
Camparini sourit comme le tigre qui joue avec sa proie. Saisissant Rosette par le poigne! il l'entraîna dans une pièce voisine. Dana cette pièce ilcux cadavres gisaient étendua sur «lriix lits placés le long des murailles. L'un de ces cadavres eiait celui de Spartacus, l'autre celui du major, ce cadavre défiguré que Camparini avait vu dans le bois de Vincennes quelques instants plus tôt.
,x ' ■ •■' dans le milieu de la chambre se teuait Oassebras.
Camparini entra, ayant son bras gauche passé bous le bras droi! de Rosette el avant la main droite "Tuivée sur le manche d'un poignard passé à sa ceinture.
— Voilà Rosette! dit-il à Càssebras avec un coup d'oeil empreint d'une expression tellement menaçante que le fort de la halle demeura immobile sans oser l'aire un mouvement.
— Puis, conduisant Rosette vers le lit de droite: — Regarde! ajouta-t-il.
Rosette poussa un cri : Camparini se retournait vers l lassebras :
— Qui a empoisonné cet homme ^continua le Roi du bagne avec une expression plus terrible; parle! QOUS avons à peine cinq minutes à vivre. — C'est moi ! dit Càssebras.
Rosette poussa un second cri plus effrayant que le premier; Camparini se recula en lui lâchant le bras.
— Rosette ! dit-il en désignant Càssebras. cet
homme va être ton mari, je le lui ai promis, et il
faut que tu m'obéisses, car. moi, je suis ton père!
— Vous ! .-'écria Rosette en faisant un effort
pour résister à l'émotion.
Càssebras s'était élancé; il avait saisi Rosette
ai.
entre la jeûna allé et J Soi u b
non : I I
poussa un 1 ni wuird : il
UU'il \eiiait dl
moment une hoi I • lit entendre ce bruissement qui ■ pie- secondes l'instant de la soni I
! ressaillit : laissant tomber sa liane de fer. du a la fois lea deux braa : il enveloppa taille de Ro it de l'autre nanimé
de Spartacus, et, bondissant, il par la
I orte, qui se referma lourdement.
Tout cela s'était accompli avec une rapidit
le que Camparini n'avait pu faire un -cul moi
ment. Demeuré seul, il •>■ rua sur la port- qui venait de se refermer, mais cette porte avait verrouillée en dehors.
Camparini poussa un cri rauque.
— L'heure!. . . dit-il : la poudi • < !•••
Il bondissait dans la chambre comme un jaguar; il était effrayant à voir: il chercha à ébranler la porte sans y parvenir: une seule feu
i-tait: cette fenêtre était placée au-deSSUfl du lit sur lequel gisait le second cadavre.
Camparini Be précipita, il Bauta but le lit: mais cheveux se hérissèrent : la tét<-, détachée du tronc, roula à terre, et le corps - une
s'il était mû par un ressort puissant; l< mts
d'uniforme B'entr'ouvrirent, et un être d'appai 1ce presque fantastique surgit debout <-t menaçant.
—La Caraïbe! -'écria Camparini.
C'était Fleur-de-lïois. l'oeil en feu et le poignard à la main; Fleur-des-Bois cachée sous l'uniforme du major.
Camparini était demeuré comme fasciné: la Caraïbe lit entendre un sifflement Bourd pita la main haute.
Une lueur rouge déchira les ténèbres. un< cousse violente ébranla la terre, une détonation formidable retentit, un nuage de poussière -'éleva.
Le lendemain de cette nuit terrible, un .amas de décombres fumants recouvrait l'espace occupé la veille par la maison mystérieuse. Des hommes entouraient les ruines, paraissant les fouiller avec une attention minutieuse.
Tout à coup une montagne de cendres fur s tée; elle s'entr'ouvrit, et un lévrier apparut traînant un corps qu'il tirait par ses vêtements.
— Tonnerre de Brest ! s'écria l'un des assistants, c'est la Caraïbe.