LE TAIMBOUR DE L )M1 BRIGADE
d'aller en maraude ■• la ferme aux Chats-
lluniils'.'
■oui, il ii Romulus.
■ 1 1 ci.iii soir quand l<- lieutenant est parti, poursuivit Gringoire, et j'étais jus tement en maraude autour de la ferme en question. J'avais l'estomac creux depuis la veille h je reluquais un poulet qui se pro menait la canne a lu main près du petil bois. J'étais lu eu embuscade, attendant qu iii fût venue et que le vieux père A.bboli fût endormi dans su chambre avec su femme et ses officieux. Le poulet était sur une branche i>ass<> dont il s'était fait un perchoir, une patte sous l'aile cl dormant «lu sommeil du juste.
" Voici le moment ! que je dis.
" Il faisait noir. . J'avance doucement, une niniu étendue pour empoigner la volaille par le ci)u, quand, crue ! j'entends an bruit de galop de cheval et «les branches qui craquaient derrière moi. Je me retourne, j'aperçois dans l'ombre un cavalier.
" Tiens! que je fais, qu'est-ce que c'est que ce citoyen-là/?"
" J'ai pas le temps d'en dire davantage, je reluque un uniforme et je reconnais le lieutenant Maurice. La maraude est permise qu and on a faim, c'est connu, et nous avons tous faim; mais cependant on a son respect pour les chefs et ou n'ose pas pincer un poulet aux bourgeois en présence d'un officier. Je m'efface en deux temps et je me mets à l'abri derrière un gros chêne.
" Le lieutenant s'était arrêté. Il était descendu de cheval et il attachait sa monture à une branche. La ferme était en face à deux pas. Le lieutenant se tenait coi, les deux bras croisés sur la poitrine, * nez au vent, le regard en arrêt, comme un quidam qui attend.
•■ Bon! que je me fais, voilà le lieutenant qui est en maraude aussi. Il reluque mon poulet. Il veut se faire un bouillon avant de courir la montagne. Respect aux chefs ! que je me dis encore. Et je m'efface plus que jamais. Le lieutenant ne bougeait toujours pas. Un quart d'heure se passa et puis une demi-heure. . et rien. J'étais là sans bouger. J'osais plus. Si j'avais remué, le lieutenant m'aurait demandé pourquoi je n'avais pas bougé plus tôt. Le cheval attendant aussi tout en mangeant l'é-
corce <i«- l'art>re. Il faisait de la lune et on voya i clair < d dehors des fourr<
'■ Allons! que je me dis ;i part moi, il pa« mit rail voir que nous alloil r la nuit
lu, ci demai □ j • serai i pour n \ oir
manqué a l'appel du soir.
■w J'all lis m'en dire encore plus i quand, crac! voila qu' I s'ouvre dans la mucaille de la ferme ■ pet ii< porte que
vais pas remarquée et je vois quelque chose «le blanc qui se trémousse dans l'ouvert c'était une robe «le femme. .
— Et une femme avec? interrompit Torniqud.
— Nul urellement, L'ancien.
— Pour lors ça m'intéresse, il y a une complainte «l'amour a faire là-dee
vrai?"
— La femme était toute jeune et bien i»<-lle, reprit Gringpire. -le la voyais au clair de liin.-. De grands veux qui brillaient comme «les escariboucles, «les cheveux noirs comme ma giberne quand elle est astiquée, et une taille plus mince (pie la canne a Bossignolet.
— Du nanan, quoi! fit Komulus.
— Du vrai nanan. La voilà donc qu'elle s'avance et que le lieutenant court au-devant d'elle. Et les voilà encore qui se prennent les mains et qui riboulent des yeux et qui ont l'air de se dire un tas de choses aimables.
— Tu n'entendais donc pas? demanda Romulus.
— Eh! non. Ils chuchotaient à voix basse et j'étais trop loin. D'ailleurs, j'avais l'oeil sur mon poulet, qui n'entendait rien non plus, car il ne bougeait pas. J'étais plus tranquille depuis que je savais <jue le lieutenant n'en voulait pas à ma volaille. Enfin, je le reluque encore la belle des belles, quand crac ! je la vois tout d'un coup qui fait des grands bras, qui se tortille et qui se met à pleurer comme la fontaine des Innocents où la citoyenne, ma mère, débite sa marchandise. Et le lieutenant qui se roule à deux genoux aux pieds de la particulière et qui fait des gestes comme ci et des gestes comme ça. . . C'était pis que les acteurs de Volange que j'allais voir quand j'étais petit.
— Et tu n'entendais rien de ce qu'ils se disaient? demanda encore Torniquet.
— Rien de rien! répondit Gringoire.
ILE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
D'ailleurs, ils ne parlaient plus, ils pleuraient tous les deux à arroser un verger.
— En v'ià une farce !
— Tiens ! s'écria Romulus, voilà Bibi-Tapin qui pleure aussi.
Et le soldat désigna en riant le petit tambour, lequel avait suivi avec une attention extrême, une anxiété visible, le récit de Gringoire, et qui, très ému sans doute par ce qu'il entendait, avait la figure inondée de larmes.
— Et pourquoi donc que tu pleures, Tapin ! dit Torniquet en posant sa large main sur l'épaule de l'enfant.
— Parce que mon lieutenant pleurait !
répondit Bibi-Tapin.
— Tu l'aimes donc bien, ton lieutenant? Le petit tambour leva sur le soldat ses
yeux humides avec une expression telle que Torniquet se mit à sourire.
— Bibi-Tapin aime le citoyen Maurice comme le lierre aime le chêne ! dit Romulus. C'est comme cela, pas vrai, petit?
— Oui ! dit l'enfant avec un ton de conviction profonde.
— Eh bien ! ne pleure plus, Tapin car ton lieutenant ne doit plus pleurer, lui, à cette heure, à moins qu'il ne soit encore là où l'a laissé Gringoire en société de la belle des belles.
— C'est pas l'embarras, reprit le narrateur, ils seraient peut-être toujours à la même place si un quidam tout barbu n'était venu les troubler.
— Quel quidam !
— Un tout de noir habillé, avec une frimousse d'Italien renforcé, qui s'est glissé par la porte juste au moment où la citoyenne tombait en pâmoison et pleurnichait pluà fort dans les bras du lieutenant. Alors le lieutenant et l'homme noir ont gesticulé en échangeant des choses que je crois peu aimables, car le citoyen Maurice était rouge comme le collet de son uniforme. Et puis l'homme noir a empoigné doucement la citoyenne qui tendait ses bras vers le lieutenant, et puis le lieutenant tapait du pied la terre et s'arrachait les cheveux. .
— Et il a laissé emporter la citoyenne? demanda Torniquet.
— Oui.
— Sans rien dire?
— Si ! il gémissait.
— Et il n'a pas flanqué une volée à l'homme noir?
— Il n'en a pas tant seulement fait mine.
— Eh bien ! voilà qui est drôle, car le lieutenant Maurice est un brave des braves, tout un chacun le sait, et on lui a enlevé la particulière à son nez, à sa barbe, sans tant seulement qu'il tira son sabre?
— L'homme noir lui disait un tas de choses auxquelles je n'ai rien compris, reprit Gringoire.
— Et, en fin de compte, quoi qu'il est arrivé!
— Le vieux noir a emporté la petite blanche, qui ne remuait plus, reprit Gringoire, et la porte de la ferme s'est refermée sur eux. Alors le lieutenant est demeuré seul. TJ a levé les mains et les yeux au ciel; il a juré, il a tapé la terre, il a porté la main à la poignée de son sabre, et puis, va le promener! il a couru àson cheval, il a sauté en selle et il est parti au galop comme il était venu!
— Et ensuite?
— Ensuite? J'ai pincé le poulet, qui n'avait pas plus bougé que moi, je lui ai tortillé le cou, et je suis revenu à la cantine pour en faire une fricassée; mais, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, j'avais pincé le secret du lieutenant, et je savais pourquoi il ne voulait plus qu'on allât en maraude, à la ferme aux Chats-Huants. Vous avez compris, hein?
— Tiens ! cette bêtise ! dit Torniquet. C'est pas malin, mais nous n'allons pas marauder sa belle des belles au lieutenant, nous allons essayer de pincer des poulets au père Abboli, puisque le vieux brigand ne veut pas nous en donner.
— C'est pour ça qu'il faut pousser notre pointe jusque-là ! ajouta Gringoire.
— Eh bien, j'irai avec vous! dit le petit tambour.
— Ah ! tu est décidé, Bibi-Tapin ! Alors, attention nous approchons. Faut s'égayer dans les broussailles, comme disent les chouans: le vieux fermier a un oeil de larynx !"
Effectivement, les bâtiments que l'on apercevait tout à l'heure à quelque distance étaient maintenant plus proches, et on pouvait facilement distinguer ls détails de la ferme. Le père Abboli, le fermier piémon-
LE TAMBOI i; DM \jA 32o [>EMJ BRIGADH
lais, qui la régissait, passait pour un hom-
ni(V eX< IVIIielllcin riche ri l' Ml a \ a le. I I
était marc et n'avait point d'enfants. H
UCCUpail jadis plus dr viiç-t ht\ ileurs et
dirigeait lui même tous les travaux. Depuis que l'armée française avait i»ris ses quartiers d'hiver dans l'Italie Beptentrio nale et dans le département du Var, concentrée <n deçà «les Alpes, la ferme aux <'hatslluauis, comme toutes Les autres fermes, avait cic mise mainte foia en réquisition de fournir «les livres aux hommes et du fourau\ chevaux ; mais les provisions avaient été bientôt épuisées dans le pa.\ comme on ne pavait aucune dépense, l'uni,' d'argent, les fermiers ci les propriétaires avaient cesse de s'approvisionner: de là était venue la détresse effrayante dans laquelle était l'armée. Plusieurs fermiers, et
celui des ( lia t s-I I ua ni s entre autres, avaient mieux aimé sacrifier une année plutôt que de cultiver an profit des réquisitions de l'armée. Ils avaient renvoyé leurs garçons cl s'étaient liâtes de vendre leurs bestiaux et leurs denrées, dans la crainte que l'on ne s'en emparai an nom de la République franva.se. Depuis deux inois, la ferme aux Chats Huants, jadis si animée et si florissante, était donc triste, à peu prés déserte et presque abandonnée. Son propriétaire l'occupait seul avec sa femme, un garçon et un vieux berger qui était à son service depuis plus de vingt ans. Tout faisaient d'ordinaire bonne veille pour s'opposer à la maraude organisée et, cependant, comme on l'a vu par le récit de Gringoire, ils ne parvenaient pas toujours à empêcher la volaille de la ferme de passer dans les cantines françaises.
— Minute ! fit Torniquet en arrêtant du geste ses camarades et eu les raillant de lui, à l'ombre du bouquet de bois qui cachait eue partie des bâtiments d'exploitation.
Faut tirer son plan avant d'aller plus loin. Le père Abboli a l'oreille fine et l'oeil éveillé : il s'agit de pincer ses dindons, ses poulets et un mouton, si oh peut, sans se faire pincer soi-même. Attention, vous autres, et écoutez l'ordre de la marche! Gringoire et moi, nous allons entrer dans la ferme en flânant, histoire de rire et de plaisanter. Nous entamons conversation avec le fermier sous prétexte de lui apporter des nouvelles fraîches. Nous l'attachons par nos discours
attrayants, nous lui bouchons les veux ;> lui et ;i sa femme, quoi ! Nous lui disons que le nouveau général en chef, \;i apporter avec lui des fourgons pleins d'or, ci que L'armée d'Italie \;i nager dans l'abondance. .
— Pendant ce temps-là Bibi-Tapin, qui mignon et fluet, fera le coup.
— ( 'oiiimcnt '.'
— E&omulus a découvert lu frime à la cachette, ,.| taudis «pic nous jabotons avec le
vieux, il conduira l'enfant. (';i y est-il?
— Ca y est! répondirent les deux autres
soldats.
— Compris? Alors, mes amours, en deux
temps et quatre mouvements! Viens, Gringoire; toi, Bomulus, tu vas attendre-la, avec Bibi-Tapin, à l'ombre, ^uund nous aurons empaumé le fermier et La fermière, je chante la Marseillaise, ('a sera le signal que vous pourrez agir sans crainte d'être pris. — Convenus! dit Koinulus.
— Là-dessus, attention et ayez la main bonne! Les cantines de la 32e ont besoin de se remplumer!"
Le tambour et le soldat demeurèrent blottis dans un fourré. Tourniquet et Gringoire s'avancèrent, en se dandinant, mis l'entrée principale. La cour était déserte: les bâtiments étaient absolument silencieux, et toutes les portes étaient ouvertes. On eût dit que la ferme fût complètement abandonnée. Tourniquet en fit la remarque à son compagnon.
— Le fait est que c'est drôle! dit Gringoire; on n'entend pas seulement hurler un chien à notre approche et cependant le père Abboli en a de fameux."
LES MARAUDEUKS
L'observation de Gringoire parut d'aatant plus frapper son compagnon que celuici était alors fort près d'une grande niche faite en bois grossier, à l'anneau de laquelle on voyait attachée une lourde chaîne.
— C'est vrai tout de même, dit Torniquet, et que ce scélérat de César n'aboie pas? Estce qu'il se serait habitué à nous et qu'il nous prend pour des amis?
— Merci !' . . avec ça qu'il est aimable, ce satané dogue! il m'a enlevé déjà la moitié d'un pan de man habit, et on ne peut pas fai-
re un geste dans la cour sans qu'il meuace de tout dévorer.
— Eh bien ! il ue dit rien aujourd'hui. — 11 dort peut-être dans sa niche.
— Regarde donc un peu.
Gr.ngoiie se pencha, de loin, et regarda par l'ouverture de la niche.
— Rien de rien ! fit-il ; je ne vois rien.
— Bah! dit Torniquet, César n'est pas là?
— Xon . . à moins qu'il ne soit au fond et qu'il ne nous attende en traître.
— Nous allons voir cela ! Je vais l'asticoter un peu, le dogue : il aboiera, et ça préviendra le fermier de notre venue.
Torniquet prit une gaule qui gisait* à terre et en introduisit l'extrémité dans l'ouverture de la niche dont il battit les parois dans tous les sens.
— Vide absolu! dit-il en se redressant; c'est un peu fort!
— On aura lâché César, fit observer Gringoire.
— Ah ouich! lâché César! jamais, .le père Abboli n'oserait même pas le mener en laisse: il avalerait tout; jamais on n'a lâché César.
— Alors c'est qu'il est mort dans son trou.
Gringoire se rapprocha de la niche avec des précautions décelant tout ce qu'avait de féroce la réputation du bouledogue, et il saisit l'extrémité de la chaîne passée dans l'anneau; il tira doucement à lui: la chaîne céda, glissa et amena bientôt aux pieds du Français un énorme collier tout hérissé de clous, mais couvert de taches de sang coagulé. Les deux soldats se regardèrent.
— Faut que je sache ce qu'il en est! dit Torniquet.
Poussé par la curiosité, le soldat se mit a quatre pattes et avança la tête et le bras dans l'ouverture de la niche.
— Ah bien! s'écria-t-il, en voilà une farce: Regarde donc, Gringoire! César est allé se promener, et il a oublié sa tête!
Et, se reculant, Torniquet montra une énorme tête de bouledogue fraîchement décollée qu'il tenait par les oreilles. Cette tête était hideuse à voir : la gueule était ouverte et contractée, les dents serrées, les yeux fixes et le poil hérissé et raidi par le sang -dont il était trempé. Les deux soldats se regardèrent de nouveau, mais cette fois avec une expression de stupéfaction
é\ idente: ils ne comprenaient rien à ce qu'ils contemplaient.
— Ah ça! dit Torniquet, est-ce que César était devenu enragé, que le père Abboli lui a coupé la tête?
— C'était peut-être un aristocrate, dit Gringoire en riant, et les chiens sans-culottes lui auront fait son affaire.
— Possible! mais où sont les autres chiens?
— C'est vrai ! ils ne disent rien non plus/ ' Gringoire regardait deux autres niches
plus rapprochées du corps de logis principal de la ferme.
— Allons voir ça ! reprit Torniquet.
Les deux soldats abandonnèrent la tête de César et, Torniquet reprenant sa gaule, tous deux montèrent vers les deux autres niches. Aucun animal vivant ne paraissait habite c ■ es cabanes. Les soldats répétèrent les manoeuvres qu'ils avaient exécutées précédemment à l'égard de la première niche et ces manoeuvres amenèrent des résultats identiques. Chaque chaîne avait son collier rivé, et chaque niche contenait une tête de chien nouvellement tranchée.
— De plus farce en plus farce! dit Torniquet, c'est la Marmagnole des chiens. Mais je ne vois que les têtes; qu'est-ce qu'on a donc fait des corps?
— Que diable s'est-il donc passé dans la ferme? reprit Gringoire en interrogeant du regard les bâtiments silencieux.
Torniquet avait imité le geste de son compagnon; lui aussi parcourait de l'oeil la façade de la ferme. Toutes les fenêtres étaient ouvertes; les portes l'étaient également, et cependant on n'entendait aucun bruit à l'intérieur, aucune tête ne se montrait.
Au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée de l'aile gauche s'étendait un vaste berceau tout couvert de lierres centenaires dont les rameaux et les feuilles formaient une toiture impénétrable. Ce berceau de lierres avait sans doute dû éprouver quelque catastrophe récente, car il paraissait avoir son sommet défoncé, et des feuilles jaunies, des rameaux brisés appendaient le long des supports de chêne qui maintenaient le faîte.
— Tiens! dit Torniquet, qui regardait précisément de ce côté, on dirait que le lierre a été brûlé' .
— Mais on dirait même qu'il brûle enco-
l.i: TAMBOUR 1>B LA :::'• I » I : M I BRIO *DE
re ! ajouta Gringoire, donj L'attention ;i\;iii été attirée par l'exclamation de bou compa gnon. Eh oui ' <;;i brûle comme du bois vert, sans faire dé flammée ; ma i de : on
voit de la fumée qui se dégage du berceau.
< ''( Si |||;| foi \ l'.li !
Ah <;;i ! mais, décidément il s'esl | . quel(jue chose de drôle ;i la ferme. Faut en fcrer Torniquei *.'
l'iniroiis! Le père Aibboli nous contera cela ! Pourvu qu'il ue soit rien arrh é au poulailler! Hum! je ae sais pas pourquoi, mais il me semble que noire dîner senl le roussi.
Gringoire s'avançait vers rentrée des bâtiments: Torniquei le sa. vil, La première pièce dans la/quelle ils pénétrèrenl étail une vaste s:illc à cheminée gigantesque telle <\w <.*elles qui, dans les grandes fermes, sèrvenl de chambre commune, de cuisine et de sali" à manger, la pièce enfin ou dînent les laboureurs ,OU se eliaulïenl les chasseurs, sorte de capharnaum qui donne, au premier coup d'oeil, un échantillon de la richesse plus ou moins grande du fermier.
En entrant dans cette salle, les deux soldats s'étaient arrêtés sur le seuil, par un même mouvement, en poussant à la fois un même cri de surprise admirative.
— Excusez? ne vous gênez pas! fit Torniquet eu retroussant sa moustache. Paraîtrait voir que ce n'est point précisément ici comme à la cantine de la 32e!. . Nopces et festins dans le grand genre! Y a-t-il des miettes?"
L'aspect de la salle expliquait suffisamment l'expression qui s'était peinte sur les traits des deux maraudeurs et justifiait les paroles prononcées par Torniquet. " Nopces et festins'-; avait dit le soldat: on eût pensé effectivement entrer, un lendemain de noces, dans un salon servi à un- souper splendide. La salle était dans le plus grand désordre: un feu, qui avait dû être énorme à en juger par les résidus s'éteignant dans Pâtre, encombrait encore la cheminée. Des poulets cuits étaient encore passés dans les broches et se desséchaient d'un même côté, car la machine ne tournait plus. Tous les bahuts étaient ouverts et vides, mais ce qu'ils servaient à contenir brillait sur la table recouverte d'une énorme nappe toute maculée de taches rouges. La vaisselle bridée était amoncelée sur cette table : ça et ià
m». div~s;iirni encore dea plais ;i demi remplis de rôtis et de conserves. Dea myriades de bouteilles renversées, de cruchons de liqueu laienl de to en-
'l'eilieles de <;i lidehi I • I" s en enivre (oui .111-
prégués du suif i\^s chandelles qui a/vaienl du les garnir <-i qui i'étaienl consus |if;, l'exj rémité de la mèche. I les ;i terre, nu banc brisé, des volailles i ue. s mais encore ornées de leur plumage encombraient h plancher. ( ".| h. \q t r . -!,. COUp
d'oeil d'une orgie accomplie, dee d'un
repas monstre que l'on avaii devanl soi.
' Nom d'un nom! cria Torniquet en bondissant de joie vers les volailles embrochées. Du nanan tout cuit! Quel fricot!! Il y en aura pour toute la dem -brigade. <"-<\ |»ws la peine une Romulus aille ou poulailler. Je \ ;iis les appeler!"
Et il s'élança hors de la salie, tandis que iv promenai»! autour de lui un regard ('-tonné. Deux secondes après Torniquet rentrait suivi de Romulus et de Bibi- Tapin, qu'il avait été chercher.
— .Main basse sur tout cela mes amours! dit le maraudeur. Dans les poches, dans ies sacs, partout! Nopces él festins pour La 32e!
— Ah ça! le père Abboli a donc fricoté tout ce qui lui restait! cria Romulus avec stupéfaction.
— A toi les poulets, les fricots, les gigots, les rôts et tout le tremblement! hurlait Torniquet.
— On a peut-être fait la nopee encore autre part ! dit Gringoire. Faut fouiller la maison!
— Fouillons ! répétèrent les deux autres soldats. Nous trouverons peut-être la cave.
— Allons ! dit Gringoire en ouvrant une porte qui était celle de la chambre à coucher du fermier.
Mais le soldat n'avait pas fait un pas en avant qu'il s'arrêtait cloué sur le sol en poussant un cri d'effroi. Ses camarades, qui le suivaient, s'étaient arrêtés de même; obéissant à Romulus et Torniquet, Bibi-Tapin, immobile, demeurait fasciné, les cheveux hérissés, les regards fixes. L'enfant était en proie à une terreur profonde.
— Oh! mon lieutenant! mon lieutenant!
murmura-t-il.
Les soldats n'étaient pas revenus encore du saisissement auquel ils paraissaient être
iLE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
en proie, que le petit tambour, semblant animé par une émotion qui décuplait ses forces et son courage et s'arrachant à la fascination qu'il subissait, s'élança le premier d'un bond dans la chambre.