‹ Le roi du bagneChapitre 28 sur 243 · DEUXIEME COURSE · texte numérisé non relu

DEUXIEME COURSE

Dix-huit gondoles étaient engagées dans cette seconde course qui promettait d'être l'une des plus belles de la solennité; des paris considérables avaient lieu. Partout la foule empressée et anxieuse suivait en frémissant les nombreuses, et sans cesse répétées, péripéties de la course. Mais où l'émotion était plus vive, c'était autour de la machina ; car c'était là que devait se dé-

nouer le drame nautique, c'était là que devait être proclamé le vainqueur.

La gondole appartenant à Camparini était placée dans la masse serrée sur le flanc droit de l'échafaud. Le devant de la machina, demeuré vide, était le but même. De l'autre côté, sur le flanc gauche, les gondoles et les bissonas s'étendaient jusqu'aux quais que couvrait uue multitude agitée et multicolore.

De ce côté l'attention des spectateurs, concentrée ^maintenant sur la course, avait été cependant distrait!' des régates quelques instants auparavant par uir spectacle toujours étrange aux yeux des Vénitiens. Ce spectacle était celui qu'offrait une embarcation qui, par ses formes, ses allures, et ceux-là qui la montaient, se détachait sur la marche des gondoles comme un corps étranger sur une masse de produits de même nature.

Cette embarcation basse rasée, longue,, était un canot pareil à ceux dont se servent les officiers de marine pour se rendre à terre. Peint en blanc, avec son bordage noir, il avait douze rameurs assis sur ses bancs, tous vêtus d'une vareuse rouge et d'un bonnet de laine de même nuance; les avirons étaient rentrés dans le fona du canot et l'embarcation, enclavée au milieu de ses voisines, demeurait immobile. Lxn grand drapeau flottait à son derrière, et ce drapeau était celui du yatch anglais.

Ce canot devait évidemment appartenir quelque navire de guerre au mouillage dans le fond de l'Adriatique, car la tenue de son équipage attestait la discipline militaire et non le laisser-aller des matelots du commerce. Or, le canot d'un navire de guerre étranger est toujours chose curieuse dans le port, et dans celui de Venise surtout, où le passage des vaisseaux de ligne est rare. Aussi dès l'arrivée de l'embarcation anglaise, qui avait eu lieu à la fin de la première course, l'attention générale s'était portée sur elle. Le canot cependant ne contenait absolument que les douze canotiers et son patron assis au gouvernail. Les bancs de l'arrière garnis de tapis de Smyrne d'une grande richesse, étaient vides. Les marins avaient bravement poussé au milieu de ce dédale de barques et avait su s'y faire place avec ce sans-gène et cette

I !•: TAMHOI K l>H LA :;lv I »l DM I ■IJKKJADE

persistance qui Bont à La fois Le caractère propre ù la force du peuple anglais,

Non loin de l'endroit ot le « ^ 1 1 1 < > t était demeuré stutionnaire, une superbe bisso ii;i se dressait majestueusement, écrasant ses voisines de toute la hauteur de ses bor dages élevés et la richesse Inouïe de ses tentures.

I );ms l'intervalle de la première et La seconde course les rideaux, fermés pour abriter <lu soleil l'intérieur «lu salon, ne permettaient i»;is d'examiner les curieux, dont, le' nombre, à en juger par L'éclat «les voix, devait être assez considérable; mais quand le signal «le La seconde course eut éié donné quand Les embarcations Lancées au point <le départ eurent commencé ;i apparaître au Loin sur les ondes azurées «lu grand canal, les rideaux se soulevèrent et une douzaine de têtes curieuses s'avancèrent dans la même direction. La bissona contenait dix; hommes cl deux femmes, tous splendidement vêtus, «us appartenant évidemment à une même classe: celle de l'aristocratie. Parmi les hommes était Le comte dé Roquefeuille et Le baron de Grafeld que nous avons vu la veille quelques émigrés français, deux riches seigneurs vénitiens, et un personnage, très grand très maigre rouge de teint et rouge de cheveux portant l'uniforme des capitaines de' vaisseaux de marine militaire britannique.

Des deux femmes, l'une était celle que nous avons rencontrée la veille au soir sur les lagunes; la marquise était une femme dont l'âge était certain, mais dont la beauté était encore splendide: c'était le type italien dans tout son éclat dans toute sa puissance attrayante. L'autre, qui pouvait être âgée de vingt et quelques années, était plus petite" que sa voisine, mais sa personne avait dans son ensemble quelque chose de prétentieusement méprisant quli' s'alliait mal avec son air de jeunesse. Ses cheveux étaient noirs, son teint blanc et pâle, ses yeux bleus et la coupe de son visage d'une distinction parfaite. Son front était rêveur et ses regards ardents: il y a vait quelque chose de bizarre, d'étrange, d'inexplicable dans l'expression de cette physionomie.

La marquise était coquettement vêtue suivant la mode Louis XVI, qu'avaient conservée précieusement les femmes de l'énii-

gration et qu'elles avaient importée a l'étranger. L'autre jeune femme portait ce costume extravagant que le beau sexe du palais du Luxembourg avait mis en vigueur, ci que, tandii que Les Anglais nous faisaient la guerre, les Anglaises avaient adopté avec empressement.

Telle qu'elle élail, cependant, la jeune femme était encore jolie, et il fallait! qu'elle fut bien réellement belle pour Le paraître sous ce costume bizarre, joût el uiira:

prêtent Leux.

La marquise considérait de temps à aui compagne, et chaque fois que le regard fin et acéré de la noble dame examinait le costume, un sourire railler avait grand'peine à s'effacer de ses lèvres.

— Ah! milady, voici un soleil qui doit vous rappeler les Antilles! dit le comte en se penchant vers la jeune femme et en désignant du doigt le ciel magnifique, vigoureusement éclairé, qui étendait son manteau d'azur et d'or au-dessus de L'Adriatique.

— Oui, répondit la jeune femme d'une ■ voix languissante, ce soleil est beau et il conJvient à l'Italie. Oh! l'Italie, continua t-elle avec un accent inspiré, quelle contrée!. . . la terre des héros!. . . J'avais toujours désiré voir Venise, la patrie des Pos- 0-ari et des Faliero... Mario Faliero! un vrai héros!

Et se tournant vivement vers les deux nobles Vénitiens placés derrière elle:

— Pensez-vous, messieurs, demanda-telle, que l'on puisse, à prix d'or, se procurer à Venise quelque objet ayant appartenu à l'un de ces grands hommes!... la moindre des choses, nue bague, une épée, un manteau, une perruque?...

— Une perruque! s'écria en riant la marquise.

— Oui, je préférerais une perruque, car elle aurait couvert le crâne d'un héros ! Ali ! j'ai à Londres, dans ma maison d'Oxford Street, un cabinet composé entièrement d'objets de ce genre. C'est délectable à voir. Tout ce qui a touché un héros est pour moi nne chose sacrée, l'objet d'un véritable culte. J'ai une bague de S. M. Henri VIII, une dent de Richard Cœur de Lion, une camisole de la reine Anne, une canne du duc de Richelieu, un bout d'épaulette- de l'illustre Marlborough, et bien

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI^BRIGADE

d'autres merveilles encore. C'est pourquoi je voudrais avoir quelque chose avant appartenu à un héros vénitien. Si je ne trouve rien, je ferai acheter la rame du vainqueur des régates. Vous penserez à cela, lord Ellen? "

— Oui, chère! répondit l'officier anglais en s'iiiclinant.

— An! dit le baron de Grafeld, qui parcourait de l'oeil le grand canal, voici les gondoles qui arrivent. . . elles vont tourner le pieu !

— Trouvez-vous ces courses jolies? demanda le comte en se retournant vers l'officier anglais.

— Aôh! répondit le marin, ces gondoles ne me plaisent pas; je préfère de beaucoup un canot de mon navire. Je parie cent livres que pas un de ces barcaroli ne pourrait lutter de vitesse avec mes canotiers.

— Qu'en dis-tu, Pietro? dit la marquise en se retournant vers l'un des rameurs de la bissona, qui, appuyé sur la tente, avait entendu les paroles de l'Anglais et n'avait pu retenir sur ses lèvres un ricanement de dédain.

— Je dis, Excellence, répondit le gondolier, que si Sa Seigneurie le permet, je tiendrai le pari tant que l'on voudra.

— C'est le n° 4 qui tient la tête! fit observer l'un des Italiens.

— Milord, demanda le baron autrichien, vous n'avez eu aucune nouvelle du Piémont?

— Aucune encore, répondit lord Ellen, mais ces nouvelles ne peuvent tarder à arriver: Beaulieu a dû rencontrer l'ennemi le 10 ou le 11.

■ — On prétendait que des nouvelles étaient arrivées cette nuit, fit observer le comte de Roquefeuille ; on a remarqué une embarcation étrangère longeant le grand canal et se dirigeant vers le palais du doge. Sait-on ce qu'était cette embarcation?

— Non ! répondit le baron avec inquiétude.

— C'était sans doute une embarcation de cette corvette qui est arrivée au mouillage hier dans la soirée, dit lord Ellen; elle est à l'ancre sous mes bateries.

— Quelle corvette? demanda le comte?

Autant que jfai pu en juger, ce doit être une corvette danoise; cependant je n'ai pas vu un homme de son équipage, mais

ses

l'endroit de son mouillage indique que patentes sont en règle.

— Voici les gondoles ! s'écria la marquise. Le n° 4 tient toujours la tête; messieurs, ce coup d'oeil est réellement féerique! Itegardez! regardez!

Tous se penchèrent: la marquise avait raison, rien n'était plus splendidement féerique et beau que le spectacle qui se déroulait aux regards.

Les gondoles approchaient. . . encore quelques secondes, et la course allait être terminée, quand tout à coup un grand bruit, provenant du canal, domina les cris de la foule, et une bissona lancée à toute vitesse entraînée sous l'effort puissant de dix vigoureux rameurs déboucha, se faisant jour au travers des embarcations qu'elle heurtait, et, coupant en biais la tête des gondoles de courses, pénétra comme une flèche dans Pespdce vide réservé, se dirigeant vers la machina qui dominait le doge.

LA BISSONA

Cet incident inattendu 'd'une embarcation s'engageant brusquement dans l'espace réservé, au moment décisif, excita un mouvement général, car il faillit faire manquer la course; mais il n'en fut rien, cependant. La bissona, gouvernée par une main exercée, évita de rencontrer les gondoles et, se rangeant lestement, les laissa passer. Le vainqueur fut donc proclamé, acclamé et couronné par le doge, au milieu d'un concert de bravos frénétiques. Pendant ce temps, la bissona, reprenant sa course, avait atteint la machina, et un homme s'élançant de son salon, avait sauté vivement sur l'estrade. Le secrétaire du doge le reçut d'abord, l'écouta, échangea avec lui quelques paroles puis courut vers son seigneur. Celui-ci, assistjé de l'ambassadeur autrichien, parut entendre avec un grand mouvement de joie ce que lui transmettait son secrétaire. Sans doute le doge demandait à voir sur le champ l'homme de la bissona, car le secrétaire vint le chercher et le ramena devant le magistrat suprême.

Le doge lui parla, se retourna vers l'ambassadeur autrichien, avec lequel il parut échanger quelques phrases rapides, et fit si-

LE TAMBOUR DE ÏJi 32o DEMI liRICAItl]

gne ;iu\ aombreui seigneurs qui l'entou raient de s'approcher de sa personne. ( '• ci obéirent avec empressement; le doge leur fil ;i baute roii une communicat ion sans doute importante et dé< elant an é Dément heureux, car ceux m" l'avaient en tendue éclatèrent en bravos, et, se précipitant de tous côtés, ils quittèrent la machina polir Bauter dans leur bissona ou dans leurs gondoles et pour courir i pans mel I re La uouvelle a leurs amis <|iii L'ignoraient encore.

Durant quelques instants, ce fut dans cet te partie du grand canal un va et-vient tumultueux, un échange de cris, d'appels, d'empressements de toutes parts. I >es milliers <l<' oiains se levèrent en agitant des chapeaux, tandis que des milliers de voix criaienl :

— Vive l'Autriche!

Mais où l'agitation était la plus vive, la joie In plus intense, c'était dans le salon de la bissona dans Lequel nous avons rencontré tout à L'heure quelques-unes de nos anciennes connaissances.

— Mais, reprit le comte, cette nouvelleest sérieuse?

— Comment ! s'écria le baron, peut-on en douter? Elle est presque officielle: elle arrive de Gênes et elle a été transmise au doge!

— Je suis dans l'enchantement! Ah! mes terres! mes vassaux! Et hier soir, ce petit vicomte de Signelay qui... Je donnerais dix louis pour le voir et le confondre!

— J'aperçois là-bas sa gondole! dit la marquise.

— Où cela?

— Là!'., à quelque distance.... à l'arrière de la bissona du comte Rupi ! Voyezvous?

— Très bien ! très bien ! il faut lui faire signe!

— Oui ! oui ! ajouta le baron dont les petits yeux brillaient. Vous avez raison, comte Envoyez le quérir. Je veux juger de l'effet que la nouvelle produira sur lui.

— Pietro! dit le comte au gondolier, ap- X>elle cette gondole là-bas. . . près de la bissona aux armes de Rupi.

Et tandis que le gondolier se hâtait d'obéir et d'attirer par ses signaux et ses cris répétés l'attention de ses camarades de l'autre gondole, la conversation reprenait son cours, plus animé que jamais.

votre mari connaît sans doute la nouvelle, marquise? di1 le comte d la belle i tienne.

— Il doit la connaître, monsieur le comte, car sa gondole i ine de la machina.

< Y cher Camparinj sera enchanté c me nous tous, ajouta le baron.

\<»li ! fit lady Bllen, je voudrai là : Ce devait Être spleûdide!

Il n'y manquait qu'une ara ajouta l'officier de marine.

Ali ! dit le comte, voici .M. d Et élevant la voix et faisant de bras:

— Arrivez-donc, vicomte! cria-t-il. v vite!

La gondole accostait la bissona : le vicomte de Bignelaj et son ami firent leur ent dans le salon.

— Eh bien ! dit le comte de R saille

sans leur laisser le temps de saluer les dûmes, qu'en dites-vous?. . .

— Quoi! dit le baron, vous n'avez

priS la nouvelle?

— Quelle nouvelle? demanda Léopold.

— Mais vous avez donc perdu l'usage de Fouie.

— Il paraîtrait, fit Emmanuel; doue, sez en conséquense. Qu'est-il arrivé?

— I] est arrivé, messieurs, répondit le, comte de Roquefeuille, que ce que le vicomte ira iiait hier soir d'invraisemblable est vrai aujourd'hui.

— Mais quoi? cria Emmanuel avec impatience.

— Battu ! répéta le vicomte avec un étonnement qui n'était nullement joué.

— Battu ! dit le comte.

— Par Beaulieu?

— Et par les Piémontais. L'armée française est en pleine déroute : la nouvelle vient d'en arriver au doge; c'est cette nouvelle qui cause la joie que vous devez remarquer dans la foule; les révolutionnaires sont perdus !

— Dans un mois nous serons à Paris! dit la marquise.

— Rappelez-vous mon invitation reprit le comte.

— Troim de l'air! tonnerre de Brest! dirent deux voix sonores.

— Hein? fit le comte.

— Quoi? dit le baron.

Tous deux se penchèrent sur le bordage

de la bissona, regardant attentivement audessus et autour d'eux; mais ils ne virent que des gondoles avec leurs barcaroli et le canot anglais qui attendait lord Ellen.

— II m'avait semblé entendre jurer en français, dit le comte.

— Ce sera quelques barcaroli qui auront fait jadis mie excursion à .Marseille, et qui, ayant retenu deux jurons français, en assaisonnent l'expression de la joie.

— C'est possible.

Le vicomte de Signelay et son ami se regardèrent sans manifester le même bonheur que ressentaient leurs compagnons. Il était évident que, chez ces deux nobles natures, les intérêts de caste même se taisaient devant l'intérêt national : avant de se souvenir qu'ils étaient émigrés, qu'ils étaient ruinés par la Révolution ils se souvenaient qu'ils étaient Français, et la nouvelle de la défaite d'une armée française leur faisait mal. Il leur répugnait de profiter d'un deuil national.

Le baron poussa légèrement le coude du comte en lui désignant les deux jeunes gens.

— Voyez l'effet que produit sur eux la nouvelle, dit-il à voix basse. Camparini avait raison.

On venait de donner le signal de la troisième course, et l'émotion ressentie par la foule à l'annonce de l'importante nouvelle, changeant de direction, se reportait sur la suite du spectacle pour lequel elle était rassemblée. ^

Le vicomte de Sognelay et le baron de Berval prirent congé des dames, et, ayant échangé un froid salut avec les hommes, descendirent dans leur gondole, qui les avait attendus. A peine eurent-ils quitté la bissona, que le baron de Grafeld, se tournant vers l'un des seigneurs vénitiens échangea avec lui un regard rapide. Le Vénitien, profitant de ce que l'attention générale était concentré sur le départ des gondoles des régates, passa de l'autre côté de la tente, et, se penchant en avant il adressa à voix basse quelques rapides paroles à un homme vêtu de noir et portant l'épée, qui était immobile et debout dans une embarcation de mesquine apparence placée sous l'arrière de la bissona. L'homme écouta, répondit par un signe affirma.tif, et le seigneur vénitien, le quittant, revint prendre place dans le salon.

Pendant ce temps, Léopold et Emmanuel

avaient regagné leur petite tente, et la gon-, dole s'était éloignée, les emmenant tous deux. Apres avoir longé le grand canal, elle alla se langer non loin de la Ponte-Rialto." Comme elle s'arrêtait, ô'enclavant au milieu des embarcations voisines, une autre gondole se dirigea droit vers elle. Le gontibiliei- lit signe aux barcaroli des deux jeunes gens: ceux-ci lui jetèrent un bout de cordage qu'il saisit et enroula rapidement à la proue de la gondole. Sautant alors légèrement, dans celle du vicomte, il écarta douce/ment l'un des rideaux du salon.

— Qu'est-ce? que veux-tu? demanda Emmanuel.

—Son Excellence le vicomte de Signelay?

dit le gondolier.

— C'est moi, répondit Léopold en s'avançant.

— Alors ceci est pour vous.

Et, tirant de son sein un paquet de papiers assez volumineux et une lettre pliée coquettement, il tendit l'un et l'autre au vicomte.

DERXIERE COURSE

La dernière course est réservée à la partie comique des régates. Elle est fournie invariablement par des fournies appartenant à des familles de pêcheurs de Chiogga, de •Mestre et des îles de la Lagune. La durée de cette course est celle d'un long éclat de rire, car les intérêts qui la distinguent sont souvent ridicules et grotesques. Les batelières engagées mettent à jouer cette partie un entrain, une animation, une passion qui, excitent au plus haut point l'hilarité des spectateurs. Souvent encore, immédiatement après cette dernière course, d'autres ont lieu qui ne provoquent pas moins l'intérêt général : ce sont des paris particuliers vidés en présence de la foule. De même qu'à propos de nos courses de chevaux Famour-propre de nos amateurs les pousse fréquemment à entrer en lice eux-mêmes ou à faire lutter ensemble des chevaux non engagés, de même à propos des régates, les patriciens sentaient renaître en eux cette passion de la lutte particulière à presque tous les peuples sous des formes différentes.

Des drapeaux hissés au-dessus de la machina, avant le départ des gondoles mon-

Page 1