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LES PAPIERS

Un coup discret, frappé à la porte de la chambre, avait interrompu Maurice. Il alla ouvrir. Deux formes se dessinèrent dans le pénombre, l'une énorme, gigantesque, l'autre petite et mignonne: Bibi-Tapin et Rossignolet s'arrêtèrent sur le seuil de la pièce, la main au front.

— Entrez, dit Maurice en se reculant, que voulez-vous? qui vous amène?

— Mon lieutenant, dit Rossignolet en tor-

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(Allant sa moustache, c?e*t pour avoir celU «le vous oarrer que. . . parce que. ■ . enfin, vous comprenez? l'enfant dira Le reste?

E21 il poussa Bibi-Tapin ni avant. Celui ci tenait a la miao deuj iriorceaux de papier, salis, jaunis, froissésj mais recouverte d'une écriture serrée et fine. L'enfant les tendit ;i Maurice

— Qu'es! ce que cela ?fit !«• lieutenant en

jetant un coup d'œiû sur les papiers.

— C'a pourra peut-être vous intéresser, mon lieutenant, répondit le tambour fin rougissant. Du moins j'en ai L'idée, c'est pourquoi je fous les apporte.

.Maurice lisait attentivement. Tout à coup il tressaillit, rougit violemment, et,

courant vers le comte «l'Adore, il lui présenta l'un des papiers. Le comte s'en saisii, le lut et bondit sur son siège.

— Ces papiers, dit-il à Bossignolet, d'où

viennent-ils? ou les as-tu eus?... Parle!... réponds vite!

— Fais excuse, citoyen, répondit le tambour-major en se posant, je vais te narrer la chose en deux temps. Pour lors, c'était quelques instants avant L'appel du soir et je flânais avantageusement, moi et ma canne, sous les bosquets d'alentour. Pour lors, le soleil se couchait, la nuit venait et les étoiles. . , .

— Abrège! interrompit vivement Maurice. Ces papiers, d'où viennent-ils?

— J'y arrive, mou lieutenant. Pour lors donc, que je dis, il faisait noir, à propre^ ment parler, comme dans un four: je flâ nais de plus en plus, nonobstant les ténèbres de la nuit, quand, à un détour de bois... crac ! . . . je vois un je ne sais quoi qui me liasse devant le nez et aussitôt un autre ie ne sais quoi qui nie 'repasse, emboîtant le pas au premier.

— Après, après? demanda le comte avecune impatience fiévreuse.

— Pour lors, continua Rossignolet toujours impassible, je me dis à part moi : Bigre! c'est un chevreuil suivi d'un autre. Fricot" numéro un, rude supplément à la cantine!... Et je file sous bois, courant après mes bêtes, toujours ma canne à la main. Le ruban de queue pouvait être de longueur, mais, n'empêche! je file de plus en plus, quand... crac!... j'entends un bruit de branches cassées et des cris, et des

trépignements. Pour Lors, je m'arrét

je me dis. . .

— Apres, après? interrompit encore Maurice.

— Pour lors, mon Lieutenant, j'enjambe

un buisson et je tombe -i i r deux particuliers

qui se flanquaient un coup de brosse de premier choix, tant et 81 bien que l'un as niait l'autre, dont auquel il avait saisi la

gorge et qu'il étranglait proprement et qui n'était que L'enfant H présent, que je reconnais au premier coup d'ceil. La colère me monte h ma canne se lève, et aous tom« bons elle et moi sur l'olibrius qui chiffonnait mou caporal-tambour, si d'aplomb qu'il en reste sur Le flanc. Pour lors, Bibi- Tapiu se relève; pas blessé, mais déchiré quant aux vêtements, et qu'il me dit : "Merci, major!" Et qu'il m'entraîne et que nous voila avec Les papiers qu'il tenait.

Le comte et .Maurice se tournèrent a la fois vers l'enfant.

— ('es papiers, reprit le premier, i donc toi qui les as reçus.

— C'est-à-dire que je les ai pris, citoyjen, répondit le petit caporal.

— A qui? Comment? demanda Maurice.

— Au berger de la ferme aux Chats- U liants, donc! ,

— Celui que tu avais suivi?

— Oui, mon lieutenant.

— Explique-toi !

Et Maurice attira à lui l'enfant qui rougissait en tortillant son bonnet de police.

— Vous savez, mon lieutenant, dit-il que le berger m'avait déjà échappé une fois. Ce soir, après que le général en chef m'eut parlé, je me promenais tout seul et tout content •quand j'aperçois dans la nuit une ombre que je reconnais tout de suite pour celle du berger. Je le suis sans qu'il s'en doute et j'arrive à un carrefour. Là survient un autre homme, je guette, et je vois des papiers passer des mains du nouveau venu dans celles du berger qui se sauve aussitôt. Cela me paraît louche, je continue ma chasse, quitte à être puni pour avoir manqué l'appel du soir. Le berger m'entend, il s'aperçoit qu'il est suivi, il court, je cours plus vite, nous sautons une allée presque ensemble. . . Il se retourne, je suis sur lui, et sans hésiter je lui arrache les papiers et je veux me sauver avec, mais il me rattrappe et nous nous battons. . . Dame! mon lieu-

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tenant, je n'étais pas le plus fort et je n'avais pu dégainer mon briquet. Heureusement que le major est arrivé avec sa canne...

— Elle ne me quitte jamais! interrompit Itossignolet.

Maurice et le comte se regardaient en si lence. Maurice prit la main du petit tambour et la serra avec effusion.

— Brave enfant! murmura le comte.

Puis, se tournant vers Maurice.

— Tu as lu? dit-il. C'est un miracle de la Providence qui nous met sur ses traces. Il ne faut pas perdre un instant.

— Partons! dit Maurice.

Le jeune officier saisit ses pistolets qu'il passa dans sa ceinture. Pendant ce temps, le comte s'était rapproché de Bibi-Tapin.

— Mon enfant, lui dit-il, ne te nommestu pas Bibi-Tapin?

— Oui, citoyen, répondit le tambour.

— Tu aimes ton lieutenant?

— Oh! oui, dit l'enfant.

— Eh bien! sois content alors, car tu as fait ce soir pour Maurice en t' emparant de ces papiers, tout ce que l'ami le plus dévoué peut faire pour son ami.

— C'est vrai, dit vivement Maurice, et jaam'is je ne l'oublierai! Bibi-Tapin, tu n'as plus de famille, je serai ton frère d'adoption !

— Mon lieutenant! balbutia Bibi-Taprn ému jusqu'aux larmes.

— Merci, lui dit encore Maurice en lui serrant les mains.

Puis se tournant vers le comte:

— Partons! ajouta-t-il.

Bibi-Tapin se jeta au-devant de lui.

— Mon lieutenant! dit-il avec un accent Suppliant.

— Quoi? fit Maurice étonné.

— Je ne sais pas où vous allez, mais ie suis sûr que quelque danger vous menace «u que vous allez courir quelque néril...

— C'est possible, mon ami.

— Vous avez un congé de cinq jours?

— Cela est vrai.

— J'ai demandé un même congé à l'adjudant, qui me l'a accordé. . . .

— Et à moi auss1', ajouta Rossignolet.

— Eh bien ?demanda Maurice.

—■Emmenez-nous, mon lieutenant, reprit l'enfant.

Maurice regarda le comte- Cette preuve d'affection le touchait visiblement, mai» il ne répondit pas.

— Dame! balbutia Bibi-Tapin, je suis bien petit, c'est vrai. . .

■ — Moitié d'homme ! ajouta Rossignolet, mais le lieutenant connaît son major. Rigobert Rossignolet peut compter pour un et 'deini quand il y a des coups à donner. La petit et moi, ça fera deux en plein. »

Le comte fit un signe affirmatif.

— Eh bien! venez avec nous, mes amis' dit Maurice.

En ce moment la porte s'ouvrit et un planton parut sur le seuil : il tenait à la inain un pli cacheté qu'il tendit au comte d'Adoré.

— De la part du citoven général en chef ! dit-il.

1 Le comte s'empara vivement de la mis-. sive, la décacheta et lut à voix basse.' Sa physionomie s'illumina soudain. ■ 1 — Il accepte! il consent! dit-il. Ah! Dieu est pour nous!

Et, attirant Maurice dans un angle de la pièce.

— Grâce à ces papiers, dit-il, nous pouvons espérer parvenir jusqu'à Lucile, et grâce à cette lettre du général, Renneville et d'Herbois peuvent espérer recouvrer l'honneur ! . . . Partons !

— Mais des chevaux pour Rossignolet et Bibi-Tapin? dit Maurice.

— J'en ai deux superbe, lieutenant, répondit le major, provenant d'un colonel des Quinze-Reliques. Un de mes tambaurs les garde en bas.

— A cheval, alors!,

Les trois hommes et l'enfant descendi-, rent rapidement. Cinq minutes après tous quatre suivaient au galop la route de Milan. Il faisait nuit noire et les quatre cavaliers s'aventuraient en pays ennemi. Maurice et le comte galoppaient en tête; Rossignolet et Bibi-Tapin suivaient à quelques pas. Derrière la croupe du cheval de'Rigobert on voyait se projeter une ombre longue et mince : c'était celle de la gigantesque canne du major. Tous quatre gardaient un religieux silence : les yeux de Maurice lançaient dans T'ombre des jets étincelants.

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