‹ Le roi du bagneChapitre 35 sur 243 · I.E TAMUOI'R DO LA ''•'■■■ UUCAIJE · texte numérisé non relu

I.E TAMUOI'R DO LA ''•'■■■ UUCAIJE

— Parlons peu, mais parloni bien, coin mença Rossignolet après un hum sonore; je y;is récapituler le choee en deui mois. Pri mu: d'abord Le broupier français n'avait pa de pain, pas de Bouliers, pas de paye; eh bien ! aujourd'hui, en veui tu, en voilà il a de tout le troupier d'Italie tnôme gu'il va avoir la satisfaction de gratter 1rs écus des aristocrates < 1 1 ■ pays.

En ayant la noce! cria Torniquet.

Secundo e1 de deux, poursuivit Bossignolet, Beaulieu montre son aez avec épanouissement ! Asiu fini, viexa carotteur; le généra] t'a signé ta feuille de route, En deux temps el quatre mouvements, dissimule-toi incognito, ei qu'il te faut jouer des quilles avec deux farceurs sut les guêtres. Masséna et Augereau, qui te font doubler l'étape!

— Enfoncé les Quinze^Reliques! cria Bibi-Tapin. Cric dans mon sac!

— Crac ! crièrent les soldats.

— Tertio, et de trois, continua le major, c'est à Mondovi. Le conscrit de général se dit comme ça) "'Ces pieds crottés de cavaliers, ça se fait tirer l'oreille, au lieu que mes ..pauvres troupiers donnent toujours; mettons en danse la cavalerie, Murât en tête, et voyons voir un peu ce qu'il en retournera ! " ( 5'est des fiers Français tout de même, la cavalerie! Aussi: "En avant!" que crie Murât en retroussant ses manches jusqu'au coude; et qu'il entre e*ans les carrés de ces mangeurs de choucroute comme dans une motte de beurre. Quarto, et de quatre,. et les Piémontais bloqués, et Beaulieu disloqué sans avoir le temps de numéroter ses membres. Or, donc, pour fin de compte, victoire partout ! gloire et bombance ! cantine au complet! boutons de guêtre en provision; ou ça c'est- il de la camélotte?

— Non ! crièrent les soldats.

— Eh bien ! maintenant, attention et voyons voir! C'est-il pas vrai qu'il a mérité de l'avancement, le conscrit qui a fricassé toutes ces pommes de terre en cinq tours de casserole? Allons! que chacun donne son avis. Les opinions sont libres, comme disent les muscadins du Directoire, que ça n'a que la langue dorée, des habits bariolés et des toupets poudrés!

— Excusez, père Rossignolet, dit G'rîngoïre en se levant. A propos de muscadin et

de toupet ; voila pas mal de temps que ta as i [qoes la parole: as t u fini?

< nii, dit Bossignolel en te redressant ; mais si tu trouve que j'ai de la langue, j*ai

la aussi un brlquel qui a nu fameux Kl !

En achevant ces mots, le major frappa sur la poignée de son sabre et son regard fixe se riva sur le soldai

— Connn '. connn ! cria tout le cercle en s'interposent .

— La paix! hurla Torniquet; il est reconnu que le conscrit de général en ched! a mé-

rite de l'avancement ; major, fais-le reconnaître'

— Attention! cria Rossignolet; Bibi-Tapin, la caisse!

L'enfant lit an bond vers un tambour déposé ;i terre. En un clin d'oeil il eut accroché s:i caisse sur la bretelle, et tirant rapidement ses baguettes du collier, il demeura, immobile, les pieds et les coudes en dehors, ieS baguettes levées, la tête en arrière, l'air crâne, l'oeil mutin, attendant le commandement.

— Jolie position ! murmura Rossignolet en se rengorgeant; l'enfant ira loin!

Puis saisissant sa canne et se reculant de deux pas:

Levant le bras droit il se posa, durant quelques secondes, le poing gauche sur la hanche; puis il agita énergiquement sa longue canne. Un roulement prolongé, roulement sonore, énergique, retentit sous l'ombrage du chêne. Tous les soldats se levèU rent d'un même élan et firent cercle. Ros-, signolet donna un coup sec et baissa sa canne. Le silence se fit immédiatement, solen-. nel et imposant.

— Soldats de la 32e, prononça le major' d'une voix vibrante, au nom des troupiers' de la demi-brigade, ici présents, vous recon-î naîtrez, à partir de ce jour, le citoyen Bol naparte pour votre caporal, et vous luil obéirez en conséquence. Par faveur ins'-i gne, nous le déclarons exempt de corvéel jusqu'à nouvel ordre; cric! I

— Crac ! répondirent les soldats. !

La canne s'agita; le roulement recom-l

mença avec une énergie plus furieuse. Lel major abaissa majestueusement sa canne; Bibi-Tapin releva ses baguettes.

En ce moment le cercle s'écarta et une/ main fine et blanche, se posant sur l 'épaule* de Rossignolet, le contraignit à se retour-*

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

mer. Le grand major demeura stupéfait, immobile, bouche béante et ses petits veux démensurément ouverts et fixes. Il avait en face de lui un homme petit de taille et chétif à la figure pâle, an teint maladif,aux traits romains, à l'oeil étineelaut, vêtu. d'une simple redingote grise usée, râpée fanée, couverte de poussière et maculée de boue, la tète coiffée d'un petit chapeau à trois cornes, sans bordure ni plnme, et ne portant aucune marque dis! inctive de grade. Ce petit homme sourit, et ce sourire illumina sa physionomie expressive d'un reflet étrange et saisissant <|ni frappa d'émotion tout ceux qui l'entouraient et qui le contemplaient avec des regarde avides.

— E à quelle époque le caporal peut-il espérer passer sergent? demanda-t-il.

Tous les soldats présents, Rossignolet le premier, avaient porté respectueusement le revres de la main-droite à leur front. Le major se caressa la moustache de la main et la. retroussa fièrement.

— Nous voirons voir, citoyen général en chef, répondit-il. Ca dépend des événements !

— Alors j'attendrai patiemment, répondit Bonaparte avec cet adorable sourire qui le rendait irrésistible et qui lui gagnait tous les coeurs. Mais puisqu'il vous a plu d'exempter des corvées, le nouveau caporal que vous venez de reconnaître, il est juste qu'il paye sa bienvenue.

Et tirant une pièce d'or de sa poche:

— Vous savez tous que l'armée est pauvre, continua-t-il, et que le malheureux caporal n'a pas ses poches cousues d'or.

Bonaparte tendit la pièce d'or au major; celui-ci, conservant toujours sa main droite, au chapeau, avança respectueusement la gauche, mais il n'eut pas le temps de recevoir le don offert, par le général. Bibi-Tapin venait de s'élancer: d'un seul bond, avec un élan prodigieux, il fut entre le général en chef et le tambour-major. Se courbant rapidement, le revers de la main toujours au front, il se pencha et saisit la pièce d'or avec ses lèvres en imprimant ' un respectueux et chaleureux baiser sur la main de Bonaparte.

Puis, se redressant, brusquement, la rougeur au front, l'animation dans les regards il fouilla dans la aoche de sa culotte, en tira une bourse de soie blanche, aux mail-

lons gonflés d'une douzaine de ducats d'or, et la tendant à Rossignolet :

— Prends tout ce que j'ai, dit-il d'une voix altérée par l'émotion, mais laisse-moi la pièce d'or du citoyen général !

Ce petit coup de scène s'était accompli avec nue rapidité telle que personne n'avait eu le temps ni de le deviner ni de s'opposer à son issue. Tous demeuraient stupéfaits de l'action du jeune tambour. Bonaparte, se remettant rapidement, sourit à l'enfant.

— L'échange le coûtera cher! dit-il.

— Oh! mon général, répondit Bibi-Tapin rougissant de plus en plus. Je ne regrette qu'une chose: c'est de n'avoir pas plus de ducats à offrir aux camarades.

— 'Mais s'ils te refusent?

Bibi-Tapin leva ses grands yeux sur le général, et ses joues perdant subitement leurs couleurs, devinrent très pâles, ses lèvres se serrèrent et ses yeux s'injectèrent de sang.

— J'ai pris cette pièce d'or . dans votre main avec ma bouche, dit-il. Elle vous a appartenu, elle vous a touché, c'est une relique. Je l'ai; je la garde.

— Mais si tes camarades veulent la prendre? dît Bonaparte ému par cette petite scène, en dépit de l'impassibilité dont il se plaisait déjà à se cuirasser. /

— J'ai mon briquet pour la défendre! répondit résolument Bibi-Tapin.

— Sais-tu bien, petit drôle, que j'ai défendu les duels à l'armée d'Italie. Si tu te battais, tu irais en prison!

— J'irais en prison, mon général, mais je garderais ma relique.

— Mais si tu te battais tu pourrais être tué ou tout au moins fusillé pour avoir manqué à la discipline.

— J'avalerais ma pièce avant de mourir, et comme ça je ne la quitterais pas !

L'enfant avait répondu avec un tel accent de résolution, que les soldats en furent surpris. Bonaparte regardait fixement le petit Tapin. Le jeune général, qui avait déjà avait appris à se connaître en hommes, commençait à soupçonner une âme de feu sous cette frêle enveloppe.

— Eh bien ! reprit-il, tu ne te battras pas. Je t'autorise à garder cette pièce que tu as prise, et j'autorise tes camarades à accep ter en échange les ducats que tu leur offres,

LB TAMHOIMl DE LA B2e Dli.MI MU<'JAJ>H

lllJlis (Il \;is llle (lire comment il se fait que

lu sois si riche. Où as-tu pris ers ducats?

— Avant hier, ;i Afondovï, ;i la prise de la Bicoque.

— Tu i étais? dit Bonaparte eu regardant l'enfant.

— Oui, mon général. C'est mol nui ai i»;i! i h la charge ;i la bote de la colonne du général Sérur.ier.

L'enfant dit vrai! ni Rossignolet ea s'avançant respectue'usetment. A preuve manie ijue, comme il a vu sa caisse crevée par mi grand animal des Quinze-Reliques, il a déoli «l'un coup de fen un tambour pié moulais du général Cplli, ;i qui il a pris la sienne. Histoire de rire un brin. J'y étais!

— Tu es entré dans la Bicoque alors'.' demanda Bonaparte.

— Oui, général, répondit Bibi-Tapin.

— Le combien?

— Le troisième.

— Et pour être juste, ajouta Rossignolet, i! faut dire (pie c'est pas sa faute: il J serait entré Le second après le colonel Lannes, si je n'avais pas pris l'enfant sous mon' bras, pour passer avant lui, en lui apprenant que le major devait avoir toujours la tète de colonne.

Le général prit Bibi-Tapin par l'oreille, <iu'il lui pinça rudement.

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