‹ Le roi du bagneChapitre 54 sur 243 · I .Vu i.i h i ;i r;i [son, mou ne, ajou · texte numérisé non relu

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ta le major; laissez-le s'aventurer: il a des

;i\ de lar\ n.\.

Va doue! dit Maurice, mais avance avec précaution; nous te suivrons dans traces.

lM»i T;i|»in se jeta à gauche, franchit un fossé et gagna le bois: les deux hommes le suivirent. Le petit tambour s'avança avec précaution, se frayant an chemin dans les broussailles, ne faisant pas le moindre bruit, s'arrêtant par moments pour mieux choisir son passage, el reprenant su marche avec la délicatesse et l'instinct d'une bête fauve ou d'un sauvage chassant une proie. Tout à coup il demeura immobile en face d'un épais buisson. Ecartant les branches d'une main, de l'antre il fit signé au capitaine de s'approcher. Oelui-çi obéi, suivi par Rossignolet. A travers la perspectve que leur ménageai! l'enfant, ils jetèrent un regard in: vestigateur; la lune s'élevait alors un peu au-dessus du bois, et bien que de gros nuages voilassent lVcdat de ses rayons, elle répandait une 'lumière vague et nébuleuse sur cette partie du terrain.

.Maurice aperçut à peu de distance un bouquet de platanes qui dressaient orgueilleusement leurs troncs vernis au-dessus des arbrisseaux voisins; au pied de ces platanes, se mouvaient des formes humaines; sept à huit hommes étaient là, les uns couchés sur l'herbe les autres debout; quatre autres se tenaient sur la droite veillant à la lisière du bois: c'étaient ceux-là que Rossignolet et Bibi-Tapin avaient remarqués précédemment. Derrière le bouquet de platanes se trouvait, une petite clairière dans laquelle se promenaient deux hommes.

Cn faisceaux de fusils était près du tronc des grands arbres; les restes d'un brasier mail éteint brillaient encore dans l'herbe. Maurice regardait, inspectant cette scène jusque dans ses moindres détails, et se demandant quels pouvaient être ces hommes qui avaient les allures de bandits des montagnes. Bibi-Tapin et Rossignolet se tenaient, immobiles et silencieux aux côtés du jeune officier.

— Serait-ce- un détachement perdu de

i armée autrichienne? se demandait h meut Maui int ce di

N" une embuscade

tendue par l< | ,| |;l

France et ayant intérêt a ce que ma mission ne pan ienne pas lu dog<

fait ce point aneembûche prépar

Qtre lesquels nous avons à lutl r? Tout abfle, mais où est la réri

Mon capitaine, murmnr pin,

voulez-vous que je m'avance encore et que j'aille reconnaître l'ennemi?

— Non! dit Maurice. Cette mission trop peniVuse: ce soin me regarde!

,;i clouant sur place par un apé-

reux le tambour-major et le pett sergent, le captaine se courba et passa sons le taill il disparut sous la couche épaisse des branchages, mais quelques instants ne s'étaient pas écoulés, qu'un bruit de feuillage fr<

retentit comme si une lutte renaît de s engage]-. Kossignolef bondit en avant, mais Bibi/Tapin le précédait Tous deux franchirent Je taillis. L'obscurité était profonde dans cette partie du bois dans laquelle ne pénétraient pas les rayons lunair Tout d'abord le major et l'enfant ne distinguèrent rien, mais Bibi-Tapin poussa un rugissement sourd et s'élança, le sabre nu au poing. Il venait' d'apercevoir deux ombres roulant sur la terre, deux hommes luttant avec énergie.

— A nous! Gingoire et Torniquet! hurla le tambour-major en s'élançant à son tour !

— Bas les armes ! cria une voix sonore. Au même instant et comme par

l'effet d'un brusque enchantement, des ombres se dressèrent tout autour du taillis et dix baionnettes luisantes présentèrent leurs pointes acérées formant un cercle menaçant. La lutte avait cessé entre les deux hommes gisant à terre. L'un s'était relevé d'un seul bond, lâchant son adversaire, et avait disparu derrière la haie des bonnettes. L'autre fut vite sur pied l'épée nue à la main: celui-là était Maurice.

— Depuis quand arrête-t-on les voyageurs .français dans les Etats vénitiens? demanda Maurice d'une voix frémissante.

— Depuis quand cherche-t-on à surprendre des gens qui n'attaquent pas? répondit la voix qui avait déjà parlé.

— Qui êtes-vous?

LE TAMBOUR DE LA 32 e DEMI-BRIGADE

— Qui et es- vous voxis-inênic?

— Je ne répondrai à votre question que vous m'aurez dit de quel droit vous me l'adressez.

— Du droit qu'il me convient de prendre.

— Alors, je ne répondrai pas !

— C'est ce que noirs allons voir.

Tu silence succéda à ce rapide échange de paroles. Tout à coup un nouveau bruissement retentit dans les branchages, le cercle des bionnettes menaçantes s'ouvrit, et trois hommes furent poussés en avant, puis le cercle se referma, Ces trois hommes étaient le comte d'Adoré et les deux grenadiers.

— Des torches! reprit la voix à l'accent impérieux.

Un nouveau temps s'écoula : Maurice et ses amis demeuraient silencieux, lançant autour deux des regards rapides; le cercle des bionnettes s'était rétricé et était devenu plus serré, vingt hommes au moins le formaient maintenant et leur silhouette soinbre et détachait vaguement dans les ténèbres. Maurice et le comte s'étaient rapprochés et se serraient la main. Une vive lumière jaillit soudain et éclaira le bois de ses reflets rougeâtres. Alors, Maurce et le comte purent distinguer ceux qui les entouraient, mais leurs regards n'avaient pas parcouru une partie de la courbe hérissée de fer, qu'un même cri d'étonnement jaillit de leur poitrine.

— Des marins français ! s'écria le capitaine.

Mais il n'était pas revenu de sa surprise, qu'une exclamation joyeuse retentissait derrière lui :

— Belïegarde! dit une voix émue.

Maurise se retourna; un homme à la physionomie énergique était devant lui:

— Renneville, s'écria le capitaine!

— Haut les armes! reprit le premier personnage. Ce sont des amis! Petit-Pierre!

cours prévenir le commandant le Bienvenu et qu'il vienne et à l'instant.

Le comte était demeuré stupéfait, assistant à cette scène sans avoir pu jusqu'alors prononcer une parole. Enfin il fit un effort et domptant son émotion:

— Le vicomte de Renneville! dit-il.

— Le comte d'Adoré! reprit l'autre en s'avançant.

— Henri ! mon ami ! disait Maurice avec un élan de bonheur sincère.

— Monsieur de Renneville ! répétait le comte comme s'il ne pouvait revenir de son étonnement.

Le nouveau personnage secoua la tête.

— Vous vous trompez, di-il avec un sourire amer. Le vicomte de Renneville est mort? C'est le corsaire Bonchemin qui vous tend la main!

.Maurice et le comte secouèrent la tète, et tous deux serrèrent affectueusement la main qui s'offrait à eux.

— Venez avec moi, reprit Henri de Renneville, nous allons voir Charles.

— D'Herbois! s'écria Maurice.

— Non pas d'Hrebois, répondit encore Bonchemin avec la même intonation, mais le Bienvenu. Renneville! d'ilcrbois! qu'estce que ces noms? Ils ont été flétris par une condamnation honteuse, ils servent à désigner deux infâmes criminels: deux hommes de coeur et d'honneur ne peuvent les porter.

— Mais ces noms seront lavés un jour de la souillure qui s'attache à eux! dit le cornce d'Adoré.

— Quand cela ! Voilà douze années qu'ils sont dans la fange: pourquoi espérer maintenant qu'ils en sortent!

— Parce que Dieu est grand et sa justice infaillible.

Henri ne répondit pas.

— Allons trouver Charles, reprit-il après un silence.

Puis ce tournant vers Petit-Pierre et désignant du geste Rossignolet, Bibi-Tapin, Gringoire et Torniquet:

— Prends soin de ceux-ci, ajouta-t-il et fais en sorte qu'ils ne manquent de rien.

Attirant de la main Maurice et le comte, il les entraîna vers le centre de la petite clairière. Comme ils atteignaient le bouquet d'arbres, un homme venant du côté opposé, s'avança rapidement vers eux.

* — Charles! dirent à la fois Maurice et le comte.

— Mes amis! répondit Charles avec une émotion qu'il ne chercha pas à contenir. Comment se fait-il que vous soyez tous deux ensemble, vous un soldat de la lberté, vous un émigré sur cette vénitienne, aussi inhospitalière pour l'un que pour l'autre!

— Vous le saurez, répondit le comte, mais

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ce qui nous étonne davantage, c'est de roua trouver sur la terre ferme, vous qui vivez que sur mer. Qu'avez-vous fait de rotre vaillant corsaire?

— H est u l'ancre à la hauteur de Ohiog* gin.

— Bt vous ['avec quitté toux deux et vous êtes tous deux a terre.

— Depuis deux mois, voici la cinquième fois que nous débarquons

\l;ns pourquoi ?

Charles el Henri se regardèrenl et on soupir s'échappa de Leurs lèvres.

— Vous connaisses Mahurec? reprit Henri.

— Oui, dit vivement le comte; Mahurec, ce vieux matelot qui vous est dévoué depuis votre enlance?

— C'est cela.

— Eh bien: que lui est-il arrivé?

— 11 a disparu depuis trois mois.

— Depuis trois mois, répéta le comte avec un mouvement brusque.

— Qui, depuis le jour des régates de Venise; depuis ce jour où notre corvette a nargué l'Angleterre et salué sous le feu même des batteries anglaises la grande victoire remportée par l'armée française.

Le comte saisit les mains d'Henri.

— MahWec n'était pas seul, dit-il; un autre matelot l'accompagnait.

— Oui, le Maueot.

— Tous deux ont risqué leur vie pour soutenir l'honneur national, et ils ont battu à la fos, le jour des régates, les barcaroli vénitiens et les canotiers anglais.

— Sans doute, nous savons cela ; mais comment le savez-vous vous?

— -T'étais à Venise.

— Quand doue? A cette époque?

— Il y a trois mois, le jour même des régates.

— Et tous avez vu Mahurec et le Maucot?

— Je leur ai parlé.

Henri et Charles se rapprochèrent rapidement du comte.

— Dites vite ce que vous savez ! s'écrièrent-ils.

— J'étais aux régates, reprit le comte; j'assistais, caché, à la scène que provoqua la célébration du triomphe de l'armée d'Italie; je vis Mahurec et son compagnon s'é-

lancer dans les eaux du < anal en criant : •* Vive la lï.in' fut ce jour-là

me où le vicomte de Signelaj l'ut arrêté par ordre des Inquisiteurs d'Etat.

— Sigm-hn arrêt ièrent ;< la

< 'li.ll'les e| | lellH.

— Ki pour quelle cause? demanda Henri.

— Il est est accusé d'être un espion, dit Charles.

— Ki qu'esi-il devenu? lit Henri.

— 1 1 est sous les Plombs.

Les deux marins firent un geste d'imli-

gn.'il ion.

— Et Mahurec? reprit Oharli

— Le soir même, poursuivit le comte, je vis Mahurec et l'autre matelot. Bans me faire reconnaître complètement par eux, j«* murmurai à l'oreille du vieux gabier, un mot qui devait lui prouver immédiatement la confiance qu'il pouvail avoir eu moi. Ce mot d'ordre du bailli de Buffren, celui qu'il donnait dans les grandes circonstance* dont ses meilleures amis ou ses plus dévoués Serviteurs avaient seuls le secret : Mahurec me suivit aussitôt, entraînant son compagnon. Je les emmenai et je b-s interrogeai : j'appris par eux les services importants que vous vouliez rendre à la France, en faisant sur les côtes d'Italie cette guerre de corsaire qui devait être si préjudiciable à l'Angleterre et si favorable à l'armée d'Italie, dont elle assurait en grande partie les approvisionnements. Je devais, le lendemain, revoir Mahurec et son ami et leur faciliter à tous deux les moyens de quitter Venise. Malheureusement, le lendemain, j'étais moimême poursuivi, accusé d'espionnage et forcé de fuir au plus vite. Je partis donc sans avoir revu les matelots, et je me rendis auprès du général Bonaparte, auquel je communiquai le plan que vous vouliez suivre tous deux.

— Mais Mahurec? dit Charles.

— Je ne l'ai pas revu depuis.

— Nous non plus.

— Comment ! ne devait-il pas vous rejoindre à un endroit désigné?

— Si fait; par trois fois j'ai fait le signal, par trois fois j'ai envoyé une embarcation sur la côte, et chaque fois l'emharcation est revenue sans avoir rencontré les gabiers.

— Ainsi, vous n'avez aucune nouvelle?

— Aucune.

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

— Voilà qui est étrange! dit Maurice.

Le comte d'Adoré secoua la tête sans rien

dire.

— Les gabiers auraient-ils été tués à Venise? fit observer le capitaine.

— Oh ! dit Charles, on ne tue pas facilement des hommes comme Mahurec et comme le Maucot; ou, si on les tue^jce n'est qu'après une rude bataille; le bruit se serait fait autour de leur mort, et nous n'avons rien pu apprendre.

— Que peut-il* être devenus, alors?

— Nous l'ignorons.

— Et vous les cherchez?

— Nous parcourons l'Italie à cette intention. Seulement, nous sommes obligés de nous entourer des précautions les plus grandes. Notre titre de Français est un sujet d'animosité de la part de tous. Les paysans sont soulevés par les agents de l'Autriche; nous marchons en plein pays ennemi, toujours sur nos gardes : c'est ce qui vous explique la manière dont nous vous avons accueillis cette nuit, car nous ignorions à qui nous avions affaire.

— Et vous, Maurice, dit Henri, comment se fait-il que vous ayez quitter le quartier; général, et que vous vous trouviez sur le territoire vénitien?

— Je vais à Venise avec une mission de mon général, répondit le jeune capitaine.

Charles tendit la main à Maurice.

— Je sais encore pour quelle cause vous agissez, dit-dl ; le comte d'Adoré nous a tout appris. Nous vous plaignons, Maurice, car Henri et moi savons ce qu'on peut souffrir en étant violemment séparé de celle que l'on aime; nous vous plaignons et nous sommes prêts à faire pour vous tout ce qui dépendra de nos forces.

— Hélas ! dit Maurice vous ne pouvez rien.

— Peut-être, dit le comte.

. — Comment? firent les trois hommes.

— Il faut, messieurs, nous donner tous un rendez-vous à Venise.

— Pourquoi? demanda Henri.

— Parce qu'à Venise est le noeud de l'intrigue qui nous enserre!

— A Venise? répéta Charles.

— Oui, à Venise ! là sont nos amis qui souffrent soyen-en convaincus; là sont'cel-' les que nous devons délivrer; là sont nos ennemis !

— A Venise? firent les trois hommes.

— Eh! oui, à Venise! le comte d'Adoré a raison, dit une voix sonore : ne vous le dis-je pas depuis vingt-quatre heures?

Maurice et le comte se retournèrent brusquement. Un nouveau personnage venait de se glisser dans l'ombre et était arrivé auprès d'eux sans être aperçu.

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