‹ Le roi du bagneChapitre 56 sur 243 · BRIGADE · texte numérisé non relu

BRIGADE

que pas, ce héros de crimes que chacun peut croire in\ ulnérablc, cet homme, <|"'< comme le serpem de lu fable, ;i la faculté de recol

Ici- ses (ronrons alors QUC l'on parvient ;i le

frapper! < >li : j'aurai lu clef de ce dédale d'intrigues! .!<■ triompherai dans cette lut* te et nous aurons tous notre jour de réhab li

bat ion.

< mi, "ni, dit le c te, espérons. . .

— loi. agissons surtoul laiouta Jacquet. Mais pour agir il faut nu plan?

— Le mien est fait, je l'ai terminé et arrêté, là, i«>in ;i l'heure en 70ua écoutant parler.

Ki ce plan, c'est '.'. . .

— De nous rendre tous à Venise. Là est l'ennemi commun, la soin ceux qui nous intéressent, la toutes nos forces doivent être réunies pour la lutte.

— C'est mon avis.

— Agissons donc sans perdre un instant. Votre position est. facile, à vous et au capitaine Bellegarde. Le mission confiée par le général Bonaparte aplanit bien des difficultés. Pour nous, la situation n'est pas la même et nous devons prendre des précautions infines. Il est incontestable que le Roi du bagne a des espions partout; cet homme est bien réellement roi, et ses domaines sont vastes. A cette heure il doit connaître ma venue en Italie et préparer ses batteries en conséquence. Seulement, je lui promets un coup auquel il est loin de s'attendre et qu'il ne parera pas. Mais en ce moment, il s'agit de nous rendre tous à Venise. Je me charge, moi, de m'y glisser. Quand aux citoyens Bonchemin et Bienvenu, leur présence là-bas sans aucun titre, peut leur être dangereuse, incontestablement ils seraient accusée d'espionnage et traités en conséquence. D'ailleurs, qui sait si demain Venise ne sera pas en guerre avec la France? Que le général Bonaparte éprouve un seul revers et cela arriverait très certainement; donc ces messieurs seraient perdus s'ils étaient reconnus pour ce qu'ils sont sur le territoire vénitien, et le Roi du bagne a le plus grand intérêt à les faire reconnaître.

— Cela est vrai, dit le comte.

— Ils doivent donc agir de ruse, mais ils doivent cependant être à Venise dans un délai fixé. Messieurs êtes-vous tous bien résolus à agir?

Tous, dirent les quat re hommes d'une même \ o

.\\ <■■/. vous confiance <•!) moi?

Oui.

— .Mais une confiance absolu < mi.

— Etes \ oub convaincus de ma voient.

si r\ ir \ot iv eau

— Oui, oui, dirent encore les quatre bonimes,

— Alors dans quinze jours, ;> pareille heure, trouvez-vous tous sous le Ponte-Bialto a Venise, en gondole, un milieu du grand canal. Toutes nies batteries seront drefi

je vous communiquerai nies (dans et. nous agirons sans perdre une minute.

— .Mais ces plans, quels sont-ils? demanda le comte.

— Une circonstance que vous connaître/, plus tard m'empêche aujourd'hui de vous les communiquer, mais ils sont infaillibles, je vous le jure.

Les quatre hommes se regardèrent en silence.

— Acceptez- vous? demanda brusquement Jacquet.

— Oui, dit résolument le comte.

— Alors dans quinze jours à Venise. .

— A pareille heure, en gondole, sous le Ponte-Rialto.

— Jusque-là que ferons-nous?

— Les citoyens Bonchemin et le Bienvenu auront leurs instructions. Quant à vous et au capitaine il faut que vous continuiez votre route vers Venise sans perdre une seule minute. Je connais les lenteurs du grand conseil. Avant que le capitaine ait une réponse à sa mission il s'éfcoulera deux semaines au moins, et alors nous serons près de vous.

— Mais ne pouvez-vous nous dire?. . .

— ■ Rien de plus. Avez-vous confiance en Fouché et en moi?

— Sans doute.

— Etes-vous certains que votre seul ennemi soit le Roi du bagne?

— Oui.

— Eli bien ! Fouché et moi, avons juré de triompher de cet homme. Ma présence ici vous dit suffisamment ce que nous voulons tenter. Obéissez-moi sans réserve et nous réussirons. D'ailleurs, qu'est-ce que je vous demande? Quinze jours d'inaction, durant

LE TAMBOUR DE DA 32e DEMI-BRIGADE

lesquels mon plan d'attaque sera achevé. Que risquez-vous à me les promettre? D'icilà, vous ne pouvez rien faire.

— Cela est vrai, dit le comte en réfléchissant.

— Quoi ! quinze jours encore ! s'écria Maurice.

— Il le faut, jeune homme! dit Jacquet.

— Il le faut, Maurice! ajouta le comte.

— Donc, reprit Jacquet, tout est convenu ; séparons-nous sans tarder d'une minute, et que personne de vous n'oublie que derrière chaque buisson il doit y avoir un Argus veillant sur nos moindres actions.

— Dans quinze jours à Venise! dit Henri, nous y serons, Charles et moi.

Jacquet avait entraîné à l'écart le comte d'Adoré.

— Monsieur le comte, lui dit-il, vous connaissez cette affaire aussi bien que moi, et je la connais aussi bien que vous: dons, entre nous deux, cartes sur table! Camparini, votre neveu, le Roi du bagne, ne sont qu'un seul et même personnage, nous le savons; mais s' d'autres aussi le savent, les preuves de la vérité nous manquent, et ce défaut de preuves fait la sécurité du coupable. Il lutte, et son génie d'intrigues est dans toute sa puissance; pour endormir ce génie, il il n'y a qu'un unique, c'est le triomphe. Que le Roi du bague croie avoir eu raison enfin de tous ses adversaires, qu'il croie sa tâche accomplie et son infatigable défiance se détendra ...

— Quoi ! dit le comte, vous voulez. . Jacquet l'arrêta du geste et, se peichant

devant lui, il lui parla rapidement à l'oreille. Le vieillard tressaillit brusquement et devint très pâle.

— Ah! fit-il enfin. Cela est possible? -«-Connaissez-vous un moyen meilleur?

dit Jacquet.

— Non. . mais il faut qu'il réussisse!

— Il réussira.

— Songez que c'est la victoire, mais l'apparence de la victoire, l'apparence de la sécurité!

Le comte réfléchit longuement.

— Avez-vous confiance en moi, oui ou non? reprit Jacquet.

— Oui ! dit le vieillard.

— Alors n'hésitez pas!

— Puis-je raconter tout le passé à Maurice?

1 — -Tout le passé, oui, mais non pas un mot du plan que je viens de vous dérouler.

Le comte saisit la main de l'agent de police:

— Jacquet! dit-il, votre parole d'honnête homme que vous agissez avec certitude du succès?

— Je ne puis, nous donner que cette parole d'honneur que je triompherai ou que je succomberai, et que je ne m'arrêterai jms à* mi-chemin.

— .Mais cet enfant, ce petit-fils du conseiller?

— C'est lui qu'il faut trouver.

— Et vous croyez être sur ses traces?

— Je l'espère, mais que Camparini le

croie, c'est tout ce qu'il faut.

— Oh ! ceci, j'en réponds !

— Alors, je vous promets, moi d'être fidèle au rendez-vous : dans quinze jours à Venise!

Une heure après, et comme la nuit était encore profonde, le comte. Maurice, Charles, Henri et Jacquet les accompagnèrent jusqu'à la lisière du bois. Cette fois c'était Gringoire et Torniquet qui formaient l'avant-garde, Maurice et le comte venaient ensuite, Bibi-Tapin et ROssignolet marchaient en dernier. Charles, Henri, Maurice, Jacquet et le vieillard s'arrêtèrent une dernière fois avant de se séparer.

— A Venise, dans quinze jours? dit Jacquet et jusque-là la plus grande prudence!

Le capitaine et le comte firent un signe affirma tif, puis, ils remirent la main à leurs chevaux qui bondirent en avant. Bibi-Tapin et Eossignolet qui, par discrétion, étaient demeurés en arrière, passèrent alors devant les deux marins et l'agent de police. La nuit était noire, les ténèbres plus épaisses; tout à coup la lune se dégagea brusquement d'un nuage et un rayon argenté, tombant d'aplomb sur le groupe des trois hommes demeurés sur la lisière du bois, éclaira en plein la mâle physionomie du marquis d'Herbois, l'ancien officier de la marine royale, l'ex-habitant des Antilles, le corsaire redouté. Le cheval de Bibi-Tapin fit un bon tellement brusque, que le major crut l'enfant désarçonné.

" Eh fil-il en riant, tu veux donc abandonner l'infanterie et entrer dans les hussards de Joquin? En voilà de la cavalcade!

r\Mi:ui h n :i;n;.\hi:

.Mon riicval aura eu peuT '. «lit Bibi Ta pin en se remetant en selle.

Le major eont inua sa route, mais L'enfant tourna sa tête en arrière et se m peportèreul sur l'endroit où se tenaient i < m i ;i l'heure les deux marins <i l'agent de po lica

— Oh! murmura Ml, ce n'est pas une vision : c'est lui . . . Lui que ma soeur Etoîledu Matin me disait d'aimer et de respecter!

Puis, après un court moment de réflexion silencieuse :

— Mais pourquoi serait-i] en Italie? reprit l'enfant. Non! non! cela n'est pas possible! je me serai t rompe !

Les quatre cavaliers couraient rapidement sur la route de Padoue. Dégi ils avaient laisse loin derrière eux le bouquet de bois à l'ombre duquel ils avaient rencontré les capitaines corsaires, et ils venaient de s'engager dans un étroit défilé que bordait, à droite et à gauche une double chaîne de collines à la végétation luxuriante. .Maurice et le comte causaient à voix liasse; Bîbi-Tapin et-Rossignolet les suivaient, plongés tous deux dans un silence qui paraissait lourdement peser au major. Le gigantesque soldai avait; plusieurs fois, niais en vain, essayé, de nouer conversa lion avec son jeune compagnon. Bibi-Tapin répondait par monosyllabes e( souvent ne répondait même absolument rien. Rossignolet lia nssail les épaules, faisait la. grimace et sifflotait sa liait crie favorite.

— L'enfant a besoin de dormir! finit-il par se dire en cessant de faire des frais inutiles.

Effectivement Bibi-Tapin paraissait absorbé dans des réflexions profondes. Le front penché, le corps à demi-ployé sur luimême, les mains pendantes et laissant flotter les guides, l'enfant était évidemment en proie ou à un accès invincible de sommeil. Tout à coup, cependant, au détour d'une gorge aride qui coupait à gauche la vallée,- Bibi-Tapin qui, depuis un moment relevait la tète, fit un mouvement brusque et posa sa main sur le bras du major.

— Ah ! fit celui-ci, l'enfant est réveillé !

— Chut! dit Bibi-Tapin.

— Quoi encore?

— Je te dis que cette fois nous sommes suivis comme nous l'avons été depuis le coucher du soleil.

Comment? Par qui ! Que vois- tu !

— ChUt ! ne dis rien '. J'ai mon ni

Page 1